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Les explications sexuelles données aux enfants

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Le deuxième grand problème qui préoccupe l'enfant - sans doute à un âge un peu plus avancé - est celui-ci: d'où viennent les enfants; il se rattache le plus souvent à la venue d'un petit frère ou d'une petite sœur non désirée. C'est la question la plus vieille et la plus brûlante de la jeune humanité; qui sait interpréter les mythes et les traditions peut la détecter dans l'énigme que la Sphynge thébaine pose à œdipe.

Les réponses que l'on a coutume d'y donner dans la nurserie blessent la pulsion d'investigation honnête de l'enfant; le plus souvent aussi, elles ébranlent pour la première fois sa confiance en ses parents.

Il commence alors à se méfier des adultes et à garder pour lui ses intérêts les plus intimes. Un petit document peut montrer combien cette soif de savoir, justement, tourmente souvent des enfants plus âgés : c'est la lettre d'une fillette de onze ans et demi qui n'a pas de mère et qui a médité sur ce problème avec sa jeune sœur :

« Chère tante Mali,

Sois assez bonne, je t'en prie pour m'écrire comment tu as reçu ta Christel et ton Paul. Tu dois bien le savoir puisque tu es mariée. Nous nous sommes hier même querellées à ce sujet et souhaitons savoir la vérité. Vraiment nous n'avons personne que nous puissions interroger. Quand donc venez-vous à Salzbourg ? Vois-tu chère tante Mali, c'est que nous ne saisissons pas comment la cigogne apporte les enfants. Trudel croyait que la cigogne les apporte dans une chemise. Ensuite nous voudrions aussi savoir si elle les prend dans l'étang et pourquoi on ne voit jamais d'enfants dans les étangs. Je te prie de me dire aussi comment sait-on d'avance qu'on va les recevoir. Réponds-moi de façon détaillée.

« Avec mille saluts et baisers de nous tous.

« Ta curieuse Lili. »

Je ne crois pas que cette lettre touchante ait apporté aux deux sœurs les éclaircissements demandés. Celle qui a écrit la lettre a été plus tard victime de cette névrose qui provient de questions inconscientes n'ayant pas reçu de réponse, de ruminations obsessionnelles.

Je ne crois pas qu'il y ait une seule bonne raison pour refuser aux enfants les explications qu'exige leur soif de savoir. Certes si l'intention de l'éducateur est d'étouffer le plus tôt possible toute tentative de l'enfant de penser indépendamment, au profit de « l'honnêteté » si prisée, rien ne l'y aidera mieux que de l'égarer sur le plan sexuel et de l'intimider dans le domaine religieux.

Les natures plus fortes résistent bien sûr à ces influences; elles deviennent rebelles à l'autorité des parents et plus tard à toute autorité. Si les enfants ne reçoivent pas les explications qu'ils ont demandées à leurs aînés ils continuent en secret à se tourmenter pour ce problème et échafaudent des tentatives de solution dans lesquelles la vérité devinée se mêle de la façon la plus remarquable avec le faux grotesque; ou bien ils se chuchotent les uns aux autres des informations dans lesquelles, à cause du sentiment de culpabilité de ces jeunes chercheurs, la vie sexuelle reçoit l'empreinte du terrible et du dégoûtant.

Ces théories sexuelles infantiles seraient dignes d'être recueillies et examinées. Dès ce moment-là, la plupart des enfants perdent la seule attitude juste vis-à-vis des questions concernant le sexe et beaucoup d'entre eux ne la retrouveront plus jamais.

Il semble que la grande majorité d'auteurs, masculins et féminins, qui ont écrit sur la question des explications sexuelles aux jeunes se sont prononcés pour. Mais la plupart des propositions concernant le quand et le comment cela doit se faire sont si maladroites que l'on est tenté de conclure que cette concession n’a pas été facile pour les intéressés.

Dans toute la littérature que je connais il n'y a qu'une seule exception : c'est la charmante lettre d'explications qu'une Mme Emma Eckstein prétend écrire à son fils d'environ dix ans. D'autre part, cacher aux enfants le plus longtemps possible toute connaissance du domaine sexuel pour s'en ouvrir à moitié à eux un beau jour, dans des termes emphatiques et cérémonieux, ce n'est certainement pas la bonne méthode. La plupart des réponses à la question « comment le dire à mon enfant », me font, à moi au moins, une impression si affligeante que je préférerais que les parents ne se chargent pas du tout de ces explications.

Ce qui importe davantage c'est que les enfants n'en viennent jamais à l'idée que l'on veut leur cacher plutôt les faits de la vie sexuelle que d'autres faits qui ne sont pas encore accessibles à leur compréhension. Pour cela, il est indispensable que dès le début on traite ce qui concerne la sexualité comme les autres matières dignes d'être connues.

C'est a l'école d'abord qu'il appartient de ne pas éluder la mention qui a trait au domaine sexuel; elle doit insérer dans l'enseignement sur le monde animal les grandes réalités de la reproduction avec toute leur importance et insister tout de suite sur le fait que l'homme partage avec les animaux supérieurs tout l'essentiel de son organisation.

Si alors, à la maison, on ne vise pas à inculquer à l'enfant la crainte de penser, il se produira bien plus souvent ce que j'ai surpris une fois dans une nurserie un petit garçon faisait des remontrances à sa petite sœur : « Mais

comment peux-tu penser que la cigogne apporte les petits enfants. Tu sais bien que la cigogne est un mammifère. Crois-tu alors que la cigogne apporte aux autres mammifères leurs bébés ? »

La curiosité de l'enfant n'atteindra jamais un niveau très élevé pourvu qu'elle soit satisfaite de façon appropriée à chaque degré de l'enseignement. On devrait, à la fin de l'enseignement primaire (et avant l'entrée dans le secondaire), c'est-à-dire pas après sa dixième année, l'éclairer sur les aspects spécifiquement humains de la sexualité en faisant aussi référence à leur signification sociale.

L'époque de la confirmation serait enfin la période la plus propre pour enseigner à l'enfant déjà tout à fait au courant de tout ce qui est corporel, les devoirs moraux qui sont liés à l'exercice de la pulsion. Expliquer ainsi à l'enfant la vie sexuelle, en procédant étape par étape progressivement et de manière ininterrompue, l'initiative de cette instruction étant prise par l'école, c'est me semble-t-il la seule démarche qui tienne compte du développement de l'enfant et évite heureusement les dangers impliqués.

Je tiens pour le progrès le plus significatif dans l'éducation de l'enfant le fait qu'en France l'Etat a introduit à la place du catéchisme un livre élémentaire qui donne à l'enfant les premiers renseignements sur sa position civique et sur les devoirs moraux qui lui incomberont un jour. Mais cet enseignement élémentaire est fâcheusement incomplet en ce qu'il ne cerne pas aussi le domaine de la vie sexuelle.

C'est là une lacune que les éducateurs et les réformateurs devraient s'efforcer de combler ! Dans les pays où l'éducation est entièrement ou partiellement aux mains du clergé, on ne peut bien sûr prétendre à de telles exigences. L'ecclésiastique n'acceptera jamais la similitude d'essence de l'homme et de l'animal car il ne peut renoncer à l'immortalité de l'âme dont il a besoin pour fonder l'exigence morale.

Ainsi voit-on une fois de plus, combien il est peu avisé de coudre une seule pièce de soie sur des guenilles, combien il est impossible d'accomplir une réforme isolée sans transformer les fondements du système entier.

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