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Les théories sexuelles infantiles

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On peut aisément observer que la petite fille partage pleinement l'estimation de son frère; elle développe un grand intérêt pour cette partie du corps du petit garçon; mais Cet intérêt se voit aussitôt commandé par l'envie. La petite fille se sent désavantagée elle fait des tentatives pour uriner dans la position qui est permise au petit garçon du fait qu'il possède le grand pénis et quand elle réprime ce désir : j'aimerais mieux être un garçon nous savons à quel manque ce désir doit remédier.

Si l'enfant pouvait suivre ce que lui indique l'excitation du pénis il se rapprocherait un peu de la solution de son problème. Que l'enfant croisse dans le corps de la mère n'est manifestement pas une explication suffisante. Comment y entre-t-il ? Qu'est-ce qui déclenche son développement ? Que le père y soit pour quelque chose c'est vraisemblable; il dit bien que l'enfant est aussi son enfant.

D'un autre côté le pénis a aussi sans aucun doute sa part dans ces processus mystérieux il en témoigne par son excitation qui accompagne tout ce travail de pensée. A cette excitation sont liées des impulsions que l'enfant ne sait pas interpréter impulsions obscures à une action violente pénétrer casser percer des trous partout.

Mais quand l'enfant semble ainsi en bonne voie pour postuler l'existence du vagin et reconnaître dans une telle pénétration du pénis du père dans la mère cet acte par lequel l’enfant apparaît dans le corps de la mère c'est là que la recherche s'interrompt déconcertée : elle vient buter sur la théorie selon laquelle la mère possède un pénis comme l'homme et l'existence de la cavité qui reçoit le pénis demeure inconnue de l'enfant.

On admettra volontiers que l'insuccès de son effort de pensée facilite le rejet et l'oubli de celui-ci. Cette rumination intellectuelle et ce doute sont pourtant les prototypes de tout le travail de pensée ultérieur touchant la solution de problèmes et le premier échec a un effet paralysant pour toute la suite du temps.

L'ignorance du vagin fait aussi que la seconde des théories sexuelles ne peut être convaincante pour l'enfant. Si l'enfant croît dans le corps de la mère puis s'en trouve enlevé cela ne peut se produire que par un seul chemin l'orifice intestinal. L'enfant doit être évacué comme un excrément, une selle.

Quand, dans les années ultérieures, la même question fera l'objet de la réflexion solitaire, ou d'une conversation entre deux enfants, certaines informations peuvent bien prendre cours : l'enfant viendrait par le nombril qui s'ouvre ou bien le ventre serait fendu pour que l'enfant en soit extrait, comme cela arrive au loup dans le conte du petit chaperon rouge.

Ces théories sont exprimées ouvertement et on en garde plus tard un souvenir conscient; elles ne contiennent plus rien de choquant. Les mêmes enfants ont alors tout à fait oublié qu'ils croyaient dans les années antérieures à une autre théorie de la naissance à laquelle fait à présent obstacle le refoulement intervenu entre-temps, des composantes sexuelles anales.

A l'époque la selle était quelque chose dont on pouvait parler sans honte dans la chambre des enfants. l'enfant ne se tenait pas encore aussi éloigné de ses penchants coprophiliques constitutionnels; il n'y avait rien de dégradant à venir au monde comme un de ces tas de crotte que le dégoût n'avait pas encore proscrits. La théorie cloacale qui demeure valable pour tant d'animaux était la plus naturelle et la seule qui pût s’imposer à l'enfant comme étant vraisemblable.

Mais alors il n'y avait rien que de logique à ce que l'enfant refusât à la femme le douloureux privilège de l'enfantement. Si les enfants sont mis au monde par l'anus l'homme peut aussi bien enfanter que la femme. Le petit garçon peut donc également forger le fantasme qu'il fait lui-même des enfants sans que nous ayons besoin pour autant de lui imputer des penchants féminins. Il ne fait par là que manifester la présence encore active de son érotisme anal.

Si la théorie cloacale de la naissance subsiste dans la conscience pendant les années ultérieures de l'enfance, ce qui arrive parfois, elle apporte aussi avec elle une solution de la question portant sur l'origine des enfants solution qui assurément n'offre plus rien d'originaire.

Cela se passe comme dans le conte. On mange une certaine chose et cela vous fait avoir un enfant. La malade mentale redonne vie à cette théorie infantile de la naissance. Une maniaque par exemple va conduire le médecin en train de faire sa visite jusqu'à un petit tas de crotte qu'elle a déposé dans un coin de sa cellule et lui dire en riant : Voilà l'enfant que j'ai eu aujourd'hui.

La troisième des théories sexuelles typiques s'offre aux enfants quand à la faveur de quelque hasard domestique ils se trouvent être témoins des rapports sexuels de leurs parents rapports dont ils ne peuvent avoir d'ailleurs que des perceptions très incomplètes.

Quel qu'en soit le fragment qui s'offre alors à leur observation - positions respectives des deux personnes bruits ou telle circonstance annexe - ils en arrivent dans tous les cas à la même conception qu'on peut appeler une conception sadique du coït: ils y voient quelque chose que la partie la plus forte fait subir avec violence à la plus faible et ils le comparent surtout les garçons à une lutte comme celle dont ils ont l'expérience dans les rapports entre enfants et d'où n'est pas absent un supplément d'excitation sexuelle. Je n'ai pas pu établir que les enfants reconnaissaient dans l'observation de ce qui s'était passé entre les parents le fragment nécessaire à la solution du problème des enfants; plus souvent il apparaissait que cette relation était méconnue par les enfants, précisément en fonction du fait qu'ils avaient ainsi interprété l'acte amoureux comme un acte de violence.

Mais cette conception sadique du coït donne elle-même l'impression d'un retour de l'obscure impulsion à exercer une activité qui, au moment de la première réflexion sur l'énigme de l'origine des enfants, se rattachait à l'excitation du pénis. Il ne faut pas non plus écarter la possibilité que la toute première impulsion sadique, qui aurait presque fait deviner le coït, est elle-même intervenue sous l'influence des souvenirs les plus obscurs des rapports parentaux souvenirs pour lesquels l'enfant, alors qu'il partageait encore dans ses premières années la chambre à coucher des parents, avait reçu le matériel sans qu'à l'époque il lui donnât sa valeur.

La théorie sadique du coït qui ainsi isolée va égarer la recherche là où elle aurait pu apporter des confirmations est encore une fois l'expression d'une des composantes sexuelles innées qui peut être plus ou moins prononcée selon les enfants et c'est pourquoi elle est juste jusqu'à un certain point : elle devine en partie l'essence de l'acte sexuel et la « lutte des sexes qui le précède.

Il n'est pas rare non plus que l'enfant soit à même d'appuyer sa conception sur des perceptions accidentelles qu'il saisit pour une part correctement mais qu'il interprète pour une autre part de nouveau faussement et même à l'envers. De fait chez beaucoup de couples la femme répugne généralement à l'étreinte conjugale qui ne lui apporte aucun plaisir mais seulement le danger d'une nouvelle grossesse et il se peut que la mère fournisse ainsi à l'enfant qui est censé dormir (ou qui fait semblant de dormir), une impression qui ne peut vraiment être interprétée que comme une action de défense contre un acte de violence.

D'autres fois encore c'est l'ensemble du mariage qui offre à l'enfant attentif le spectacle d'une lutte permanente se manifestant dans des éclats de voix et des gestes hostiles; aussi l'enfant ne s'étonnera-t-il pas que cette lutte se poursuive aussi pendant la nuit et finalement soit conduite par les mêmes méthodes que celles dont il use habituellement dans ses rapports avec ses frères et sœurs ou ses camarades de jeu.

Si l'enfant découvre des taches de sang dans le lit ou sur le linge de sa mère, il y voit encore une confirmation de sa conception. C'est pour lui une preuve de ce que dans la nuit son père a commis une nouvelle agression contre la mère alors que nous interpréterons plus volontiers cette tache fraîche de sang comme l'indice d'une pause dans les rapports sexuels.

Bien des phénomènes autrement inexplicables d'horreur du sang chez les nerveux trouvent leur explication à la lumière de cette connexion. L'erreur de l'enfant recouvre de nouveau un fragment de vérité; en effet, dans une certaine situation bien connue, la tache de sang prend valeur de signe du rapport sexuel initial.

En relation moins étroite avec l'insoluble problème de savoir d'où viennent les enfants l'enfant se préoccupe d'une autre question: quels sont l'essence et le contenu de cet état que l'on appelle « être marié ; il y répond différemment selon la conjonction de perceptions fortuites fournies par les parents et de celles de ses propres pulsions qui sont encore marquées de plaisir. Mais ce qui est commun à toutes ces réponses c'est que l'enfant se promet de l'état d'être marié une satisfaction de plaisir et suppose qu'il n'y est plus question d'avoir honte. La conception que j'ai rencontrée le plus souvent veut qu' « on urine l'un devant l'autre »; une variante résonne comme si elle voulait apporter sur un mode symbolique plus de savoir l'homme urine dans le pot de la femme.

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