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Les théories sexuelles infantiles
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D'autres fois le sens du mariage réside en ceci : on se montre mutuellement son derrière (sans avoir honte). Dans un cas où l'éducation avait réussi à retarder pour un temps particulièrement long la connaissance sexuelle, une jeune fille de quatorze ans déjà réglée en vint, par l'incitation de ses lectures à l'idée que l'état de mariage consistait en un mélange du sang, et comme sa propre sur n'avait pas encore ses règles cette jeune concupiscente entreprit un attentat sur une amie en visite qui avait confié qu'elle avait ses règles pour la contraindre à ce mélange du sang.Les opinions infantiles sur la nature du mariage qui sont souvent retenues par la mémoire consciente ont une grande importance pour la symptomatologie d'une affection névrotique ultérieure. Elles se donnent d'abord une expression dans les jeux des enfants dans lesquels on fait ensemble ce qui constitue l'état d'être marié et plus tard le désir d'être marié peut prendre la forme d'expression infantile pour apparaître dans une phobie tout d'abord non reconnaissable ou dans un symptôme correspondant.
Ce seraient là les plus importantes des théories sexuelles de l'enfant typiques produites spontanément dans les toutes premières années sous la seule influence des composantes pulsionnelles sexuelles. Je sais que je n'ai pas réussi à produire un matériel complet ni à établir sans lacunes le rapport avec le reste de la vie de l'enfant.
Je peux encore ajouter ici quelques compléments dont autrement toute personne informée aurait ressenti l'absence. Soit par exemple la théorie importante selon laquelle c'est par un baiser qu'on a un enfant, théorie qui trahit avec évidence la prédominance de la bouche comme zone érogène. Dans mon expérience cette théorie est exclusivement féminine et plus d'une fois nous la rencontrons avec un rôle pathogène chez des jeunes filles pour qui la recherche sexuelle a été soumise dans l'enfance à de très fortes inhibitions.
Une de mes patientes est parvenue par une perception fortuite à la théorie de la Couvade qui comme on sait est une coutume en vigueur chez plus d'un peuple et qui vise vraisemblablement à combattre le doute jamais entièrement surmontable, concernant la paternité. Un des oncles de cette patiente quelque peu original resta pendant des jours à la maison après la naissance de son enfant; il recevait les visiteurs en robe de chambre d'où elle conclut que les deux parents avaient pris part à la naissance et devaient s'aliter.
Autour de la dixième ou onzième année, les enfants commencent à être informés des questions sexuelles. Un enfant qui a grandi dans une atmosphère sociale moins inhibée, ou qui a trouvé des occasions plus favorables à l'observation raconte aux autres ce qu'il sait, parce que par là il peut se sentir mûr et supérieur. Ce que les enfants apprennent ainsi est le plus souvent la vérité c'est-à-dire que leur est révélée l'existence du vagin et sa destination mais, à part cela les explications qu'ils s'empruntent les uns aux autres sont souvent mêlées avec du faux et chargées des résidus des théories sexuelles infantiles anciennes.
Elles ne sont presque jamais complètes ni suffisantes pour résoudre le tout premier problème. Tout comme au début l'ignorance du vagin, c'est maintenant l'ignorance du sperme qui empêche l'intelligence de l'ensemble. L'enfant ne peut deviner qu'une autre substance que l'urine est émise par le membre de l'homme et il peut arriver qu'une jeune fille innocente, aussi tard que pendant sa nuit de noces s'indigne de ce que son mari urine en elle .
Les informations des années de la prépuberté provoquent un nouvel élan dans la recherche sexuelle des enfants; mais les théories que les enfants créent alors n'ont plus la marque typique et originaire qui caractérisait les théories primaires, de la première enfance, au temps où les composantes sexuelles infantiles pouvaient sans connaître d'inhibition et sans subir de transformation trouver leur expression dans des théories.
Les efforts intellectuels ultérieurs pour résoudre les énigmes sexuelles ne m'ont pas paru dignes d'être recueillis : ils ne peuvent plus guère prétendre avoir une importance pathogène. Leur multiplicité dépend naturellement en premier lieu de la nature de l'explication reçue; leur importance réside plutôt en ce qu'ils réveillent les traces devenues inconscientes de cette première période de l'intérêt sexuel de sorte qu'il n'est pas rare qu'une activité sexuelle masturbatoire et qu'une partie du détachement affectif à l'endroit des parents leur soient liées. D'où la condamnation des éducateurs jugeant qu'une telle explication donnée dans ces années corrompt les enfants.
Quelques exemples peuvent montrer quels éléments entrent souvent dans ces cogitations tardives des enfants touchant la vie sexuelle. Une jeune fille avait entendu dire par ses camarades d'école que l'homme donne à la femme un uf qu'elle couve dans son corps. Un garçon, qui avait aussi entendu parler de luf identifie cet uf avec le terme vulgaire pour désigner un testicule et se casse la tête pour savoir comment le contenu des bourses peut se renouveler constamment.
Les explications vont rarement assez loin pour éviter des incertitudes essentielles concernant les processus sexuels. Ainsi des jeunes filles en viennent-elles à s'attendre à ce que le rapport sexuel n'ait lieu qu'une fois mais dure très longtemps vingt-quatre heures et que la série de tous les enfants résulte de cette seule fois. On pourrait penser que dans ce cas l'enfant a acquis sa connaissance du processus de reproduction chez certains insectes; mais cette supposition n'est pas confirmée, la théorie apparaît comme une création spontanée. D'autres jeunes filles méconnaissent la période de gestation la vie dans le corps maternel, et supposent que l'enfant vient au monde immédiatement après la nuit du premier rapport.
Marcel Prévost dans ses Lettres de femmes a fait de cette erreur de jeune fille une amusante histoire. Le thème de cette recherche sexuelle tardive des enfants ou des adolescents demeurés au stade infantile peut difficilement s'épuiser et n'est peut-être pas en général sans intérêt mais il demeure assez éloigné de mon intérêt, et je dois seulement souligner là que les enfants produisent beaucoup de choses fausses dans le but de contredire une connaissance plus ancienne, meilleure mais devenue inconsciente et refoulée.
La façon dont les enfants se comportent à l'égard des informations qui leur sont données a aussi son importance. Chez beaucoup d'entre eux, le refoulement sexuel s'est développé si avant qu'ils ne veulent rien entendre, et ils réussissent à demeurer ignorants même dans les années ultérieures apparemment du moins jusqu'à ce que dans la psychanalyse des névrosés le savoir émanant de la première enfance vienne à jour.
Je connais aussi deux garçons qui ont entre dix et treize ans et qui certes ont reçu des explications sexuelles mais ont opposé à celui qui s'en portait garant cette fin de non-recevoir : il se peut que ton père et d'autres se comportent de la sorte mais je suis bien sûr que mon père lui ne ferait jamais ça.
Pour variées que soient ces conduites tardives des enfants à l'égard de la satisfaction du désir sexuel de savoir pour ce qui est de leurs premières années d'enfance, nous sommes en droit dadmettre un comportement tout à fait uniforme, et de croire qu'autrefois ils faisaient les plus grands efforts afin de découvrir ce que les parents font ensemble pour que viennent les enfants.