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Réflexions psychanalytiques sur les tics

(5ème partie)

Je dois dire ici que j'ai déjà parlé dans certains travaux antérieurs de la « génitalisation des autoérotismes », que cet article présente comme étant à l'origine du tic et de la catatonie, en y voyant le mode de formation des « phénomènes de matérialisation » hystérique (dans l'hystérie de conversion). Je ne peux éluder plus longtemps la tâche difficile qui consiste à rechercher les différences qui, malgré leurs nombreux points communs, distinguent ces états.

J'ai déjà souligné la différence essentielle entre un symptôme de conversion hystérique et les symptômes corporels localisés d'une névrose narcissique (tic, catatonie). Dans l'hystérie, névrose de transfert, le matériel pathogène refoulé appartient aux traces mnésiques de choses inscrites dans l'inconscient, relatives aux objets de la libido (personnes). Par suite du lien associatif, constant et réciproque, entre le système mnésique de choses et le système mnésique du Moi (du corps), le matériel psychique pathogène de l'hystérique peut utiliser le matériel mnésique somatique associé à ce matériel comme moyen d’expression.

C'est ce qui expliquerait la « complaisance somatique » dont Breuer et Freud ont fait mention dès les toutes premières analyses d'hystérie. Par exemple dans le cas célèbre de la patiente Anna, la paralysie hystérique du bras s'expliquerait par le fait que la malade, à un moment critique où ses tendances psychiques antagonistes entraient en conflit, a laissé par hasard son bras pendre par-dessus le dossier d'une chaise et celui-ci « s'est endormi ». De la même façon, une larme qui a troublé sa vue a été à l'origine de sa macropsie ultérieure.

Le catarrhe fortuit d'une patiente de Freud (Dora) est devenu, sous le masque d'une «toux nerveuse», le moyen d'exprimer avec beaucoup de nuances les motions amoureuses les plus complexes, etc. Dans la conversion hystérique, l'énergie psychique appartenant à des souvenirs de choses refoulés sert donc à renforcer et, finalement, à « matérialiser » des souvenirs du Moi (corps) qui leur sont associés. Tel serait le mécanisme du «saut du psychique dans le somatique» lors de la formation du symptôme hystérique.

Dans le tic, par contre, le souvenir traumatique du Moi (du corps) se met spontanément en avant chaque fois que l'occasion s'en présente. On pourrait donc dire les tics (et la catatonie) sont en réalité des hystéries du Moi ; ou encore, dans la terminologie de la théorie de la libido : les symptômes de conversion hystérique sont des expressions de l'amour objectal (génital) qui revêt la forme d'autoérotismes, alors que le tic et la catatonie sont des autoérotismes qui ont dans une certaine mesure adopté des qualités génitales.

Comparons enfin les expressions motrices des actes compulsifs et le tic. Freud nous a appris que ces actes sont des mesures psychiques de défense qui ont pour but d'empêcher le retour de certaines pensées pénibles ; ce sont les «substituts par déplacement » somatiques de pensées obsédantes. Les actes compulsifs se distinguent généralement des tics et des stéréotypies par leur plus grande complexité ; ce sont vraiment des actes qui visent à modifier le monde extérieur (le plus souvent dans un sens ambivalent) et dans lesquels le narcissisme ne joue qu'un rôle secondaire, voire nul. Le diagnostic différentiel de ces symptômes moteurs n'est souvent possible qu'après une longue psychanalyse.

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