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Considérations sociales dans certaines psychanalyses

Troubles psychiques consécutifs à une ascension sociale

Je dispose d’un petit nombre d’observations concernant des névroses pour lesquelles l’ascension sociale de la famille à une époque où les patients étaient très jeunes, en particulier à la période de latence sexuelle, a constitué un facteur étiologique d’une grande importance. Trois cas concernent des hommes qui souffraient d’impuissance sexuelle ; dans le quatrième cas, il s’agit d’une patiente atteinte d’un tic convulsif. Deux des patients étaient des cousins dont les pères étaient devenus riches et « distingués » au même moment, c’est-à-dire à une époque où leurs filles avaient entre sept et neuf ans.

Dans les trois cas d’impuissance, les patients étaient passés par une période de sexualité infantile polymorphe extrêmement violente et exubérante dont nul contrôle, nulle convention sociale n’était venus entraver l’épanouissement. A l’âge en question, ils furent amenés à vivre dans des conditions de raffinement qui leur étaient tout à fait étrangères et les obligèrent plus ou moins à quitter leur ancienne résidence à la campagne pour aller habiter la ville et même une grande ville.

Ce changement leur fit perdre leur audace et leur assurance d’autrefois, car leur exubérance même les contraignit à développer des formations réactionnelles particulièrement intenses s’ils voulaient correspondre un tant soit peu à l’Idéal-du-moi de ce nouveau milieu plus raffiné. Il n’y a rien d’étonnant à ce que cette vague de refoulement ait porté avec une force toute particulière sur leur agressivité sexuelle et leur capacité génitale.

Dans tous ces cas, mais plus particulièrement chez la patiente atteinte de tics, j’ai constaté l’existence d’un narcissisme bien supérieur à la moyenne, qui prenait la forme d’une sensibilité excessive. Les patients considéraient comme une offense personnelle la moindre négligence dans les règles de la politesse courante ; ils souffraient tous du « complexe des invitations» et pouvaient vouer une haine éternelle à celui qui les avait un jour écartés. Naturellement cette susceptibilité cachait le sentiment de leur propre infériorité sociale et plus particulièrement l’action inconsciente d’excitations sexuelles perverses.

La malade atteinte de tics et un des cas d’impuissance avaient encore un autre point commun : leur ascension, survenue à la période de latence, n’avait pas été seulement d’ordre social mais également moral, dans la mesure où elle compensait du même coup le caractère illégitime de leur naissance. Une sœur cadette de la tiqueuse, un frère cadet et un frère aîné d’un des patients impuissants avaient été épargnés par la maladie, sans doute parce qu’ils avaient vécu cet important changement de milieu avant la fin de la période de sexualité infantile ou après le début de la puberté.

La période de latence est d’une importance extraordinaire car c’est le moment où se forment les traits de caractère et où s’établit l’Idéal-du-moi. Toute perturbation dans le cours de ce processus, comme par exemple l’introduction d’une nouvelle échelle de valeurs morales, avec le conflit inévitable entre le Moi et la sexualité qu’il implique, peut entraîner, plus souvent que nous ne l’avons soupçonné jusqu’ici, le déclenchement d’une névrose.

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