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Homosexualité passive et homosexualité active

Une (...) différence frappante entre l’homoérotique « subjectif » et l’homoérotique « objectif, c’est que le premier (l’inverti) se sent attiré de préférence par des hommes mûrs, forts, et entretient avec les femmes des relations amicales, pour ainsi dire confraternelles; l’homoérotique objectif, par contre, s’intéresse presque exclusivement aux jeunes garçons délicats, d’allure efféminée, et témoigne à l’égard des femmes une antipathie marquée, souvent même une haine mal ou nullement dissimulée.

Le véritable inverti ne s’adresse presque jamais de lui-même au médecin, il se sent parfaitement à l’aise dans son rôle passif et son seul désir est que l’on s’accommode de sa particularité sans gêner le mode de satisfaction qui lui convient. N’ayant pas de conflits intérieurs à affronter, il peut entretenir pendant des années des liaisons heureuses et il ne craint en fait que le danger et l’humiliation venant de l’extérieur. Au demeurant, son amour est féminin dans les moindres détails.

La surestimation sexuelle qui, selon Freud, caractérise l’amour masculin, n’existe pas chez lui; il n’est pas très passionné et, comme un vrai Narcisse, il demande surtout à son amant de reconnaître ses avantages physiques et autres.

L’homoérotique d’objet, par contre, est sans cesse tourmenté par la conscience de son anomalie. Il n’est jamais entièrement satisfait par les rapports sexuels, il est poursuivi par des remords de conscience et surestime à l’extrême son objet sexuel.

Torturé par des conflits, il ne se résigne jamais à son état; d’où ses tentatives répétées d’avoir prise sur le mal avec l’aide du médecin. S’il change souvent de partenaire, ce n’est pas, comme l’inverti, par légèreté mais à la suite de déceptions douloureuses et d’une quête infructueuse de son idéal amoureux. (La « formation de séries », selon l’expression de Freud.)

Il arrive que deux homoérotiques de type différent forment un couple. L’inverti trouve dans l’homoérotique d’objet un amant parfait, qui l’adore, le soutient matériellement, est énergique et imposant; quant à l’homoérotique d’objet, c’est précisément le mélange de traits masculins et féminins qui peut lui plaire dans l’inverti. (Toutefois je connais aussi des homoérotiques actifs qui désirent exclusivement des jeunes gens non invertis et c’est faute de mieux qu’ils se contentent des invertis.)

Ces deux portraits de l’homoérotisme, quelle que soit la facilité avec laquelle on puisse les distinguer, n’ont d’autre valeur que celle d’une description superficielle de syndromes tant qu’ils ne sont pas soumis à la méthode analytique propre à la psychanalyse, qui seul peut nous faire comprendre leur formation sur le plan psychologique.

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