Lhomosexualité active consécutive à une menace ou à une interdiction
Une analyse superficielle suffit à mettre de nouveau en évidence laspect très différent de lhomoérotisme dobjet. Après une investigation des plus brèves, ceux qui en sont atteints savèrent être des névrosés obsessionnels typiques. Ils présentent une profusion didées obsessionnelles, de mesures compulsives et de cérémoniaux destinés à sen préserver.
Une analyse approfondie rencontre ensuite derrière leur obsession le doute torturant et ce déséquilibre entre lamour et la haine que Freud a découvert comme étant au ressort des mécanismes obsessionnels. La psychanalyse de ces homoérotiques de type en général purement viril, dont le seul sentiment anormal concerne leur objet damour, ma montré clairement que cette sorte dhomoérotisme sous toutes ses formes nest elle-même quune suite de sentiments obsessionnels et dactes compulsifs.
A vrai dire, toute la sexualité est de lordre de la compulsion; mais lhomoérotisme dobjet - daprès mon expérience - est une compulsion véritablement névrotique, avec substitution non réversible par la logique à des buts et à des actes sexuels normaux de buts et dactes anormaux.
Lhistoire (mise au jour par la psychanalyse) des homoérotiques de type viril est généralement la suivante : tous étaient, dés leur plus tendre enfance, agressifs sur le plan sexuel et même hétérosexuel (ce qui confirme les constatations de Sadger). Leurs fantasmes dipiens étaient toujours « normaux » et culminaient dans des projets dagression sexuelle sadique concernant leur mère (ou la personne qui en tenait lieu) et des désirs de mort cruelle à légard du père encombrant.
Tous étaient également précoces sur le plan intellectuel et, poussés par leur désir de savoir, élaborèrent une série de théories sexuelles infantiles; cest ce qui constitue plus tard la base de leurs idées obsessionnelles. Outre lagressivité et lintellectualité, leur constitution est caractérisée par un érotisme anal et une coprophilie particulièrement marqués.
Dans leur toute petite enfance, ils ont été durement châtiés par un de leurs parents pour une faute hétéroérotique (caresses indécentes sur une fillette, tentative infantile de coït) et ils ont dû réprimer à cette occasion (qui sest très souvent répétée) un violent accès de rage. Dans la période de latence - survenue précocement - ils sont devenus particulièrement dociles, évitant la compagnie des femmes et des filles, moitié par dépit, moitié par angoisse, et nayant de rapports quavec leurs camarades.
Il y eut quelques « brèches » dans la période de latence dun de mes patients sous forme de tendresse homoérotique; chez un autre, la période de latence fut troublée par un incident où il avait épié les rapports sexuels de ses parents et pour le coup la méchanceté se substitua un certain temps à sa « sagesse » dalors (fantasmes de vengeance).
Au moment de la poussée libidinale de la puberté, lhomoérotique retrouve tout dabord son penchant pour lautre sexe, mais il suffit de la moindre remarque ou du plus léger blâme de la part dune personne revêtue de lautorité pour réveiller la peur des femmes, ce qui provoque alors immédiatement ou après une courte période de latence la fuite définitive devant le sexe féminin et vers son propre sexe.
Un patient est tombé amoureux à quinze ans dune actrice sur la moralité de laquelle sa mère fit quelques remarques peu flatteuses; depuis, il sest totalement détourné du sexe féminin et se sent attiré compulsivement par les jeunes gens. Chez un autre de mes patients, la puberté a débuté par une véritable frénésie hétérosexuelle; pendant un an il devait avoir un rapport sexuel quotidien et, pour ce faire, il se procurait de largent, si nécessaire malhonnêtement.
Mais lorsquil engrossa la bonne de la maison, il fut réprimandé pour son père et insulté par sa mère; il sadonna alors avec le même zèle au culte du sexe masculin dont il na pu depuis se détourner malgré tous ses efforts.