Lextension de lhomosexualité active : un phénomène social
Lhomoérotisme peut sans doute se présenter sous des formes cliniques autres que celles que nous venons de décrire, avec des constellations de symptômes différentes; en isolant ces deux types je ne prétends nullement avoir épuisé toutes les possibilités. Par cette distinction nosologique, jai voulu essentiellement attirer lattention sur la confusion qui règne même dans la littérature traitant du problème de lhomosexualité.
Linvestigation psychanalytique montre que jusquà présent on a mis dans le même panier, sous létiquette d« homosexualité », les états psychiques les plus hétérogènes : dune part, de véritables anomalies constitutionnelles (inversion, homoérotisme de sujet) et de lautre, des états psychonévrotiques obsessionnels (homoérotisme dobjet ou obsessionnel).
Lindividu de la première catégorie se caractérise essentiellement par le fait quil-se-sent-femme avec le désir dêtre aimé de lhomme, tandis que dans lautre catégorie il sagit plutôt dune fuite devant la femme que dune sympathie pour lhomme.
En décrivant lhomoérotisme dobjet comme un symptôme névrotique, je me trouve en opposition avec Freud qui, dans sa « théorie de la sexualité », définit lhomosexualité comme une perversion, et la névrose, comme le négatif de la perversion. La contradiction nest pourtant quapparente.
Des « perversions », cest-à-dire des fixations à des buts sexuels primitifs ou passagers, peuvent très bien être mises au service de tendances névrotiques au refoulement, auquel cas une partie de lauthentique perversion (positive), névrotiquement exagérée, représente en même temps le négatif dune autre perversion.
Cest précisément le cas de l« homoérotisme dobjet ». La composante homoérotique, qui normalement ne fait jamais défaut, est surinvestie dans ce cas par une masse daffects qui dans linconscient concernent une autre perversion refoulée, à savoir un hétéroérotisme dont la force est telle quil est incapable daccéder à la conscience.
Des deux types dhomoérotisme décrits ici, lhomoérotisme « objectif » me semble le plus fréquent et le plus important du point de vue social; il rend un grand nombre dhommes, généralement de valeur (tout en ayant une prédisposition à la psychonévrose), incapables dune vie sociale et les écarte de la reproduction.
Le nombre toujours croissant dhomoérotiques dobjet constitue également un phénomène social dune importance non négligeable qui demande explication. Lhypothèse qui me sert provisoirement dexplication consiste à voir dans lextension de lhomoérotisme dobjet une réaction anormale au refoulement relativement trop excessif de la composante pulsionnelle homoérotique exigé par la civilisation, autrement dit un échec de ce refoulement.