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Une explication psychanalytique du Donjuanisme
Lamphiérotisme joue un rôle bien plus grand dans la vie psychique des peuples primitifs (et des enfants) que dans celle des peuples civilisés. Pourtant, chez les peuples hautement civilisés (par exemple chez les Grecs), cétait une forme de satisfaction voluptueuse non seulement tolérée mais reconnue; il en est encore ainsi de nos jours en Orient.
Si lhomoérotisme proprement dit est absent dans les pays modernes de culture européenne ou sy rattachant, sa sublimation, encore si naturelle dans lAntiquité, - lamitié passionnée et pleine dabnégation entre hommes - fait également défaut. Il est en effet étonnant de voir à quel point se perdent chez les hommes daujourdhui le don et la capacité de tendresse et damabilité réciproques. A leur place règnent ouvertement entre les hommes la rudesse, lopposition et la rivalité.
Comme il est impensable que ces affects tendres, encore si marqués chez lenfant, aient disparu sans laisser de traces, il faut bien concevoir ces signes de résistance comme des formations réactionnelles, comme des symptômes dune défense contre la tendresse éprouvée pour son propre sexe.
Jirai même jusquà voir dans les combats barbares des étudiants allemands des preuves de la tendresse envers son propre sexe, déformée de cette manière. (Quelques traces en subsistent encore de nos jours sous une forme positive, par exemple dans la vie des associations et des partis, dans le « culte des héros », dans la prédilection de beaucoup dhommes pour les femmes viriles et pour les actrices en travesti masculin et enfin - sous forme daccès plus crûment érotiques - dans livresse où lalcool détruit les sublimations.)
Il semble cependant que lhomme moderne nait pas trouvé dans ces rudiments damour pour son propre sexe une compensation suffisante à la perte de lamour amical. Une partie de lhomoérotisme reste « librement flottante » et réclame satisfaction; mais comme cela est impossible dans les relations régies par la civilisation actuelle, cette quantité de libido doit subir un déplacement, se déplacer sur les relations affectives avec lautre sexe.
Je crois très sérieusement que, du fait de ce déplacement daffects, les hommes daujourdhui sont tous sans exception des hétérosexuels compulsifs; pour se détacher de lhomme ils deviennent les valets des femmes. Cela pourrait expliquer la vénération de la femme et lattitude « chevaleresque » excessive et souvent visiblement affectée qui dominent lunivers masculin depuis le Moyen Age.
Ce serait également une explication possible du donjuanisme, cette quête compulsive, et pourtant jamais complètement satisfaite, daventures hétérosexuelles toujours nouvelles. Au risque de voir Don Juan lui-même trouver cette théorie ridicule, je suis obligé de le considérer comme un obsessionnel qui ne peut jamais trouver la satisfaction dans cette série interminable de femmes (dont le valet Leporello tient si consciencieusement la liste à jour) car ces femmes ne sont en vérité que des substituts dobjets damour refoulés.