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De puissantes tendances refoulées

(Homosexualité)

Je ne voudrais pas que l’on interprète mal ma pensée. Je trouve naturel et fondé dans l’organisation psychophysique des sexes que l’homme préfère de beaucoup la femme à son propre sexe; ce qui par contre ne l’est pas, c’est qu’il doive rejeter les hommes et adorer les femmes avec une exagération compulsive.

Il n’est pas étonnant que si peu de femmes réussissent à répondre à ces exigences démesurées et à satisfaire, en plus de tous les autres, les besoins homoérotiques de l’homme en tant que « compagne », sans doute une des raisons les plus fréquentes des malheurs conjugaux.

Cet homoérotisme excessif destiné à refouler l’amour pour ceux de son sexe me rappelle involontairement l’épigramme de Lessing (Epigrammes, liv. II, n° 6): « Le peuple injuste accusait faussement le loyal Turan d’aimer les garçons. Pour donner un démenti à ces mensonges, que pouvait-il faire - si ce n’est de coucher avec sa sœur. »

On voit mal encore quelle peut être la cause de la proscription prononcée à l’encontre de cette forme de tendresse entre hommes. Il est possible que le renforcement considérable du sens de la propreté au cours des siècles derniers, c’est-à-dire le refoulement de l’érotisme anal, en ait fourni le plus puissant motif. L’homoérotisme, même le plus sublimé, est en rapport associatif plus ou moins inconscient avec la pédérastie, qui est une activité érotique-anale.

Le nombre croissant d’homoérotiques dans la société moderne serait alors l’indice d’un échec partiel, du « retour » du refoulé.

Notre tentative d’expliquer la prédominance de l’homoérotisme d’objet se résume donc à peu près ainsi : le refoulement excessif de la composante pulsionnelle homoérotique dans la société actuelle a en général entraîné un renforcement légèrement obsessionnel de l’hétéroérotisme masculin.

Quand l’hétéroérotisme est fortement limité ou inhibé, comme c’est nécessairement le cas en ce qui concerne l’éducation de la jeunesse, il se produit facilement - surtout chez les sujets prédisposés - un déplacement rétrograde de la compulsion à l’hétéroérotisme sur l’homoérotisme, ce qui entraîne une névrose obsessionnelle homoérotique.

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