![]()
Le développement mental
Les débuts du développement mental :
Le Moi archaïque
INVESTIGATIONS
DES PREMIERES PHASES DU DEVELOPPEMENT :
DIFFICULTES METHODOLOGIQUES
Dans les tempêtes daffects et les accès émotionnels, les phénomènes sont déterminés par des facteurs biologiques et phylogénétiques ; dans les névroses, les phénomènes sont conditionnés par lhistoire individuelle. Pour comprendre les névroses, il faut avoir une connaissance approfondie des premières phases du développement mental, puisque le névrosé en conserve des restes ou quil y a régressé. En conséquence, les chapitres suivants donneront une esquisse brève et schématique de ce développement.Nos conceptions sur les débuts de la vie mentale ont été très lentement élaborées à partir du matériel recueilli au cours de lanalyse dadultes névrosés. Elles furent confirmées plus tard par lobservation directe des enfants. Les toutes premières années sont nécessairement restées les plus obscures. En premier lieu, lanalyse et la cure dune névrose ne commandent pas toujours un retour aux premiers âges ; deuxièmement, il devient de plus en plus difficile de saisir les réactions mentales à mesure que lon creuse plus avant dans les époques où il ny a pas encore de langage et où de nombreuses fonctions, plus tard distinctes, ne sont pas encore différenciées. Il est difficile dessayer de surmonter ces obstacles par lobservation directe des enfants avant lâge de la parole ; les documents ainsi recueillis peuvent donner lieu à des interprétations psychologiques diverses. Il est fort tentant dappliquer au comportement des tout jeunes enfants, les concepts et les idées valables pour des stades plus avancés. Il semble, en fait, que cette critique sapplique à plusieurs travaux psychanalytiques sur les premières phases du développement du Moi. Jusquici, on a fait peu dobservations systématiques de tout petits enfants, du point de vue de la psychanalyse. Les observations de la psychologie expérimentale apportent une contribution importante : mais ces recherches abordent le matériel dune manière, dans lensemble, bien différente de la psychanalyse.
Lanalyse des psychoses, avec leurs régressions à des phases primitives du Moi, enrichissent beaucoup nos connaissances sur ces premiers stades. Lanalyse de psychosés fait, pour la compréhension des débuts du développement mental, ce qua fait lanalyse des névrosés, avec leur régression à la sexualité infantile, pour la compréhension des stades infantiles de la sexualité. Bien entendu, les psychoses ne sont pas les seuls états où lon puisse observer des régressions du Moi. Chez lhomme sain également, des fonctions archaïques du Moi reviennent au jour dans les états dintoxication, dépuisement et spécialement au réveil et au moment de lassoupissement.
LES PREMIERS STADES
Les fonctions mentales représentent un appareil de maîtrise des stimuli qui se complique progressivement. On doit donc concevoir les premières phases au moyen des expressions " excitation " et " détente " et seules les phases suivantes peuvent être décrites en termes mieux définis et plus différenciés.
Le Moi se différencie sous linfluence du monde extérieur. En conséquence, on peut dire que le nouveau né na pas de Moi. Le petit de lhomme naît plus dépendant de laide extérieure que les autres mammifères. Il mourait si lon ne soccupait pas de lui. Il est assailli par dinnombrables stimuli quil ne peut pas maîtriser. Il est incapable de mouvements volontaires, incapable de différencier les excitations qui lenvahissent. il ne connaît pas le monde des objets et est encore impuissant à " lier " des tensions. On devine quil na pas conscience claire mais au plus une sensibilité indifférenciée au plaisir et à la douleur, à laugmentation ou à la diminution de tension. Les fonctions qui, par la suite, constitueront précisément le Moi et la conscience : la compréhension du monde extérieur (perception), la maîtrise de lappareil moteur (motricité) et la capacité de lier des tensions par des contre-investissements, nexistent pas encore.
Il y a, naturellement, des réactions aux excitations avant même lexistence du Moi ; les fonctions qui seront celles du Moi, sexercent par tout lorganisme, sans différenciation.
Lorigine du Moi nest pas un processus homogène. Il débute à la naissance (peut-être même avant) et, au sens strict, il nest jamais achevé. A la naissance, lorganisme émerge dun milieu relativement tranquille, pour se trouver dans un état dexcitations intenses avec le minimum de protection contre elles. Cette inondation de stimuli en labsence dun appareil de défense approprié est, suivant Freud, le modèle de toutes les angoisses ultérieures.
Il est probable que cette inondation par les excitations est extrêmement désagréable et fait naître la première tendance mentale, la tendance à se débarrasser de létat de tension. Quand le monde extérieur parvient à aider le nourrisson à se rendre maître, dune façon satisfaisante, de ces excitations, il sendort. il est réveillé par de nouveaux stimuli, tel que la faim, la soif, le froid. Les premières traces de conscience ne font pas la différence entre moi et non-moi , mais plutôt entre une tension plus ou moins grande ; à ce moment, la détente est concomitante de la perte de conscience. Si tous les besoins pouvaient être immédiatement satisfaits, le concept de la réalité ne se formerait peut-être jamais.
LA DECOUVERTE DES OBJETS ET LA FORMATION DU MOI
La vie du nourrisson alterne de la faim (et du froid et des autres stimuli qui lincommodent) au sommeil. La faim (et les autres excitations irritantes) provoque un état de tension et, en conséquence, la tendance à se débarrasser des tensions. Létat de tension disparaît avec la satiété : et le sommeil, qui est un état relativement exempt dexcitation, sensuit. les premiers signes dune représentation dobjet doivent prendre naissance dans létat de la sensation de faim. Quand apparaissent des ébauches plus distinctes de ce que seront les fonctions du Moi, la compréhension que quelque chose doit être fait par le monde extérieur pour diminuer les stimuli, conduit, pour la première fois, le nourrisson à avoir envie dobjets. Une relation objectale aussi primitive nexiste quautant que lobjet est absent ; avec sa venue, létat denvie sapaise et le sommeil survient.
Avant linstauration de ce " premier objet ", lenfant est physiquement dépendant des personnes dont les interventions le maintiennent en vie. Ces personnes ne sont pourtant pas, au sens psychologique, les objets du nourrisson puisquil na pas la conscience du monde extérieur mais uniquement de ses propres perceptions de tension ou de détente. Chez lenfant, la première prise de conscience dun objet doit provenir de létat dattente nostalgique de quelque chose qui lui est familier quelque chose qui peut satisfaire ses besoins mais qui sur le moment fait défaut.
Cette première acceptation de la réalité nest quune étape vers le but ultime de sen défaire. Cest à ce point que naît une contradiction dune importance capitale dans la vie humaine : la contradiction entre la nostalgie dune détente complète et la nostalgie dun objet (la soif dexcitations). le mécanisme le plus ancien est, nécessairement, la recherche de la décharge et de la détente, expression du principe de constance. Le fait que des objets extérieurs ont produit létat de satisfaction de détente souhaité, a entraîné une complication : les objets sont devenus désirables. Il est vrai, quau début, ils nétaient recherchés que comme des instruments qui se faisaient de nouveau disparaître. Létat de besoin nostalgique des objets a donc débuté comme un détour sur le chemin dont le terme était justement de se débarrasser des objets (des excitations). Cest probablement ce que lon entend quand on dit, parfois, que la haine est plus vieille que lamour. la vérité cest que les premiers rapports objectaux ne sont ni de la haine ni de lamour, mais le précurseur encore indifférencié de ces deux sentiments.
Lorigine du Moi et lorigine du sens de la réalité ne sont que deux aspects de la même étape du développement. Ceci est inhérent à la définition du Moi comme étant cette partie de lappareil psychique qui traite avec réalité. Le concept de la réalité crée aussi le concept du Moi. Nous sommes des individus dans la mesure où nous nous sentons séparés et distincts des autres.
La conception que nous nous faisons de notre propre corps joue un rôle très spécial dans le développement du sens de la réalité. Tout dabord, il ny a que la perception dune tension, cest à dire dun " quelque chose au dedans ". Plus tard, quand on sent quil existe un objet pour apaiser cette tension, nous avons un " quelque chose au dehors ". Notre propre corps est les deux à la fois. Du fait de loccurrence simultanée des données de nos sensations externes (tactiles) et internes (cénesthésiques), notre corps devient quelque chose dà part du reste du monde et il devient ainsi possible de faire la distinction entre un Moi et un non Moi. La somme des représentations mentales du corps et de ses organes, limage du corps, constitue lidée " Moi " et elle est dune importance fondamentale pour la formation ultérieure du Moi. Limage du corps, constitue lidée " Moi " et elle est dune importance fondamentale pour la formation ultérieure du Moi. L " image du corps " ne coïncide pas avec le corps objectif ; les vêtements, ou des membres fantômes, peuvent y être inclus.
Un patient, atteint dune névrose obsessionnelle, avait la préoccupation obsédante de ses vêtements qui devaient lui aller à la perfection sans quoi il se sentait désespéré. Il avait vis à vis de ses vêtements une espèce dhypochondrie. il apparut quil était, en réalité, préoccupé par son état de santé physique. Si ses vêtements ne lui allaient pas bien, cela voulait dire que quelque chose nallait pas bien dans son corps. Ses vêtements étaient inclus dans son image du corps.
PERCEPTION PRIMITIVE ET IDENTIFICATION PRIMAIRE
Le premier état, sans représentation dobjets, narcissisme primaire. Les premières réactions aux objets, reconnus comme tels, sont faites, en grande partie, déléments formant encore un tout qui seront plus tard différenciés. Ces réactions sont comme des réflexes : cest dire que chaque excitation appelle une réaction immédiate, en accord avec le principe de constance. La réception et la décharge dexcitations, la perception et la réaction motrice, sont infiniment près les unes des autres et inséparablement intriquées. Les perceptions primitives sont justement caractérisées par leur contiguïté aux réactions motrices. Lon perçoit en modifiant dabord son corps sous linfluence de lobjet perçu et en prenant ensuite connaissance de cette modification corporelle ; et bien des perceptions, considérées comme des perceptions optiques, sont, en réalité, kinesthésiques. De même, les études, sous la formation des idées ont montré que les perceptions optiques primitives sont intimement liées à des réactions motrices à leur niveau de décharge ; on trouve le même état de choses dans les attitudes motrices qui accompagnent les hallucinations hypnagogiques et hypnapompiques.
Le rapport primitif entre la perception et lacte moteur a aussi été démontrée par Freud dans son article " A note upon the mystic writing pad ", où il met en valeur ce quil y a dactivité dans la fonction de perception. Tant que lorganisme est inondé par les excitations intenses du monde extérieur, il subit passivement cet assaut. La construction dun appareil de perception, coïncidant avec un appareil de protection contre les excitations trop intenses, entraîne la transformation de la passivité en activité. Les perceptions se font rythmiquement, évidemment sous linfluence de pulsations centrifuges (motrices) dinvestissements, que lon peut considérer comme un premier essai de maîtrise du monde extérieur. Cest le fondement dune différenciation de systèmes de perception et de systèmes de mémoire, et lorigine dune conscience plus différenciée. Cette différenciation accomplie, lorganisme est à même de se protéger contre un excès dinflux dexcitation en excluant la fonction de perception. Dès lors, le Moi fraîchement formé peut à nouveau replonger dans le Ca phénomène que lon peut observer dans lévanouissement et dans les symptômes des névroses traumatiques. Cest évidemment là le modèle de tous les mécanismes de défense ultérieurs et il peut être appliqué aussi bien contre la douleur dorigine interne que contre le déplaisir dorigine externe. On peut envisager de même le refoulement comme un blocage de la perception dexigences instinctuelles particulières. Dans le sommeil, il se fait une espèce de retour analogue du Moi dans le Ca.
Une fonction importante du Moi est le phénomène de la " fascination " décrit par Bernfeld. Une des première tentatives faites par le Moi primitif pour maîtriser des excitations intenses, consiste à initier ce qui est perçu. Apparemment, la perception et la modification de son propre corps selon ce qui est perçu, furent à lorigine, une seule et même chose. Les malades de Goldstein, atteints de lésions cérébrales, pouvaient compenser leur alexie en traçant les contours des lettres quils voyaient avec des mouvements de leur tête ; ils pouvaient ensuite lire en prenant conscience de leurs sensations kinesthésiques. Cette initiation primitive de la chose perçue est une espèce didentification, qui, une fois saisie, entraîne la perception.
Une autre réaction primitive aux premiers objets paraît plus simple et plus compréhensible : le nourrisson veut mettre les objets dans sa bouche. Cest la faim, troublant à maintes reprises la paix du sommeil, qui avait contraint lenfant à reconnaître lexistence du monde extérieur. Lépreuve de la satiété, qui la première avait banni cette tension, devint alors le modèle de maîtrise des excitations externes en général. La première réalité, cest ce qui peut savaler. A lorigine, reconnaître la réalité signifie juger si une chose aide à obtenir une satisfaction, ou si elle produit des tensions, si on doit lavaler ou la recracher. Prendre dans la bouche ou cracher au dehors sont les fondements de toute perception et, dans les états de régression, on peut voir que tous les organes des sens sont représentés, dans linconscient, comme semblables à des bouches.
Ces réactions primitives, limitation de la chose perçue et lintrojection orale de la chose perçue, sont étroitement apparentées. En psychologie normale et en psychopathologie, l " identification " donne limpression, comme Freud la toujours souligné, dêtre une régression, une identification " secondaire ", répétant une identification archaïque " primaire ". le concept dune identification primaire indique quen fait, " mettre dans la bouche " et " imiter afin de percevoir " sont une seule et même chose et représentent la toute première relation aux objets. Dans cette identification primaire, le comportement instinctuel et le comportement du Moi ne sont pas différenciés lun par rapport à lautre, le premier amour objectal (oral), la première réaction motrice aux excitations extérieures et la première perception, sont tout un. Les identifications jouent un grand rôle dans lédification du Moi qui leur succédera : cest pourquoi la nature du Moi dépend de la personnalité de ceux qui entourent lenfant. limitation du monde extérieur par lincorporation orale est aussi à la base du mode de pensée primitive, appelé magique, que nous discuterons plus loin.
Cette incorporation, qui est la première réaction aux objets en général et le précurseur des dispositions sexuelles et agressives ultérieures, détruit, en un sens psychologique, lexistence de lobjet. dans certains types damour, on peut encore observer ce comportement avec lobjet : il nexiste que pour satisfaire le Moi et il disparaît après la satisfaction. Mais le but de lincorporation des objets ne reflète pas nécessairement un tendance subjective destructrice envers lobjet. Cette incorporation primaire est la matrice de ce qui deviendra plus tard aussi bien lamour que la haine destructrice, mais elle nest encore ni lun ni lautre. Le désir excessif de détruire, que lon observe effectivement chez certains enfants (celui qui nest pas tout bonnement projeté en arrière, dans lenfance, par des malades maniaco-dépressifs), nest pas opérant chez chaque nourrisson tétant le sein de leur mère. On peut certainement démontrer lexistence de poussées destructrices orales dans des cas pathologiques. Mais les pulsions orales de lenfant normal ne contiennent pas de tendances si puissamment destructrices, avec la grande peur des représailles qui leur répond. Il ne faut pas oublier, non plus, que lincorporation nest destructrice que secondairement ; sa nature objective destructrice est utilisée pour des besoins subjectifs. La première pulsion hostile envers les objets qui font mal ou qui font obstacle au plaisir, et de les cracher, non pas de les avaler. Il est également douteux que le même objet, qui satisfait une fois et ensuite refuse de satisfaire, soit reconnu comme identique par le Moi primitif ; ce qui est plus probable, cest quil y a dabord différentes conceptions : celle dun " bon "objet que lon désire posséder en lavalant, et dun " mauvais " objet que lon veut cracher et que plus tard seulement lon veut détruire en lavalant. Quune incorporation primitive soit désignée comme " ambivalente " et que lambivalence des émotions ainsi décrites soit appelée " congénitale ", cest une question de définition. Lincorporation primitive est ambivalente dans la mesure où elle contient des éléments de haine et damour futurs ; elle nest pas ambivalente dans la mesure où lamour et la haine, en tant quopposés lun à lautre nexistent pas encore. Le besoin dobtenir une satisfaction sans considération pour l'objet (par quoi lobjet peut être détruit), nest pas le même que le besoin de détruire un objet parce quil est haï.
Mais revenons à létude de la perception. Les différences entre les perceptions des nourrissons et des adultes font que leur expérience du monde est différente. Lobservation des psychosés, qui ont régressé à des modes de perception primitifs, confirme le fait quils ressentent le monde dune manière plus vague et moins différenciée. Les objets ne sont pas nécessairement nettement distingués les uns des autres ; ou du Moi, ou de portion du Moi. Les premières images sont étendues, englobantes et inexactes. Elles ne sont pas faites déléments qui sont ensuite rassemblés, mais ce sont plutôt des unités où lon ne reconnaît que plus tard que ce sont des sommes composées déléments divers. Non seulement la perception et la motilité sont-elles inséparables, mais il y a aussi un chevauchement des perceptions de plusieurs organes sensoriels. Les sens les plus primitifs dominent spécialement les sensations kinesthésiques et les données de la sensibilité profonde (sensation proprio-ceptives).
En plus de sa forme, le contenu de la perception infantile est également différent. Herman a désigné sous le terme de perceptions primaires celles " que possède le petit enfant, mais qui disparaissent plus tard pour des raisons intérieures ou extérieures ". La nature différente de ces perceptions primaires est due, en partie, aux caractéristiques biologiques de lenfant. Du fait de sa petite taille et dune différente expérience de lespace, lenfant voit le monde dans une toute autre perspective. Pour la plupart, les caractéristiques de la perception archaïque découlent de son caractère " non-objectif ", de sa nature émotionnelle. Suivant les pulsions en jeu, le monde est perçu comme une source possible de satisfaction ou comme une menace possible ; les craintes et les désirs instinctuels faussent la réalité. Une perception plus objective présuppose une certaine distance psychologique entre le Moi qui perçoit et lobjet de la perception, la faculté de juger juste, et la capacité dacquérir un savoir différencié, dont lapparition se renouvelle constamment. Le principe du plaisir, cest à dire le besoin dune décharge immédiate, est incompatible avec un jugement correct qui est basé sur la faculté dexaminer et de différer la réaction. Le temps et lénergie gagnés par cet ajournement sont utilisés dans la fonction du jugement. Dans les premiers stade, le faible Moi ne sait encore rien remettre à plus tard.
TOUTE-PUISSANCE ET ESTIME DE SOI.
Le Moi primitif, par contraste avec le Moi plus différencié, apparaît comme faible, cest à dire impuissant en face de ses pulsions et du monde extérieur. Mais parce que la séparation psychologique du Moi avec le monde extérieur est encore incomplète, le Moi arrive à se sentir tout puissant du fait quil englobe le monde extérieur ou certaines de ses parties. Ferenczi a décrit une première omnipotence illimitée, qui persiste tant quil nexiste pas de concepts dobjets. Elle est réduite par lexpérience dexcitations qui échappent à la maîtrise du Moi entraînent des mouvements de décharge incohérents. Quand lentourage comprend que ces mouvements sont un signal dappel pour obtenir une modification de la situation dans la quelle il se trouve, lenfant peut ressentir ces événements comme une " toute-puissance du mouvement ".
La séparation du Moi et du monde extérieur ne se fait pas dun seul coup ; cest un processus graduel.
Cest aussi, un processus hétérogène, puisque les collisions avec la réalité et avec le corps propre qui façonnent le Moi, surviennent à propos de besoins multiples. Le Moi qui en résultera a donc de multiples " noyaux ". Le Moi définitif est formé de lintégration synthétique de ces noyaux et dans certains états de régression du Moi, lon peut observer son morcellement en ses noyaux dorigine.
Il reste toujours des traces de la condition primitive " sans objets ", ou tout au moins on en retrouve la nostalgie (le " sentiment océanique "). Lintrojection sefforce de faire affluer dans le moi des parties du monde extérieur. La projection sefforce aussi dannuler la séparation du Moi et du non-Moi en plaçant dans le monde extérieur les sensations désagréables. Nous passons par une phase du développement où tout ce qui déplaît est considéré comme du non-Moi et tout ce qui donne du plaisir est considéré comme du Moi, phase que Freud a nommée le " Moi-plaisir-pur ". Le moyen le plus primitif pour se débarrasser dune souffrance est de l " halluciner au loin ", moyen qui fait rapidement faillite au contact avec la réalité. Le jeune organisme essaye ensuite de lier les excitations agréables au Moi et les déplaisantes au non-Moi. Plus tard on retrouve des traces de cette phase dans les manifestations des gens qui acceptent sans discussion comme les leurs toutes les sensations corporelles agréables, mais font des reproches à ceux de leurs organes qui les font souffrir comme sils ne faisaient pas partie deux-mêmes. Il persiste de nombreuses autres traces de ce monde " transitiviste ". On en trouve un exemple chez lenfant qui joue à cache-cache, ferme les yeux, et croit quon ne peut plus le voir. Ainsi sillustre larchaïque conception animiste du monde, qui se fonde sur la confusion du moi et du non-moi : cest une espèce didentification renversée. Le monde extérieur est perçu comme ayant les caractères du Moi, tout comme dans lidentification primaire, le Moi est perçu comme ayant les caractères de lobjet.
Quand, par ses expériences, lenfant est contraint de renoncer à lidée de sa toute-puissance, il tient les adultes, devenus maintenant des objets indépendants de lui, pour des êtres tout-puissants et sefforce, au moyen de lintrojection, de partager à nouveau leur omnipotence. Certaines sensations narcissiques de bien-être sont caractérisés par le fait quelles sont ressenties comme une union avec une force du monde extérieur toute-puissante, union effectuée soit en incorporant des parties de ce monde, soit par le fantasme dêtre incorporé par lui (" narcissisme secondaire "). Lextase religieuse, le patriotisme du Moi à quelque chose délevé et dinaccessible. Bien des phénomènes sociaux prennent leur source dans la promesse dune participation passive que les " tout-puissants " font aux plus faibles pourvu quils obéissent à certaines lois.
Un besoin bien significatif de lesprit humain découle des expériences que fait lindividu en matière domnipotence. Dans le narcissisme primaire, le désir nostalgique du retour au sentiment océanique peut être appelé un " besoin narcissique ". L " estime de soi " est, pour lindividu, la façon de sentir à combien près il se trouve de la toute-puissance originale.
Les méthodes primitives qui règlent lestime de soi sont issues du fait que la première nostalgie éprouvée pour des objets a le caractère dune envie déloigner un déplaisir et que la satisfaction obtenue grâce à lobjet éloigne cet objet et rétablit létat narcissique. La nostalgie dun retour à la toute-puissance, et lenvie de se défaire des tensions instinctuelles, ne sont pas encore différenciées lune de lautre. Si nous parvenons à nous débarrasser dune excitation déplaisante, lestime de soi nous est rendue. La première satisfaction fournie par le monde extérieur, lapprovisionnement en nourriture, est, en même temps, le premier régulateur de lestime de soi.
La tendance à participer à la toute-puissance des adultes, après avoir renoncé à la sienne propre, se différencie du désir de satisfaire sa faim. Tout gage damour de ladulte plus puissant a, dès lors, le même effet que celui quavait, pour le nourrisson, lapprovisionnement en lait. Le petit enfant perd lestime quand il perd lamour et le regagne quand il retrouve lamour. cest ce qui rend les enfants éducables. Il ont tant besoin de provisions daffection quils sont prêts à renoncer à dautres satisfactions si on leur promet des récompenses damour ou si on les menace dun retrait daffection. les armes de toute autorité, sont, à la condition dobéissance, le promesse des provisions daffection que réclame le narcissisme, ou, si cette condition nest pas remplie, la menace de tarir les sources damour.
Les besoins sexuels et narcissiques se différencient par la suite ; les besoins sexuels se développent dans les rapports avec les objets, les besoins narcissiques davantage dans les rapports entre le Moi et le Surmoi. Tout sentiment de culpabilité affaiblit lestime de soi ; toute satisfaction dun idéal le renforce. Mais parce que, comme dans tout développement mental, ce qui est ancien et plus primitif se conserve sous les formations nouvelles, le rapport avec les objets demeure, pour partie, régie par les besoins de lestime de soi. Ceci se voit le mieux chez les personnes qui sont restées fixées à ce stade. Pour se maintenir dans leur propre estime elles ont besoin de provisions narcissiques venant du monde extérieur. Ce type de personnes comprend une quantité de genre. On y trouve, par exemple, le genre de ceux qui sont agressifs, qui veulent se procurer, par la force, le nécessaire que le méchant monde extérieur retient ; et il y a le genre de ceux qui tâchent déviter la force et qui cherchent à obtenir leurs ressources essentielles par la soumission et par le spectacle de leurs souffrances. Bien des gens emploient simultanément les deux méthodes.
Nous avons le droit de parler dun amour objectal passif chez le jeune enfant, du fait que ses besoins érotiques et narcissiques le contraignent à réclamer de laffection, et du fait du caractère impératif de cette nostalgie. Lenfant veut obtenir quelque chose de lobjet sans rien rendre en retour. Lobjet nest pas encore une personnalité mais un instrument destiné à procurer du plaisir.
Au stade du narcissisme primaire, où régnait le sentiment de toute puissance et où la " maîtrise " nétait pas encore un problème, succède donc une phase de maîtrise passive-réceptive, dans laquelle les difficultés sont vaincues en influençant les puissants objets extérieurs pour quils donnent le nécessaire. Chaque fois que les types ultérieurs de maîtrise active font faillite ou noffrent aucun espoir de réussite, le retour à létat de maîtrise passive-réceptive est une tentation toute prête.
LE DEVELOPPEMENT DE LA MOTRICITE ET DE LA MAITRISE ACTIVE
Le développement de la maîtrise active est un processus long et compliqué. De même la maîtrise de lappareil moteur est une tâche que le petit napprend que graduellement, en liaison étroite avec la maturation de lappareil sensoriel. Du point de vue psychologique, il sagit de substituer graduellement des actes aux simples décharges de tensions. Ce résultat sobtient en interposant une période de temps entre lexcitation et la réaction, en acquérant une certaine tolérance aux tensions, cest à dire en devenant capable de lier les premières pulsions réactionnelles au moyen de contre-avertissements. La condition nécessaire à un acte, en dehors de la maîtrise de lappareil somatique, est le développement de la fonction du jugement ; ce qui veut dire être capable danticiper sur lavenir par limagination en " faisant lépreuve de la réalité ", en faisant lessai dune manière active et avec de petites doses, de ce qui pourrait nous arriver passivement à des doses indéterminées. Ce mode daction est en général caractéristique du Moi.
Les principales étapes du développement de la maîtrise des fonctions motrices physiques sont : apprendre à marcher, à être propre et à parler. La marche et le contrôle des sphincters sont la base de lindépendance de lenfant ; ces capacités aident au développement du principe de réalité et aident à vaincre létat de dépendance " réceptive " ainsi que lobligation dune décharge immédiate. La faculté de parler transforme les fonctions danticipations du Moi ; linstitution du symbole des noms pour désigner les choses affermit le conscient et permet lanticipation dévénements sur un modèle du monde dont les éléments sont des mots. Juger la réalité et tolérer les tensions sont les deux aspects dune même faculté. Diriger ses actes suivant les nécessités extérieures signifie être capable de prévoir des dangers, de les éviter ou de les combattre.
LANGOISSE
Limpuissance biologique du petit humain le plonge nécessairement dans des états de grandes tensions quil ressent comme pénibles. On appelle " états traumatiques ", ces états ou lorganisme est envahi par des quantités dexcitation dépassant les limites de ce quil peut maîtriser. La souffrance causée par les premiers (et inévitables) états traumatiques souffrance encore indifférenciée et qui nest par conséquent pas identique aux affects définis qui suivront est la source commune de différents affects ultérieurs et certainement aussi de langoisse. Les sensations de cette " angoisse primaire " peuvent êtres envisagées : en partie, comme la perception de décharges végétatives de secours, produites involontairement. Freud a suggéré que la naissance pouvait être considérée comme une expérience au cours de laquelle sétablissait le syndrome de cette anxiété primaire. Il avait découvert que les symptômes de la crise dhystérie, apparemment dénués de signification, étaient déterminés historiquement cest à dire quils avaient servi à certaines fins dans une situation particulière du passé et son hypothèse était basée sur lidée que les affects normaux pouvaient, dune manière analogue, avoir une origine historique. Il est certain que cette anxiété primaire nest en aucune façon créée activement par le Moi ; elle est le fruit dexcitations externes et internes, encore non-maîtrisées et, dans la mesure où elle est ressentie comme une sensation consciente pénible, elle est éprouvée passivement, comme quelque chose qui arrive au Moi et doit être enduré.
Plus tard, des expériences comparables à lanxiété primaire se rencontrent chez les victimes dun événement traumatique. Lun des symptômes typiques de la névrose traumatique est une angoisse accablante dont les accès incontrôlables sont ressentis comme quelque chose de terrible qui envahit une personnalité désemparée. Lon éprouve un même genre dangoisse quand une excitation sexuelle (et peut-être aussi agressive) est entravée dans son cours normal. Il est donc probable que langoisse traumatique, ou panique, est dynamiquement identique à langoisse primaire cest à dire quelle est identique à la manière dont une maîtrise insuffisante, un état denvahissement par lexcitation, sont automatiquement et passivement ressentis.
Des actes à but déterminé prennent graduellement la place des simples réactions de décharges quand lenfant apprend à contrôler sa motricité ; il peut maintenant prolonger la pause entre lexcitation et la réaction et atteindre un certain degré de tolérance aux tensions. La faculté caractéristique de pouvoir " faire des essais " ainsi acquise, transforme les relations du moi avec ses affects. A lorigine, les affects sont des syndromes archaïques de décharges qui prennent la place des actions volontaires dans certaines conditions excitantes. Le Moi grandissant apprend maintenant à " domestiquer " les affects et à sen servir à ses fins danticipation. Il est de même pour langoisse.
Lidée du hangar naît avec lanticipation de lavenir et avec les projets dactes ultérieurs appropriés qui en découlent. Le moi qui juge, décide quune situation qui nest pas encore traumatique peut devenir traumatique. Ce jugement fait naître, évidemment, des conditions qui sont semblables à celles qui sont créée par la situation traumatique elle-même, mais beaucoup moins intenses. Ces conditions sont aussi ressenties par le Moi sous la forme dangoisse. Mais combien cette crainte est différente de la panique primitive ! Au lieu dun accablant accès dangoisse, le sujet ressent une anxiété plus ou moins modéré, qui est utilisé comme un signal ou comme une mesure de protection. Cette anxiété est lanticipation imaginaire de ce qui pourrait arriver. Les éléments intentionnels utiles qui se montrent dans langoisse en présence dun danger doivent être crédités au Moi qui juge ; les éléments inutiles, comme les paralysies, sont dues au fait que le Moi ne produit pas lanxiété, mais ne fait que sen servir ; il na pas de meilleur moyen à sa disposition.
Nous rencontrerons souvent, dans les chapitres suivants, une complication de langoisse névrotique. Lattente du danger, au lieu de produire une crainte utile qui pourrait servir à éviter un état traumatique produit, quelquefois, justement cet état traumatique. Le Moi qui a jugé "Danger en vue ! " est immédiatement après submergé par la panique : il a fait appel à quelque chose quil ne peut pas contrôler. Les tentatives de domestication de langoisse ont échoué et la première panique, déchaînée, revint et engloutit le Moi. Ceci arrive quand tout lorganisme est dans un état de tension qui pourrait être décrit comme une préparation latente à lirruption de la panique. Lestimation par le Moi quil y avait un danger a donc eu leffet dune allumette dans un baril de poudre. Lintention denflammer lallumette afin den faire un signal manque son but, parce quelle libère une énorme énergie, infiniment plus puissante que le pouvoir des forces qui ont essayé dutiliser lallumette.
Le contenu des idées du Moi primitif sur langoisse, est, en partie, directement déterminé par sa nature biologique et, en partie, par son mode de pensée animiste, qui fait croire au Moi que son entourage à les mêmes buts instinctuels (mais chargés de beaucoup plus de puissance) que les siens. Le principe primitif du talion est à luvre dans ces méprises animistes ; selon ce principe, une action peut être annulée (ou un méfait doit être puni) par une action semblable infligée à son premier auteur.
La toute première angoisse est apparemment en rapport avec létat dimpuissance physiologique de lenfant incapable lui-même ses pulsions. La première crainte est la crainte (préverbale) de subir lexpérience de nouveaux états traumatiques. Lidée que nos propres exigences instinctuelles pourraient être dangereuses (qui est, au plus profond, la base de toutes les psychonévroses) prend sa source dans cette crainte.
Ceci ne veut pas dire, cependant, que le Moi soit hostile à ses pulsions dès le début, ou quil ait toujours peur dêtre envahi par des forces intérieures trop intenses. Puisque le Moi apprend à se rendre maître de ses pulsions et à les satisfaire activement, il naurait pas lieu de produire une angoisse de cette espèce après lacquisition de ces facultés de maîtrise, et il est de fait que les adultes normaux ne craignent pas leurs pulsions. Certains névrosés qui ont encore peur de ressentir leur propre excitation, tout au moins au delà dune certaine intensité, nont pas cette crainte à cause dune " angoisse primaire devant lintensité de leur propre excitation, mais parce que dautres types danxiété les ont contraintes à bloquer le cours naturel de leurs excitations en transformant, secondairement, le plaisir en un déplaisir intense.
Cette crainte conduit tôt ou tard à la crainte du tarissement possible des moyens de satisfaction extérieurs. Cest la crainte de " la perte de lamour " ou plutôt du manque de secours et de protection. Cette crainte est plus intense quelle ne le serait si elle ne représentait quun jugement rationnel à propos dun danger réel, parce que les ressources extérieures sont le régulateur de lestime de soi à son début, si bien que la perte dune aide ou dune protection veut aussi dire une perte de lestime de soi. Un Moi qui est aimé, se sent fort ; un Moi abandonné se sent faible et exposé au danger. Un Moi qui est aimé, craint la possibilité dêtre abandonné.
Le mode animiste de la pensée et du sentiment complique les choses. Si lenfant a le fantasme de dévorer son entourage et puis encourt une rebuffade, il a le fantasme quil pourrait être mangé par ses parents. Cest ainsi que prennent naissance les craintes fantasmatiques de la destruction du corps. Le représentant le plus important de ce groupe est la crainte de la castration, qui devient dans la suite le mobile principal des activités de défense du Moi.
Le Moi a une façon très caractéristique dapprendre à dominer ses premières angoisses encore rebelles. Chaque fois que lorganisme est envahi par une très grande quantité dexcitation, il essaye de sen débarrasser par des répétitions actives de la situation qui avait entraîné cette excitation excessive. Cela produit dans les premiers jeux des jeunes enfants et aussi dans leurs rêves. Il y a une différence fondamentale entre cette première inondation dexcitation et ces répétitions : dans lexpérience originale, lorganisme était passif ; au cours des répétitions, lorganisme est actif et détermine le moment et lintensité de lexcitation. lenfant reproduit dabord activement dans ses jeux les expériences passives qui ont engendré langoisse afin de sen rendre maître après coup. Plus tard, non seulement lenfant dramatise, dans son jeu, les expériences excitantes du passé, - mais il anticipe en imagination les situations auxquelles il sattend dans lavenir. lemploi de la crainte comme signal nest quun exemple des fins utiles de cette anticipation.
Quand lenfant découvre quil est maintenant capable de surmonter sans crainte une situation qui laurait auparavant écrasé dangoisse, il en éprouve une certaine espèce de plaisir. Le caractère de ce plaisir peut se traduire par : " je nai plus besoin de ressentir langoisse. " Il transforme les jeux de lenfant, dune simple tentative de décharge, en une maîtrise du monde extérieur par un exercice répété. " le plaisir fonctionnel " est un plaisir du fait que lexercice dune fonction est désormais possible sans angoisse, plutôt que du fait de la satisfaction dun type dinstinct spécifique. Cest ce même plaisir qui fait que les enfants samusent à dinterminables répétitions du même jeu ou de la même histoire, qui doit être racontée avec exactement les mêmes mots.
Du point de vue économique, ce plaisir peut sexpliquer de la manière suivante. Une certaine dépense dénergie est associée à langoisse ou à lexpectative anxieuse ressentie par quelquun qui nest pas certain de pouvoir maîtriser une excitation quil prévoit. Linterruption soudaine de cette dépense entraîne sa décharge soulageante et lheureux Moi la ressent comme un " triomphe " et en jouit comme plaisir fonctionnel. Un tel plaisir est, en général, condensé avec un plaisir érogène qui est de nouveau rendu possible après la domination de langoisse. quand un enfant est lancé en lair et rattrapé par un adulte, il éprouve certainement un plaisir érogène dû à ses sensations déquilibration (et à ses sensations cutanées) et, dautre part, un plaisir à surmonter sa peur de la chute. Sil est sûr quon ne le laissera pas tomber, il peut prendre plaisir à la pensée quil aurait pu tomber ; il tremblera peut être un peu et puis se rendra compte que sa peur était inutile. Mais lenfant ne peut avoir ce plaisir quà la condition dêtre rassuré ; il faut quil ait confiance dans ladulte qui joue avec lui et quil ne soit pas lancé trop haut. Et cest ainsi, quavec le temps, la vrai connaissance survient par la pratique. Quand les expériences répétées ont montré que la crainte était sans objet, lenfant devient plus courageux.
Langoisse et le plaisir fonctionnel disparaissent tout deux quand le Moi est sûr de lui et ne retient plus dappréhension anxieuse en attente. Les adultes ne jouissent plus daucun plaisir spécial quand ils se livrent à des activités automatiques et depuis longtemps familières qui, pourtant, les rendaient très fiers dans leur enfance quand ils y réussissaient les premières fois.
Mais chez les névrosés, des défenses pathogènes peuvent perpétuer les peurs de lenfance. les angoisses demeurent efficientes, bloquant, pour la plupart, entièrement les activités " dangereuses " ; quelquefois, cependant, les mécanismes de défenses contre langoisse sont également remis en uvre et le Moi peut ressentir un " plaisir fonctionnel à surmonter ses craintes par la répétition de lactivité redouté.
LA PENSEE ET LE DEVELOPPEMENT DU SENS DE LA REALITE
La faculté de reconnaître, daimer et de craindre la réalité se développe en général avant lacquisition du langage. Mais cest la faculté de parler qui fait faire un pas nouveau et décisif dans le développement de la fonction de lépreuve de la réalité. Les mots permettent une communication plus précise avec les objets et rendent aussi plus précise lanticipation par le moyen daction dessai. cette anticipation de laction devient maintenant la pensée propre et consolide finalement la conscience. Il existait déjà, bien sûr, une conscience non-verbale qui peut sobserver plus tard dans des états régressifs comme une " pensée préconsciente par fantasmes ". Mais elle nest que le précurseur indifférencié de la pensée, ou lon retrouve encore tous les caractères du Moi primitif, - tels que létendue du champ des concepts, le similaire pris pour lidentique, les parties pour le tout et où les concepts sont basés sur des réactions motrices communes. Schilder a montré que chacune de nos pensées, avant dêtre formulée, a passé par un état préverbal antérieur.
Lacquisition de la faculté de parler et de la faculté de comprendre que certains bruits sont employés comme des symboles pour désigner les choses et, graduellement, lacquisition de la capacité de se servir rationnellement de ces facultés dexpression et de compréhension, sont des pas décisifs dans la formation du Moi. Cest grâce à lobservation des phénomènes de laphasie que lon peut étudier la manière dont le moi progresse de lintégré au différencié, des unités entières aux éléments constitutifs, des larges étendues aux champs étroitement limités.
La pensée, au sens propre, devient possible par la faculté de lier des mots et des idées. Le Moi à maintenant une meilleure arme pour faire face au monde extérieur autant quà ses propres excitations. Nous avons là le contenu rationnel de lancienne croyance magique que " lon se rend maître de ce que lon peut nommer ". sefforcer de cette manière à maîtriser les poussées instinctuelles est, sans aucun doute, un appoint au développement intellectuel. Il se fait, du fantasme émotionnel à la sobre réalité, un déplacement qui a pour but de combattre langoisse. On peut en voir une déformation pathologique chez les sujets à caractère obsessionnel qui fuient toute émotion dans le monde fantôme des mots et des concepts. Lintérêt porté aux sujets intellectuels de haute envolée qui éclate à la puberté, sert aussi à maîtriser lexcitation instinctuelle de cette période.
Lavènement de la faculté du langage est ressenti comme lacquisition dun grand pouvoir, qui transforme la " toute puissance de la pensée " en une " toute puissance des mots ". les premières paroles de lenfant ont la valeur dun charme destiné à forcer le monde extérieur et le destin à faire ce quévoquent les mots ; et certains mots conservent leur pouvoir magique original, les mots obscènes par exemple, ou les jurons, les formules solennelles ou la poésie.
La pensée elle même est une élaboration et une différenciation plus poussée des formes de jugement plus primitives qui faisaient la distinction entre ce qui devait être avalé ou ce qui devait être craché, et, plus tard, entre les choses inoffensives ou dangereuses ; de nouveau, la réaction est différée et cet ajournement se produit par le jeu de laction dessai : les mouvements nécessaires aux actes projetés sont faits à petite échelle, ce qui permet de " goûter " aux projets et à leur conséquences. La psychologie expérimentale a démontré que la pensée saccompagnait dune action musculaire.
Le principe de travail du Moi consiste, généralement, à retarder les fonctions automatiques du Ca ce qui permet dutiliser ces fonctions à des fins déterminées et dune manière organisée. De même que langoisse primaire est, plus tard, "domestiquée " et réduite à une " angoisse-signal ", - ainsi le Moi procède, par le moyen de la pensée, à la domestication de deux réactions archaïques et automatiques : la poussée à la décharge des tensions, qui est ralentie et la tendance à lexaucement hallucinatoire des souhaits qui est réduite à limagination des événements prévue et, ensuite, aux symboles abstraits de ces événements.
De même que la domestication de langoisse peut échouer et que le signal peut entraîner un retour de la panique primaire, de même les tendances à la décharge à tout prix et la satisfaction hallucinatoire des souhaits peuvent se retrouver dans la pensée. Si quelquun est fatigué, endormi, intoxiqué ou quil est psychotique, il pense dune manière différente et plus primitive ; et même chez dexcellents penseurs, bien éveillés et en bonne santé, chaque pensée passe par des phases initiales qui ressemblent plus à la pensée du rêve quà la logique. Les caractéristiques de cette pensée prélogique et émotionnelle ont été étudiées en détail, tant par les psychologues analystes que non-analystes. Elle est moins bien faite pour juger objectivement ce qui va se passer parce quelle est relativement non organisée, quelle tolère et condense les contradictions et quelle est gouvernée par les émotions et, partant, pleine didées faussées par le souhait ou la crainte. Cette pensée qui fonctionne selon le processus primaire ne paraît gouvernée que par les poussées à la décharge et elle est étrangère à toute logique. Mais cest quand même une pensée parce quelle est faite de représentations suivants lesquelles saccomplissent des actes et quelle nopère quavec une énergie réduite. Elle procède plus au moyen dimages concrètes, comme des tableaux, tandis que le processus secondaire se base davantage sur les mots ; on sait bien comment les mots se retraduisent en images dans la fatigue ou dans les rêves. La pensée prélogique en forme dimages, est un type de pensée magique. En effet, elle fait léquation de lobjet et de lidée de lobjet, de lobjet et de limage ou du modèle de lobjet, de lobjet ou de lune de ses parties ; elle ne fait pas la différence entre le similaire et lidentique et elle ne distingue pas encore le moi du non-moi. De plus, ce qui arrive aux objets peut être ressenti (par identification) comme pouvant arriver au Moi, et ce qui arrive au Moi peut arriver aussi à lobjet. Le procédé des " gestes magiques " est rendu possible par ce " transitivisme " : une personne, en faisant un geste, force une autre personne à en faire autant.
Quelquun qui a honte, regarde ailleurs ou, de sa main, se couvre les yeux ; cela signifie : " Personne ne me regarde. " Les enfants croient quils ne peuvent être vus sils ne voient pas et nous connaissons le cas dun enfant qui pensait que, quand le mécanicien fermait les yeux, le train passait dans un tunnel.
Le symbolisme représente une autre caractéristique étrange de la pensée archaïque. Chez ladulte, une idée consciente peut servir de symbole dans le but de masquer une idée inconsciente inadmissible : si lidée de pénis est inacceptable, elle pourra être représentée par un serpent, un singe, un chapeau, un avion. Le symbole est conscient, lidée symbolisée ne lest pas. Lidée claire dun pénis avait été comprise mais rejetée. Toutefois, la pensée symbolique, gouvernée par le processus primaire, reste vague. Elle nest pas seulement un procédé de déformation : elle fait aussi partie de la pensée prélogique primitive. Là encore, le Moi qui censure se sert de méthodes régressives. Là encore, en déformant les idées par le symbolisme, le Moi se sert, dans ses activités de défense, de mécanismes qui opéraient auparavant automatiquement sans aucun dessein. Lemploi du symbole est un retour à un stade de pensée primaire antérieure, grâce à quoi le Moi obtient les déformations voulues. Dans les rêves, les symboles se montrent sous leurs deux aspects : comme un instrument de la censure du rêve et aussi comme un trait caractéristique de la pensée archaïque imagée, comme lune des formes de représentation visuelle des idées abstraites.
La nature agressive de la déformation par les symboles explique deux faits :
- Que les symboles, comme les syndromes affectifs, sont communs à tous les êtres humains, puisquils sont le résidu dune perception archaïque du monde ;
- Et que la pensée symbolique ne se manifeste pas seulement là où il y a lieu de produire des déformations, mais tout aussi bien dans les états de fatigue et de sommeil, dans les psychoses et, dune manière générale, dans la petite enfance, - cest à dire dans tous les états où des caractères archaïques du Moi au premier plan.
Silberer a proposé comme explication du symbolisme une " insuffisance daperception du Moi ". Il avait certainement raison, bien quon ne puisse pas accepter sa classification superficielle des symboles daprès la cause de cette insuffisance. Jones nest pas convaincant lorsquil dit que de faire remonter le symbolisme à une aperception insuffisante cest comme de faire remonter un lapsus à la fatigue. Les lapsus ne sont pas une part essentielle de létat de fatigue (ils ne sont que précipités par cet état), tandis que faire lexpérience du monde en symboles est une part essentielle de la pensée archaïque et de son aperception défectueuse. Il faut dire toutefois que le symbolisme archaïque, faisant partie du mode de pensée prélogique, et la déformation opérée par la représentation dune idée refoulée par un symbole conscient, ne sont pas identiques. Tandis que, dans la déformation, lidée dun pénis est écartée en la déguisant sous lidée dun serpent, dans la pensée prélogique le pénis et le serpent sont absolument la même chose, cest à dire quils sont perçus sous une conception commune : la vue dun serpent provoque une émotion identique à celle que provoque le pénis ; et cest cette identité qui permet, plus tard, le remplacement de lidée inconsciente de pénis par lidée consciente de serpent.
Le symbolisme primitive fait partie des moyens par quoi se forment les conceptions dans la pensée prélogique. La compréhension du monde émane des exigences et des craintes instinctuelles, si bien que les premiers objets sont des moyens de satisfaction possibles ou de possibles menaces ; les stimuli qui provoquent les mêmes réponses sont envisagés comme identiques ; et les premières idées ne sont pas les sommes déléments distincts, mais des tous, conçus comme encore indifférenciés, liés par les réactions émotionnelles quil produisent.
Ces caractères suffisent à expliquer quelques symboles communs, ceux qui sont fondés sur la similitude, sur la " partie prise pour le tout " ou sur lidentité des réponses provoquées ; comme outil = pénis, coquillage = vagin, et aussi : départ = mort, roi = père, monter à cheval = rapport sexuel. Dans dautres cas, la similitude des réactions provoquées nest pas évidente, mais on peut la retrouver en analysant avec soin les réactions émotionnelles de lenfant. On peut expliquer léquation symbolique argent = excréments. Mais dans dautres cas encore, on ne comprend pas le rapport entre le symbole et ce quil représente. Les enfants qui rêvent daraignées dans le sens de mère cruelle ne savent rien des caractères particuliers de la sexualité des araignées. Ferenczi croyait que la réaction de dégoût que provoquent les reptiles est en partie le fruit dune sorte de mémoire phylogénétique et Freud, à ce propos, était enclin à des spéculations du même ordre. Pour le moment, cette question reste encore sans réponse.
On pourrait objecter que, puisquil est avéré que le premier mode de pensée nest pas en accord avec la réalité et quil a tous les caractères darchaïsme et de magie que nous venons de décrire, il est difficile dadmettre quil soit, en même temps, une " préparation " à la réalité et un effort pour la maîtriser. Il est cependant évident que limperfection de ce mode de pensée nest pas en contradiction avec son autre aspect, qui est dêtre relativement plus adéquat que les procédés de décharge immédiate ou que lhallucination des souhaits. Mais ce processus de préparation à la réalité devient incomparablement plus adéquat par lacquisition du langage. La faculté de parler transforme la pensée prélogique en une pensée logique, organisée, plus exacte et gouvernée par le processus secondaire. Cest donc un pas décisif vers la différenciation finale du conscient et de linconscient et vers le principe de réalité.
Mais, même après létablissement de la parole, de la logique et du principe de réalité, nous voyons que la pensée prélogique est toujours opérante en dehors même du rôle quelle joue dans les états de régression du Moi ou de son emploi comme mécanisme de déformation. Il est vrai quelle ne remplit plus alors sa fonction de préparation aux actes futurs, mais quelle se substitue plutôt à la réalité déplaisante.
La première idée dun objet surgit quand une satisfaction, dont on se souvient, fait défaut. Les premières idées à propos des objets sont alors, à la fois, le substitut de lobjet qui manque réellement et un effort pour semparer magiquement de lui. Par conséquent, la pensée primitive tente de contrôler lobjet dune manière magique (ce qui, à ce moment, est estimé réellement efficace). Le type de pensée secondaire qui lui succède, tente de contrôler vraiment lobjet. Mais, quand ce contrôle réel échoue si la réalité est trop déplaisante, ou si lon ne peut pas linfluencer lon régresse à nouveau à la méthode magique. Chez lenfant plus âgé et chez ladulte, les deux modes de pensée ont les deux fonctions différentes : de préparation à la réalité (lanticipation du probable), et de substitution à la réalité (lanticipation du désirable).
Cependant, cette coordination de modes de pensée à fonctions différentes nest valable quen général. Pratiquement, il y a certaines façons de revenir de la rêverie à la réalité (dans lart) tout comme de se servir de la pensée verbale pour sécarter de la réalité (dans la pensée obsessionnelle).
Tant que la pensée nest pas suivie daction, on lappelle fantasme. Il existe deux sortes de fantasmes : le fantasme-créateur, qui prépare à laction qui doit suivre et le fantasme-rêverie, refuge des souhaits qui ne peuvent être remplis. Le premier, prenant sa source dans linconscient débute, sans aucun doute, par le processus primaire et limagination, - mais se développe hors de cette sphère. Le second devient un substitut réel pour laction quand, dans létat d "dintroversion ", les " petit " mouvements qui accompagnent la rêverie deviennent assez intenses pour entraîner une décharge. On a discuté pour savoir si le fait de jouer à la guerre dans la jeunesse, augmentait ou diminuait les tendances belliqueuses. Le fantasme stimule-t-il le désir, augmentant ainsi la tendance à vivre les idées guerrières imaginées, - ou le fantasme canalise-t-il le désir, si bien quil nest plus nécessaire de satisfaire réellement les désirs qui ont été déjà satisfaits dans les jeux ? La réponse est évidente dans le cas des fantasmes sexuels. Si un homme ne fait quanticiper en imagination la perspective dun rapport sexuel, sa tension et son besoin de satisfaction s'accroissent ; mais si son fantasme lincite à la masturbation, la tension diminue ou disparaît tout à fait. Nous voyons là comment un type de fantasme de préparation à la réalité a régressé à celui de substitut de la réalité.
Les névrosés sont des êtres dont les actions réelles sont bloquées. Ce blocage peut sexprimer de deux manières, qui démontrent bien le contraste existant entre la rêverie imagée et magique, et la pensée préparatoire abstraite. Lhystérique régresse de laction à la rêverie non-verbale ; ses symptômes de conversion sont le substitut dactions. lobsédé régresse de laction à la préparation de laction, au moyen des mots : sa pensée est une espèce de perpétuelle préparation à des actes quil nexécute jamais.
On pourrait sattendre à ce que lon demeure en contact étroit avec la réalité tant que la pensée reste concrète, mais que la pensée cesse de servir à préparer à laction réelle lorsquelle devient trop abstraite, quelle joue de sophismes et de classifications plutôt quelle nutilise des symboles représentant des objets. Cela nest vrai que jusquà un certain point. En effet, la nature imagée de certaines idées " concrètes " peut conduire à la rêverie plutôt quà la pensée préparatoire.
Une pensée logique implique un Moi fort, capable de différer une réaction et de tolérer des tensions, riches en forces de contre investissement et prêts à juger la réalité suivant lexpérience quil en a. Si, au contraire, le moi est faible, ou fatigué, ou quil est endormi, ou quil na pas confiance en ces facultés, où quil préfère un genre de maîtrise réceptive, - alors, la pensée par images devient plus attrayante que leffort dintelligence objective. Nous comprenons bien quune personne fatiguée préfère le cinéma à Shakespeare, ou une revue illustrée à un livre difficile ; et quune autre, insatisfaite de son état et incapable dagir pour le modifier, réclame plus dillustrations ou plus de " dessins comique " dans son journal plutôt que des sujets intellectuels ardus. En effet, plus la réalité devient déplaisante, plus on tend à lui substituer des fantasmes imagés.
DEFENSES CONTRE LES PULSIONS
Linstauration du principe de réalité nous a paru correspondre, jusquici, à la faculté de différer, une réaction terminale. Il y a, cependant, des réactions qui ne doivent pas être seulement différées, mais plus ou moins définitivement abolies. En même temps que se renforce la maîtrise de la motricité cest-à-dire, avec la transformation, en actions, des simples mouvements de décharge il se développe également un appareil de défense, un appareil anti-décharge. Le Moi apprend à repousser les pulsions qui sont dangereuses ou qui ne sont pas appropriées ; il retourne maintenant contre ses propres tendances les mécanismes quil avait dabord employés contre les excitations externes déplaisantes.
A vrai dire, puisque le Moi recherche la satisfaction, il paraît paradoxal quil se retourne contre ses propres exigences pulsionnelles. Nous avons déjà mentionné les raisons de ce paradoxe et nous pouvons les résumer ainsi :
I. Parce que lenfant, est biologiquement, incapable de contrôler son appareil moteur et quil a, par conséquent, besoin dune aide extérieure pour satisfaire ses exigences instinctuelles, - il tombe dans des situations traumatiques puisque le monde extérieur ne peut pas être toujours à sa portée. La simple disparition momentanée de ses objets primaire produit, en elle même, un effet traumatique, parce que la nostalgie de tendresse de lenfant est privée de ses moyens de décharge. Et le souvenir de ces expériences pénibles lui donne sa première impression que des excitations instinctuelles peuvent devenir des sources de danger ;
2. Les menaces et les défenses émanant du monde extérieur font naître la crainte des actions instinctuelles et de leurs conséquences. Ces influences extérieures peuvent être de deux types quelque peut différents : a) Celles qui sont objectives et naturelles le feu, par exemple, brûlera lenfant qui sen saisit impulsivement ; b) Ou celles qui sont les dangers produits artificiellement par des mesures éducatives. Volontairement où non, les adultes donnent aux enfants le sentiment quune conduite instinctive est condamnable, tandis que labstinence est, au contraire, à louer. Si cette impression donne corps, ce nest pas seulement parce que ladulte a une puissance physique réelle, mais aussi parce que lestime de soi de lenfant dépend de laffection quil reçoit ;
3. Dans la mesure ou le monde extérieur est mal compris du fait de projections, les dangers que craint lenfant peuvent être entièrement fantasmatiques : lenfant projette la force brutale de ses pulsions propres et il sattend, en représailles, à de terribles punitions sous la forme dun dommage causé aux parties " coupables " de son corps ;
4. Un quatrième facteur entre plus tard en jeu du fait de la dépendance du Moi vis-à-vis du Surmoi, qui est le représentant intrapsychique du mon extérieur objectif, éducatif et " projectivement " mal compris, ce quatrième facteur transforme langoisse en sentiment de culpabilité.
Cette esquisse systématique répond à la question posée sur la manière dont prennent naissance des forces qui sont hostiles à la décharge de pulsions.
REMARQUE SUR LADAPTATION ET LE SENS DE LA REALITE
Il est très vrai que la psychanalyse a étudié plus à fond laspect définitif du Moi plutôt que ses forces dadaptation positives. Pourtant, les idées de défenses et dadaptation sont intimement mêlées. Dans un sens dynamique, adaptation signifie la découverte de solutions communes aux problèmes proposés par les pulsions internes et par les excitations (inhibantes ou menaçantes).
Dans un très intéressant article, Hartmann a essayé de montrer que, pour étudier ladaptation, les psychanalystes sétaient trop placés au point de vue des conflits psychiques. Il fait remarquer quil existe aussi " une sphère sans conflits " dont lorigine il est vrai, se trouve dans les antithèses entre lorganisme et le milieu.
Mais par le fait même de limportance de ces antithèses, le terme " sphère sans conflits " prête à confusion, car il tend à un point de vue non-dynamique. En effet, la maturation du Moi est le résultat dun jeu continu entre les besoins de lorganisme et les influences extérieures. Il est certain que les types de maîtrise active représentent des processus assez compliqués, dont bien des détails restent encore à élucider ; mais, dans lensemble, nous comprenons comment se développent la perception et la motricité, en rapport avec des besoins instinctuels et à laide des fonctions de la pensée et du jugement.
Un champ où létude de ladaptation est spécialement fructueuse, est celui de la psychologie de la volonté ou du désir. Les besoins biologiques sont modelés ou modifiés par lévaluation quen fait le Moi (ou par linfluence du Surmoi) ; et lin des points quéclaire la psychanalyse individuelle est justement comment se produisent ces modifications et comment se créent des valeurs subjectives sous linfluence de systèmes de valeurs transmis par la tradition.
Les facteurs constitutionnels et lexpérience personnelle déterminent les limites de la réussite du sens de la réalité ; ils déterminent jusquà quelle point le monde primaire, monde vague, monde magique, dominé par la peur basé sur les projections et les introjections, devient un monde " réel ", jugé objectivement, auquel lindividu, non influencé par ses craintes ou ses désirs, répond au moyen de ses forces alloplastiques ; ou jusquà quel point persistent les formes anciennes. Le succès nen est jamais complet, car la réalité objective est ressentie différemment par des individus différents et cest ce que Laforgue avait en vue lorsquil parlait de la relativité de la réalité. Les névrosés retombent toujours victimes de leurs jugements faux sur la réalité et de leur impuissance à la connaissance différenciée (qui font que les événements extérieurs ne sont ressentis que comme la répétition dun petit nombre de schèmes, ce qui est caractéristique du Moi archaïque).
Sous tous les types de maîtrise active de situations extérieures ou intérieures, il persiste une disposition au retour à un type de maîtrise passivo-réceptive, qui dintensité très variable chez des individus différents et dans différentes conditions culturelles.
Dans de premiers écrits pleins de promesses, Kardiner a souligné la porté sociologique des types de maîtrise qui étaient favorisés ou non par différentes institutions historiquement déterminées. Mais plus tard, il a estimé que la détermination sociale de la prédominance de certains types de " Moi " dans des cultures données nétait pas compatible avec les idées de Freud sur les pulsions.
Les développement du Moi et du Ca ne se font pas séparément il sont intriqués lun à lautre et sinfluencent mutuellement. Mais avant de passer à la description du développement du Ca, nous devons parler de deux concepts qui sont dimportance capitale pour la psychologie des névroses : la fixation et la régression.
Dans le développement mental, les premiers stades persistent aux côtés des stades ultérieurs ou sous eux. Du fait de facteurs constitutionnels ou dexpériences vécues, cet état de choses peut devenir plus manifeste. Les fixations du Moi ou les régressions du Moi, correspondent à des niveaux antérieurs du développement qui témoignent soit de la persistance de ces niveaux, soit dun retour du Moi à ses stades antérieurs. Ceci peut valoir dire plusieurs choses. Il peut sagir de fonctions du Moi isolé qui retiennent ou qui reprennent certains aspects dune phase plus primitive. En ce sens, nous pouvons désigner ce type de formation didées comme des fixations de la perception. Ou bien la pensée peut avoir retenu un caractère anormalement magique, comme chez les névrosés obsessionnels qui présentent une intelligence sur-développée dans lenfance, en même temps que des superstitions et une croyance inconsciente à la toute puissance et à la loi du talion. Ou bien encore, cest le rapport avec les objets qui peut être empreint de traits primitifs : par exemple, des fixations à des niveaux antérieurs damour avec leur but dincorporation ou des types de régulateur de lestime de soi, caractéristique de lenfance. Enfin, les fixations du Moi peuvent se limiter à lemploi répété de certains modes de défense spécifiques.