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Les points de vue dynamique économique et structural
La dynamique mentale
Les fonctions psychiques devraient être abordées sous le même angle que les fonctions du système nerveux en général. Elle sont les manifestations de la même fonction fondamentale de lorganisme vivant lirritabilité. le schéma de base qui sert à comprendre les phénomènes mentaux est larc réflexe. Les excitations, provenant du monde extérieur ou du corps, font naître un état de tension qui cherche une décharge motrice ou sécrétoire amenant une détente. Mais des forces sont à luvre, entre le stimulus et la décharge, qui sopposent à la tendance à la décharge. Létude de ces forces dinhibition, de leur origine et de leurs effets sur la tendance à la décharge, est lobjet premier de la psychologie. Il ny aurait pas de psychisme sans ces contre-forces, il ny aurait que des réflexes.
Avec un tel point de départ, il est évident que la psychologie psychanalytique entreprend plus quune simple description. Elle voit dans les phénomènes mentaux le résultat de linteraction de forces et de contre forces, cest à dire quelle les explique dune façon dynamique. Une explication dynamique est aussi une explication génétique, puisquelle rend compte non seulement dun phénomène comme tel, mais aussi des forces qui lon produit. La psychologie psychanalytique nétudie pas dactes isolés : elle observe les phénomènes en termes de processus, de développement, de progression ou de régression.
Lidée de considérer un phénomène mental comme le résultat de linteraction de forces, nest certainement pas due à une simple transposition, sur le plan psychologique, du concept dénergie commun aux autres sciences naturelles. Au début, ce fut tout lopposé : on a appliqué aux sciences physiques le principe généralement admis quune réaction mentale est comprise quand on en comprend les raisons.
Une espèce particulière de phénomènes mentaux, les poussées instinctuelles, sont directement ressenties comme une " énergie impulsive ". certaines perceptions ont un caractère dincitation : elles pressent à laction immédiate ; on se sent poussé par des forces dintensité variables. Si nous rapportons cette observation au schéma de larc réflexe, nous pouvons admettre que la tendance générale des impulsions instinctuelles est d'abaisser le niveau de lexcitation par la décharge des tensions quont provoquées les stimuli excitateurs. Des contre forces, que nous examinerons plus tard, sy opposent, et cest cette lutte qui forme la base du monde des phénomènes mentaux.
Cela ne veut certainement pas dire que la psychologie psychanalytique suppose que tous les phénomènes mentaux sont de nature instinctuelle, mais seulement que les phénomènes non instinctuels doivent être expliqués comme étant les effets dexcitations externes sur les besoins biologiques. La partie non instinctuelle de lesprit humain devient compréhensible, lorsquon la considère comme un dérivé de la lutte pour et contre une décharge, lutte créée par linfluence du monde extérieur. La théorie cellulaire ne soutient pas que toute substance vivante est uniquement faite de cellules : elle peut garder ses positions tant quelle arrive à prouver que les éléments non cellulaires de la substance vivante, tels que les tendons, les poils et les matériaux intercellulaires, sont des parties ou des produits de cellules. Il en est de même pour la psychologie psychanalytique, tant quelle peut démontrer que les phénomènes mentaux non instinctuels plus primitifs. Cest pourquoi le court travail de Freud La négation est, à ce propos, de grande importance, car il montre comment la fonction du jugement dérive des instincts dont elle est apparemment si éloignée.
Toutefois, lexpression Trieb dont se sert Freud na pas tout à fait le même sens que le mot anglais instinct par lequel on le traduit habituellement. Le concept dinstinct comporte lidée dun schème hérité et immuable : or cette immutabilité nest pas impliquée dans le concept allemand de Trieb. Au contraire, ces Triebe changent de but et dobjet sous linfluence des forces émanant du monde extérieur et Freud pensait même que cétait sous cette influence quils naissaient. Cette équation fautive de Trieb = instinct a produit de sérieux malentendus.
De nombreux biologistes ont, sous des formes diverses, émis lhypothèse quil existe une tendance vitale fondamentale, dont le but est dabolir les tensions provoquées par les excitations externes, et de revenir ainsi à létat énergétique qui régnait avant lapplication de ces stimuli. Sous ce rapport, la conception la plus fructueuse est celle du principe d " homéostasie " formulée par Cannon. " les organismes, composés de matériaux dont le caractère est, au plus haut degré, linconstance et linstabilité, ont appris, de quelque manière, le moyen de rester constants et de garder leur équilibre, sous leffet de conditions dont on pourrait raisonnablement sattendre à ce quelles soient profondément perturbatrices. " Le mot homéostasie " nimplique pas quelque chose de fixe, dimmobile, un état de stagnation " ; au contraire, les fonctions vitales sont extrêmement mobiles et flexibles, leur équilibre étant sans cesse troublé, mais également sans cesse rétabli par lorganisme.
Quand il parlait du " principe de constance ", Fechner avait à lesprit le même principe fondamental, pour lequel Freud, à la suite de Barbara Low, employait souvent lexpression de " principe de Nirvâna ". Il semble plus pertinent de voir le but ultime de toutes ces tendances à légalisation, dans le maintien dun certain degré de tension caractéristique de lorganisme ; il sagit de " préserver le niveau dexcitation " ainsi que Freud lécrivait de bonne heure plutôt que dabolir totalement toute tension.
On constatera partout que cette homéostasie rencontre de lopposition. il y a des comportements qui ne paraissent pas avoir pour but de se débarrasser de tensions, mais plutôt den faire naître de nouvelles et la tâche principale de la psychologie est létude et la compréhension de ces contre-forces qui tendent à bloquer ou à retarder une décharge immédiate.
Mais nous narriverons jamais à cette compréhension si nous essayons de différencier un " instinct homéostatique " dautres instincts qui ne le sont pas. Lhoméostasie, comme principe, est à la base de toute conduite instinctuelle ; le comportement " contrehoméostatique " doit sexpliquer comme une complication secondaire, imposée à lorganisme par des forces extérieures.
De même quà la base de toute conduite instinctuelle il ny a pas dinstinct homéostatique, il nexiste pas d " instinct de maîtrise ", différent dautres instincts. La maîtrise signifie la capacité de faire face aux exigences du monde extérieur et des pulsions intérieures, de retarder, quand cest nécessaire, la gratification dun besoin de procurer des satisfactions en dépit même dobstacles ; cest un but général de tout organisme, mais ce nest pas un instinct particulier. Il ne fait pas de doute, toutefois, que lon peut éprouver un " plaisir à jouir de ses propres facultés ", cest à dire à jouir dêtre soulagé du sentiment " de nêtre pas encore capable ", qui signifie la cessation de lanxiété liée à linsuffisance du contrôle moteur.
Cest ainsi que les forces, dont nous supposons que linteraction explique la phénoménologie mentale, ont les directions définies vers ou contre la motricité. Les impulsions à la décharge sont représentatives dune tendance biologique primaire ; les impulsions opposées à la décharge sont provoquées dans lorganisme par des influences extérieures.
Les lapsus, les erreurs, les actes symptomatiques sont les meilleurs exemples de conflits entre des poussées à la décharge et des forces qui sy opposent ; une tendance qui a été écartée, soit définitivement par " refoulement ", ou réprimée par le désir de ne pas lexprimer tout de suite, trouve une expression déguisée qui déjoue lopposition de la volonté consciente.
Quand une tendance à la décharge et une tendance à linhibition sont de force égale, il ny a, extérieurement, aucun signe dactivité ; mais il se fait une consommation dénergie dans une lutte intérieure secrète. Cliniquement, on en voit la manifestation dans le fait que les sujets victimes de tels conflits, donnent des signes de fatigue et dépuisement sans faire aucun travail perceptible.
Léconomie mentale
Cet exemple nous a conduit dans le domaine que Freud a nommé " psycho-économique ". Les individus, dont nous parlions, étaient fatigués parce quils consommaient de lénergie dans une lutte entre des forces intérieures. Quand quelquun réprime de lirritation et ensuite, dans une autre situation, réagit violemment à une infime provocation, on doit supposer que la première quantité dirritation, qui avait été supprimée, était toujours en lui, prête à la décharge, et quelle en a, plus tard, saisi la première occasion. Lénergie des forces qui sont derrière les phénomènes mentaux peut se déplacer. Les fortes pulsions qui cherchent à se décharger sont plus difficiles à brider que les plus faibles ; mais elles peuvent être contenues si les contre forces ont la même puissance. Savoir quelle quantité dexcitation peut être déchargé, est un problème économique. Il y a un " centre déchange dénergie mentale ", une économie de distribution de lénergie présente, entre sa réception, sa consommation et sa production. On peut voir une autre justification de ce concept économique dans le fait que les névroses éclatent souvent à la puberté ou à la ménopause. Le sujet était capable de supporter une certaine quantité dénergie instinctuelle en charge ; mais quand les transformations physiques augmentent lintensité de cette excitation, les contre mesures, prises antérieurement, ne suffisent plus. Il existe quantité dautres exemples qui mettent en évidence limportance du point de vue économique pour comprendre les phénomènes que nous observons. La personne qui était fatiguée après navoir rien fait, ne représente quun type particulier dinhibition générales dues à de silencieuses besognes intérieures. Ceux qui ont des problèmes intérieurs à résoudre doivent leur consacrer une grande part de leur énergie et il en reste peu pour dautres fonction.
Le concept de " quantité " dénergie mentale est tout aussi justifiable ou injustifiable que lemprunt dautres concepts scientifiques qui se sont montrés utiles. Il est regrettable quon ne puisse mesurer cette quantité directement ; mais on pourrait la mesurer indirectement par ses manifestations physiologiques.
Le conscient et linconscient
Dans lexposé de la dynamique et de léconomie mentale, rien na encore été dit sur le sens différent que peut prendre un phénomène selon quil est conscient ou inconscient. Ceci est dû au fait que cette différenciation est dabord descriptive et non quantitative. Quil existe un inconscient psychique nous est démontré, de toute évidence, par la suggestion post-hypnotique. Loubli dun nom nous le fait sentir subjectivement : on sait que lon sait ce nom, et pourtant on ne le sait pas.
Quand on lui applique les points de vue dynamique et économique, le problème " conscience ou inconscience " doit se formuler ainsi : Dans quelles circonstances et au moyen de quelle énergies, létat de conscience se produit-il ? Cest dans ces termes que toutes les qualités mentales doivent être examinées. En tant que qualités, on ne peut que décrire des sensations de plaisir et de douleur ; les " expliquer ", cest déterminer dans quelles conditions dynamiques et économiques elles sont ressenties.
Cette façon de poser le problème trouverait tout de suite sa justification si lon pouvait établir une corrélation entre des quantités de base et des qualités précises qui napparaîtraient quavec elles : si, par exemple, lhypothèse de Fechner que tout accroissement de tension mentale est ressenti comme un déplaisir, toute baisse comme un plaisir pouvait être confirmée.
Bien des faits sont en accord avec cette façon de voir, mais il y a aussi, malheureusement, des faits qui la contredisent. On voit des tensions qui procurent du plaisir, comme lexcitation sexuelle, et des défauts de tension qui sont pénibles, comme lennui et les sentiments de vide. Néanmoins, la règle de Fechner est, en général, valable. On peut démontrer que lexcitation sexuelle et lennui sont des complications secondaires. Le plaisir de lexcitation sexuelle, que nous appelons " plaisir préliminaire ", se transforme aussitôt en déplaisir, si lespoir daboutir à une décharge de tension, dans un plaisir final, sévanouit : le caractère de plaisir du plaisir préliminaire est lié à lanticipation mentale du plaisir final. Quand au déplaisir de lennui, un examen plus approfondi révèle quil ne correspond pas à un défaut de tension, mais bien à une excitation dont le but reste inconscient. Nous ne pouvons aborder ici une plus ample discussion de ce problème. Nous ne lavons soulevé que pour montrer quil était légitime dessayer de coordonner des facteurs quantitatifs et des phénomènes qualitatifs.
Mais revenons à la qualité de " conscient " : quune pulsion soit consciente ou non, ne révèle rien sur sa valeur dynamique. Les phénomènes conscients ne sont pas simplement plus forts que les phénomènes inconscients ; il nest pas vrai non plus que tout ce qui est inconscient soit le " vrai moteur " de lesprit, tandis que tout ce qui est conscient ne serait, relativement, quun à côté sans importance. Les nombreuses traces mnésiques qui peuvent devenir conscientes par un simple acte dattention, sont " sans importance " bien quinconscientes (nous les appelons préconscientes). Mais nous devons imaginer dautres phénomènes inconscients comme des forces puissantes cherchant à décharger leur énergie combattues par des forces également puissantes qui se manifestent comme des résistances ". sous une telle pression, le matériel inconscient na quun but : se décharger. Son énergie libre, flottante, obéit au " processus primaire ", cest à dire quelle ne sencombre pas des exigences de la réalité, du temps, de lordre, ou des considérations de la logique ; elle se condense et se déplace, nayant dautre intérêt que le meilleur moyen de se décharger. Ce mode de fonctionnement mental archaïque demeure actif dans linconscient ; dans les régions plus différenciées de lesprit, il est graduellement supplanté par le " processus secondaire ", organisé et en rapport avec la réalité.
La structure mentale
On doit considérer les phénomènes mentaux comme étant dus à linteraction de forces qui tendent à la motricité ou sy opposent. Lorganisme est en contact avec le monde extérieur au début et à la fin de ses processus de réaction, qui commencent par la perception dexcitation et se terminent par une décharge glandulaire ou motrice. Freud pense que lappareil psychique est construit sur le modèle dun organisme flottant sur leau. sa surface reçoit les excitations, les conduit à lintérieur doù des impulsions réactionnelles remontent à la surface. Cette surface se différencie progressivement, selon ses deux fonctions : lune de percevoir les stimuli, lautre de décharger les tensions. Le produit de cette différenciation devient le " Moi " (lego). Le Moi procède sélectivement dans laccueil des perceptions et dans laccès à la motricité quil accorde aux impulsions. Il opère comme un appareil inhibiteur qui contrôle la position de lorganisme dans le monde extérieur. Dans son " analyse vectorielle ", Alexander considère toutes les tendances mentales comme des combinaisons de lingestion, de la rétention et de lélimination. nous ajouterons : la vie débute avec lingestion ; mais avec la première ingestion apparaît la première poussée éliminatrice ; la rétention ne survient que plus tard, sous leffet dinfluences qui compliquent cette formule.
Des capacités se développent dans le Moi, qui lui permettent dobserver, de choisir et dorganiser les excitations et les impulsions : ce sont les fonctions du jugement et de lintelligence. Il sy développe aussi une méthode pour empêcher les impulsions rejetées datteindre la motricité, au moyen de certaines quantités dénergie prête à cet effet ; cest à dire que le Moi bloque la tendance à la décharge et transforme les processus primaires en processus secondaires. Tout ceci se passe par lentremise dune organisation spéciale qui cherche à remplir ses différentes tâches avec le minimum deffort (suivant le principe de fonction multiple).
Sous cette écorce organisée du Moi, se trouve le noyau dun chaos dynamique de forces qui ne tendent à rien dautre quà décharger leur énergie ; mais ce noyau reçoit sans cesse de nouvelles excitations, tant des perceptions externes que des perceptions internes influencées par des facteurs somatiques qui déterminent comment ces perceptions sont ressenties. Lorganisation sétablit de la surface vers la profondeur ; le Moi est au " Ca " (le " chaos "), ce que lectoderme est à lendoderme. le Moi devient le médiateur entre lorganisme et le monde extérieur : comme tel, il doit pourvoir à la protection de lorganisme contre laction hostile du milieu, aussi bien quil doit lui assurer des satisfactions malgré les restrictions du monde extérieur. Il ny a pas de raison de supposer que le Moi, crée dans le but dassurer la satisfaction des impulsions de lorganisme, soit, primitivement, en aucune façon hostile aux instincts.
Quel rapport y a-t-il entre la différenciation du Moi et du Ca et les qualités de conscient et dinconscient ? Il serait très simple de répondre, si Moi et conscient, Ca et inconscient, pouvaient se coordonner. Il est fâcheux que les choses soient plus compliquées. Ce qui se présente dans le conscient consiste en perceptions et en impulsions (correspondant à " stimuli reçus " et à " décharges "). Nous pouvons envisager les représentations comme étant des impulsion à plus faible investissement (" cathexis ") Mais les perceptions et impulsions ne sont pas toutes conscientes. Il y a des excitations " de sous le seuil " quon peut prouver avoir été perçues sans quelles aient jamais été conscientes. De plus, il y a des perceptions refoulées, comme dans la cécité hystérique, par exemple, où lon peut observer la réalité de perception inconscientes. Il existe aussi des phénomènes moteurs inconscients, comme chez les somnambules. Les perceptions et les mouvements inconscients ont des particularités spécifiques qui les distingues des perceptions et des mouvements conscients. Tous les organismes vivants doivent maintenir des échanges avec le monde extérieur par leurs fonctions de base, la perception et la motricité ceci est vrai avant même que le Moi ne soit différencié, exactement comme chaque cellule vivante doit pouvoir se nourrir et respirer avant même le développement différencié dun appareil respiratoire et métabolique multicellulaire. Avant quune conception systématisée de la réalité puisse se développer, il doit nécessairement exister une certaine perception non-systématisée.
La conscience naît à un certain moment du processus de systématisation. Ce processus dépend de la capacité dutiliser des souvenirs. Les traces mnésiques sont les restes de perceptions ; il semble quelles naissent à un étage inférieur à celui des perceptions elles-mêmes. Le Moi sépanouit hors de cette couche de traces mnésiques, appelée le préconscient. La différenciation du Moi procède par échelons. Il y a des couches profondes du Moi qui sont inconscientes. La transition du Moi au Ca est graduelle et nest marquée que là où existe un conflit. Mais où il y a conflit, certaines forces du Moi, même hautement différenciées, redeviennent inconscientes.
La partie de linconscient qui est la mieux connue est celle qui forme le " refoulé "- celle qui est mise et maintenue dans linconscience par des forces puissantes qui sopposent à son émergence.
De son côté, le refoulé travaille à se faire jour vers la conscience et la motricité : il est fait de pulsions cherchant un débouché. Dans cet effort vers lexpression, le refoulé tend à produire des "dérivés ", cest à dire quil déplace ses investissements sur des idées qui lui sont liées par association, idées qui sont plus admissibles au Moi conscient. Au cours dune psychanalyse, ces dérivés sont encouragés et saisis par lattention que leur porte le patient et cest ainsi que leur contenu refoulé, petit à petit, devient connu. Le refoulé est fait, avant tout, didées et de conceptions liées au but des pulsions refoulées, qui, du fait, davoir été écartées, ont perdu leur connexion avec lexpression verbale ; en retrouvant leur lien avec les mots, les idées inconscientes deviennent préconscientes. Mais on peut aussi parler à bon droit de sensations, de sentiments et démotions inconscientes. Evidemment la qualité dune sensation nexiste que lorsquelle est ressentie. Mais il y a, dans lorganisme, des tensions qui si elles nétaient pas entravées dans leur décharge et leur développement par des contre-investissements qui les bloquent, deviendraient des sensations, des sentiments ou des émotions. Ce sont dinconscientes " dispositions " à ces qualités, dinconscientes " nostalgies daffects ", des appels vers un état affectif, auxquels des forces contraires font obstacles, alors que le sujet ne sait pas quil est si prêt à la fureur, ou à lexcitation sexuelle, ou à langoisse, ou au sentiment de culpabilité, où à nimporte quoi. Naturellement, ces dispositions inconscientes aux affects " ne sont pas des constructions théoriques, mais peuvent être observées cliniquement tout comme on peut observer les idées inconscientes : elles produisent, comme les idées, des dérivés, elles se trahissent aussi dans les rêves, les symptômes et dautres formations substitutives, ou par la rigidité du comportement qui soppose à elles, ou simplement par une lassitude générale.
Mais lappareil mental ne consiste pas seulement en un Moi et un Ca. Son développement entraîne une complication nouvelle.
Nous avons dit précédemment que le problème fondamental de toute psychologie était de connaître la nature des forces qui bloquaient les décharges. Pour la plupart, ces forces ont été imposées à lappareil mental par le milieu. Cest la prise en considération de la réalité qui retient le Moi de satisfaire immédiatement aux pressions des pulsions vers une décharge. Mais ces tendances à linhibition, qui par définition, proviennent du Moi, ne sont pas, sous tous les rapports, le contraire des " poussées instinctuelles ". Souvent, par exemple chez les ascètes et les masochistes moraux, le comportement anti-instinctuel a tous les caractères dun instinct. Cette contradiction sexplique génétiquement. Lénergie dont se sert le Moi dans son activité de blocage des instincts est tirée du Ca, du réservoir des pulsions. Une partie de lénergie pulsionnelle est transformée en énergie contre-pulsionnelle. Une certaine partie qui inhibe lactivité des pulsions se développe, dun côté, plus près des instincts et, de lautre, soppose à dautres parties du Moi qui ont soif de plaisir. Cette nouvelle partie qui, entre autres fonctions, a celle de décider quelles pulsions sont acceptables et quelles pulsions doivent être écartées, est appelée le Surmoi. Alors que le Moi est aussi un représentant du monde extérieur, nous avons ici un représentant particulier du monde extérieur à lintérieur du premier.
Premier essai dune définition de la névrose
Après avoir exposé les points de vue dynamique, économique et structural, nous allons faire une première tentative pour nous éclairer sur le mécanisme dune névrose. Les phénomènes névrotiques multiformes ont-ils un dénominateur commun dont on pourrait se servir pour comprendre la nature essentielle de la névrose ?
Dans tous les symptômes névrotiques, il se passe quelque chose que le malade ressent comme inintelligible et étrange. Ce " quelque chose " peut être des mouvements involontaires ou dautres modifications des fonctions corporelles, des sensations diverses, comme dans lhystérie ; ou bien une émotion, une humeur accablante et injustifiée, comme dans les accès dangoisse ou de dépression ; ou encore des impulsions ou des pensées bizarres, comme dans la névrose obsessionnelle. Tous les symptômes donnent limpression dun quelque chose, venant on ne sait doù, qui semble faire effraction dans la personnalité un quelque chose qui trouble le sentiment de continuité de la personnalité et qui est en dehors de la volonté consciente. Mais il existe aussi des phénomènes névrotiques dune autre espèce. Dans les " caractères névrotiques ", on ne se sont pas en présence dune personnalité homogène, simplement troublée par quelque événement perturbateur ; elle est si manifestement altérée et divisée et souvent si étroitement mêlée à la maladie, que lon ne saurait pas dire où le " symptôme " commence et où finit la " personnalité ". mais si différentes lune de lautre que puissent paraître les " névroses symptomatiques " et les " névroses de caractère ", elles ont ceci en commun : le maniement normal et rationnel des exigences du monde extérieur et des impulsions du dedans, est remplacé par un phénomène irrationnel, qui semble étrange et échappe à la volonté. Puisque le fonctionnement normal de lesprit est régi par un appareil de contrôle qui organise, conduit et bloque des forces instinctuelles et archaïques plus profondes de même que le cortex organise, conduit et bloque les impulsions des couches plus archaïques et plus profondes du cerveau on peut dire que le dénominateur commun de tous les phénomènes névrotiques, cest une insuffisance de lappareil normal de contrôle.
La manière la plus simple de " contrôler " un stimulus, est le décharger, au moyen dune réaction motrice, lexcitation quil produit. Plus tard, la décharge immédiate est remplacée par des mécanismes de contrôle plus compliqués faits de contre force. Ce contrôle consiste à distribuer la contre énergie de façon à maintenir une stabilité économique adéquate entre lentrée des excitations et la sortie des décharges.
Tous les phénomènes névrotiques sont basés sur une insuffisance de lappareil normal de contrôle. On peut les comprendre comme des décharges involontaires durgence qui prennent la place des décharges normales. Linsuffisance de lappareil de contrôle peut se produire de deux manières. Soit par laugmentation de linflux de stimuli : lappareil psychique est envahi par trop dexcitation dans lunité de temps et est incapable de la maîtriser ces situations sont appelées " traumatiques " ; ou bien par danciens blocages ou diminutions des décharges, qui ont entraîné, dans lorganisme, un barrage des tensions si bien que les excitations normales agissent maintenant comme si elles étaient, relativement, traumatiques. Ces deux mécanismes ne sont pas mutuellement exclusifs. Une expérience traumatique peut provoquer un subséquent blocage des décharges ; et un blocage primitif, en créant un état de barrage, peut conférer un effet traumatique aux excitations normales qui surviennent par la suite.
On peut voir un modèle du premier type dans lirritation que chacun ressent après de petits traumatismes, comme une peur subite ou quelque petit accident. Le sujet est irrité pendant un certain temps, il ne peut pas se concentrer parce quil est encore préoccupé par lincident et il ne lui reste plus dénergie disponible pour porter ailleurs son attention. Il se répète plusieurs fois lévénement, en sentiment et en pensée et après un moment, il a reconquis sa stabilité mentale. Une petite névrose traumatique comme celle-là, peut se comprendre comme un envahissement de lorganisme par des quantités dexcitation non maîtrisée, suivi defforts pour sen rendre maître après coup. Cest sous le même angle que nous devons envisager les névroses traumatiques graves.
Un modèle du deuxième type de névrose, caractérisé par un blocage antérieur des décharges et quon appelle psychonévrose, est représenté par les névroses artificielles quen psychologie expérimentale, on provoque chez lanimal. un stimulus, qui avait représenté une expérience instinctuelle agréable et qui avait servi à signaler que quelque action allait maintenant procurer une satisfaction, est brusquement mis, par lexpérimentateur, en connexion avec des expériences menaçantes ou des frustrations ; ou bien lexpérimentateur réduit la différence entre des stimuli auxquels lanimal avait été entraîné à associer respectivement une menace ou la satisfaction dun instinct : lanimal entre alors dans un état dirritation qui est très semblable à celui dune névrose traumatique. Il ressent des impulsions contradictoires ; à cause du conflit, il lui est impossible de se rendre aux impulsions comme il en avait lhabitude ; la décharge est bloquée et cette diminution de décharge à le même effet quun accroissement dinflux : lorganisme est amené à un état de tension et fait appel à des décharges de secours.
Dans les psychonévroses, certaines pulsions ont été bloquées ; il en résulte un état de tension et, à loccasion, quelques " décharges durgence ". Celles-ci consistent, dune part, en une agitation non-spécifique et en ses élaborations, dautre part, en des phénomènes bien plus spécifiques qui représentent les décharges involontaires et déformées de ces mêmes pulsions dont la décharge normale à été bloquée. Ainsi, nous trouvons dans les psychonévroses, dabord une défense du Moi contre une pulsion, ensuite un conflit entre la pulsion cherchant à se décharger et les forces de défenses du Moi, puis un état de blocage et enfin les symptômes névrotiques, qui sont des décharges déguisées du fait de létat de blocage un compromis entre des forces adverses. Le symptôme est la seule étape de cette série qui devienne manifeste ; le conflit, son histoire et la signification du symptôme, sont inconscients.
Les symptômes névrotiques et les affects
Ces considérations sur lessence des névroses suscitent une objection quil faut examiner. Quantité de caractères des phénomènes névrotiques précédemment décrits, paraissent valables pour une catégorie de phénomènes psychiques très normaux : les accès affectifs et émotionnels.
En fait, la recherche dun dénominateur commun à toutes les éruptions soudaines daffect, révèle une étroite parenté entre les phénomènes névrotiques et ce genre daccès.
Les accès affectifs consistent en : a) Des mouvements et dautres décharges physiologiques, particulièrement des modifications des fonctions musculaires et glandulaires ; et b) Des manifestations émotionnelles. Ces phénomènes physiques et mentaux sont, tous deux, spécifiques dun affect donné et en particulier la corrélation des deux phénomènes est spécifique. Les accès émotionnels surviennent sans laccord du sujet ou même contre sa volonté ; les personnes plongées dans cet état on " perdu contrôle ". Cest comme si quelque chose de nature plus archaïque sétait substitué au Moi normal il est de fait que les enfants et les personnalités infantiles sont émotivement plus instables que ladulte.
Ces accès se produisent en réponse à : a) Des stimuli anormalement intenses, dont la quantité explique linsuffisance temporaire de lappareil normal de contrôle du Moi ; dans ce cas, les accès émotionnels semblent correspondre à une sorte de contrôle de secours qui a supplanté le contrôle normal du Moi ; ou b) A des stimuli ordinaires, quand certaines conditions règnent dans lorganisme. lexemple le plus simple est le déplacement dune rage : un léger facteur précipitant éveille une crise de rage sil y a, dans lorganisme, une disposition à la rage, provenant dune expérience antérieure où la tendance navait pas pu sexprimer. En général, lorsquil est dans un état de tension, lorganisme tend vers des manifestations émotionnelles régressives. Cest pourquoi lon peut généralement considérer une réaction émotionnelle anormalement intense, comme un " dérivé " de quelque chose qui avait été réprimé antérieurement. Pour nous résumer, les accès émotionnels se produisent quand le contrôle normal du Moi a été rendu relativement insuffisant, par :a) Un influx dexcitation dépassant lordinaire ; ou par b) Un blocage antérieur du flux de décharge.
Cette définition est identique à celle que nous avons donnée pour les symptômes névrotiques. Les symptômes névrotiques sont, également, les phénomènes de décharge qui surviennent sans le consentement du Moi ; et si lon analyse, aussi, leurs facteurs précipitants, on trouve, soit un accroissement de linflux dexcitation (névroses traumatique), soit des activités de défense du Moi qui avaient auparavant bloqué les décharges et amené ainsi lorganisme à un état de tension (psychonévroses). Les accès émotionnels et les symptômes névrotiques ont donc essentiellement les mêmes causes : une insuffisance relative du contrôle du Moi, du fait dun accroissement dinflux ou du blocage des décharges. Les accès émotionnels et les symptômes névrotiques sont, tous deux, des substituts partiels, de natures plus archaïque, des réactions motrices normales du Moi. Les symptômes névrotiques pourraient être appelés des espèces daccès affectifs " à structure personnelle ". La différence réside dans la nature de ce qui est substitué. Dans la névrose, le substitut est déterminé subjectivement par lhistoire propre du sujet. Dans les affects, le substitut est déterminé objectivement ; le syndrome est plus ou moins le même chez différents individus et il est causé par des réactions nerveuses engendrées chimiquement dou il vient, nous ne savons pas au juste. Cest parce que Freud avait limpression dune certaine similarité entre les accès névrotiques et les accès émotionnels, quaprès avoir découvert la détermination historique de la crise dhystérie, il a été poussé à rechercher aussi une détermination historique du syndrome dangoisse.
La similarité des symptômes névrotiques et des accès émotionnels est moins frappante dans le cas des symptômes compulsionnels. Toutefois, le symptôme compulsionnel est moins primitif que les autres symptômes névrotiques ; il ne représente pas une simple éruption des forces refoulés. De même, tous les affects nont pas le caractère daccès brusques ; les symptômes compulsionnels peuvent être comparés à des affects sous tension, comme le chagrin. Si un symptôme de conversion correspond à léruption dune excitation sexuelle ou dune rage qui ne sont pas maîtrisables, on peut mettre le symptôme compulsionnel en parallèle avec le travail, plus graduel, du deuil représentent une élaboration secondaire dune plus ancienne tendance à la décharge violente.
Les psychonévroses sont, essentiellement, le résultat dun conflit entre des exigences instinctuelles et les forces de défenses du Moi, et cette connaissance nous dicte la meilleure ordonnance à donner à une théorie des névroses. Nous devons étudier a) Le Moi, siège des défenses, et son développement ; b) Les instincts et leur développement ; c) Les types de conflits entre les deux, leurs motifs, leurs règles et leurs manifestations et d) Les conséquences de ce conflit, les névroses proprement dites.
Mais ces quatre chapitres ne peuvent pas être nettement séparés les uns des autres : ils sont imbriqués trop étroitement. Nous rencontrerons sans cesse les mêmes faits en les observant sous des angles différents. Une subdivision du chapitre se rapportant au Moi est rendue nécessaire à cause de ses rapports avec le Ca ; nous nous occuperons dabord des premiers stades de développement du Moi, puis de lévolution des instincts, et alors seulement des derniers stades de développement du Moi. Un bref chapitre sur la méthode de recherche psychanalytique précédera cette discussion du développement mental.