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Introduction à la théorie des névroses

Deux opinions diamétralement opposées sont souvent émises sur l’origine de la jeune science psychanalytique.

Certains disent que Freud a transposé dans le domaine des phénomènes mentaux les principes de la biologie matérialiste de son époque et ils ajoutent même parfois que, du fait qu’il était limité à la biologie, Freud n’avait pas vu la part déterminante des facteurs culturels et sociaux sur ces phénomènes mentaux. D’autres, au contraire, font valoir, qu’au moment où les sciences naturelles étaient à leur apogée, l’apport de Freud a été un retournement contre l’esprit de son temps ; il a forcé de reconnaître l’existence de ce qui est irrationnel et psychogène, comme un défi à la surestimation, alors prévalente, du rationalisme.

Que devons-nous penser de cette contradiction ? Par un développement graduel, la pensée scientifique est en train de l’emporter sur la pensée magique. Les sciences naturelles, prenant leur origine et évoluant à des périodes précises du développement de la société humaine (lorsqu’elles étaient devenues une nécessité technique), ont dû vaincre l’opposition la plus violente, la plus têtue, dans leur effort pour décrire et pour expliquer les phénomènes réels. Cette opposition frappa différents domaines à des degrés divers. Elle s’affirma dans la mesure où la matière de la science se rapprochait de ce qui touche l’homme de plus près : la physique et la chimie se libérèrent avant la biologie, la biologie s’émancipa plus tôt que l’anatomie et que la physiologie (il n’y a pas si longtemps, il était interdit au pathologiste de disséquer le corps humain), l’anatomie et la physiologie s’affranchirent avant la psychologie. L’influence de la pensée magique est plus grande en médecine que dans les sciences naturelles du fait de la tradition médicale qui dérive des " medecin-men " et des prêtres. Et dans le domaine même de la médecine, la psychiatrie est non seulement la branche la plus jeune de cette science imbue de magie, mais elle est aussi celle que la pensée magique imprègne le plus complètement.

Pendant des siècles la psychologie a été considérée comme l’un des objets de la philosophie spéculative, fort éloignée d’un empirisme pondéré. Si l’on passe en revue les questions plus ou moins métaphysiques qui étaient alors de première importance, il saute aux yeux que les problèmes en discussion continuaient de refléter les antithèses " âme et corps ", " humain et divin ", " naturel et surnaturel ". Partout malheureusement, les notions de valeur influençaient l’examen des faits.

Un coup d’œil sur l’histoire de la science nous apprend que la magie n’a pas été surmontée en un procès continu. Il y a eu des avances et des retraits qui, certainement, ne peuvent pas être expliqués en termes de l’histoire des idées. Les fluctuations de cette lutte sont dépendantes de conditions historiques complexes. Elles ne peuvent être comprises que par l’étude de la société qui est le siège de ce combat et par les conflits d’intérêts de ses différents groupes. L’intéressant ouvrage de Zilboorg et Henry montre assez que la psychologie médicale ne fait pas exception à cette règle.

En s’éloignant du monde de la pensée magique, la psychanalyse représente dans cette lutte un net pas en avant vers l’introduction de la pensée scientifique en psychologie. L’orientation tout à fait matérialiste des maîtres de Freud et de sa propre pensée pré-psychanalytique, a encore été soulignée récemment par Bernfeld.

Nous admettons, bien sûr, que Freud n’a pas été le premier à envisager le champ des manifestations mentales du point de vue des sciences naturelles. D’autres psychologies avant la sienne ont eu la même tendance. Mais ces psychologies ont toujours été une minorité comparées aux psychologies " philosophiques " et n’ont jamais su la traiter que de fonction mentales disparates. La compréhension de la vie mentale humaine de tous les jours avec ses infinies complexités, basée sur les sciences naturelles, n’a vraiment commencé qu’avec la psychanalyse.

Nous pouvons maintenant répondre aux assertions contradictoires sur la position de Freud dans l’histoire de la science. L’époque dorée de la biologie et de la médecine matérialiste n’embrassait pas, en fait, tout le domaine humain. Comme l’indique assez la façon dont les phénomènes mentaux ont été négligés, le progrès de la pensée scientifique s’est fait au prix de l’abandon de toute une région de la nature, l’esprit humain, considéré comme un résidu de la pensée religieuse et magique. La contradiction dans l’évaluation des travaux de Freud se résout en observant, qu’en réalité, son influence a été double : en s’opposant à l’idée que " l’esprit c’est le cerveau " et d’autre part, en soulignant fortement l’existence d’une sphère mentale ainsi que l’insuffisance des méthodes physico-scientifiques pour en rendre compte, il a conquis ce terrain pour la science.

 

En dépit de l’affirmation que Freud s’est tourné contre le rationalisme en donnant son dû au " facteur subjectif ", à " l’irrationnel ", ses procédés reflètent clairement la large tendance culturelle qui se donna comme idéale la suprématie de la raison sur la magie et l’étude impartiale de la réalité. Parce que la validité des tabous était récusée, ce qui auparavant avait été réputé intouchable et sacré devait être maintenant abordé. Freud étudia le monde psychique avec le même esprit scientifique que déployèrent ses maîtres dans l’étude du monde physique, ce qui impliquait la même révolte contre les préjugés professés jusque-là. C’est la matière de la psychanalyse qui est irrationnelle, non pas sa méthode.

On peut objecter que pareille déclaration présente la psychanalyse de façon partiale. En effet, cette science ne contient-elle pas beaucoup de la tradition mystique ? Ne s’est-elle pas développée à partir de l’hypnotisme et celui-ci du " mesmérisme " ? N’est-elle pas une " thérapeutique mentale ", ce qui veut dire une sorte de magie ? Assurément, la psychanalyse tire directement son origine de méthodes thérapeutiques magiques ; mais elle a éliminé l’arrière-plan magique de ses précurseurs. Il est certain que des rudiments de phases antérieures persistent dans tout développement mental et, en fait, il n’est pas difficile de trouver bien des traits de magie dans la théorie et dans la pratique de la psychanalyse – ce qui ne serait probablement pas difficile non plus dans d’autres branches de la médecine. Telle qu’elle est aujourd’hui, la psychanalyse contient indubitablement des éléments mystiques, les rudiments de son passé, aussi bien que des éléments de la science naturelle vers quoi elle tend. Elle ne peut faire autrement que de retenir quelque éléments mystiques, tout au moins au sens où l’activité d’un chien policier dans une enquête criminelle est une survivance des oracles rendus par le truchement d’animaux, comme Reik l’a reconnu. Toutefois, le chien policier est capable de découvrir le criminel à sa trace. Le but de la psychanalyse est de réduire ses éléments magique au moins jusqu’au degré d’insignifiance auquel les détectives modernes essayent de réduire les éléments de magie dans leurs méthodes d’enquête.

² La psychologie scientifique explique les phénomènes mentaux comme étant le résultat de l’interaction de besoins physiques primitifs – besoins qui prennent leur source dans les couches biologiques de l’homme, ainsi qu’elles se sont développées au cours de son histoire (ce qui peuvent par conséquent se modifier au cours d’une nouvelle histoire biologique) – et des influences du milieu sur ces besoins. Il n’y a pas de place pour un troisième facteur.

Qu’il faille considérer l’esprit en termes de constitution et de milieu est une conception fort ancienne. Ce qui caractérise la psychanalyse, c’est ce qu’elle considère comme structure biologique, quelles influences du milieu elle tient pour plastiques et comment elle relie entre elles les influences du milieu et de la structure biologique.

En ce qui concerne cette structure biologique, une psychologie scientifique doit d’abord se placer dans le cadre de la biologie. Les phénomènes mentaux n’existent que dans des organismes vivants, ils sont une instance particulière des phénomènes de la vie. Les lois générales qui sont valables pour les phénomènes vitaux le sont aussi pour les phénomènes mentaux ; mais il faut y ajouter des lois particulières qui n’interviennent qu’au niveau des phénomènes mentaux.

Une psychologie scientifique, comme toute science, étudie donc des lois générales. Elle ne se contente pas de la seule description de processus psychiques individuels. L’exacte description de déroulements historiques n’est pas son but mais son moyen. Son sujet n’est pas l’individu X, mais la compréhension des lois générales régissant les fonctions mentales.

De plus, une psychologie scientifique est totalement dégagée d’évaluation morale. Elle ne connaît pas de bien ni de mal, de moral ou d’immorale, rien du tout qui doive être ceci ou cela ; pour une psychologie scientifique, le bien et le mal, le moral et l’immoral, et ce qui devrait être, sont des produits de l’esprit humain et doivent être étudiés en tant que tels.

Quand aux influences de l’entourage, elles doivent être examinées en détail dans leur réalité pratique. Il n’y a pas de " psychologie de l’homme " dans un sens général, comme qui dirait dans le vide, mais seulement une psychologie de l’homme dans une certaine société concrète et dans une certaine position sociale dans cette société concrète.

Ce livre donnera une démonstration suffisante de la manière dont la psychanalyse aborde le problèmes des rapports entre les besoins biologiques et les influences plastique du milieu. Il suffit de dire ici que dans la recherche des relations entre les besoins biologiques et les influences extérieures, l’une ou l’autre de ces deux forces peut être surestimée. L’histoire de la psychanalyse montre les deux types de déviations. Quelques auteurs, ancrés dans leur pensée de biologistes, ont complètement ignoré le rôle joué, dans la genèse des névroses et des traits de caractère, par les frustrations provoquées de l’extérieur ; ils sont d’avis que les névroses et les traits de caractère pourraient provenir de conflits entre des besoins biologiques contradictoires, de façon entièrement endogène. Même dans une analyse thérapeutique, un tel point de vue est dangereux : mais il est fatal s’il est admis dans l’application de la psychanalyse à des problèmes de sociologie. Dans cette voie on s’est efforcé d’expliquer les institutions sociales par des conflits entre des pulsions instinctuelles contradictoires chez le même individu, au lieu de chercher à comprendre la structure instinctuelle d’êtres humains empiriques à travers les institutions sociales dans lesquelles ils ont grandi.

Mais il est aussi certains auteurs qui, à l’autre extrême, reprochent à la psychanalyse d’être trop biologiquement orientée et qui pensent que la grande valeur donnée aux pulsions instinctuelles signifie que les influences culturelles sont niées ou minimisées. Ils ont même l’idée fausse qu’en démontrant l’importance des influences culturelles on contredit toute théorie des instincts. Or, les écrits de Freud contiennent, essentiellement, des descriptions de la manière dont les attitudes, les objets et les buts instinctuels sont transformés sous l’influence des expériences vécues. Il est donc absurde de croire que Freud soit contredit par la démonstration de cette influence.

Nous sommes d’accord avec Zilboorg : il est facile de retrouver dans toutes ces déviations " culturistiques " un retour travesti au monde de la pensée magique et au contraste entre le corps et l’âme. Au premier coup d’œil, c’est comme si l’importance donnée aux facteurs culturels, de par leur portée sur le développement mental, mettait expressément l’accent sur la réalité ; mais, en vérité, ce point de vue nie la réalité en niant les bases biologiques de l’homme.

Bien entendu, les frustrations et les réactions à ces frustrations, ne sont pas seules à être déterminées par la société : ce qu’un être humain désire est également déterminé par son milieu culturel. Toutefois, les désirs ainsi déterminés sont simplement des variantes de quelques besoins biologiques fondamentaux ; cette transformation des valeurs biologiques primitives – " gratification " et " frustration " - en des systèmes de valeurs très compliqués, ceux de l’homme actuel, est précisément ce qui peut être expliqué par l’étude de l’homme individuel et des influences sociales auxquelles il s’est trouvé soumis. L’étude de ces forces sociales, de leur genèse et de leur fonction demeure la tâche de la sociologie.

L’application des principes généraux des sciences naturelles au domaine de la psychologie, présuppose évidemment la mise au point de nouvelles méthodes de recherches, adéquates à leur objet. Essayer de maintenir le monde mental en dehors d’une méthode de pensée quantitative et causale (" le tableau multicolore de la vie est terni par la théorie " disent certains), c’est limiter les moyens d’une compréhension véritable ; on fait de même quand on applique à ce monde la pseudo-exactitude de ceux qui croient qu’il faut transposer les méthodes biologiques d’expérimentation et de protocole scientifique dans un domaine où elles ne conviennent pas. (L’astronomie ne peut, elle non plus, elle non plus, recourir à l’expérimentation, elle n’en n’est pas moins une science naturelle.)

A l’affirmation que la psychanalyse tend à l’investigation scientifique complète des phénomènes mentaux, on pourrait répondre que cette formule est trop étroite ou trop large. La psychanalyse soutient qu’il existe une vie mentale inconsciente et elle étudie cette vie inconsciente. Puisque ce sont les phénomènes conscients qui sont d’habitude compris sous le terme d’ " esprit humain ", il paraîtrait que la psychanalyse s’intéresse à quelque chose de plus qu’à la seule vie mentale de l’homme. D’autre part , on peut demander : la psychanalyse n’est elle pas, avant tout, une psychologie des névroses, ou une psychologie des instincts, ou une psychologie des éléments affectifs de la vie mentale – alors que les éléments plus intellectuels et les fonctions individuelles, telles que la perception, l’élaboration des concepts, le jugement, devraient être étudiés par d’autres psychologies ?

Ces objections ne sont pas valables. Soutenir qu’en prenant l’inconscient comme l’un des objets de ses recherches, la psychanalyse se penche sur une matière qui se trouve au delà des phénomènes psychiques, c’est à peu près comme de prétendre que l’optique étudie quelque chose d’autre que le phénomène de la lumière lorsqu’elle s’occupe de la longueur d’onde des rayons lumineux. L’existence de l’inconscient est une supposition qui s’est imposée à la psychanalyse quand elle a cherché une explication scientifique et une compréhension des phénomènes conscients. Sans cette supposition, l’interrelation, des données du conscient restent incompréhensibles ; avec son appui on peut prétendre atteindre au succès qui caractérise toute science : la prévoyance d’événements futurs et l’exercice systématique d’une influence.

Pour ce qui est de l’argument que la psychanalyse ne se préoccupe que des névroses ou des phénomènes émotionnels et instinctuels, il faut admettre que ces sujets sont prédominants dans les recherches psychanalytiques. Ceci peut s’expliquer par l’histoire et par la pratique. La psychanalyse a débuté comme méthode thérapeutique et, aujourd’hui encore, elle doit surtout la matière de son étude à une heureuse circonstance : sa méthode de recherche scientifique et sa méthode thérapeutique, coïncident. Cependant Freud a pu appliquer, plus tard, à la compréhension des phénomènes mentaux chez les bien portant, ce qu’il avait pu observer au cours du traitement de ses malades. Quand, par la suite, la psychanalyse passa à l’étude des phénomènes conscients et des diverses fonctions mentales, son étude préalable de l’inconscient et des instincts lui permit de le faire par des procédés différents de ceux des autres psychologies. Elle voit dans toutes ces " manifestations de surface " des structures qui se sont élaborées, sous l’influence du milieu, à partir de sources instinctuelles et affectives plus profondes. Nous ne dirons pas, naturellement, qu’il n’y a pas de connaissance psychologique scientifique en dehors des découvertes de Freud ; mais nous pouvons affirmer que toute connaissance psychologique gagne de nouvelles clartés lorsqu’elle est vue sous l’angle de la psychanalyse.

Mais ce livre n’est pas un précis de psychologie psychanalytique ; il se limite à la théorie des névroses. Il est vrai que, pour l’analyste, les névroses sont le plus fructueux objet d’étude dans le domaine des faits mentaux ; après l’étude des névroses, il devient plus facile d’aborder les autres phénomènes mentaux. En ce sens, ce livre est peut-être effectivement le premier volume d’un précis de psychologie psychanalytique.

La théorie des névroses à le même rapport à la pratique de la thérapeutique psychanalytique que la pathologie à la médecine interne : édifiée par induction au cours d’une expérience pratique, elle fournit les fondations d’un travail pratique ultérieur. Elle représente la somme des efforts apportés à reconnaître les facteurs réguliers de l’étiologie, des manifestations et de l’évolution clinique des névroses, afin de nous doter d’une méthode thérapeutique et prophylactique orienté dans le sens de causalité.

Il ne faut demander à cette théorie rien de plus qu’un médecin ne demanderait à la pathologie. La recherche de la " régularité " ne permet de formuler que ce qui est d’importance générale et, dans un sens, fait ainsi violence à la singularité de tout cas individuel. Mais, en compensation, elle donne au praticien une meilleure orientation, bien qu’il faille se souvenir que cette seule orientation ne suffit pas au traitement de cas individuels.

Nous tâcherons d’éclairer la théorie par des exemples cliniques. Mais elle restera une " théorie ", c’est à dire une abstraction. Tous ces exemples n’auront pour but que d’illustrer des mécanismes : ce ne seront donc que des illustrations et pas des histoires de cas. Ce que l’on peut rapporter en quelque lignes comme le résultat de recherches psychanalytiques, demande parfois des mois de travail.

Nous ne présenterons donc ici que ce qui est typique. En réalité, les faits psychologiques désignés par les termes de complexe d’oedipe ou de complexe de castration, sont infiniment variés. Le présent livre ne donne que le cadre où, dans la réalité de la clinique, se placent des milliers de faits particuliers. Un ouvrage comme celui-ci ne peut pas remplacer l’expérience clinique, avec des cas réels (comme les contrôles d’analyse ou les " séminaires " de cas clinique) ; il ne peut pas, non plus, se substituer à l’enseignement de la technique psychanalytique. Mais ce qu’il peut faire, c’est montrer pourquoi l’enseignement de la technique psychanalytique. Mais ce qu’il peut faire, c’est montrer pourquoi l’enseignement de la technique est nécessaire, et pourquoi une psychanalyse personnelle est une part irremplaçable de cet enseignement.

Ceux qui n’ont pas fait l’expérience d’une analyse personnelle pourront sans doute comprendre intellectuellement le contenu de ce livre : mais bien des choses leur paraîtront plus incroyables encore et plus " tirées par les cheveux " que des récits de cas cliniques psychanalytiques. Ceux qui " ne croient pas à la psychanalyse " ne seront pas convaincus par cette lecture ; mais ils auront une idée exacte de ce que sont les leçons de la psychanalyse.

Cela même semble bien nécessaire. De nombreux critiques qui " ne croient pas à la psychanalyse " ne savent pas ce qu’est la psychanalyse et ont l’habitude d’attribuer à Freud beaucoup de choses qu’il n’a jamais dites.

La lecture de cas cliniques est le meilleur moyen de remédier aux lacunes de l’expérience personnelle et c’est le plus important complément à l’étude de ce livre, tout comme de suivre un cours de clinique ou de lire des observations de cas de malades sont le meilleur complément à l’étude de la pathologie.

Il n’est pas du tout vrai qu’il faille choisir, pour discuter des événements de la vie humaine, entre la description intuitive et vibrante de l’artiste et la manière abstraite et détachée de l’homme de science qui ne parle que de quantités. Il n’est pas nécessaire, il n’est même pas admissible, de perdre sa sensibilité lorsque la sensibilité est l’objet d’une étude scientifique. Freud a dit un jour que ce n’était pas de sa faute si l’exposé de ses cas cliniques donnaient l’impression d’un roman littéraire. Pour comprendre les névroses, il faudrait lire de pareils récits en même temps que des ouvrages comme celui-ci. Nous pouvons en tout cas promettre, qu’après la lecture de ce livre, ces observations clinique seront comprises de tout autre façon.

Admettre que l’art de la pratique psychanalytique ne puisse s’acquérir par une simple lecture, ne veut pas dire qu’il faille sousestimer la valeur de cette lecture pour l’étudiant en psychanalyse. Quand on lance à la tête d’une pathologie scientifique que l’intuition thérapeutique, essentielle et que la sensibilité ne peuvent pas s’enseigner, cette objection est une survivance de pensée magique. De même que la pathologie scientifique ne fait pas obstacle à l’art d’une médecine intuitive mais est son indispensable complément, la théorie des névroses est le complément de la pratique de la psychanalyse. Il est vrai que l’on ne peut tout enseigner ; mais l’on doit d’abord apprendre ce qui peut être enseigné.

Nous tâcherons de faire le moins possible de polémique, en nous efforçant plutôt d’exposer ce qui semble bien établi. Il est inévitable que le choix du matériel, l’estimation de la place plus ou moins importante réservée à chaque problème et l’ordonnance du livre, reflètent les idées personnelles de l’auteur. mais comme il espère que ses convictions scientifique sont fondées, il pense qu’il n’y aura pas là trop de désavantages.

Une théorie des névroses diffère, sur un point, d’une pathologie somatique. Un pathologiste peut supposer que son auditoire connaît la physiologie ; il n’a pas besoin d’expliquer les " principes biologiques fondamentaux " avant d’aborder la vraie matière de son propos. Mais parce que la psychologie psychanalytique est si nouvelle, nous sommes d’abord obligés de rendre clair, tout au moins d’esquisser, le système général qui nous orientera.

La découverte de nos principes de base s’est faite, laborieusement, par la méthode empirique. Il est important de le souligner parce que, dans ce qui suit, nous ne pouvons pas montrer comment nos connaissances se sont graduellement développées par l’expérience ; elle sont présentées, au contraire, d’une manière catégorique et quelque peu dogmatique, ce qui pourrait faire qu’on se méprenne sur leur nature et leur donner l’apparence d’une pure spéculation. Elle seront exposées sous une forme déductive : en réalité, elles ont été acquises inductivement et elles peuvent être, et seront peut être, modifiées par de nouvelles recherches inductives.

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