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Les mécanismes de défense : classification des défenses

Les défenses du Moi peuvent être divisées en défenses qui réussissent, qui font cesser toutes les pulsions refoulées, et en défenses qui échouent et qui exigent la répétition ou la continuation du processus de défense destiné à empêcher l'émergence des pulsions refoulées.

Les défenses pathogènes, qui sont à la base des névroses, appartiennent à la seconde catégorie lorsque les pulsions refoulées ne peuvent se décharger, mais restent en suspens dans l'inconscient où elles sont sans cesse renforcées par l'activité continue de leurs sources physiologiques, il s'ensuit un état de tension. Et une irruption [dans le champ de la conscience] de la pulsion refoulée peut se produire.

C'est pourquoi les défenses victorieuses sont moins importantes dans la psychologie des névroses; en fait on les comprend moins bien. Cependant les frontières entre les deux catégories ne sont pas toujours parfaitement définies, et il est parfois impossible de distinguer une pulsion transformée par l'influence du Moi

une pulsion qui arrive à percer de façon déformée contre la volonté du Moi et a son insu ". Ce dernier type de pulsion produira des attitudes crispées, se répétera indéfiniment, ne permettra jamais une détente complète, et aboutira à de la fatigue.

SUBLIMATION

Les défenses qui réussissent peuvent être placées sous la dénomination de sublimation ". Ce terme ne désigne pas un mécanisme spécifique; différents mécanismes peuvent être employés dans les défenses qui réussissent, comme le passage de la passivité a l'activité, le renversement de la situation par rapport au sujet, l'échange d'un but pour un but opposé. Le facteur commun est que sous l'influence du Moi le but de la pulsion instinctuelle ou l'objet (ou les deux) est changé sans blocage de la décharge adéquate. (Il vaut mieux omettre le jugement de valeur généralement impliqué dans la définition de la sublimation). La sublimation ne doit pas être confondue avec les défenses qui font intervenir des contre-investissements; les pulsions sublimées trouvent leur issue, bien que canalisées via un itinéraire artificiel; tandis qu'il en va différemment pour les autres. Dans la sublimation, la pulsion originelle disparaît parce que son énergie lui est retirée au profit de l'investissement de son substitut. Dans les autres défenses, la libido de la pulsion originelle est contenue par un important contre-investissement.

Les sublimations ont besoin d'un courant ininterrompu de libido, exactement comme la roue d'un moulin a besoin d'un courant d'eau non ralenti et canalisée. C'est pourquoi les sublimations n'apparaissent qu'après qu'un refoulement a été supprimé. Métaphoriquement, les forces défensives du Moi n'attaquent pas de front les pulsions originelles, comme dans le cas d'un contre-investissement, mais les heurtent de biais, produisant une résultante qui conjugue l'énergie instinctuelle et l'énergie défensive et qui peut suivre son chemin librement. Les sublimations diffèrent des satisfactions névrotiques de substitution par leur désexualisation; autrement dit, la satisfaction du Moi n'est plus une satisfaction ouvertement instinctuelle.

Quelles tendances peuvent subir une telle vicissitude et quelles circonstances déterminent si la sublimation est oui ou non possible ?

Si les pulsions prégénitales et les attitudes agressives qui les accompagnent ne sont pas réprimées par la formation d'un contre-investissement (qui les exclurait du développement ultérieur de la personnalité), elles sont plus tard organisées sous le primat de la sphère génitale. La constitution plus ou moins complète de ce processus est la condition préalable d'une sublimation réussie de la portion de la prégénitalité qui n'est pas utilisée sexuellement dans les mécanismes du vorlust. Il est très improbable qu'il existe une sublimation de la sexualité génitale adulte. Les organes génitaux constituent un appareil préposé à la réalisation de la décharge orgastique entière, c’est-à-dire non sublimée. Ce sont les tendances prégénitales qui peuvent être sublimées. Cependant si les tendances prégénitales ont été refoulées et restent dans l'inconscient, en rivalité avec le primat du génital, elles ne peuvent être sublimées. La possibilité d'un orgasme génital rend possible la sublimation (désexualisation) des tendances prégénitales.

Il n'est pas facile de dire ce qui détermine si oui ou non le Moi réussira à atteindre une solution aussi heureuse. La sublimation est caractérisée par une inhibition du but [de la réaction du but], une désexualisation [ou plutôt décharnalisation], une absorption complète d'un instinct par ses dérivés, et par une modification au sein du Moi. Tous ces caractères peuvent également être retrouvés dans les résultats de certaines identifications, comme par exemple dans le processus de formation du Surmoi. Le fait empirique que les sublimations, particulièrement celles qui se produisent dans l'enfance, sont fonction de la présence de modèles; d'incitations fournies directement ou indirectement par l'entourage, corrobore l'hypothèse de Freud que la sublimation peut être reliée intimement à l'identification. De plus, l'étude des cas de troubles dans l'aptitude à sublimer montre que cette inaptitude correspond à une difficulté à réaliser des identifications. De même que certaines identifications, les sublimations peuvent, elles aussi, combattre et annuler certaines pulsions infantiles de destruction, mais aussi et de façon déformée faire place à ces mêmes pulsions destructrices dans un certain sens, toute fixation artistique d'un processus naturel est un " meurtre " de ce processus. Des schèmes avant-coureurs de sublimations peuvent se voir dans certains jeux d'enfants dans lesquels les tendances sexuelles sont satisfaites de façon " désexualisée ", après une déformation du but ou de l'objet; et les identifications sont également très nettes dans ce genre de jeux.

La mesure dans laquelle le but est dévié dans la sublimation varie énormément. Dans certains cas la déviation est limitée à une inhibition vis-à-vis du but; le sujet qui a réalisé la sublimation fait exactement ce que son instinct le pousse à faire, mais ne le fait qu'après que l'instinct a été désexualisé et subordonné à l'organisation du Moi. Dans d'autres types de sublimations, il se produit des transformations qui ont des effets beaucoup plus grands. Il peut même arriver qu'une activité dirigée à l'opposé de l'instinct originel, ait réellement remplacé ce dernier. Certaines réactions de dégoût - courantes chez les peuples civilisés - qui ne montrent aucune trace des pulsions instinctives infantiles contre lesquelles elles étaient formées à l'origine, appartiennent à cette catégorie. Ceci est identique à ce que Freud a décrit comme une " transformation en l'opposé "; après l'installation de ce mécanisme, l'énergie totale d'un instinct agit dans la direction opposée.

DEFENSES PATHOGENES

Les conflits entre les exigences instinctuelles et la peur ou les sentiments de culpabilité ne sont pas nécessairement pathologiques. C'est le mode de réaction aux conflits qui détermine si leur cours ultérieur sera normal ou pathologique. Tant que les exigences instinctuelles normales ont leur place dans la personnalité entière et peuvent être satisfaites périodiquement, les conflits résiduels ont relativement peu d'intensité et peuvent être résolus sans conséquences pathologiques. La possibilité de décharger les tensions instinctuelles au moyen de satisfactions périodiques est la meilleure garantie de santé mentale et aussi la condition préalable d'une sublimation réussie. Cependant, les éléments instinctuels qui, pendant l'enfance, se sont heurtés à des défenses du type du contre-investissement sont privés de cette possibilité de décharge périodique. Les contre-investissements ne transforment pas les pulsions refoulées en autre chose; elles les suppriment plutôt. Elles essaient simplement de bloquer leur décharge, leur faisant ainsi perdre toute connexion avec le reste de la personnalité et les obligeant à demeurer, inchangées, dans l'inconscient. Là réside le danger d'irruption dans la conscience de ces pulsions, qui est à la base des névroses.

Ce développement explique deux faits d'importance capitale

1°) Les pulsions refoulées exercent une pression constante dans le sens d'une mise en mouvement. Privées de leur possibilité de décharge directe, elles profitent de n'importe quelle occasion de décharge indirecte, déplaçant leur énergie sur n'importe quelle autre pulsion qui leur est associativement reliée, augmentant l'intensité de cette pulsion de substitution, ou même changeant la qualité de l'affect qui y est associé. Cette pulsion de substitution est dite dérivée; la plupart des symptômes névrotiques sont des dérivés de ce genre.

2°) Toutes les défenses pathogènes ont une racine dans l'enfance; et il n'y a pas de névrose qui n'ait sa racine dans l'enfance.

L'effet isolateur des défenses de l'enfance explique pourquoi un malade, chez qui la psychanalyse a libéré de toute répression les pulsions sexuelles infantiles, n'essaie pas simplement de satisfaire ces pulsions infantiles devenues maintenant conscientes. Après que les défenses infantiles ont été brisées, l'isolation est détruite et les pulsions refoulées sont de nouveau intégrées à la personnalité tout entière. Elles participent, à présent, de la maturité de la personnalité; les pulsions infantiles se transforment en pulsions adultes qui, elles, peuvent se décharger. Après quoi les résidus peuvent être traités par la sublimation ou d'autres types de suppression plus efficaces.

Lorsque nous avons parlé des névroses traumatiques, nous avons remarqué que le danger de submersion par l'excitation faisait naître le besoin de bloquer la perception de nouveaux stimuli; la perception et d'autres fonctions du Moi étaient paralysées ou diminuées par des contre-investissements vigoureux. On peut considérer ces types de défense - surtout leur point culminant : l'évanouissement - comme le prototype sur lequel toutes les autres défenses pathogènes sont fermées : l'évanouissement est un arrêt complet des fonctions du Moi; les autres mécanismes de défense consistent en une cessation partielle de certaines fonctions du Moi.

En dernière analyse l'évanouissement, comme mécanisme de défense qui paralyse les fonctions menacées, est la conséquence d'un réflexe biologique profondément enraciné qui fait abandonner non seulement la fonction menacée, mais aussi les organes menacés (autotomie). Ce réflexe, avec son but qui est de se débarrasser d'un organe sous tension au bénéfice de l’homéostasies, peut être considéré comme la source commune et de l'assouvissement des instincts et de la défense contre les instincts.

DÉNÉGATION

La tendance à nier les impressions et les faits pénibles, est aussi vieille que la douleur elle-même. Chez les jeunes enfants, une dénégation des réalités, qui satisfait leurs désirs, est chose très courante, simple expression de l'emprise du principe de plaisir.

L'aptitude à nier les aspects désagréables de la réalité est la contre-partie de la " satisfaction hallucinatoire des désirs". Anna Freud a appelé " préstade de défense ce type de refus de reconnaître le déplaisir en général. Le développement progressif du sens du réel rend impossible cette falsification complète de la réalité. Toutefois ces tendances à la dénégation cherchent à demeurer actives. C'est contre certaines perceptions internes douloureuses isolées qu'elles y réussissent le mieux. Freud a expliqué que la " négation " de telles perceptions peut être un compromis entre la prise de conscience des données fournies par la perception et la tendance à nier. Lorsqu'on dit, juste avant d'avoir mal à la tête : " Je suis content de n'avoir pas eu de maux de tête depuis si longtemps ", cela veut dire " Je sens le mal de tête qui vient, mais pour l'instant je puis encore le nier. "

"Je ne sais pas qui représente cette personne dans mon rêve, certainement pas ma mère " signifie " Je sens que cette personne représente ma mère, mais je peux encore le nier ".

Tout essai de dénégation dans les dernières phases du développement a, bien entendu, comme adversaires les fonctions de perception et de mémorisation du moi. Ces expériences pénibles et le souvenir d'expériences pénibles qui, se reproduisant automatiquement dès que quoi que ce soit ressemble à l'expérience pénible originale, forcent l'organisme à abandonner la méthode de satisfaction hallucinatoire des désirs et la simple dénégation. Le développement progressif du Moi et du principe de réalité renforce la capacité de prise de conscience et de se souvenir et affaiblit lentement la tendance à nier. Tant que le Moi est faible, la tendance à nier peut rester relativement la plus forte; la solution caractéristique chez les enfants plus grands est que la vérité que l'on ne veut pas accepter est niée de fait dans les jeux et les rêveries, tandis que, simultanément, la partie raisonnable du Moi reconnaît la vérité et le caractère ludique ou fantaisiste de la dénégation Une certaine partie de cette dénégation dans la rêverie " subsiste chez l'adulte normal qui, en présence d'une vérité désagréable, peut malgré cela (ou plutôt à cause de cela) élaborer des rêves éveillés qui nient cette vérité. Toutefois, chez les adultes, ce genre de rêves éveillés a un caractère de sans importance " et se borne à représenter un refuge qui les soulage un moment du fardeau de la réalité, tandis que les jeux et les dénégations chez les enfants sont d'une grande importance. C'est seulement dans le cas de troubles graves de la fonction du réel (psychoses) que des dénégations sérieuses et importantes restent victorieuses chez les adultes. Dans une plus faible mesure on peut observer chez tous les névrosés, à titre d'exemple de dénégation imaginaire ", un dédoublement du Moi en une partie superficielle qui reconnaît la vérité et une partie plus profonde qui la nie. Bien qu'ils connaissent la vérité, ils peuvent se comporter comme si elle n'existait pas. Freud décrivit ce phénomène pour la première fois chez le fétichiste, qui connaît consciemment l'anatomie de l'appareil génital féminin mais qui, dans ses symptômes névrotiques, se comporte comme si les femmes avaient des pénis.

On peut parfois observer directement la lutte entre la dénégation et le souvenir. Un fait désagréable peut être alternativement reconnu et nié. Si, dans cette situation, on peut offrir à la perception ou à la mémoire une sorte d'objet de remplacement, - qui Soit inoffensif, bien que relié au fait que l'on ne veut pas accepter - le substitut sera accepté et le conflit sera résolu en faveur du refoulement. Le Moi, cependant que la répression l'engage dans cette lutte contre la perception et la mémoire, cherche une idée ou une expérience à substituer à la réalité. Il contracte une " faim d'expériences écrans ".

Cela explique l'existence de " souvenirs écrans " rétroactifs. Le Moi fouille dans sa réserve de souvenirs pour trouver des images qu'il puisse offrir à sa conscience comme substituts. Mais même les perceptions qui se produisent au cours de la lutte sont immédiatement examinées par le Moi pour voir si elles conviendraient comme substituts. Le Moi a une " quantivalence libre " d'expériences écrans, et il est économiquement soulagé lorsqu'il les trouve. Les enfants ressentent souvent ce soulagement de façon caractéristique, qui pourrait être appelé l'ordre de se rappeler. Pendant une expérience plus ou moins inoffensive, mais qui pourrait être à la base, plus tard, d'un souvenir écran, l'enfant sent une sorte d'ordre intérieur Attention Tu dois te rappeler cette scène toute ta vie Ceci n'est pas ressenti toujours exactement comme un ordre formel, mais quelquefois comme un désir de mettre à l'épreuve sa propre mémoire.

Il y a une relation significative entre ordre de se rappeler et " déjà vu ". Dans les deux phénomènes, la situation inconsciente est très semblable, en ce qu'une expérience réelle est reliée à une expérience refoulée et lui sert de substitut. Bien que les sentiments de j'ai déjà éprouvé ceci auparavant " et " je me rappellerai ceci toute ma vie " soient fort différents, les sensations qui accompagnent ces deux genres d'expériences sont très semblables; il arrive parfois qu'une expérience de " déjà vu " soit réellement reliée à un ordre de se rappeler. Toutefois, dans le " déjà vu ", la répression a déjà été opérée, le Moi ne veut pas se remémorer quelque chose qui a été refoulé, et le sentiment de déjà vu " n'est pas autre chose que le fait pour cette chose d’être remise en mémoire contre sa volonté. Dans l'ordre de se rappeler, la répression est encore en conflit avec la mémoire. Le Moi appréhende activement l'expérience présente parce que, avec son aide, il peut achever la répression.

On ressent parfois un événement présent avec un sentiment analogue au " déjà vu " [paramnésie] : " C'est donc réellement vrai que... ? " Cela peut signifier soit que l'événement présent est la réminiscence de quelque chose qui a été réprimé et cette répression est maintenant menacée par l'événement (ce qui est réprimé étant souvent un sentiment de culpabilité), qui donne l'impression de surnaturel. Ou cela peut signifier que ce qui est " réellement vrai après tout " est une réalité dépouillée des conceptions inconscientes terrifiantes auxquelles on les associait en imagination : c’est-à-dire Je n'ai plus besoin d'avoir peur de choses que j'avais par erreur associées à la réalité. Dans ce cas le sentiment analogue au " déjà vu " [paramnésie] est réconfortant et agréable.

Certains genres de comportements envers autrui peuvent quelquefois être considérés comme des tentatives de faciliter la dénégation des faits désagréables. Par exemple, le but évident du mensonge est de faire croire à l'autre personne quelque chose qui n'est pas vrai, ou de l'empêcher de croire quelque chose de vrai; cependant le but du mensonge habituel peut inconsciemment être de produire le même effet sur le menteur lui-même. La tentative de convaincre quelqu'un de la réalité d'une chose qui n'est pas réelle est faite pour prouver qu'il est possible que certaines données de la mémoire soient fausses aussi. La personne qui est trompée sert de témoin dans la discussion entre la mémoire du menteur et sa tendance à nier.

PROJECTION

Le premier jugement du Moi fait la distinction entre objets comestibles et non-comestibles : La première acceptation est le fait d'avaler, le premier rejet le fait de recracher. La projection est un dérivé de la première négation; elle doit être interprétée comme " Je veux le recracher ", ou, du moins, comme " Je veux mettre de la distance entre cet objet et moi ". La projection est essentielle à ce premier stade du développement du Moi que Freud a appelé " Moi-plaisir purifié " dans lequel toute chose agréable est ressentie comme appartenant au Moi (" quelque chose a avaler "), tandis que toute chose désagréable est considérée comme non-Moi (" quelque chose à recracher ").

Tant que la ligne de démarcation entre le Moi et le non-Moi n'est pas encore nettement définie, ce qui est le cas dans les premières années de l'enfance ainsi que dans les psychoses, le mécanisme de l'état de " Moi-plaisir purifié " peut être utilisé par le Moi dans un but défensif. Les émotions ou les excitations que le Moi essaie de repousser sont " recrachées " et ressenties alors comme étant en dehors du Moi. La pulsion agressive est perçue dans une autre personne au lieu d'être perçue dans son propre Moi. Il en va donc de même pour la projection, mécanisme de défense, que pour le sentiment d'angoisse et de culpabilité : des réactions archaïques, qui se produisent automatiquement aux premiers stades du développement, sont ensuite domestiquées par le Moi qui les utilise dans un but défensif. Toutefois, ce mécanisme primitif de défense ne peut être pleinement utilisé que si la fonction du réel du Moi est gravement endommagée par une régression narcissique qui rend à nouveau incertaine la délimitation entre le Moi et le non-Moi. Le fait que la projection est de la plus grande importance dans les cosmologies animistes primitives est en accord avec sa nature essentiellement archaïque.

Lorsque le développement de la libido amène un surinvestissement des fonctions excrétoires, ces fonctions, elles aussi, peuvent être utilisées comme modèles physiologiques de projection. On imagine très souvent qu'on se débarrasse d'un objet ou d'une pulsion dont on ne veut pas en l'éliminant du corps de la même façon que les matières fécales sont éliminées. Dans la paranoïa, maladie dans laquelle la projection est à son comble, cette illusion a son point culminant dans les délires de persécution dans lesquels le persécuteur, extérieur au patient, représente les sensations que ce dernier éprouve dans ses entrailles.

En général, l'organisme préfère sentir les dangers comme des menaces externes plutôt que comme des menaces internes, parce que certains mécanismes de défense contre les stimuli trop intenses ne peuvent être mis en mouvement que contre des stimuli extérieurs. Beaucoup de projections donnent l'impression que des tensions internes sont prises à tort pour des conflits extérieurs, dans le but d'utiliser cette projection contre les stimuli intérieurs aussi.

Il est difficile de déterminer cliniquement si toute projection de certaines tendances ou d'attitudes affectives représente toujours obligatoirement une expulsion d'objets auparavant intériorisés - c’est-à-dire, en dernière analyse, soit un recrachage ou une défécation.

Généralement les projections ne sont pas faites au hasard, mais sont dirigées vers un point à moitié chemin de la réalité. Le paranoïaque est comme sensibilisé à percevoir l'inconscient des autres, chaque fois que cette perception peut être employée pour rationaliser sa propre tendance à projeter. Il ressent de façon aiguë l'inconscient des autres lorsque cela lui permet d'oublier son propre inconscient. De même que les monstres " qu'on voit en rêve représentent un animalcule d'eau " de la vie réelle, de même le monstre du délire paranoïde peut être la déformation d'un microbe de la réalité.

L'animisme est l'exemple général le plus important de la projection dans le développement normal du Moi. Les paranoïaques dont la fonction du réel est gravement déformée, font la plus fausse interprétation projective de la réalité. Les névrosés font la même chose à un degré moindre en déformant la véritable réalité dans le sens de leurs besoins inconscients.

INTROJECTION

A l'origine, l'idée d'avaler un objet est une affirmation. En tant que telle, elle est le prototype de la satisfaction instinctuelle, non de la défense contre les instincts. Au stade du " Moi-plaisir purifié " toute chose agréable est introjectée. En dernière analyse, tous les buts sexuels sont des dérivés d'aspirations à l'incorporation. L'introjection est en même temps le prototype de la réappropriation de la toute-puissance projetée jusque-là sur les adultes. L'incorporation cependant, bien qu'elle soit une expression d'amour détruit objectivement l'objet en tant que tel - comme chose indépendante appartenant au monde extérieur. Au moment où il devient conscient de ce fait, le Moi apprend à utiliser l'introjection pour des buts agressifs comme agent des pulsions de destruction et aussi comme modèle d'un mécanisme de défense particulier.

L'incorporation est la tendance la plus archaïque vers un objet. L'identification, accomplie au moyen de l'introjection, est la forme la plus primitive de relation aux objets. C'est pourquoi toute forme plus récente de relation avec les objets, si elle rencontre des difficultés, peut régresser jusqu'à l'identification; et toute tendance instinctuelle plus récente peut régresser jusqu'à l'introjection. L'emploi de l'introjection comme mécanisme de défense nous montre de nouveau comment les mécanismes automatiques primitifs sont par la suite domestiqués et employés par le Moi à ses propres fins.

REFOULEMENT

Relativement moins archaïque est le mécanisme du refoulement proprement dit, certainement dérivé de la dénégation dont nous avons parlé plus haut. Il consiste à oublier exprès inconsciemment ou à ne pas devenir conscient de pulsions internes ou d'événements extérieurs qui, d'une façon générale, représentent des désirs ou leur punition, ou de simples allusions à des exigences instinctuelles considérées comme répréhensibles. C'est nettement dans l'intention d'empêcher leurs effets réels aussi bien que d'échapper au déplaisir de les éprouver que ces données sont exclues exprès de la conscience. Toutefois, bien que le refoulé ne Soit pas perçu consciemment, il reste agissant. Le Moi ne peut s'en débarrasser complètement que dans les cas que nous avons appelés sublimation et qu'on appelle quelquefois des refoulements victorieux. Dans le refoulement proprement dit, fondé sur un incessant contre-investissement, le refoulé reste agissant du fond de l'inconscient.

Le meilleur exemple du mécanisme de refoulement est le cas où un nom ou une intention sont simplement oubliés. L'analyse révèle qu'un nom ou une intention sont oubliés quand un motif refoulé leur oppose une résistance, généralement parce que ce nom ou cette intention étaient associés à une exigence instinctuelle considérée comme répréhensible. Dans le cas de l'oubli tendancieux, le fait que l'élément réprimé subsiste dans l'inconscient est ressenti directement dans la sensation subjective qu'on devrait savoir ce qui a été oublié, qu'on le sait un peu ", qu' " on l'a sur le bout de la langue ", bien qu'on ne le sache pas réellement.

Parfois, certains faits sont présents à la mémoire, mais leur contexte, leur signification, leur valeur émotionnelle sont refoulés.

Des conflits surgissent lorsque se produisent de nouvelles expériences, qui sont reliées à ce qui avait été antérieurement refoulé. Les éléments refoulés ont alors tendance à se servir du nouvel événement pour se libérer; ils cherchent à déplacer sur lui leurs énergies, à transformer le nouvel événement en " dérivé ". La tendance à se servir d'un tel déplacement comme moyen de décharge réussit parfois. Si on analyse les exagérations névrotiques - qui consistent dans la surestimation émotionnelle d'une chose relativement inoffensive - le résultat prouve qu'elles sont des dérivés d'éléments qui avaient été refoulés; la valeur émotionnelle apparemment absurde, devient compréhensible si on la considère comme le résultat d'un déplacement.

Dans d'autres cas les tentatives de la part des éléments refoulés de trouver une issue sous forme de dérivés échouent : Il se développe alors une tendance à refouler tout événement relié associativement aux éléments refoulés, autrement dit une tendance à refouler les dérivés, tout comme l'exigence originale avait d'abord été refoulée. On appelle cela un refoulement secondaire (Nachdraengen). On a dès lors l'impression que les éléments refoulés sont comme une force magnétique attirant tout ce qui leur est rattachable de telle sorte que cela devienne également refoulé; en fait, ils n'attirent pas un élément qui leur est associativement relié dans le refoulé, mais essaient de le transformer en un dérivé sur quoi les mêmes forces qui l'avaient à l'origine refoulé refoulent également les nouveaux matériels.

Les dérivés du refoulé sont parfois tantôt admis à se décharger tantôt refoulés à leur tour. Certaines formations de ce genre, comme les rêves éveillés, peuvent jusqu'à un certain point procurer une satisfaction hautement émotionnelle, mais ils sont entièrement et immédiatement oubliés aussitôt que ce point est dépassé. C'est également vrai des rêves, où il n'y a de la même façon qu'un pas des rêves hautement émotionnels, qui s'imposent de manière obsédante à la conscience, aux rêves qui sont complètement oubliés.

Les refoulements peuvent se trahir Soit par des vides - c'est-à-dire par le fait que certaines idées, sensations, attitudes, auxquelles on s'attendrait comme à des réactions appropriées à la réalité, sont en fait absentes - soit par le caractère obsédant avec lequel on s'attache à certaines idées, sensations, attitudes équivalentes qui représentent des dérivés. On trouve les premiers dans les refoulements secondaires; les seconds dans les souvenirs écrans et les idées obsédantes.

Il existe de nombreuses relations entre le refoulement et la projection, comme entre le refoulement et l’introjection. Les idées refoulées sont parfois inconsciemment ressenties comme des objets qui ont été enlevés au Moi; ce qui rapproche le refoulement de la projection. Dans d'autres cas les idées refoulées sont ressenties comme si elles avaient été avalées, similitude avec l'introjection fondée sur le fait que ce qui a été avalé cesse d’être visible, mais continue à agir de l'intérieur. Les rêves qui se produisent au cours d'une analyse montrent souvent que les éléments refoulés sont considérés inconsciemment comme de la nourriture avalée, ou même comme des matières fécales ou des vomissements.

Le refoulement type est le mécanisme principal de l'hystérie. Il exprime une attitude dans laquelle la réalité indésirable est traitée simplement comme si elle n'existait pas. Peut-être le fait que les pulsions sexuelles sont très souvent refoulées, tandis que les pulsions agressives sont plus souvent l'objet d'autres mécanismes de défense, est-il dû à ce que l'éducation traite le sujet " sexe " tout simplement en n'en parlant pas, tandis que l'existence de l'agressivité est reconnue quoique considérée comme une mauvaise chose. Plus les éducateurs agissent comme si les choses répréhensibles n'existaient pas, plus ils encouragent chez les enfants le refoulement type. Les contradictions de l'éducation actuelle, qui ne sait pas quelles sont les exigences instinctuelles qu'il faut permettre ou interdire, et qui a comme résultat de permettre d'abord ce qu'on interdit par la suite de façon soudaine et inattendue (ce qui est souvent d'autant plus cruel), favorise l'appel à des mécanismes de défense autres que le refoulement type.

Le motif du refoulement est incontestablement de maintenir immobile ce qui a été refoulé (552). La preuve en est le fait que la répression devient superflue quand l'impossibilité du passage à l'acte est garantie d'une autre façon. Les compulsionnels sont capables d'être obsédés par l'idée de meurtre puisque, grâce à l'entrée en jeu du mécanisme d'isolation, ils sont sûrs qu'ils ne commettront pas réellement le crime.

Orgel a décrit un rêve oedipien manifeste que le malade eut après une expérience qui l'amena à détester réellement sa mère. Dans d'autres circonstances, il aurait certainement réprimé ses désirs incestueux. La haine, qui l'assurait qu'il ne ferait pas réellement de déclaration d'amour à sa mère, permit au refoulement d'être momentanément levé.

Dès lors que le refoulé continue d'exister dans l'inconscient et suscite des dérivés, le refoulement n'est jamais accompli une fois pour toutes, mais il demande une dépense constante d'énergie pour se maintenir tandis que le refoulé essaie constamment de trouver une issue. On peut observer cette dépense d'énergie dans des phénomènes cliniques : par exemple, dans l'appauvrissement général de la personnalité névrotique qui consume son énergie dans la réalisation de son refoulement et qui n'a donc pas assez d'énergie à Sa disposition pour d'autres fins. Cela explique certaines formes de fatigue névrotique. Certains sentiments typiquement névrotiques d'infériorité correspondent à la conscience de cet appauvrissement; il se développe des attitudes destinées à éviter des situations qui risqueraient de faire surgir à nouveau le refoulé (phobies); et on voit même se constituer des attitudes qui, pour assurer que le refoulé demeurera refoulé, sont contraires à celles des pulsions originales.

Lorsqu'il décrivit le refoulement, Freud distingua d'abord entre le destin de l'idée refoulée, et le destin de la quantité d'investissement émotionnel de l'idée refoulée. L'idée, c'est-à-dire son contenu idéique est oublié; l'investissement affectif toutefois peut parvenir à la conscience, par déplacement sur une autre idée. Il est certainement exact que parfois le déplacement de l'affect vers un dérivé moins répréhensible, qui trouve à se décharger ou à accéder à la conscience, facilite le refoulement de l'idée originale, comme dans les souvenirs écrans. Cependant il n'est pas possible de séparer entièrement les concepts d'idée et d'affect lié à l'idée. Si tout l'affect était déplacé, l'idée originale ne chercherait plus à se décharger, le combat défensif deviendrait inutile, et tout le processus devrait alors s'appeler sublimation plutôt que refoulement. En fait, les " dérivés " typiques ne contiennent qu'une partie de l'affect refoulé. Il n'y a pas que de simples " idées " qui sont réprimées, mais aussi des pulsions ", c'est-à-dire des idées chargées d'affect d'actions futures, des décisions d'actions (pas seulement, bien entendu, des désirs primaires du Ça, mais aussi leurs élaborations ultérieures et les attitudes du Moi). Le transfert de l'affect à un dérivé représente déjà une sorte d'échec de la part des forces refoulantes qui n'ont pas pu atteindre leur but qui était de supprimer toute expansion de la pulsion refoulée. Toutefois cet échec peut faciliter la tâche de maintenir inconsciente l'idée originale.

FORMATION RÉACTIONNELLE

Beaucoup d'attitudes névrotiques sont des essais manifestes de nier ou de refouler certaines pulsions, ou de défendre la personnalité contre un danger instinctuel. Ce sont des attitudes contraintes et rigides gênant l'expression de pulsions contraires qui, malgré tout, se font parfois jour de différentes façons. Dans ces cas, la psychanalyse, agissant en tant que psychologie démasquante peut prouver que l'attitude contraire originelle subsiste toujours dans l'inconscient. Ces attitudes antagonistes secondaires sont appelées des formations réactionnelles.

Les formations réactionnelles représentent-elles un mécanisme de défense séparé et indépendant? Elles semblent plutôt être une conséquence et une réassurance d'un refoulement déjà établi. Mais elles représentent a' tout le moins une certaine forme de refoulement dans laquelle le contre-investissement est manifeste et qui, en conséquence, évite les actes en permanence répétés de refoulement secondaire. Les formations réactionnelles évitent les refoulements secondaires en réalisant " une fois pour toutes " une modification définitive de la personnalité. Le sujet qui a élaboré des formations réactionnelles ne développe pas certains mécanismes de défense a employer quand un danger instinctuel menace; il a changé la structure de sa personnalité comme si ce danger était toujours présent, pour être prêt quel que soit le moment où ce danger se présente. La propreté et le sens de l'ordre du compulsionnel qui lutte, par ces traits de caractère, contre ses exigences' instinctuelles de saleté et de désordre, en sont un exemple. La rigidité d'une telle propreté ou d'un tel sens de l'ordre autant que l'éventuelle irruption du goût pour la saleté et le désordre trahissent le caractère réactionnel de ces traits de personnalité.

Les pulsions instinctuelles peuvent se faire jour tant dans les rêves qu'à l'état de veille. Une action instinctuelle peut parfois devenir à nouveau possible et la formation réactionnelle devenir insuffisante dans certaines conditions économiques ou qualitatives. La plupart des traits de caractère pathologiques correspondent au type de la formation réactionnelle; autrement dit, tandis que les traits normaux de caractère permettent la décharge, la plupart des traits pathologiques ont d'abord pour but de maintenir toujours existantes les tendances antagonistes dans l'inconscient.

Certains mécanismes de défense représentent des formes intermédiaires entre le simple refoulement et la formation réactionnelle. Une mère hystérique qui hait inconsciemment son enfant peut développer une affection apparemment très grande pour cet enfant, pour assurer le refoulement de sa haine. Descriptivement, on peut appeler cela une formation réactionnelle. Mais cela n'implique pas une transformation de la personnalité toute entière dans le sens de l'amabilité ou de l'intérêt pour autrui en général. L'amabilité reste limitée au seul objet, et même là il doit être rétabli toutes les fois que l'occasion l'exige. Au contraire un compulsionnel qui développe une véritable formation réactionnelle contre la haine, se transforme une fois pour toutes en une personnalité absolument et généralement aimable.

Une formation réactionnelle peut utiliser des tendances dont les buts sont contraires a ceux de la tendance originelle. Elle peut augmenter la force de ces tendances pour mieux faire échec a la tendance originelle, et de cette façon un conflit entre une pulsion instinctuelle et un sentiment d'angoisse ou de culpabilité peut être déguisé en un conflit entre des instincts rivaux

Par exemple, un homme peut être. réactionnellement prégénital dans le but de repousser la génitalité; un autre peut être réactionnellement (pseudo) génital pour repousser la prégénitalité; ou réactionnellement hétérosexuel pour repousser l'homosexualité ou vice-versa; réactionnellement passif-réceptif pour repousser l'agressivité, ou vice-versa.

ANNULATION

Il n'y a pas de ligne de démarcation nette entre les différentes formes de mécanisme de défense. La formation réactionnelle a été reliée au refoulement et l'annulation est liée à la formation réactionnelle. Dans la formation réactionnelle, on prend une attitude contraire à l'attitude originelle : dans l'annulation, on fait un pas de plus. Il se fait quelque chose de positif qui, de façon réelle ou magique, est le contraire de quelque chose qui, encore une fois réellement ou imaginairement, s'était fait avant.

C'est dans certains symptômes compulsionnels composés de deux actions, dont la seconde est une inversion directe de la première, que ce mécanisme peut être le plus nettement observé. Par exemple, un malade allume d'abord le gaz, puis l'éteint. Tous les symptômes qui représentent une expiation appartiennent à cette catégorie, car c'est dans la nature de l'expiation d'annuler les actes antérieurs. L'idée d'expiation elle-même n'est qu'une expression de confiance dans la possibilité d'une annulation magique.

Paradoxalement, l'annulation ne consiste parfois pas dans une obligation de faire le contraire de ce qui avait été fait antérieurement, mais en une obligation de répéter exactement le même acte. L'analyse montre que ce fait est fondé sur l'intention inconsciente suivante le premier acte était accompli en liaison avec une certaine attitude instinctuelle inconsciente; il est annulé quand ce même acte peut être de nouveau accompli dans des conditions intérieures différentes. Le but de l'obligation de recommencer est d'accomplir exactement le même acte libéré de sa signification secrète inconsciente, ou avec la signification inconsciente contraire. Si en raison de l'action impossible à interrompre du refoulé, une partie des pulsions originelles s'insinue à nouveau dans la répétition qui devait représenter une expiation, une troisième, quatrième, ou cinquième répétition de l'acte peuvent devenir nécessaires.

Un malade irréligieux, qui devait prier obsessionnellement pour la santé de sa mère malade, était également obligé de se frapper légèrement la bouche après la prière. Cela représentait une annulation du symptôme protecteur, un retour du désir refoulé de voir sa mère mourir, qui signifiait "Je fais rentrer les mots de la prière dans ma bouche. " Le même mécanisme agit chez les enfants qui pensent qu'un faux serment est permis si, pendant qu'ils font le geste du serment de la main droite, ils font secrètement le geste opposé de la main gauche.

Un autre malade devait tendre le cou en l'air. On découvrit que, peu de temps auparavant, il était descendu en ascenseur et avait pensé que le mouvement de descente rapide pouvait endommager son cerveau (angoisse de castration déguisée, avec déplacement vers le haut). Le symptôme d'allonger son cou en l'air était une annulation : le mouvement de la tête vers le haut était destiné à renvoyer le cerveau à la place d'où il descendait et ô annuler ainsi la castration antérieure.

Ce symptôme représente un cas spécial du type fréquent de symptômes compulsionnels qui sont fondés sur la magie de la symétrie et qui ont souvent la signification inconsciente d'une annulation. Si quoi que ce soit a été touché du côté droit, un objet analogue doit être touché du côté gauche. La signification est que l'équilibre entre l'instinct et le contre-instinct ne doit pas être rompu. S'il a été rompu d'un côté de la balance, cette rupture doit être annulée de l'autre. La " magie des nombres " des obsédés leur fait préférer les nombres pairs, parce qu'ils ne rompent pas l'équilibre comme les nombres impairs le font.

Souvent une intention d'annuler " échoue parce que ce qui a été repoussé revient dans la mesure d'annulation elle-même; " annuler "se transforme en le refaire ". C'est ce qui arrive quand l'annulation consiste a faire exactement le même acte, mais avec une autre attitude; au lieu de cela, il peut être répété avec la même attitude. Un exemple : un malade qui avait scrupule à dépenser de l'argent inutilement, acheta un journal pour 25 centimes; inconsciemment, cela équivalait pour lui à une visite à une prostituée. Il le regretta et, désirant annuler l'acte, décida de retourner au kiosque. Il ne savait pas quoi faire, parce qu'il aurait eu honte de rendre le journal au vendeur et de réclamer l'argent. Il lui vint alors la pensée que l'achat d'un second journal pourrait soulager son esprit. Mais le kiosque était déjà fermé. Sur quoi il prit une autre pièce de ô sous dans sa poche et la jeta.

Tout comme les formations réactionnelles, le mécanisme de défense de l'annulation peut être produit par un accroissement réflexe de la force d'une tendance contraire à la tendance originelle, condensant ainsi l'attitude défensive avec une attitude instinctuelle dirigée vers le plaisir érogène. Lorsqu'un enfant ressent la défécation comme une perte de son intégrité narcissique et développe une tendance à une coprophagie de compensation (ou plus tard, lorsque l'adulte prend l'habitude de lire pendant qu'il est aux w.-c.), cette coprophagie représente à la fois une annulation de la défécation et un plaisir oral-anal. Quand une personne qui fait de l'angoisse de castration retourne à un niveau anal et substitue l'idée de perdre les matières fécales à l'idée de perdre le pénis, la répétition fréquente de la défécation les rassure sur le fait que ce n'est pas une perte définitive; tandis que le Moi est occupé à annuler la castration, le Ça, par le même processus, s'abandonne à des pulsions anales. Cette possibilité de réassurance et de plaisir simultanés est probablement l'explication du fait que le mécanisme d'annulation est si souvent employé dans les conflits autour de l'érotisme anal.

Une signification spéciale est attachée aux actions et aux attitudes visant à annuler des destructions imaginaires. Les besoins de réparation peuvent réussir ou ne pas réussir à contenir les poussées sadiques. Ils peuvent être le principal motif tant de sublimations artistiques ou scientifiques que de pénibles rites obsessionnels.

Un échec du mécanisme d'annulation, dû a l'invasion de la défense par les pulsions refoulées, explique plusieurs phénomènes dans les névroses obsessionnelles : a) l'augmentation du nombre des répétitions nécessaires parce qu'aucune répétition ne donne l'assurance absolue que l'acte est cette fois accompli sans l'intention instinctuelle; b) certaines formes d'obligation de compter, dont la signification inconsciente est de compter le nombre de répétitions nécessaires; c) l'extension croissante des rites de réassurance 3 d) des doutes obsédants qui sont quelquefois des doutes sur la réussite de l'annulation, et enfin, dans certains cas, e) la futilité de toutes ces mesures.

ISOLATION

Un autre mécanisme de défense qui prévaut dans les névroses obsessionnelles et qui a une signification très générale pour la psychopathologie, est l'isolation. Ici, le malade n'a pas oublié ses traumatismes pathogènes mais a perdu la trace de leurs connections et de leur signification émotionnelle. Il est aussi réfractaire à une démonstration des vraies corrélations qu'un hystérique au réveil de ses souvenirs refoulés. Ici encore, un contre-investissement agit donc; son action consiste à maintenir séparé ce qui, en fait, est uni.

Parfois le malade intercale des intervalles spatiaux ou temporels réels entre les deux domaines qui sont censés être maintenus séparés. Les intervalles spatiaux sont arrangés de façon que certaines choses (représentant les idées qui doivent être maintenues séparées) ne puissent se toucher, ou bien un certain ordre leur est assigné qui maintient une certaine distance entre eux. Les intervalles temporels sont intercalés de telle sorte que, après une action, il y ait un intermède empêchant l'acte d'empiéter sur un autre. La mesure de ces intervalles de temps est parfois ce qui détermine les obsédés à compter.

Un malade qui entrave tout effet thérapeutique de son analyse en poursuivant toute l'analyse " en isolation " a une importance pratique. L'analyse n'est acceptée que tant que le malade est étendu sur la couche, mais reste isolée du reste de sa vie. Ces malades doivent parfois commencer et terminer l'heure d'analyse par certains rites qui servent à isoler les séances d'analyse de ce qui se passe avant et après.

Le cas spécial le plus important de ce mécanisme de défense est l'isolation d'une idée de l'investissement émotionnel qui y était originalement lié. Le malade peut rester calme en parlant des événements les plus émouvants, mais peut ensuite montrer une émotion incompréhensible à un tout autre point de son récit, sans avoir conscience du fait que l'émotion a été déplacée. Des contenus idéatifs extrêmement " censurables comme des désirs de meurtre ou d'inceste, peuvent devenir conscients sous forme d'obsessions, parce que le névrosé obsédé est capable de ressentir ces idées comme de simples pensées, isolées de façon sûre du passage à l'acte. Le vide émotionnel, si caractéristique chez certains obsédés et qui crée un sérieux obstacle à leur traitement, est fondé sur une isolation de ce genre. Certains malades sont même capables de ressentir pleinement leurs émotions, mais seulement tant qu'ils peuvent en quelque sorte faire semblant de jouer simplement ou de faire des expériences mentales, ou quelque chose de similaire, c'est-à-dire tant que les émotions restent isolées du sérieux

Les malades obsédés fuient les expériences terrifiantes des pulsions émotionnelles, dans le monde " isolé " des mots et des idées. Dans la rumination obsédante, les éléments refoulés reviennent des idées philosophiques tarabiscotées, qu’ils représentaient une protection contre les pulsions instinctuelles, deviennent émotionnellement aussi importantes que le sont les pulsions instinctuelles pour la personnalité normale.

Une isolation qui se produit très fréquemment dans notre culture est celui des éléments sensuels et tendres de la sexualité. C'est par une conséquence du refoulement du complexe d’œdipe que beaucoup d'hommes (et aussi un grand nombre de femmes) n'arrivent pas à une pleine satisfaction sexuelle parce qu'ils ne peuvent jouir de leur sensualité qu'avec des personnes pour qui ils n'ont pas de sentiments de tendresse ou, même, pour qui ils ont des sentiments de mépris ou pas de sentiments du tout. " Ils ne peuvent désirer où ils aiment, et ils ne peuvent aimer où ils désirent ". L'institution de la prostitution donne aux hommes de cette catégorie la possibilité d'isoler du reste de leur vie leur sensualité inacceptée, et les délivre ainsi de la nécessité de la réprimer.

Beaucoup d'enfants essaient de résoudre des conflits en isolant l'une de l'autre certaines sphères de leur vie, comme l'école de la maison, ou leur vie sociale des secrets de leur solitude; une des sphères isolées représente la liberté instinctuelle et l'autre la bonne conduite. Ils dédoublent même leur personnalité et jouent à être deux enfants de noms différents dont l'un est un enfant sage et l'autre un vilain et ils nient que l'enfant sage soit responsable des actes du vilain.

Le point de savoir si les fameux cas de dédoublement de la personnalité devraient être appelés isolations ou refoulements, dépend de si la personne, lorsqu'elle est dans un état, connaît ou non l'existence de l'autre état. Ces cas montrent que l'isolation et le refoulement sont fondamentalement liés.

Egalement dans le cas que Freud a appelé " morcellement du Moi ", une connaissance déplaisante est isolée du reste de la personnalité.

Un autre genre d'isolation est représenté par les tentatives de résoudre les conflits de l'ambivalence, c’est-à-dire les conflits entre l'amour et la haine de la même personne - en clivant les sentiments contradictoires, de sorte qu'une personne est seulement aimée, l'autre seulement détestée; un contre-investissement empêchant les deux sentiments d'entrer en contact. Le contraste de la bonne mère et de la méchante belle-mère des contes de fées en est un exemple.

On peut voir dans les fréquents blasphèmes obsédants l'échec d'une tentative d'isolation. En vue d'isoler l'attitude positive (inspirée par la crainte) a l'égard de l'image paternelle de toute idée agressive ou sexuelle, une attitude religieuse a d'abord été adoptée. chez les obsédés blasphémateurs. Ce mécanisme a échoué.

Bien que l'isolation se produise dans tous les cas d'obsessions, il y a des personnes chez qui ce procédé domine à tel point le tableau qu'elles offrent une excellente démonstration du mécanisme. C'est ce qu'illustre le cas suivant :

Un jeune homme de 17 ans devint névrosé à la suite de son conflit au sujet de la masturbation. Pendant un certain temps il se masturba sans aucun sentiment de culpabilité et il regarda aussi souvent ses camarades de classes se masturber mutuellement. Il entendit alors un sermon de son pasteur conseillant de s'écarter des gens qui se masturbent. Comme, dans son enfance, la génitalité du garçon avait été inhibée par une peur excessive de castration, il prit à cœur le sermon du pasteur et décida de suivre son conseil et de ne plus parler aux garçons qui se masturbaient. Cela visait particulièrement un garçon qui, il le savait, se masturbait beaucoup. Il réussît pendant un certain temps à suivre sa résolution. Mais bientôt, pour éviter tout contact avec le garçon, il dut recourir à certaines phobies et rites obsessionnels pour continuer à l'éviter. Au début, toutes les fois qu'il le rencontrait, il devait cracher; un décret obsédant sur le nombre de fois qu'il lui fallait cracher ne fut jamais tiré au clair par l'analyse. La phobie s'étendit; il s'abstint de tout contact avec la famille et les amis de 1' Intouchable (le malade appelait ainsi le garçon pour éviter de prononcer son nom) Puis, parce que le garçon était fils d'un coiffeur, le malade n'alla plus chez le coiffeur. Plus tard il évita les gens qui se faisaient raser chez le coiffeur et trouva obligatoire de ne pas approcher le quartier de la ville où était le salon de coiffure du père du garçon.

Puis la névrose tout entière prit vite la forme d'une névrose d'isolation. Il voulut obliger les membres de sa famille, surtout les femmes, c’est-à-dire sa grand-mère, sa mère et sa sœur, a ne jamais s'approcher du quartier défendu. Il souffrait énormément parce que sa famille ne voulut pas accepter cette restriction de ~a liberté. Lui-même obéissait implicitement a ses défenses; mais plus il limitait strictement ses actions, plus il était forcé de penser de façon obsédante au quartier défendu de la ville. Il est facile de comprendre que cela lui était pénible. Il l'expliqua de façon inattendue c'était pénible, dit-il, parce qu’à la maison il voyait sa mère et sa grand-mère et il n'aurait donc pas dû en leur présence penser aux gens et endroits défendus. Bien qu'il se rendît compte de sa maladie et fût conscient de sa masturbation, il ne faisait pas de rapport entre les deux. Il avait cessé de se masturber sans grand effort apparent. Mais, à la place de la masturbation, l'effort névrotique de maintenir l'idée de membre de la famille séparée de c personnes et endroits inconvenants c et de les isoler l'une de l'autre devint de plus en plus définie.

L'isolation devint le sujet principal de la névrose. Le malade s'autorisait a penser a des choses inconvenantes, mais essayait d'éviter de penser a des " personnes convenables " en même temps. Il faisait ainsi la démonstration du fait que c'était le complexe d’œdipe que représentait sa masturbation. L'élaboration de cet effort de la part du Moi pour se défendre contre le complexe d’œdipe grâce a l'isolement, conduisit en quelques mois a une obsession de la forme la plus grave.

Le malade était comme l'homme de la pièce de Wedekind, qui ne devait pas penser a un ours. Toutes les fois que le malade pensait a l’ Intouchable, il pensait immédiatement a sa grand-mère. Il appelait ce symptôme torturant une connexion. Il lui était possible d'employer pour le combattre une défense qu'il appelait " déconnexion " qui est un bon exemple de mécanisme d'annulation. Si, après avoir pensé simultanément a un endroit défendu et a une personne convenable, il pouvait se faire une image mentale de la chose inconvenante complètement isolée et libérée de tout corollaire convenable tout rentrait dans l'ordre, et il était apaisé. Avant longtemps, le malade fut absorbé du matin au soir par l'élaboration de " déconnexions ".

Deux autres composantes qui ont tendance a augmenter la gravité d'une névrose obsessionnelle en voie d'extension apparurent alors : un immense accroissement du champ de la symptomatologie et un envahissement des symptômes par les pulsions refoulées.

La distinction des objets en convenables et inconvenants s'étendit graduellement à toutes les personnes et à tous les endroits. C'est ainsi que les " camarades d'école devinrent " inconvenants ", la " famille devint " convenable " mais aussi que toutes les autres personnes, par une association superficielle furent classées dans l'une ou l'autre catégorie et devinrent ainsi sujettes à connexions et déconnexions.

Apres avoir entrepris une connexion, il ne pouvait pas quitter l'endroit où il se trouvait, ni interrompre l'activité dans laquelle il était engagé avant d'avoir accompli la déconnexion. C'était affreusement pénible pour lui. Il ne savait jamais s'il pourrait quitter le divan après son heure d'analyse, et, pendant toute l'heure, il était torturé par la peur qu'elle se terminât juste entre une connexion et une déconnexion. Finalement, la défense elle-même arriva à exprimer les pulsions rejetées. L'obligation de déconnecter força le malade à tenir toujours prêt un nombre suffisant de personnes, endroits et choses convenables. Le désir de faire cesser rapidement la tension torturante provoquait un retour du refoulé hors du refoulement. Le malade commença à fréquenter les endroits peu convenables et à observer attentivement les personnes pas convenables de façon à les avoir prêts s'il en avait besoin. Il ne pouvait cependant pas le faire avec tous les objets inconvenants. Il continua par exemple à éviter " l'Intouchable ". Il se produisit ensuite une série progressive de différenciations. Il y avait des objets qui étaient évités comme complètement inconvenants; puis, à côté d'eux, il y en avait de moins inconvenants à tenir en réserve; puis des plus ou moins indifférents, d'autres légèrement convenables et enfin d'autres complètement convenables. Il s'épuisait finalement de façon consciente à ne penser qu'à des objets inconvenants, espérant provoquer ainsi plus facilement la déconnexion. Comme la pensée des objets inconvenants signifiait " masturbation ", il se masturbait continuellement inconsciemment. Et, en fait, lorsque sa tension était très grande et qu'il ne pouvait faire une déconnexion en dépit de tous ses efforts, il lui arrivait d'avoir, à son grand étonnement, une éjaculation.

Freud a attiré l'attention sur un prototype normal d'isolation et sur un point se rapportant à son origine.

Le prototype normal est le processus de penser logique, qui se ramène en fait a éliminer continuellement les associations affectives en faveur de l'objectivité. Les obsédés, dans leur travail d'isolation, se comportent comme des caricatures des penseurs normaux. Ce fait jette une lumière sur un facteur important en thérapie analytique. La libre association semble être essentiellement un arrêt des contre-investissements isolants normaux. Les isolations qui caractérisent la pensée normale sont censées être arrêtées par l'injonction d'exprimer tout ce qui vient à l’esprit. Comme les obsédés engagent une partie considérable de leurs contre-investissements dans le mécanisme particulier de 'l'isolation, il leur est difficile d'associer librement. En fait, certains obsédés n'apprennent jamais à le faire. Ils désirent toujours de l'ordre, de la routine, un système. Du point de vue psychologique, cela signifie qu'ils ne désirent pas se passer de leurs isolements.

Du point de vue génétique, le mécanisme de l'isolation est lié à l’ancienne interdiction de toucher. Les cérémoniaux du seuil et les obsessions du pavé sont l'expression d'un conflit entre obéir ou ne pas obéir à cette interdiction. L'interdiction de toucher, comme prototype du mécanisme d'isolation, peut être dirigée contre n importe quelle pulsion instinctuelle. Il n'y a pas de pulsions interdites, qu'elles soient de nature sensuelle, agressive ou tendre, dont le but ne présuppose le contact de l'objet.

REGRESSION

Lorsqu'une personne se trouve en face d'une frustration, il naît en elle une tendance à avoir la nostalgie de périodes antérieures de sa vie où ses expériences étaient plus agréables, et de modes antérieurs de satisfaction qui étaient plus complets. L'intensité de cette tendance croît avec deux facteurs qui sont étroitement liés entre eux le degré d'hésitation avec lequel l'individu accepte des modes plus nouveaux de satisfaction et le degré auquel il est fixé à des types plus anciens. La régression, dans ce sens, peut-elle être appelée un mécanisme de défense ?

L'obsédé type, lorsqu'il vit un conflit entre ses désirs œdipiens phalliques et sa peur de castration, substitue des désirs anal-sadiques à ses exigences oedipiennes. Donc, la régression est réellement un moyen de défense. On doit cependant admettre que le rôle joué par le Moi dans la régression est différent du rôle qu'il joue dans tous les autres mécanismes de défense. Ces derniers sont mis en mouvement par une activité du Moi (bien que, dans cette activité, le Moi puisse recourir à des mécanismes plus archaïques et plus automatiques); dans la régression, le Moi est beaucoup plus passif. La régression arrive au Moi; en général, la régression semble être mise en mouvement par les instincts qui, ne pouvant être directement satisfaits, cherchent un substitut. La condition nécessaire à l'emploi de la régression comme mécanisme de défense est donc une faiblesse particulière de l'organisation du Moi.

Nous avons dit qu'il y a une relation complémentaire entre la fixation et la régression; il est facile de renoncer à quelque chose qui n'est pas très important. Plus les fixations prégénitales sont intenses, plus l'organisation phallique ultérieure est faible. Un individu fixé au niveau anal n'avancera qu'à contre-coeur jusqu'au stade phallique, et sera toujours prêt à abandonner sa nouvelle acquisition à la moindre déception ou menace. Cependant, des déceptions et des dangers très intenses et soudains peuvent provoquer des régressions même chez des individus ne présentant pas de fortes fixations.

Deux formes de régression méritent d'être particulièrement mentionnées. La première est la régression de formes adultes de la sexualité à des formes infantiles. Cette régression est la condition préalable aux névroses. Toute déception ou menaces liées à la sexualité adulte peut amener une personne a revenir aux niveaux de sa sexualité infantile où elle est inconsciemment fixée; autrement dit à des niveaux qui ont été refoulés et sont restés inchangés dans l'inconscient. Toutefois une névrose ne se produit que si la réapparition de la sexualité infantile fait à son tour resurgir les conflits anciens qui, à un moment de l'enfance, se déchaînaient autour de la sexualité infantile. La régression à la sexualité infantile peut toutefois se limiter à la zone érogène principale, de sorte que, par exemple, un sujet hystérique, fixé oralement, peut exprimer ses désirs génitaux œdipiens par des fantasmes de fellation ou par des symptômes oraux. Ou bien il peut y avoir une régression complète dans laquelle non seulement la consommation des désirs génitaux peut être exprimée de façon prégénitale, mais où tout le complexe de prégénitalité, comprenant des caractéristiques telles que l'ambivalence et la bisexualité, remplace la génitalité. Dans ce sens, l'obsédé typique a abandonné sa génitalité et est redevenu sadique anal.

Le second cas spécial de régression est la régression au narcissisme primaire ou au stade de développement antérieur a la différenciation finale du Moi et du Ça. Lorsque cette régression la plus profonde se produit, c'est le plus ancien mode de défense qui est repris - le blocage du Moi.

Ce qui détermine le choix des types des mécanismes de défense sera discuté plus loin.

DEFENSES CONTRE LES AFFECTS

Jusqu'à maintenant nous n'avons parlé que des mécanismes de défense contre les poussées instinctuelles. Cependant les poussées instinctuelles sont rejetées a cause d'un sentiment d'angoisse ou de culpabilité, c’est-à-dire, pour éviter le déplaisir de la panique traumatique ou de la perte de l'estime de soi-même. En dernière analyse,

toute défense est donc une défense contre les affects. " Je ne veux pas ressentir de sensation pénible " est le premier et le dernier motif de défense. Bien que les défenses les plus organisées contre les poussées instinctuelles soient de la plus grande importance dans la psychogenèse des névroses, on ne doit pas oublier que les défenses archaïques, moins systématisées, contre les affects sont également agissantes. Le Sentiment d'angoisse ou de culpabilité, qui motive la défense contre les poussées instinctuelles, est lui-même pénible et il y a en fait des défenses qui n'ont pas pour but d'éviter les actions ou situations instinctuelles de tentations ou de punition, mais qui tendent directement à éviter le sentiment même d'angoisse ou de culpabilité. Ceci est particulièrement visible dans certaines formations caractérielles archaïques où on peut observer des défenses contre l'angoisse sur une grande échelle.

BLOCAGE (REFOULEMENT) DES AFFECTS

Il semble que le Moi, après avoir été submergé une fois par les émotions, peut recouvrer ses forces à un point tel que, au retour de situations semblables, il soit en mesure de disposer des contre-investissements propres à le protéger contre une nouvelle mise en jeu totale de l'affect. On peut parler aussi bien d'affects inconscients que de sensations inconscientes; dans les deux cas il existe certains états de tension (tendances inconscientes au développement des affects, contenues par les forces de répression) qui, si des contre-investissements n'empêchaient pas leur extension et ne les déchargeaient finiraient par éclore respectivement en émotions et sensations. " L'excitation sexuelle inconsciente "ou l'angoisse inconsciente " peuvent être observées cliniquement exactement comme les autres éléments inconscients peuvent être observés en général; les dispositions inconscientes aux émotions réprimées, créent des dérivés, se trahissent par des rêves, des symptômes et d'autres formations de substitution; elles se manifestent tout simplement par une faiblesse générale provoquée par une consommation excessive d'énergies. " La frigidité émotionnelle " et certaines formes de dépersonnalisation sont des exemples d'un blocage émotionnel général. On a dit qu'une disproportion entre la stimulation et la réaction émotionnelle est un indice de l'existence de répressions on peut ajouter que, grâce à la formation de dérivés, une instabilité affective générale est la première conséquence de la défense contre les affects par le moyen du blocage de la décharge. La personnalité peut avoir appris à se défendre secondairement contre cette instabilité par des contre-investissements renforcés. Si l'instabilité affective est le premier résultat des défenses contre les émotions, une rigidité affective générale est le second.

AFFECTS DIFFÉRÉS

Les dérivés les plus simples sont les explosions différées des émotions. Le déplacement temporel, avec pour simple résultat l'apparition plus tardive de la réaction émotionnelle empêchant par là l'identification de la relation motivante, est le cas le plus fréquent de déplacement d'affect. C'est contre les émotions de rage (ou colère) et de douleur morale que ce mécanisme de défense est utilisé le plus souvent. On peut évidemment supporter la fureur sans décharge pendant une courte période, mais seulement pendant une courte période; elle doit ensuite être libérée, peu importe contre qui. Dans l'émotion douloureuse, le différemment semble être un élément essentiel. Ce qui se produit dans le deuil n'est autre que la <~ liquidation graduelle d'une émotion qui, si elle était libérée avec toute sa force, c'est-à-dire la quantité d'investissement libérée par la perte de l'objet, submergerait le Moi.

Ce que nous appelons de nos jours la douleur n'est manifestement qu'une neutralisation différée et segmentée d'une forme sauvage et autodestructrice de l'émotion qu'il est encore possible d'observer dans la panique d'un enfant au moment où sa mère disparaît, ou dans les réactions non inhibées de deuil chez les peuples primitifs. On comprend donc facilement que le mécanisme de l'affect différé ait été étudié spécialement dans ses relations avec le phénomène de la douleur. L'homme aux loups de Freud, ne manifesta aucune réaction à la mort de sa sœur, mais il éclata en sanglots devant la tombe de Poutchkine, Hélène Deutsch a consacré un article à cette question.

Le mécanisme de l'affect différé n'est cependant en aucune façon limité à la fureur et à la douleur. Pfister a étudié la réaction du Moi à un danger mortel et a toujours trouvé une absence de peur pendant le moment de danger le plus aigu, mais l'apparition ultérieure d'une peur intense, une fois le danger passé. Un tel différemment de la peur peut sauver une vie, car il rend possible une action adaptée, qui, sans cela, aurait pu être paralysée par la peur. De même, les symptômes d'angoisse des névroses s traumatiques sont en partie l'expression de cette peur différée. Une " peur retardée " peut sembler une contradiction, car la peur est une réaction soudaine et immédiate. Et pourtant elle existe. Une personne peut accepter calmement des épreuves terrifiantes et pourtant, quelques moments plus tard, sombrer dans la terreur. Pendant ces instants, le Moi a eu le temps de se préparer, de se protéger contre une submersion totale.

La peur différée est tellement connue des scénaristes que, non seulement ils s'en servent souvent, mais ils la désignent même par un terme spécial: double-take, qui se trouve illustré par l'anecdote suivante un homme rentre chez lui après une journée de travail épuisant et trouve un télégramme lui annonçant la mort d'un parent, le lit en se couchant et s 'écrie alors : " Oh, quel choc terrible ce sera demain matin !

On peut observer assez souvent des réactions différées de honte et de dégoût.

Un malade avait, au cours de son analyse, repris l'habitude infantile de la masturbation anale. Dans son analyse, il expliqua que, ce faisant, il avait sali ses doigts. Il était frappant de voir qu'il ne manifestait aucune réaction de dégoût, alors que son caractère en aurait fait attendre une. Quelques jours plus tard, il réagit à une provocation relativement légère par une explosion tout à fait disproportionnée de dégoût intense.

Le retard de la réaction de fatigue, lorsqu'on est en pleine crise, jusqu'à ce que le danger soit passé, repose apparemment sur le même mécanisme.

Quelquefois, lorsqu'on a subi une grande douleur ou fait un gros effort, on peut observer une sorte d'apathie, d'insensibilité à la douleur et de frigidité émotionnelle. Ceci, encore, doit relever d'un mécanisme similaire, destiné à protéger le Moi contre des affects ou des sensations qui risqueraient de le submerger.

DÉPLACEMENT DES AFFECTS

Le différemment n'est qu'un cas spécial de nombreuses formes de déplacement d'affects. Un autre type est le déplacement quant à l'objet. L'émotion, qui avait été supprimée vis-à-vis d'un objet, explose vis-à-vis d'un autre objet. Ce type de déplacement peut être combiné avec le retardement comme dans le cas de la réaction de l'homme aux loups devant la tombe de Poutchkine. Le déplacement de l'objet redouté est connu depuis l'étude des phobies d'animaux.

ÉQUIVALENTS ÉMOTIONNELS

La défense est plus réussie si la personne peut se tromper elle-même sur le caractère de sa propre émotion. Les processus nerveux typiques de la décharge peuvent se produire, totalement ou partiellement, mais leur signification psychique reste inconsciente. C'est de cette façon que naissent ce qu'on appelle les équivalents émotionnels. Freud a décrit des équivalents de l'angoisse dans son premier ouvrage sur les névroses d'angoisse. Landauer étudia des équivalents du deuil. Il est indéniable que toutes les autres émotions peuvent également être remplacées de la même façon par des équivalents de sensations somatiques. C'est une caractéristique de certaines personnalités obsessionnelles que, quand l'analyse a attaqué victorieusement le blocage de leurs émotions, elles commencent à se plaindre de certains changements dans les sensations de leur corps, sans réaliser leur signification psychique. Avant qu'elles puissent de nouveau ressentir pleinement leurs émotions, elles trouvent d'abord le chemin des équivalents émotionnels. Le langage fondamental somatique de Schreber consiste en des émotions réduites à des sensations somatiques.

FORMATIONS REACTIONNELLES CONTRE LES AFFECTS

La négation de la vraie signification d'un affect peut être accrue jusqu'à l'attachement obsessionnel à l'attitude émotionnelle opposée. L'impudence peut être développée comme une défense contre les sentiments de culpabilité, le courage comme défense contre la peur.

Nous sommes habitués à voir la honte et le dégoût utilisés comme défenses sexuelles. Nous sommes donc enclins à considérer une conduite particulièrement impudique ou le recours ostentatoire au dégoûtant comme une explosion d'instincts sexuels infantiles, plutôt que comme une formation réactionnelle contre les affects. Mais cette " éruption d'instincts n'est pas obligatoirement construite de façon simple. L'analyse par Editha Sterba d'une fille impudique montrait que, dans ce cas au moins, il n'y avait pas un véritable manque de honte, mais une formation réactionnelle compliquée dirigée contre une période précédente fortement caractérisée par une honte intense. Les attitudes contraphobiçues sont des formations réactionnelles contre l'angoisse.

Modification qualitative des affects

On peut également concevoir que l'effet des mécanismes de défense du Moi puisse spécifiquement modifier la qualité des expériences émotionnelles. L'ancienne conception de Freud que, dans certaines conditions, l'excitation sexuelle est transformée en angoisse n'a pas encore été réfutée.

Isolation des affects

Les affects peuvent être isolés de tout leur contexte psychique par une dépense spéciale de contre-investissement. L'analyse des troubles des affects consiste en gros dans le rétablissement des connexions qui ont été perdues par des déformations de ce genre. Par exemple certaines excitations émotionnelles (aussi longtemps toutefois qu'on ne leur prête pas un caractère réel ou sérieux) sont quelquefois tolérées dans certaines conditions qui, inconsciemment représentent une réassurance contre le danger, mais pas dans d'autres.

Projection et introjection des affects

Les émotions peuvent être projetées, c’est-à-dire perçues dans quelqu'un d'autre, pour éviter de les percevoir chez soi-même. L'idée de l'introjection d'une émotion semble être dénuée de sens. On devrait pourtant prendre en considération l'expression ravaler ses émotions ". Il existe sans aucun doute une défense contre l'affect qui consiste a introjeter l'objet contre lequel l'affect était dirigé, comme, par exemple, le mécanisme de 1'identification avec l'agresseur lorsqu'un objet est redouté.

Comme toutes les défenses, les défenses contre les affects peuvent échouer. Les sujets qui nient leurs émotions peuvent, dans certaines conditions, être complètement submergés par le retour de leurs affects. C'est pourquoi les défenses contre les émotions sont souvent à double tranchant; l'absence d'émotion peut être transformée en un raptus émotif; une attitude émotionnelle de la nature d'une formation réactionnelle peut être changée en l'émotion originelle contraire.

Défenses contre les sentiments de culpabilité

Il y a un groupe de défenses contre l'affect qui mérite une attention spéciale par son importance clinique les défenses contre les sentiments de culpabilité. Elles sont caractéristiques de certaines formes de névroses dans lesquelles le Moi est obligé d'établir un double contre-investissement et de lutter simultanément contre les désirs répréhensibles du Ça et les exigences du Surmoi.

Les sentiments de culpabilité peuvent être refoulés. Il arrive souvent que des rationalisations quant a la nécessité de commettre un acte interdit assurent le refoulement des sentiments de culpabilité. La foi de Macbeth dans les prophéties des sorcières est un essai de se convaincre que le meurtre était nécessaire, et qu'il n'a pas lieu de s'en sentir coupable. Le fait qu'il réalise, lorsqu'il est trop tard, qu'il n'a pas compris la prophétie, est une manifestation du retour des sentiments de culpabilité refoulés hors du refoulement. Il arrive souvent qu'on essaie de projeter ses sentiments de culpabilité. " Quelqu'un d'autre l'a fait, pas moi ", est le leitmotiv de nombreux névrosés.

Il y a différents types de quasi-projection de sentiments de culpabilité. On supporte plus aisément n'importe quelle culpabilité si quelqu'un d'autre a fait la même chose. Pour essayer d’obtenir cette sensation de soulagement, les personnes qui ont fait une chose, cherchent une autre personne dans la même situation; elles se sentent très soulagées si elles réussissent à trouver quelqu'un qui fait ou a fait la même chose. Elles peuvent même engager d'autres personnes a faire les choses au sujet desquelles elles se sentent coupables. La fonction réconfortante du partage de la culpabilité est un des facteurs de base de la psychologie de l'art. L'artiste soulage son sentiment de culpabilité en engageant l'audience à participer imaginairement à son acte, et le spectateur soulage son sentiment de culpabilité en s'apercevant que l'artiste ose exprimer les pulsions interdites. De même le but de raconter une bonne histoire est toujours un essai d'obtenir l'approbation du public pour la culpabilité relative aux pulsions agressives cachées dans l'histoire. Le partage de la culpabilité est aussi d'une importance fondamentale dans la formation du groupe.

Même si le sentiment de culpabilité est trop grand pour être surmonté en partageant la culpabilité, une projection peut toujours intervenir sous forme d'une tendance à dénoncer chez les autres les tendances que la personne essaie de nier en elle-même. C'est la vieille histoire de la paille dans l’œil du prochain.

Parfois le Surmoi, dont l'origine a été l'introjection d'un objet extérieur, est reprojeté sur des objets extérieurs dans le but de se débarrasser des sentiments de culpabilité. Les obsédés essaient souvent d'éviter un sentiment de culpabilité en implorant le pardon d'autrui.

Un obsédé avait l'habitude de raconter ses scrupules obsédants au début de l'heure d'analyse; il n'associait pas ensuite sur eux. Il expliqua un jour que ses scrupules avait disparu aussitôt qu'il les avait exprimés. Comme le médecin ne s'était pas mis en fureur et qu'il n'avait pas été terrifié au point de tomber de son fauteuil, mais avait écouté, le malade s 'était senti libre de considérer ses scrupules comme sans importance.

Des phénomènes semblables sont très fréquents dans la vie sociale courante. L'individu a besoin de la confirmation des autres, ou des applaudissements d'un public, comme signes de pardon. Un pardon extérieur a le même résultat que d'inciter une autre personne à partager la culpabilité.

Le malade dont nous venons de parler avait un besoin obsédant de lire le journal â voix haute. Il se sentait indigné des nombreux exemples d'injustice dans le monde, mais il avait besoin de la compagnie d'une autre personne qui partageât son indignation. En lisant tout haut il voulait atténuer son sentiment intérieur de culpabilité, l'accord de celui qui l'écoutait justifiant ses propres tendances agressives.

De nombreuses formes de besoin exagéré de communiquer avec les autres ou de loquacité compulsionnelle sont,des variations de la même tendance. Elles ont leur source dans un besoin d'obtenir l'approbation d'autres personnes pour quelque chose qui est intérieurement ressenti comme défendu.

En séduisant, engageant, provoquant et confessant, on attire l’entourage dans le conflit entre le Moi et le Surmoi, dans l'espoir d'obtenir un réconfort. Beaucoup de ce qui est appelé relation objectale n'est en réalité que relation pseudo-objectale dans laquelle le sujet ne contracte aucun sentiment envers l'objet comme personne, mais se sert de l'objet comme d'un instrument pour obtenir un soulagement dans un conflit avec son Surmoi.

L'introjection d'un sentiment de culpabilité peut-elle exister ? A première vue cela parait impossible. Cependant le sentiment de culpabilité " emprunté " créé par l'identification avec une autre personne qu'on suppose également se sentir coupable, peut être utilisé pour apaiser son propre sentiment de culpabilité.

Il y à certainement de nombreuses formations réactionnelles aux sentiments de culpabilité. Certains peuvent se comporter de façon nonchalante et insouciante, peuvent même être fiers " de n'avoir pas de scrupules de conscience ", pour apprendre à l'analyse que leur attitude demande une grande quantité de contre-investissements pour contenir de graves sentiments de culpabilité. Certaines personnalités impulsives, par leur conduite sans scrupules, protestent contre la pression intense qu'ils sentent de leur Surmoi très strict. De façon moins évidente, ce peut être la signification inconsciente de certains symptômes compulsionnels dont le sens est une révolte contre le Surmoi et l'acquisition de preuves d'innocence.

L'isolation d'un sentiment de culpabilité se produit souvent chez les obsédés; ils font certaines choses sans aucun sentiment de culpabilité, puis ressentent un sentiment exagéré de culpabilité à d'autres occasions, sans se rendre compte du lien. De même, les psychopathes impulsifs, qu'on considère souvent comme n'ayant pas de Surmoi du tout montrent à l'analyse qu'ils ont momentanément isolé les exigences de leur Surmoi, pour que ces exigences n'agissent pas quand le psychopathe cède à ses impulsions.

La régression comme défense contre les sentiments de culpabilité peut être observée dans le cas de masochisme moral, où la conscience qui a sa source dans le complexe d'Oedipe, est sexualisée à nouveau et employée comme occasion de satisfaction déformée des désirs œdipiens. On constate aussi une certaine forme de régression dans des cas moins extrêmes, où la réaction au Surmoi est de reprendre, par une action de transfert, le type de comportement qui avait été auparavant adopté envers les parents pour avoir le pardon ou le châtiment.

En fait, les conflits de défense sont plus compliqués que ne l'indique cette description. Un conflit isolé entre une poussée particulière et une angoisse antagoniste particulière se produit rarement en réalité. Il y a plus souvent des interactions complexes et puissantes entre de nombreuses pulsions et de nombreuses angoisses. Il est rare qu'un combat défensif soit mené à bonne fin par une activité défensive particulière. Les défenses peuvent être plus ou moins victorieuses. Elles peuvent réussir dans certaines conditions et être insuffisantes dans d'autres. Tous les détails de la vie de tous les jours peuvent être perçus comme des tentations de céder aux pulsions refoulées, ou comme des avertissements de punition possible, et peuvent ainsi de nouveau rompre l'équilibre. Certaines expériences peuvent provoquer le retour de ce qui a été repoussé dans la défense, et qui peut à son tour nécessiter des défenses contre les défenses. Il existe des formations réactionnelles dirigées contre des formations réactionnelles. Il se constitue des conditions favorables et défavorables aux pulsions considérées comme indésirables, de sorte que de nombreuses couches contradictoires se forment; toutefois ces couches ne se superposent pas de façon régulière mais sont pleines de fissures. Tout au long du développement de l'individu il se produit des progressions comme des régressions. L'image obtenue est extrêmement confuse jusqu'à ce que l'analyse puisse séparer les couches chronologiquement. Nous n'avons donné ici qu'une description des mécanismes individuels grâce auxquels les différentes couches se construisent.

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