![]()
La névrose obsessionnelle
Un asservissement à la pensée dont lobsédé se défend
grâce à des mots « magiques »
La peur de l'omnipotence des pensées rend l'obsédé dépendant de sa façon de penser. Au lieu de maîtriser le monde au moyen de la pensée, il est asservi par sa pensée (compulsive) qui remplace sa sexualité incontrôlée.
La tendance à employer des mots « omnipotents » en tant que défense contre le danger explique le fait que les mesures défensives secondaires contre les symptômes compulsifs ont souvent la forme compulsive de la formule magique. La parenté entre la formule compulsive et la formule magique des primitifs a souvent été discutée.
Le tracas d'un patient pendant son traitement venait de l'idée obsédante de voir son analyste mourir pendant une séance; il était donc obligé de se retourner fréquemment et de se rassurer en prononçant la formule sacramentelle: « Le docteur est assis, en vie derrière moi, à distance. » « A distance » le rassurait, ne violant pas le tabou du toucher.
Freud a montré que la croyance à l'omnipotence des pensées correspondait à un fait réel. Elles n'ont évidemment pas l'efficacité externe que leur prête l'obsédé, mais elles ont chez lui une puissance plus grande que chez les autres personnes. Les pensées compulsives ont vraiment un caractère obligatoire et cette qualité est leur pouvoir. Ce pouvoir est, pour une part un dérivatif de la force biologique des instincts et, pour une autre part, un dérivatif du pouvoir des exigences paternelles.
Les obsédés, bien que dépendant de leurs compulsions, sont en fait non conscients de cette connexion. Ils sous-estiment réellement le pouvoir intérieur des pensées, aussi bien qu'ils en surestiment la force extérieure.
La retraite du sentiment de la pensée réussit, en régie générale, sous l'aspect suivant la pensée compulsive est abstraite, isolée du monde réel des choses concrètes.
La pensée obsessionnelle n 'est pas seulement abstraite, elle est générale, dirigée vers des systématisations et des mises en catégorie, elle est théorique au lieu d'être réelle. Les patients s'intéressent aux cartes géographiques, aux illustrations, plutôt qu'aux pays et aux choses.
Mais, sous un autre aspect, cette retraite échoue. Les clivages et les contradictions imprégnant la vie émotionnelle des obsédés sont déplacés sur des problèmes intellectuels sexualisés ; il en résulte une rumination et un doute obsessif. Le doute est le conflit instinctuel déplacé au domaine intellectuel. Un patient, regardant la porte, était obligé de gaspiller tout son temps à ruminer autour de ce problème : Quelle est la chose principale? L'espace vide rempli par la porte, ou la porte remplissant l'espace vide?
Ce problème « philosophique » couvrait un autre doute : « Quelle est la chose principale dans la sexualité l'homme ou la femme ? » et ceci voulait dire : « Quelle est la chose principale en moi, l'homme ou la femme ? Les contenus inconscients du doute obsessif peuvent être multiples, bien que les conflits multiples ne soient que des éditions de quelques questions générales, telles que masculinité-féminité (bisexualité) ou haine-amour (ambivalence) et surtout Ça-Surmoi (exigences instinctuelles-exigences de la conscience).
La dernière formule est la plus décisive. La bisexualité et lambivalence ne sont pas des conflits en eux-mêmes ; ils ne le deviennent que lorsqu'ils sont témoins d'un conflit structural entre une exigence instinctuelle et une force opposante.
Certains doutes obsessifs sont de nature quelque peu plus simple. Par exemple ceux portant sur la validité du propre jugement ou des propres perceptions représentent le désir que ce qui est douteux ne soif pas vrai. Les faits douteux peuvent représenter la scène primitives ou la différence anatomique des sexes. La fréquence relative du doute obsessif en rapport avec des nouvelles de mort est avant tout une crainte de l'omnipotence de ses propres pensées: le patient essaie de nier le fait, pour réprimer l'idée que ce pourrait bien être de sa faute; si le doute devient si torturant que le patient dit : «Merci, Seigneur » de soulagement à la confirmation de la nouvelle, la connexion psychologique est la suivante: si le doute était justifié et que l'idée de mort avait son origine dans une interprétation erronée de la nouvelle, la réalité des mauvaises pensées deviendrait certaine; c'est pourquoi la confirmation de la nouvelle est accueillie avec soulagement par le patient ; elle annule soupçon pesant sur lui d'avoir pensé de façon malicieuse a la mort de quelqu'un.
Une vue intérieure sur la nature du doute et de la rumination obsédante, fournit une simple régie technique: ne jamais discuter avec les obsédés de leur problème obsessif: En le faisant, l'analyste confirmerait rait au patient le mécanisme d'isolation. Aussi longtemps que les pensées du patient sont isolées de ses émotions, seule cette isolation peut être objet d'analyse et non le contenu qui a été isolé.
Toute-puissance des idées chez lobsédé
L'idée suivante est en rapport avec le déplacement de la pensée vers l'action. La pensée est préparatrice de l'action. Les personnes craignant l'action en augmentent la préparation. Les obsédés, de la même façon, pensent plus qu'ils n'agissent, préparant constamment le futur et ne vivant jamais le présent. Bien des symptômes compulsifs ont cette allure de préparation d'un futur qui ne sera jamais vécu.
Le patient se comporte comme Tyll Eulenspiegel, se réjouissant, en montant, de la future descente, et s'attristant pendant la descente en pensant à la montée future. La principale cause de cette préparation exagérée est certainement la peur de la chose réelle. La tendance à la préparation exprime simultanément un plaisir anal à venir et une défécation reportée à plus tard par l'enfant, cette dernière ayant déjà une double signification : la lutte pour éviter une brusque perte de contrôle et l'obtention d'un plaisir érogène. Les parties sans importance vers lesquelles l'obsédé déplace l'importance d'un tout important représentent la préparation à l'action au lieu de l'action réelle.
L'obsédé, actif quant à la préparation, agit en accord avec la régie le statu quo est préférable à toute chose nouvelle apportée par un changement. Le statu quo est un moindre mal.
La peur d'un changement quelconque des conditions présentes connues vers un état nouveau dangereux, incite le patient à se cramponner à ses symptômes. La névrose, toute inconfortable qu'elle puisse être, est bien connue et constitue un moindre mal, comparée aux possibilités que pourrait apporter un changement. Une telle attitude forme une résistance latente limitant les progrès du traitement. Pour le patient, la névrose est une vieille connaissance. Quelques formes de réactions thérapeutiques négatives à la cure analytique expriment une telle peur du changement.
La peur du changement peut être remplacée ou accompagnée de son opposé, la tendance au changement continuel. Le monde n'obéit pas, en fait, aux systèmes compulsifs des obsédés ; c'est pourquoi certains obsédés tendent continuellement à changer n'importe quoi, n'importe ou, essayant d'amener le monde en accord avec leur système.
La croyance à l'omnipotence des pensées, les sentiments de culpabilité attachés a cette croyance, l'ordre utilisé dans le but de lutter contre ces sentiments de culpabilité, vont illustrer le cas suivant: Dans les jours précédant la déclaration de guerre, un patient accrochait son manteau dans un placard. Soudain retentit le commandement compulsif: « Pends ce manteau avec plus de soin. » Il répondit, résistant : « Je suis trop fatigué. » Alors vint la réponse menaçante: « Si tu ne le fais pas, il y aura la guerre. » Il ne le fit pas.
Quelques jours plus tard, la guerre éclata. Le patient se souvint immédiatement de l'épisode du manteau. Il savait naturellement que ce n'était pas son manque de soin qui avait provoqué la guerre, mais il en avait l'impression. Quelque temps auparavant, il s'était convaincu qu'il mourrait pendant une guerre; il ressentit cela comme une punition pour son manque de soin envers son manteau.
L'intérêt du patient pour la guerre avait une longue histoire. Enfant, il craignait son père tyrannique et refoulait son angoisse en effrayant son jeune frère. Il se comportait plutôt sadiquement envers ce jeune frère, en particulier en jouant à la guerre. Quand il fut adolescent, le jeune frère mourut de maladie. Le patient réagit à cette mort avec l'idée obsessive qu'il mourrait de la guerre. Cette idée obsessive exprimait l'idée inconsciente: « J'ai tué mon frère en jouant à la guerre, je dois m'attendre au talion et mourir à la guerre. »
Le père du patient était très ordonné. Pendre correctement le manteau signifiait obéissance au père. Des arguments tels que « Vous devez pendre ce manteau - Je suis trop fatigué » avaient sou l'en t été échangés entre le père et le fils. Plus tard, l'ordre, obéissance au père, prit la valeur d'une protection contre le meurtre du père. « Le manque de soin », signifia « essayer de tuer au risque d'être tué». Le jour de l'histoire du manteau, le patient avait subi une frustration professionnelle et était particulièrement en colère.
La connexion du ((microcosme » des mots avec l'idée de « maîtrise des possessions » rend compréhensible que la sexualité attachée à la pensée prenne, à chaque sexualisation de cette dernière, un caractère anal. Pendant l'analyse les obsédés comparent consciemment ou inconsciemment, la production ou la non-production d'association avec la production ou la non-production de fèces.
Une patiente, qui avait à parler souvent en public, montra l'équivalence certaine de ses mots, non avec les fèces, mais avec l'urine. En parlant, il lui arrivait souvent de perdre le contrôle des mots qui se déversaient de sa bouche. Quelquefois, ils s'arrêtaient brusquement, et elle ressentait une espèce de trac, ne sachant que dire et se sentant vidée de tout matériel. Mais elle inventa un truc pour surmonter cette inhibition : elle avait une bouteille d'eau sur son bureau et, après s'être «remplie jusqu'en haut » d'eau, elle n'avait plus quà laisser ressortir les mots.
L'analyse peut aussi démontrer que des détails dune nature beaucoup plus délicate de la manière de penser ou de parler sont des répétitions de détails correspondant à des habitudes de toilette enfantine. Les fantasmes d'omnipotence, qui sont en relation avec les pensées et les mots, apparaissent comme étant une répétition de la surestimation narcissique infantile des fonctions excrétoires.
Les manifestations névrotiques de la tête et de la voix sont souvent trouvées, en analyse, sous la dépendance de l'érotisme anal, ceci en accord avec la sexualisation anale des pensées et des mots.
Cette découverte n 'est pas incompatible avec le fait que la pensée et la parole sont souvent utilisées comme symboles du pénis, et la capacité de parler ou de penser comme un signe de puissance. La concurrence de significations phallique et anale dans l'obsession est due à la régression.
Il est possible que la relation physiologique entre le volume sanguin de la tête et celui des organes abdominaux aide à l'établissement de la connexion inconsciente entre « pensées » et « fèces ».
Un obsédé souffrant de céphalées chroniques, se référait à ce symptôme en disant: « Mes nerfs me heurtent. » Il imaginait les nerfs comme des fils blancs ou rosâtres, idée acquise chez le dentiste à la vue d'un nerf dentaire. Une fois, il rêva de son « nerf vague », cest-à-dire du nerf qui « errait ».
Il l'associa avec un fil blanc qui aurait pu trouver son chemin vers sa tête venant d'en bas et qui devait maintenant tourner en rond dans sa tête et causer sa céphalée de cette façon. Cette idée était en rapport avec une expérience enfantine: il avait eu des vers intestinaux. Il supposait inconsciemment que ces vers produisaient maintenant des céphalées comme ils lui avaient provoqué des symptômes anaux, dans son enfance.