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La névrose obsessionnelle
Un sentiment de culpabilité qui se transforme en angoisse sociale chronique
Le «besoin de punition» du Moi est, en général, subordonné à un « besoin de pardon », la punition étant jugée nécessaire pour soulager la pression exercée par le Surmoi. Un tel besoin de punition de la part d'un Moi compulsif peut cependant se condenser avec des souhaits sexuels masochiques. Alors, comme l'a dit Freud, la moralité qui est sortie du complexe ddipe a régressé et est redevenue le complexe ddipe.
Un besoin de punition n'est, en général, qu'un symptôme d'un besoin plus général d'absolution ; ceci se voit clairement dans la tentative d'atteindre l'absolution en évitant la punition par l'utilisation d'objets extérieurs en tant que témoins dans le combat contre le Surmoi.
Un patient inventa une méthode de dispenses au moyen de scrupules et de craintes hypocondriaques. Après sêtre masturbé, il allait voir un médecin, s'assurant ainsi qu'il était en bonne condition physique. L 'analyse montra que le réconfort prodigué par le médecin représentait la renonciation du castrateur au droit de castrer; la déclaration de santé représentait l'absolution désirée. Cette absolution mettait fin à la mauvaise conscience du patient et rendait tout autre moyen d'annulation inutile; en particulier, le patient n'avait plus besoin de se punir.
La confiance dans les assurances d'autrui pour le maintien de l'estime de soi, détermine souvent le comportement social d'un obsédé. Le patient se sent soulagé en constatant que les autres personnes ne considèrent pas sa culpabilité comme bien grave, comme lui-même le fait ; cela revient à dire à son Surmoi : « Ce n'est pas si mauvais, après tout, puisqu'Untel et Untel ne me condamnent pas. » La peur du Sur-moi est transformée par ce procédé en peur sociale.
Cette reprojection du Surmoi est surtout exécutée par les personnes présentant des traits paranoïaques, néanmoins l'analyse de simples obsédés montre fréquemment également que leur angoisse sociale est une crainte d'échec de leur tentative d'alléger leur sévère sentiment de culpabilité. Le sentiment qu'ils sont néanmoins coupables peut se transformer en une crainte sociale chronique. Une personne qui est inconsciemment très agressive contre le monde extérieur a naturellement toute raison de craindre que ce monde extérieur ne l'aime pas.
Malgré que les conflits des obsédés soient enfouis plus profondément que ceux des hystériques, les obsédés essaient d'utiliser les objets pour résoudre ou soulager leurs conflits intérieurs. Les hystériques craignant la castration ou la perte d'amour vont essayer d'influencer leur entourage directement, afin de les dissuader d'agir dans ce sens l'obsédé craignant plus la perte de protection de son propre Surmoi, ayant peur d'être obligé de se mépriser lui-même, a besoin des autres personnes comme moyens indirects de soulagement. Peu importe ce qui est fait ou dit par les objets, tout est interprété soit en tant que pardon, soit en tant qu'accusations. Des tentatives variées, réelles ou magiques, sont exécutées dans le but d'influencer le témoignage des témoins.
Quelquefois le patient essaie simplement d'obtenir des objets des signes de sympathie, d'autres fois il attend les autres personnes quelles fassent ce que lui n'ose pas faire ou au contraire de ne pas faire ce que lui n'ose faire, la tentation pouvant être trop forte.
De l'avis de Freud la base inconsciente du concept de justice est: « Ce que je n'ai pas droit de faire, personne d'autre n'a droit de le faire. » Le besoin de justice est enraciné dans la tendance d'étendre une prohibition à tout le monde. Il existe une parenté entre la «justice » et la « symétrie ». Certains désirs de justice signifient simplement : « Il est bon que ce qui arrive à la droite arrive également à la gauche », et quelquefois le désir de symétrie signifie : « La symétrie est réussie si ce qui arrive à un enfant arrive également à ses frères et surs.
Freud a établi que les personnes ayant pris le même objet comme Surmoi s'identifient les unes aux autres. En suivant Redl, nous pouvons ajouter : et les personnes utilisant le même témoin, unies dans une identification mutuelle, sont également ainsi.
Un cercle vicieux de souffrances toujours élargi, mais peu de cas de suicides
Dans les cas extrêmes, le comportement du patient peut être, en dernière analyse, entièrement inauthentique ; quoi qu'il fasse, il le fait dans le but d'impressionner un auditoire ou un jury imaginaire.
Une dépendance ambivalente à un Surmoi sadique et la nécessité de se débarrasser à tout prix de la tension insupportable de sentiments de culpabilité sont les causes les plus fréquentes de suicide. Aussi se pose-t-on la question s'il est vrai que ces facteurs jouent un rôle dominant dans l'obsession, comment se fait-il que le suicide est si rare chez les obsédés? Freud y donna la réponse suivante :
Dans l'obsession, en contraste avec la dépression, la libido de l'individu n'est pas complètement investie dans le conflit du Moi avec le Surmoi ; une grande partie des relations objectales est préservée, et cela le préserve de la ruine ; il est même possible que la déformation régressive de ces relations objectales restantes, c'est-à-dire leur nature sadique, contribue à cet effet favorable : étant donné que l'obsédé réussit à exprimer réellement une certaine agression contre les objets, il n'a pas besoin d'en tourner beaucoup contre lui-même.
Néanmoins, les sentiments de culpabilité causent bien des souffrances aux obsédés. Les patients rentrent dans un cercle toujours grandissant : remords, pénitence, nouvelles transgressions, nouveaux remords. L'obsédé tend toujours à opérer de plus en plus de déplacements, d'agrandir sa symptomatologie (en analogie avec la façade phobique) et d'augmenter la signification instinctuelle des symptômes au prix de leur signification punitive.
Le besoin prévalent d'utiliser les objets pour trouver un soulagement du conflit, masquant tout sentiment direct envers les objets, n'est pas le seul facteur déformant la relation objectale des obsédés. Un second facteur est dû au simple fait que la régression sadique-anale prohibe le développement d'une relation objectale adulte, produisant une attitude incertaine, ambivalente envers les objets, conflits de bisexualité et de rétention des buts d'incorporation. Une troisième circonstance déformant la relation d'authenticité et de chaleur. Les investissements libidinaux attachés aux symptômes et aux substituts auto-érotiques sont absents quand le patient a affaire d des objets.
La pensée dans la névrose obsessionnelle
La régression au sadisme anal et le continuel conflit avec le Surmoi influencent les processus de la pensée des obsédés de façon caractéristique : la pensée devient imprégnée ou remplacée par les précurseurs archaïques de ce processus. Les fantasmes des obsédés, en contraste avec les rêveries visuelles des hystériques, sont verbaux et ressuscitent les attitudes archaïques qui accompagnent l'usage des premiers mots.
La fonction de jugement par anticipation du Moi est facilitée énormément par l'acquisition des mots. La création de cette réplique du monde réel rend possible à l'avance le calcul et l'action dans un monde modèle précédant l'exécution de l'action réelle. Les mots et les concepts verbaux sont les ombres des choses, construits dans le but d'ordonner, par des actions d'épreuves, le chaos des choses réelles. Le macrocosme des choses réelles de l'extérieur est réfléchi dans le microcosme des choses représentées à l'intérieur.
Les choses représentées ont les caractéristiques de choses extérieures, mais manquent du caractère « sérieux » possédé par ces dernières et elles sont des « possessions » c'est-à-dire maîtrisées par le Moi ; elles tentent de doter les choses de la « qualité du Moi » dans le but d'en obtenir la maîtrise. Celui qui connaît le mot pour une chose maîtrise cette chose. Ce fait est le noyau de la « magie des noms » qui joue un rôle si important dans la magie en général. Il est représenté dans le vieux conte de fée de Rumpelstilzchen, dans lequel le démon perd son pouvoir une fois que son nom est connu.
Un patient connaissait plusieurs centaines de noms d'oiseaux; lorsqu'il était enfant, il craignait la cigogne, démon de la naissance et de la mort. Un enfant connaissait toutes les stations d'une ligne de chemin de fer; l'analyse montra l'existence antérieure d'une phobie pour les trains, survenue plusieurs années auparavant. Un autre enfant avait une mémoire extraordinaire des noms de personnes, façon de maîtriser son angoisse sociale.
L'obsédé, craignant ses émotions, craint les choses éveillant ces émotions. Il fuit du macrocosme des choses au microcosme des mots. Craignant le monde, il essaie de reproduire le procédé par lequel enfant, il avait appris à maîtriser les aspects effrayants du monde. Cependant, sous la pression des impulsions refoulées. la tentative échoue maintenant.
Quand il essaye de fuir les choses pleines démotion vers les mots sobres, le matériel refoulé réapparaît et les mots ne restent pas plus longtemps sobres mais deviennent surinvestis émotionnellement ; ils acquièrent ainsi la valeur émotionnelle que les choses ont pour les autres personnes.
Les premiers mots acquis dans l'enfance sont magiques et omnipotents, le microcosme, n'étant pas encore différencié suffisamment du macrocosme, en possède toujours toute la valeur émotionnelle.
La bénédiction et le juron sont des expressions de la qualité macrocosmique toujours effective des mots. Dans un développement plus avancé des facultés de penser et de parler, le monde gai, afin d'en faciliter la gestion, devient monotone. Seuls quelques termes et pensées irrationnelles restent gais tels que les rêveries et les mots obscènes. Dans l'obsession, le parler et le penser sont devenus les substituts des émotions en rapport avec la réalité ; ils reprennent ainsi leurs qualités originelles, se sexualisent et perdent toute valeur pratique.
Les mots, une fois de plus, deviennent de puissantes bénédictions ou malédictions. Ils peuvent de nouveau tuer et ressusciter. Par une simple déclaration verbale, l'obsédé croit inconsciemment qu'il peut forcer la réalité dans la poursuite du but désiré. Etant donné que les mots et les pensées sont jugés capables de tels effets, ils sont dangereux. Un mot dit au hasard pourrait rendre efficaces les pulsions sadiques refoulées avec tant de soin.
Les mots et les pensées doivent donc être maniés avec précaution, et si nécessaire refoulés et annulés. Leur mauvais usage appelle le même châtiment qu'une mauvaise action. Ils deviennent les substituts régressifs de l'action.
L'omnipotence des mots étant spécialement conservée dans les mots obscènes, ceux-ci ont gardé leur pouvoir magique, obligeant le parleur et l'auditeur â expérimenter les choses mentionnées comme si elles avaient été réellement perçues ; pour ces raisons, les mois sont souvent â la base des symptômes compulsifs. Une réticence embarrassée prévenant l'émission de mots obscènes (souvent troublée par une impulsion sacrilège à les prononcer dans les circonstances les plus embarrassantes) est une défense contre une impulsion spécifique à les dire.
Cette impulsion pouvant apparaître comme une perversion est le plus souvent ressentie comme une compulsion. Elle est exécutée dans le but d'obliger l'auditeur â avoir, de façon magique, une expérience sexuelle. Ceci n 'est pas l'expression d'un simple souhait sexuel, mais plutôt une tentative de combattre l'angoisse en rapport avec des idées sexuelles. Le facteur sadique dans ce besoin est certain, comme si les mots obscènes entraînaient un plaisir anal et le parler sexuel un gain libidinal oral.
La « coprolalie » est une espèce de libido régressive jouant un grand rôle dans la symptomatologie de la névrose obsessionnelle.