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La névrose obsessionnelle
Le double front du Moi dans lobsession
Les mécanismes de défense caractéristiques de l'obsession ne tirent pas uniquement leur spécificité de leur nature mais également de leur utilisation. La prépondérance relative de la dépendance du Moi au Sur-moi dans cette névrose rend compréhensible, non seulement l'obligation d'obéir au Surmoi en éloignant les exigences instinctuelles, mais également sa tentative de rébellion contre lui. Le Moi peut employer contre le Surmoi, les mesures déjà employées contre les impulsions du Ça.
Cette activité nécessite également une dépense continuelle dénergie. Il a été mentionné que l'idée compulsive « Si vous faites ceci ou cela votre père mourra» est la prise de conscience dun avertissement du Surmoi : « Si vous faites ceci ou cela, vous pouvez être tenté de tuer votre père. » Le Moi peut réagir à une telle menace par une contre menace. Lorsque « l'Homme aux Rats » eut sa première expérience sexuelle, il eut l'idée obsessive : « C'est splendide ! On tuerait son père pour ça. »
En fait, le Moi se conduit avec le Surmoi comme il le lit naguère avec ses éducateurs : en obéissant ou en se rebellant ou les deux à la fois. L'ambivalence du Moi envers le Surmoi est à lorigine des fréquents symptômes religieux de l'obsession.
Le conflit ambivalent avec le Surmoi peut être mieux observé quand il produit un comportement en deux temps ; le patient se comporte alternativement comme s'il était un méchant garçon et tout de suite après comme un individu strictement discipliné.
Pour des raisons obsessives, un patient ne pouvait se brosser les dents. Après une certaine durée de ce comportement, il se frappait et se grondait. Un autre patient transportait toujours sur lui un carnet, sur lequel il mettait des marques pour indiquer les louanges ou le blâme mérités par sa conduite.
L'absurdité dans les rêves a la signification dune intention moqueuse et malicieuse du rêveur. De façon similaire labsurdité de bien des pseudo-problèmes contenus dans la pensée obsessive indique une attitude moqueuse et malicieuse du patient envers son Surmoi représenté souvent, durant l'analyse, par l'analyste. Ainsi, les absurdités du patient prolongent l'attitude de l'enfant ridiculisant son père.
Un patient, lors de la première consultation, demanda à l'analyste si le traitement le libérerait d'une pratique masturbatoire excessive. L 'analyste répondit que la réussite de la cure arrangerait également cette question. Bien des mois plus tard, le patient rapporta Cette pensée : « Je me demande comment l'analyse fera stopper ma masturbation, si je ne m'arrête pas moi-même »; et il résolut de ne pas s'arrêter pour voir comment l'analyste ferait pour le faire arrêter sans effort de sa part.
Une pseudo-moralité du Surmoi chez les obsédés
La régression au sadisme anal n'a pas seulement modifié le Moi, dont le sadisme et l'ambivalence sont alors dirigés contre le Surmoi aussi bien que contre des objets extérieurs ; elle a aussi modifié le Sur-moi lui-même, devenu plus sadique et présentant des traits automatiques et archaïques, tels que l'accord, avec le principe du talion et l'obéissance a des règles magiques. Le sadisme du Surmoi, résultant de la régression, est augmenté par le refoulement des sentiments agressifs du Moi contre le monde extérieur.
On peut supposer qu'une personne stricte avec elle-même et paisible, sait refouler son agressivité en raison de son attitude stricte ; en fait, le blocage de l'agression est primaire et la sévérité du Surmoi secondaire. Le sadisme non dirigé sur les objets est employé par le Surmoi dans son agression contre le Moi.
La moralité exigée par le Surmoi archaïque des obsédés est une pseudo-moralité, caractérisée par Alexander sous le nom de corruptibilité du Surmoi. Si le Moi fait une concession à une pulsion instinctuelle, il peut se soumettre par des demandes d'expiation ; quand il a expié, il peut utiliser cet acte expiatoire comme une licence lui permettant une nouvelle transgression ; le résultat est une alternance d'actes instinctuels et punitifs. Le besoin d'une stabilité relative entre les deux attitudes peut s'exprimer dans les compulsions symétriques magiques.
Les compulsions symétriques ont des formes multiples. Elles consistent toutes â éviter des troubles de l' « équilibre». Tout ce qui peut arriver a' la droite doit arriver â la gauche; tout ce qui est fait en haut doit être fait en bas; aucun compte ne doit s'arrêter a' un chiffre impair, et ainsi de suite... Tout cela peut avoir une signification spéciale pour chaque individu, mais a toujours le but général du maintien de l'équilibre mental contre les impulsions refoulées; tout mouvement instinctuel est annulé par le contre-mouvement symétrique.
Schilder a réuni des formes de compulsion de cette espèce, ayant leur origine dans des conflits mettant en jeu l'érotisme de l'équilibre et d'autres formes se manifestant en actions abstraites.
Pour comprendre la corruptibilité du Surmoi, on doit considérer la relation économique discutée par Rado sous le nom d'idéalisation. En se pliant aux exigences du Surmoi, le Moi gagne un plaisir narcissique pouvant entraîner avec lui une telle jouissance qu'il suspend temporairement ou affaiblit ses fonctions de juge objectif de la réalité et des impulsions.
L'idée que toute souffrance donne droit aux privilèges d'un plaisir compensateur, et qu'un Surmoi menaçant peut être apaisé et forcé à renouveler son pouvoir de protection aux moyens de souffrances volontaires est très archaïque. La même idée s'exprime dans les altitudes de sacrifice et de prières. Dans les deux pratiques, la sympathie de Dieu est achetée, et des punitions plus importantes évitées au moyen d'une acceptation active et volontaire d'un déplaisir, véritable « punition prophylactique ».
Les attitudes extrêmes de ce genre sont ces actions pouvant être appelées « autocastration prophylactique ». Acheter la sympathie de Dieu peut tourner au chantage. Chez les névrosés dépressifs et impulsifs, on trouve bien des variations d'un tel chantage. Le cercle, acte-punition-nouvel acte, peut être ultimement tracé :faim-satiété-nouvelle faim.
La vacillation entre l'acte et la punition est fréquemment exprimée par le doute obsessif signifiant, en fait : « Suivrai-je les exigences du Ça, ou celles du Surmoi ? » Certaines névroses obsessionnelles sévères peuvent se terminer par des états dans lesquels le Moi, devenu un ballon ballotté par les impulsions contradictoires du Ça et du Surmoi, est éliminé complètement en tant qu'agent effectif.
En se défendant contre les exigences d'un Surmoi sadique, le Moi peut utiliser une rébellion contre-sadique aussi bien qu'une soumission (pour regagner les bonnes grâces), ou les deux attitudes simultanément ou successivement. Le Moi semble vouloir prendre quelquefois sur lui-même des punitions, des actes d'expiation et même des tortures jusqu'à un degré étonnant. Ce « masochisme moral » apparaît comme complément du sadisme du Surmoi, et cette soumission peut se réaliser dans l'espoir d'en user comme une licence pour une liberté instinctuelle à venir.