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La névrose obsessionnelle
D'autres mécanismes de défense : Isolation, annulation et formation réactionnelle
L'altération typique du caractère des obsédés n'est pas toujours due directement à la régression. Elle est aussi causée par l'emploi d'autres mécanismes de défense : la formation réactionnelle, l'isolation et l'annulation. L'utilisation de ces mécanismes dépend également, il est vrai, de la régression pathognomonique, la formation réactionnelle, l'isolation et l'annulation étant beaucoup plus destinées à combattre des désirs prégénitaux, alors que le refoulement est un mécanisme plus en rapport avec la génitalité. Les formations réactionnelles sont profondément enracinées dans chaque personnalité obsédée. En combattant une hostilité inconsciente, l'obsédé tend à être une personne agréable dans tous ses rapports et de façon générale. Ceci peut lui apporter une grande satisfaction narcissique rendant malheureusement difficile le traitement psychanalytique.
Les formations réactionnelles sont cependant rarement efficaces l'esprit de l'obsédé reste occupé par la lutte perpétuelle entre la formation réactionnelle et l'impulsion originelle toujours effective.
Quelques exemples supplémentaires d'isolation typiques peuvent être donnés. Un patient présentant des doutes obsessifs, trouvait très difficile de se soumettre â la cure analytique, protestant violemment contre la règle fondamentale de l'association libre. Il apparut qu'il agissait ainsi afin de garder secrète l'existence d'une petite amie - non parce qu'il se refusait à en parler, mais parce qu'au cours de son traitement il avait parlé de masturbation, et il souhaitait que l'image de cette amie fat éloignée de tout ce qui pouvait avoir rapport avec la masturbation.
Il sentait qu'il pourrait parler d'elle si, pendant la même séance, il était sûr de ne pas penser à la masturbation. Plus tard, il apparut combien cette isolation avait peu réussi; un symptôme compulsif ressenti douloureusement par le patient et dissimulé à grand peine était l'obligation de penser « petite putain » chaque fois qu'il voyait cette jeune fille, ou qu'il entendait son nom. Ce symptôme provenait d'exigences instinctuelles incestueuses contre lesquelles le Moi se défendait. Ceci est un exemple de tentative infructueuse d'isoler la tendresse de la sensualité.
Il était intéressant d'observer comment le patient, qui avait des tendances aux réactions paranoïdes, combinait dans ses défenses contre l'instinct les mécanismes d'isolation et de projection. Une fois, pour démontrer l'absurdité de la psychanalyse, il déclara que l'association libre était un non-sens, les gens n'ayant que les pensées qu'ils désiraient, puisque la pensée « petite putain » n'était pas voulue par lui.
Quelques jours plus tard il accusa l'analyste de sensualité et de vulgarité, de traiter son amie de petite putain, et de faire mauvais usage de sa confession en lui trouvant un comportement vil. Quelquefois, les obsédés effectuent une remarquable isolation au moyen du mariage. Ils décident que leur vie conjugale n'a aucun rapport avec leur sexualité infantile. « Maintenant je suis marié, je n 'ai plus à me tourmenter au sujet de la sexualité. » Ces mariages ne peuvent être heureux. Les patients érigent de sévères obsessions et compulsions dès que les désirs sexuels infantiles apparaissent dans le mariage, en dépit de l'isolation.
Il a été dit que le cas spécial le plus important d'isolation consiste dans l'isolation du contenu idéique de son investissement libidinal. Les cas typiques d'obsession apparaissent froids, abstraits et sans émotion ; en fait, leurs émotions peuvent trouver expression par quelque voie incongrue.
L'exemple d'une telle isolation est donné par un patient qui notait qu'il ne devait pas « oublier qu'il était en colère ».
Les difficultés présentées par les obsédés dans la pratique de la libre association pendant l'analyse, sont dues à leur penchant à l'isolation. Ils ne peuvent pas associer librement, étant toujours en garde pour ne pas relier entre elles des choses qui auparavant étaient en contact. Ils ne peuvent pas se laisser surprendre, soit par des sentiments, soit par des perceptions qui n'ont pas encore été classés en catégories.
Cette façon de penser par classement en catégorie est une caricature de la pensée logique. Cette dernière est aussi basée sur l'isolation, mais l'isolation logique est au service de l'objectivité, l'isolation compulsive au service de la défense. L'isolation, comme il l'a déjà été dit, est en rapport avec l'ancien tabou du toucher.
De nombreux symptômes obsessionnels ont pour but de déterminer les objets qui peuvent ou ne peuvent pas être touchés. Les objets représentant les organes génitaux ou la saleté. Les choses « propres » ne peuvent communiquer avec les « sales ». Une application du tabou du toucher à la peur magique du changement d'une situation pour une autre est présente dans les fréquents rituels du seuil.
Fréquemment, l'isolation sépare les constituants d'un ensemble les uns des autres, alors que des personnes non obsédées n'auraient remarqué que l'ensemble et non les constituants. C'est pourquoi les obsédés ont fréquemment l'expérience de sommes et non d'unités, et bien des traits du caractère compulsif s'expriment exactement dans les termes « inhibition de l'expérience de la Gestalt ».
Répétitions et « chiffres favoris »
il existe encore la « répétition » en tant que forme d'annulation. Lidée contenue dans l'annulation est la nécessité de répétition d'une action dans un but différent. Ce qui a été fait avec une intention instinctuelle peut être refait sur l'instigation du Surmoi. Les instincts refoulés cependant, tentent de pénétrer également dans la répétition aussi, la répétition doit être répétée.
En général, le nombre de répétitions augmente rapidement. Les « chiffres favoris », dont le choix peut avoir une raison inconsciente séparée, sont déterminés et règlent le nombre de répétitions nécessaires ; en dernier lieu, les répétitions peuvent être remplacées par le fait de compter.
Les chiffres favoris sont, en régie générale, toujours les mêmes. Ce ne sont que les mêmes chiffres qui peuvent donner la garantie que ni les instincts, ni le Surmoi l'emporteront. La plupart des compulsions « symétriques » ont la même signification.
On aurait tort cependant de croire que le compter « compulsif » est toujours ainsi motivé. Compter peut avoir des sens variés. Il représente fréquemment le compter des secondes, c'est-à-dire du temps. Le besoin de mesurer le temps peut avoir plusieurs déterminants. Quelquefois c 'est un moyen de rendre une isolation certaine. Il peut être interdit de commencer une activité après une autre, et compter assure ainsi l'intervalle nécessaire. Les connexions de base entre le temps et l'érotisme anal ont déjà été mentionnées. La mesure du temps, à l'origine espace de temps entre deux défécations, peut être utilisée comme moyen de défense contre la tentation de la masturbation anale et peut éventuellement devenir un substitut de masturbation anale.
Le compter compulsif peut être également une défense contre des souhaits de meurtre; en comptant on s'assure que rien ne manque. Mais la défense peut être envahie par l'impulsion, et le compter devenir, inconsciemment, un équivalent de tuer; il peut être alors refoulé à son tour. Ceci est facilité par le fait que compter a, en lui-même, la signification de prise de possession, de maîtrise; compter peut signifier « compter ses propres possessions ».
Un exemple simple du mécanisme de l'annulation est la compulsion névrotique fréquente du lavage. Le lavage est rendu nécessaire pour annuler une action sale antérieure (réelle ou imaginaire).
Cette action dégoûtante est, en régie générale, la masturbation ou, plus tard, une idée de possibilité éloignée de masturbation. La régression anale est responsable de la conception sale de la sexualité. La masturbation anale dans l'enfance était, de fait, trahie par des mains sales et malodorantes; cette possibilité de trahison peut être évitée par le lavage. Occasionnellement, des obsédés peuvent faire disparaître tous leurs scrupules en se baignant et en changeant de vêtements, les mauvais sentiments étant conçus comme de la saleté pouvant être supprimée par le nettoyage.
Le bain rituel, comme moyen de nettoyage des péchés, est aussi un procédé d'annulation. Il est probable que c'est pour cette raison que le cérémonial névrotique, durant la période de latence, est si souvent en rapport avec le lavage. Les enfants obstinés qui refusent la toilette, refusent, en réalité, l'abandon des impulsions instinctuelles plaisantes. Il est vrai cependant que les rituels en rapport avec le déshabillage et le coucher sont aussi prévalents pour une autre raison: cette occasion présente une tentative de se masturber.
Un exemple de déplacement : la « rumination mentale »
Bien des symptômes typiques d'obsession luttent pour défaire des actions agressives, en général imaginaires. Cette intention est quelquefois manifeste, comme dans la fermeture compulsive des robinets à gaz, ou dans l'éloignement des pierres de la route ; quelquefois, l'intention de pénitence se révèle pendant l'analyse dans de nombreux symptômes. Il n'y a pas de frontière nette entre les symptômes de pénitence et les sublimations créatrices réalisées comme actions antagonistes de désirs sadiques infantiles.
L'usage de la régression, de formations réactionnelles, d'isolation et d'annulation, rend superflu l'emploi du mécanisme de défense du refoulement. Ceci répond à la question : comment se fait-il que, dans l'obsession, des impulsions offensives parviennent à la conscience ? L'impulsion consciente de tuer, par exemple, est, par l'isolation, tellement éloignée de l'impulsion motrice, qu'elle n'a aucune chance de se matérialiser et peut devenir consciente en toute tranquillité.
C'est pourquoi, lorsque l'idée devient consciente, elle est dénudée de toute émotion. Le résultat de la rupture de la connexion originale est que la connaissance spontanée des événements pathogènes de l'enfance ne peut pas être utilisée directement par l'analyse. Aussi longtemps que les émotions correspondantes manquent, l'analyste ne sait pas plus que le patient quels souvenirs de l'enfance sont importants et en quoi réside leur importance ; même s'il en est averti, il ne peut en informer le patient avant que ce dernier n'ait surmonté sa résistance contre la vision de cette connexion.
Le manque de refoulement dans l'obsession est cependant tout relatif. Les compulsions et les obsessions elles-mêmes peuvent entreprendre un processus de refoulement secondaire. Quelquefois les patients ne peuvent pas expliquer en quoi consistent leurs compulsions, ces dernières ont des qualités vagues, incolores, embrumées, et il faut un certain temps de travail analytique pour dégager la compulsion du refoulement et la rendre compréhensible.
Quelquefois, les symptômes compulsifs sont secondairement refoulés, le patient ne les sentant plus appropriés à son système c'est-à-dire ne représentant plus uniquement des formes défensives, mais également des impulsions qui s'y sont introduites. En essayant d'approprier ses compulsions à son système, il falsifie et obscurcit leur contenu originel. Ses propres compulsions, comme le monde entier, doivent s'adapter à son système qui est sa seule garantie de sécurité.
Le déplacement dans l'obsession est souvent un déplacement au petit détail. Bien des obsédés s'inquiètent de petites choses, apparemment insignifiantes ; à l'analyse ces petites choses apparaissent comme étant de grosses choses. La plus connue est la « compulsion à penser » (Gruebelzwang) dans laquelle le patient est obligé de passer des heures à ruminer des pensées abstraites.
Ce symptôme a son origine dans une tentative d'éviter des émotions répréhensibles par la fuite du monde des émotions dans celui des concepts intellectuels et des mots. Cette fuite échoue, les problèmes intellectuels dans lesquels le patient cherche une échappatoire à ses émotions acquérant, par un retour du refoulé, une valeur émotionnelle élevée.