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La névrose obsessionnelle

Des systèmes compulsifs destinés à surmonter l’angoisse

L’ordre, mesure de protection contre les dangereuses exigences instinctuelles lors de la période érotique anale reprend cette fonction protectrice au cours d'une névrose obsessionnelle postérieure. L'obsédé menacé par la rébellion de ses exigences sensuelles et hostiles (déformées par la régression), se sent protégé aussi longtemps qu'il se comporte de façon ordonnée, en particulier en ce qui concerne l'argent et le temps. Cependant les pulsions sadiques-anales sabotent en général cet ordre, s'accrochant au « système » ; elles réapparaissent sous forme de désordre ou d'événements troublant le système, ou elles peuvent s'infiltrer dans le syndrome d'ordre lui-même.

Lucille Dooley, dans un article intéressant, concernant l'ordre et les systèmes des obsédés en rapport avec le temps, montre que tout écart à cette routine signifie inconsciemment le meurtre et l'inceste. Beaucoup d'obsédés ont un vif intérêt pour toutes sortes d'emploi du temps. Ils peuvent même régler leur vie entière sur des emplois du temps systématisés. Aussi longtemps que les obsédés réussissent à régler leur vie sur des horaires, ils sont sûrs de ne pas commettre les péchés redoutés et aussi longtemps qu'ils savent à l'avance ce qu'ils feront, ils peuvent surmonter la crainte provoquée par leurs tendances à faire ce dont ils ont peur.

« L 'orientation dans le temps » est une mesure de réassurance typique. Plus d'une peur de la mort a le sens d'une crainte d'un état dans lequel la conception usuelle du temps n'est plus valide. Lorsque l'orientation dans le temps devient plus difficile - crépuscules, longues nuits d'hiver et même les longs jours d'été - les obsédés s'effraient. Cependant les peurs de cette espèce ont parfois pris racine simplement a l'occasion d'événements effrayants, ayant eu lieu pendant l'enfance, à ce même moment de la journée.

La compulsion, comme telle, est utilisée comme protection similaire; elle garantit contre la menace venant d'une dangereuse spontanéité. Toute chose exécutée de façon compulsive l'est comme une routine, en accord avec un plan préarrangé, duquel les impulsions répréhensibles sont sensées être exclues. Aussi longtemps que les règles sont suivies, rien de mauvais ne peut arriver. L'obsédé est cependant conscient de l'existence de ses instincts. Il ne peut jamais parvenir a la certitude satisfaisante qu'il suit les règles, que ces règles sont aptes a englober toutes les possibilités, et qu'il les connaît toute suffisamment.

Les choses se compliquent lorsque la présence d'autres personnes, témoins nécessaires pour garantir la validité des exigences compulsives d'ordre et de règles précises, est devenue indispensable. Le patient se sent, non seulement obligé de s'astreindre lui-même à un ordre systématique, mais il requiert des autres la même conduite. Les autres, en règle générale, refusent de se soumettre à son système.

Ceci augmente son hostilité et il essaie des moyens divers pour les y obliger ; il prend peur de l'hostilité exprimée dans ses tentatives et cette peur, en retour, augmente son besoin de règles précises ; un cercle vicieux est ainsi constitué. Les choses se compliquent encore plus lorsque les systèmes de plusieurs obsédés viennent à s'entrechoquer. Comme l'obsession a son origine dans une augmentation de l'érotisme anal, en partie déterminée par des facteurs constitutionnels, plusieurs cas d'obsession surviennent fréquemment dans la même famille. De sévères troubles familiaux peuvent se créer de cette façon.

Exclure toute possibilité de surprise et forcer autrui à l’approbation

Il existe une névrose obsessionnelle faisant le pendant de la pseudologie. Certains patients estiment compatibles de grossières altérations de la réalité avec leur exactitude obsessive, et même avec un fanatisme obsessif pour la vérité ; ces falsifications, conformément à la tendance compulsive du déplacement au petit détail ne concernent que des petits détails peu importants. Les petites modifications réelles de la vérité en représentent de plus grandes ayant pour but d'obliger le monde à rentrer dans un système défini.

Les faits sont supposés être non pas conformes à la réalité, mais tels qu'ils sont exigés par le système compulsif. La falsification exprime également l'envie de faire peser ce même système sur les autres : « Vous devez voir les choses non pas avec vos propres yeux, mais comme je vous le montre. » Une violence de cette espèce exercée sur le compagnon, peut satisfaire le sadisme et l'obstination anale de l'obsédé. Le but principal d'un tel comportement est cependant plus spécifique.

Freud a comparé les souvenirs spontanés de la précoce enfance avec la création des mythes falsifiant l'histoire dans un sens de réalisations de désirs. Dans ces tentatives compulsives destinées à forcer l'acquiescement des témoins au système obsessif, la création de tels mythes peut être observée directement.

L'adhérence des patients à leurs systèmes ne signifie nullement qu'ils soient capables de les maintenir ; une fois de plus ce qui a été refoulé fait son entrée dans la méthode de refoulement. De plus en plus le patient sent que ce système dans lequel il voudrait maintenir tout le monde a été violé ; il peut alors réagir en essayant d'augmenter la rigidité du système, mais il n'est jamais sûr que les exigences de son système soient entièrement remplies.

L'isolation de choses représentant des tendances inconscientes, liées à l'origine l'une à l'autre, est exigée. C'est pourquoi ces patients voient une séparation du type « ou - ou bien » en fait de la relation « similaire a ».

Un obsédé joueur d'échec s'occupait pendant des heures a essayer de résoudre ce problème: devait-il utiliser plus de stratégie ou plus de tactique ? Il pensait à cela uniquement de façon abstraite, jamais dans une situation concrète ou au cours du jeu. Son idée « ou - ou bien » lui faisait en fait perdre chaque partie. Le doute réel prenait origine dans le doute inconscient: devait-il vaincre son adversaire ou se faire vaincre par lui, devait-il adopter une attitude virile ou féminine ?

La « compulsion névrotique à mettre des étiquettes» rapportée par Graber est en rapport avec ce mode de conduite. Les obsédés ont tendance à faire de fausses généralisations, à classer en toute hâte les idées en catégories s'excluant réciproquement, et, par la suite, à sombrer dans le doute quant à la nature et l'évaluation de ces catégories. « Je connais déjà à quelle catégorie ce phénomène appartient » signifie en général : « Ce n'est pas une tentation ou une punition, je n’ai pas de raisons de le craindre.» Plus un événement est surprenant, plus il est dangereux. La systématisation compulsive tend à exclure toute possibilité de surprise et de falsifier tout événement en « choses déjà connues ».

Ordonner l'inconnu dans des catégories connues est l’œuvre de la science. La systématisation compulsive, entreprise non dans le but de maîtriser la réalité, mais pour dénier et falsifier certains de ses aspects, est une caricature de la science.

L'obsédé est ambivalent; il l'est même envers ses propres systèmes et régies. Quand il prend partie contre ses pulsions dangereuses, il a besoin de règles de systèmes pour le protéger. Quand il se tourne contre son Surmoi, il se tourne également contre ces systèmes et règles institués par le Surmoi. Il peut se rebeller ouvertement contre eux, ou il peut les ridiculiser en en montrant leur absurdité.

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