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La névrose obsessionnelle

Erotisme anal et bisexualité

C'est toujours une source récurrente de surprise de voir apparaître en analyse, après la découverte d'un monde sadique-anal datant des premières années de la vie, un matériel réprimé encore plus vieux, d'orientation purement phallique, qui avait été disloqué par l'angoisse de castration. Il est important de ne pas se tromper en prenant ce matériel nouvellement apparu en référence avec des impulsions sadiques-anales, pour un ensemble de souvenirs datant du stade anal.

Très souvent, il n'est pas d'origine, mais de nature régressive. Il vient après la phase phallique du complexe d’œdipe et l'organisation prégénitale originelle date encore d'avant. Le matériel clinique dans lequel les idées et le mode de comportement appropriés au niveau génital se trouvent entremêlés avec un matériel sadique-anal est abondant. Certains obsédés, par exemple, ne perçoivent la sexualité que sur un mode anal, comme une affaire de salle de bains; d'autres considèrent ce sujet comme une affaire financière pouvant s'exprimer par des fantasmes de prostitution ou comme une matière de propriété.

Un homme peut s'attacher surtout, pendant les relations sexuelles, à retenir l'éjaculation aussi longtemps que possible, quelquefois avec l'idée de faire durer le plaisir, d'autres fois avec l'idée de préserver le semen ; cette façon d'agir peut quelquefois être rationalisée, le patient pensant augmenter ainsi la jouissance de sa partenaire ; l'analyse montre qu'il fait, avec son semen, ce qu'il avait fait - auparavant avec ses fèces. Toujours dans d'autres cas, la déformation sadique de la vie sexuelle entière est plus visible que la déformation anale.

Pour certains obsédés, les relations sexuelles ont la signification d'un combat dans lequel un vainqueur castre une victime. Ne pas être la victime peut représenter tout l'intérêt sexuel du patient mâle de cette espèce (il semble d'ailleurs qu'il ne réussit jamais complètement à atteindre ce but) ; des patientes peuvent avoir le désir ardent de voir et de toucher des organes génitaux mâles ; dans ce souhait est contenu le désir dissimulé de les détruire.

L'effet immédiat de la régression est double :

le sadisme se combine avec l'hostilité oedipienne ressentie contre le parent du même sexe et impose de nouvelles tâches défensives au Moi ;

l'érotisme anal émergeant change le but sexuel et, de cette façon, le comportement de la personne. L'érotisme anal est toujours, comme il l'a été établi, de nature bisexuelle, l'anus pouvant être un organe actif dans sa fonction d'expulser et un organe creux, pouvant être stimulé par un objet pénétrant.

Des hésitations entre l'attitude masculine originelle, maintenant renforcée et exagérée par la composante sadique-anale et l'attitude féminine représentée par la composante passive de l'érotisme anal forment un conflit des plus typiques dans l'inconscient de l'obsédé mâle. L'attitude oedipienne phallique est inhibée par l'idée que sa satisfaction entraînerait la perte du pénis. La régression impose une attitude féminine, sans détruire complètement l'attitude masculine originelle.

L'importance accordée simultanément, dans l'éducation moderne, à l'indépendance et à la soumission, augmente le conflit entre les désirs passif-féminin et actif-masculin dans l'obsession. Une activité superficielle peut s'établir en réaction contre une plus profonde passivité, et vice versa. Une passivité réelle peut, de nombreuses façons, passer pour de l'activité.

Un compromis normal de cette espèce est l'amour d'identification du garçon à son père; en étant temporairement féminin envers lui, il obtient une promesse de participation future à sa masculinité. Cette «psychologie de l'élève" passif en vers le maître, dans le but de devenir plus tard maître lui-même, est ouverte à quelques déformations pathologiques.

Le but des désirs féminins des obsédés n'est évidemment pas d'être castré, mais exprime plutôt le souhait de retenir quelque chose inséré dans le corps. L'idée que ce désir n'est pas en lui-même une protection de tout repos contre la castration, et que bien au contraire cette dernière peut être une condition préalable à sa satisfaction, provoque une angoisse intense et fournit en retour le motif à une défense plus serrée.

C'était la situation de « l'Homme aux Loups» refoulant son complexe d’œdipe inverti par peur de la castration. Sa peur d'être mangé par le loup exprimait à la fois ses désirs féminins envers son père et l'angoisse de castration en rapport avec ces désirs. De cette façon, toute satisfaction sexuelle peut devenir si liée avec d'angoissantes idées de castration qu'elles deviennent inconcevables l'une sans l'autre.

Le patient se comporte souvent comme s'il recherchait inconsciemment la castration, ce qu'il cherche réellement est quelque chose apportant une fin à l'angoisse prohibant son plaisir. La « castration » vraiment recherchée est soit une castration symbolique, un moindre mal prêt à être supporté par le patient afin d'éviter la castration complète, soit une anticipation active de ce qu'il voudrait vivre passivement. Après une manifestation symbolisant la castration, le patient, fréquemment, entreprend la démonstration contraire au moyen d'un rituel. De même que la bisexualité, l'ambivalence est une caractéristique de l'augmentation de l'érotisme anal.

Une ambivalence marquée envers les relations objectales est typique des stades du développement prégénital libidinal, et elle reparaît avec l'abandon de l’organisation génitale. Pour autant que la fixation anale soit une pré condition de la régression anale, les deux qualités associées avec cette dernière, l'ambivalence et la bisexualité, peuvent être considérées comme préconditions de la régression. Mais pour autant que la régression intensifie et rende persistante l'orientation sadique-anale, la bisexualité et l'ambivalence, attributs de cette orientation, sont des résultats de la régression.

Dans l'hystérie de conversion avec symptomatologie intestinale, la régression est limitée au choix de l'organe affecté, utilisé à exprimer des fantasmes génitaux. Il en est autrement dans l'obsession. Là, une régression complète au monde des désirs et des attitudes anaux prend place et change complètement le comportement. Fréquemment même, l'orientation olfactive caractéristique des enfants au stade anal et perdue chez les adultes normaux, réapparaît chez les obsédés. Souvent la régression ramène plus ou moins des traits narcissiques, la bisexualité augmentée permettant des fantasmes d'union sexuelle avec soi-même. Il existe des états de transition entre les névroses obsessionnelles et les psychoses maniaco-dépressives et les schizophrénies.

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