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La névrose obsessionnelle
La régression dans la névrose obsessionnelle
L'exemple d'une expression ouverte de souhaits dipiens, dans laquelle le patient ressentait les deux impulsions de tuer les femmes et de se couper le pénis, est typique de la façon par laquelle les désirs incestueux sont déformés dans la névrose obsessionnelle. Le patient parle de « tuer » sa mère quand il veut dire en fait « avoir des rapports sexuels» avec elle. Les rêves sexuels du patient étaient d'une nature sadique évidente. Il n'y avait pas ainsi seulement un attachement infantile à la mère, mais également une déformation spécifique de type sadique de cet attachement.
Des tendances ouvertes ou dissimulées à la cruauté, ou des formations réactionnelles contre elle, sont des composantes constantes de l'obsession. On y trouve, avec une constance égale, des impulsions érotiques anales et les défenses dirigées contre ces impulsions. Cette association constante de traits de cruauté et d'érotisme anal chez les obsédés, sur laquelle Jones attira le premier l'attention, fut ce qui convainquit Freud de la parenté étroite de ces deux types de phénomène, et de l'existence d'un stade d'organisation sadique-anal » de la libido.
Les idées refoulées, dans l'hystérie, restent inaltérées dans l'inconscient et continuent à exercer, de là leur influence ; ce fait existe également dans l'obsession dans la mesure où le complexe ddipe est à la base du symptôme compulsif, mais il apparaît en outre dans cette affection de très fortes tendances sadiques-anales tirant leur origine du stade précédent de développement libidinal, tendances régulièrement efficientes et combattues.
L'orientation sadique-anale de l'obsédé peut, en règle générale, être aisément reconnue dans le tableau clinique, une fois l'attention attirée sur ce point. Les obsédés sont, en général, en butte à des conflits entre l'agressivité et la soumission, la cruauté et la gentillesse, la saleté et la propreté, l'ordre et le désordre. Ces conflits peuvent s'exprimer dans l'apparence extérieure et dans le comportement manifeste, alors qu'il est invariablement répondu aux questions concernant la vie sexuelle : « Aussi loin qu'on peut voir, tout est en ordre.» Les fonctions physiologiques semblent être en ordre, étant isolées de leur contenu psychologique; la décharge physiologique de l'activité sexuelle du patient n'est pas une décharge adéquate à sa tension sexuelle, réellement exprimée dans ses idées sur la cruauté et la saleté.
Quelquefois, l'orientation sadique-anale se révèle sous la forme de formations réactionnelles, telles que, par exemple, une bonté surcompensée, un sens exagéré de la justice ou de la propreté, une incapacité à la moindre agression, une méticulosité pour tout ce qui est en relation avec l'argent. Un mélange de formations réactionnelles et d'impulsions directes sadiques-anales peuvent donner une apparence contradictoire au comportement du patient.
Le patient est simultané ment ordonné et désordonné, propre et sale, bon et cruel. Un patient, non analysé, se plaignit â la première entrevue de présenter ce syndrome compulsif: il était obligé de regarder constamment derrière lui, craignant continuellement d'avoir omis quelque chose d'important. Les idées suivantes étaient prédominantes: il pouvait avoir oublié une pièce de monnaie dans un coin, blessé un insecte en marchant dessus ou un insecte tombé sur le dos pouvait avoir besoin d'aide.
Le patient craignait tout autant de toucher les objets de peur de les détruire. Il n'avait aucune vocation, ses compulsions empêchant le moindre travail, mais il avait une passion: nettoyer les maisons. Il aimait rendre visite â ses voisins et nettoyer leur maison, juste pour s amuser. Un autre symptôme fut encore décrit par ce patient: il était toujours préoccupé par l'état de ses vêtements.
Il déclara également que la sexualité ne jouait qu'un faible rôle dans sa vie; il avait des relations sexuelles deux ou trois fois par an, exclusivement avec des filles auxquelles il ne portait aucun intérêt. Plus tard, il mentionna qu'étant enfant il trouvait sa mère dégoûtante et était effrayé à l'idée de la toucher. Ceci n'était nullement justifié, sa mère étant une jolie et agréable personne. Ce tableau clinique montrait l'orientation sadique-anale de la sexualité de ce patient, la peur incestueuse étant a' la base de cette déformation.
La pierre angulaire de lobsession : une régression au stade sadique-anal
L'orientation sadique-anale des obsédés devient naturellement en analyse encore plus claire. Tous les obsédés, a établi Freud, ont des rituels scatologiques secrets, qui sont en partie des jeux érotiques anaux et en partie des réactions contre ces jeux. W. C. Menninger a réuni les types les plus fréquents de rituels scatologiques. Les patients sont toujours en garde contre leurs tendances inconscientes anales mélangées à l'hostilité, par exemple contre la pulsion à jouer à des jeux sales avec leurs camarades.
Ainsi, Freud a établi que l'organisation instinctuelle des obsédés ressemble à celle des enfants dans la phase sadique-anale de leur développement. Cela semble contredire l'observation typique que les obsédés sont engagés dans une lutte défensive contre le complexe ddipe, dont la crise maximale n'est pas atteinte avant la période phallique.
Une autre contradiction apparente réside dans le fait quen dépit du sadisme anal, beaucoup de compulsions sont étroitement en relation avec la masturbation. L'explication de ces apparentes contradictions se trouve dans le concept de régression. On a l'impression que les impulsions sadiques anales croissent aux dépens du complexe ddipe originellement phallique. Les impulsions génitales oedipiennes décroissent en force pendant que les impulsions sadiques-anales augmentent. Le patient tentant de refouler le complexe ddipe, régresse en partie au niveau sadique-anal.
Cependant, l'obsédé n'est pas coprophile. Etant donné que ses impulsions sadiques-anales sont également intolérables, ou parce qu'en régressant jusqu'à elles lélément offensif du complexe ddipe ne sest pas complètement éliminé, le patient doit combattre à leur tour les impulsions sadiques-anales. L'interpolation de la régression fait de l'obsession une névrose plus compliquée que l'hystérie.
La théorie de Freud disant que la régression au stade sadique-anal forme la pierre angulaire de l'obsession peut expliquer bien des faits qui autrement, seraient contradictoires. Il est maintenant compréhensible que les impulsions refoulées dans l'obsession soient composées de tendances oedipiennes phalliques et d'impulsions masturbatoires d'une part et qu'elles soient, néanmoins, de nature sadique-anale d'autre part. La défense a été, en premier, dirigée contre le complexe ddipe phallique et l'a supplanté par le sadisme anal ; puis la défense a continué contre les impulsions anales.
Eviter langoisse « anale » de castration
L'analyse peut montrer, occasionnellement, un réel processus de régression pouvant ainsi prouver que l'obsession sinstalle après lui. Une fille souffrait de la peur obsessive qu'un serpent sorte de la toilette et lui rentre dans l'anus. En analyse il apparut que cette peur sétait d'abord présentée sous une autre forme: elle craignait que ce serpent fat dans son lit. Pour la protéger de l'anxiété phallique, une régression s'était opérée; la localisation de la peur fut transportée du lit à la toilette, des organes génitaux à l'anus.
Un garçon, pendant sa période de latence, fut pris d'une angoisse immense chaque fois qu'il était en érection. Il déclara qu'il avait peur de blesser son pénis. Il prit l'habitude de se masturber chaque fois qu'il avait une érection, dans le but de la faire cesser. Cette façon d'agir créa de nouvelles angoisses. Plus tard, il présenta le besoin urgent et fréquent d'uriner et de déféquer. Puis, après cela, se développa une névrose obsessionnelle intense. Il est évident qu'au début les impulsions génitales s'imposaient d'elles-mêmes en dépit de la crainte menaçante de castration, puis elles furent remplacées par des désirs prégénitaux; la névrose obsessionnelle napparut qu'après la régressions au stade anal.
Une preuve plus indirecte mais presque expérimentale de la régression sadique-anale dans l'obsession est fournie par les cas rares dans lesquels l'hystérie, après renonciation de la génitalité, est remplacée par une névrose obsessionnelle. Freud observa ce processus chez une femme qui, à cause de circonstances extérieures, cessa d'accorder la moindre valeur à sa vie génitale. On peut fréquemment observer un processus similaire après la ménopause, la régression étant provoquée alors par des facteurs organiques.
L'opération de régression peut être également prouvée dans les cas où son but défensif échoue. Quoique transférant son intérêt au domaine anal, le patient, dans de tels cas, ne réussit pas à éviter la peur de castration. Il développe, à la place, ce qu'on pourrait appeler une crainte anale de castration. Un tel patient peut arriver à ne pouvoir déféquer autrement qu'en petites quantités informes, essayant ainsi de « perdre un organe». Le matériel traité par Freud sous le titre de l'équation symbolique fèces = pénis doit son origine, en partie, à cette régression.
Quelques-unes des craintes typiques en rapport avec les w.-c. chez les enfants et les obsédés, telles que crainte de tomber dans les toilettes ou d'être mangé par quelque monstre sorti de la', ou encore la crainte rationalisée d'y être infecté apparaissent, en analyse, comme des angoisses de castration. Un enfant, dont les craintes diverses pouvaient se ramener à la crainte de voir disparaître ses excréments, exprimait ainsi sa peur de voir son pénis disparaître en même temps, de la même façon.
Comme dans les peurs orales, le fait que les craintes anales couvrent des angoisses de castration ne contredit pas la nature autonome des craintes prégénitales. Cette déformation de l'angoisse de castration est régressive, formée par la remobilisation de vieilles angoisses prégénitales sur la perte des matières. Il est souvent très difficile de déterminer quelle fraction d'angoisse anale représente l'anxiété prégénitale originelle; il est d'ailleurs possible qu'elle participe à l'angoisse de castration dès le début (les expériences prégénitales du sevrage, de la séparation des matières fécales, sont des avant-coureurs archaïques de la crainte de castration).