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La névrose obsessionnelle

Magie et superstition dans l’obsession

La surévaluation de l'intellect fait que les obsédés développent leur intellect de façon remarquable. Cependant, cette haute intelligence a des traits archaïques et est pleine de magie et de superstition. Leur Moi présente un clivage : une partie est logique, l'autre superstitieuse. Le mécanisme de défense qu'est l'isolation, permet la possibilité d'un tel clivage.

La superstition des obsédés permit à Freud de montrer « les similitudes des vies mentales des primitifs et des névrosés ». Cette superstition est basée sur un narcissisme augmenté, lié avec un rétablissement régressif de la plus ou moins originelle omnipotence infantile. Les jeux obsessifs ayant pour objet cette omnipotence sont animés de sentiments contradictoires de dépendance et d'équivalents inconscients du « meurtre du père ».

Un patient tirait beaucoup de plaisir à jouer avec un petit bouquet de papier, changeant quelque peu de forme lorsqu'on l'agitait, comme un kaléidoscope. L'analyse montra qu'il jouait à « Dieu », créant magiquement des nouveaux mots. Un autre patient, dont le cérémonial se réalisait au moyen de son couvre-lit, avait l'habitude d'imaginer, étant enfant, être Dieu créant le monde. L'analyse montra que « créer le monde » voulait dire « créer des enfants » et qu'il jouait ainsi inconsciemment le rôle du père ayant des rapports sexuels avec sa mère. Cette « création du monde - rapports sexuels » était perçue cependant comme un acte anal, et la prétendue omnipotence était un produit de la surestimation infantile des fonctions excrétoires.

Un autre patient, dont l'analyse avait aiguisé le sens de l'auto-observation, se surprit à penser combien il était étrange qu'il dût ouvrir une porte pour y passer. Il s'attendait réellement à ce que son souhait suffit pour que la porte s'ouvrit d'elle-même. Le rejet de cette idée par les niveaux supérieurs du Moi différencie une telle croyance d'un délire de grandeur.

La névrose obsessionnelle est-elle une « religion privée » ?

La plupart des religions patriarcales oscillent entre la soumission à une figure paternelle et la rébellion contre elle (soumission et rébellion étant sexualisées) chaque Dieu promettant, comme un Surmoi compulsif, la protection contre la soumission ; il existe bien des similitudes entre le tableau manifeste du cérémonial compulsif et du rituel religieux, similitudes dues a la ressemblance des conflits sous-jacents.

C'est pourquoi Freud a appelé la névrose obsessionnelle une religion privée ; de même, le cérémonial des obsédés a été appelé rituel en raison de sa similitude aux rites religieux. Cependant, il existe également des différences d'origine entre les rites compulsifs et religieux, dont la discussion dépasse le cadre de ce chapitre.

La symptomatologie de l'obsession est pleine de superstitions magiques tels que les oracles compulsifs ou les sacrifices. Ces patients consultent les oracles, font des Paris avec Dieu, craignent l'effet magique des mots des autres, agissent comme s'ils croyaient aux fantômes, aux démons et spécialement à un destin très malicieux, et sont également, en même temps, des personnes intelligentes complètement conscientes de l'absurdité de ces idées.

Consulter un oracle signifie, en principe, soit forcer la permission ou le pardon pour une action prohibée ordinairement, soit tenter de déplacer sur Dieu la responsabilité de choses dont on se sent coupable. L'oracle est demandé comme une permission divine pouvant agir comme un contrepoids à la conscience.

Le problème de l’étiologie différentielle

Le conflit de base de la névrose obsessionnelle est le même que celui de l'hystérie : la défense contre les tendances répréhensibles du complexe d’œdipe. La prédominance de l'angoisse dans l'hystérie, pas plus que celle des sentiments de culpabilité dans l'obsession, ne constitue une différence de principe, puisque les sentiments de culpabilité sont présents dans l'hystérie et l'angoisse dans l'obsession.

La régression sadique-anale est pathognomonique de l'obsession et détermine la formation des symptômes. Cette régression peut dépendre d'un des trois facteurs suivants, ou de leur combinaison:

les résidus de la phase sadique-anale du développement de la libido;

l'organisation phallique; et

3) la défense du Moi.

Ce qui reste de la phase sadique-anale originelle constitue probablement le facteur crucial. En général, plus la fixation à une phase est forte, plus facile est la régression. Sous l'influence de l'angoisse de castration, les personnes ayant une forte fixation à la phase sadique-anale régresseront à cette phase. Et les fixations peuvent être causées

par des facteurs constitutionnels ; l'hérédité dans la névrose obsessionnelle montre que l'augmentation constitutionnelle de l'érogénéité anale a son importance;

par des satisfactions exagérées ;

par des frustrations exagérées ;

par une alternance de satisfactions exagérées et de frustrations (plus les satisfactions ont été grandes, plus les frustrations postérieures seront traumatisantes) ;

une concurrence de satisfactions instinctuelles avec des satisfactions de sécurité, c'est-à-dire avec la négation ou avec la réassurance de l'angoisse spécifique.

Les pulsions érotiques anales concordent, pendant l'enfance, avec l'éducation à la propreté; la façon dont cette éducation est faite peut déterminer la fixation anale. L'éducation peut être trop précoce, trop tardive, trop sévère, trop libidineuse. Si elle est faite trop tôt, le résultat typique est le refoulement de l'érotisme anal, caractérisé par une soumission et une obéissance superficielle et une profonde tendance à la rébellion.

Si elle est faite trop tard, on peut s'attendre à la rébellion et à l'obstination; la sévérité est cause de fixation par la frustration provoquée; un comportement libidineux de la mère provoque la fixation par satisfaction; cependant, cette satisfaction est toujours limitée, la mère excite l'enfant mais prohibe la satisfaction de l'excitation. Les laxatifs peuvent augmenter la tendance à la dépendance; les lavements créent une excitation énorme accompagnée d'angoisse.

2. La faiblesse de l'organisation phallique peut provoquer la régression; il est facile d'abandonner quelque chose de peu d'importance. Mais qu'est-ce qu'une organisation phallique faible ? Cette condition coïncide probablement cliniquement avec la précédente, plus les fixations prégénitales sont fortes, plus faible est l'organisation phallique. La régression paraît être également facilitée par une menace de castration survenue sur l'enfant de façon traumatique, c'est-à-dire par le brusque affaiblissement de la position phallique.

3. Le Moi spécialement apte à recourir à l'utilisation de la régression comme moyen de défense est fort sous un aspect et faible sous un autre. La fonction critique du Moi et le besoin de préparation à la pensée peuvent s'être développés particulièrement tôt, alors que la pensée est encore orientée de façon magique ; mais cette même nécessité pour le Moi défensif de commencer à fonctionner si tôt, fait que les méthodes employées sont archaïques et prématurées.

Le Moi des obsédés peut être suffisamment fort pour renforcer ses protestations contre les instincts à une date très précoce, mais il est encore trop faible pour employer des méthodes plus mûres. En contraste, beaucoup de personnes enclines aux rêveries et qui développent plus tard des conversions, montrent une inhibition relative de leurs fonctions intellectuelles.

On peut se demander si toutes les névroses obsessionnelles sont réellement basées sur une régression. N'est-il pas possible que des troubles du développement durant la phase sadique-anale aient pu prévenir le développement d'un complexe d’œdipe phallique? Des cas de cette espèce surviennent. Ils ne représentent cependant pas la névrose obsessionnelle typique. La grande importance du complexe d’œdipe, de l'angoisse de castration et de la masturbation dans la névrose obsessionnelle typique est bien établie.

Les troubles du développement durant la phase sadique-anale, produisent plutôt des personnalités avec peu de symptômes compulsifs, mais avec un caractère similaire à celui des obsédés, mélangé à des traits infantiles généraux.

Evolution de la névrose obsessionnelle

La névrose obsessionnelle chez l'adulte se présente sous deux formes : les formes rares aiguës et les formes communes chroniques. Les cas aigus sont provoqués par des causes extérieures. Ces circonstances extérieures ne sont pas différentes de celles qui provoquent toute autre névrose ; ce sont des remobilisations de conflits sexuels infantiles refoulés ; des troubles d'un équilibre jusque-là maintenu entre les forces refoulés et les forces refoulantes des augmentations soit absolues ou relatives de la force des impulsions refoulées ou des angoisses opposées.

Pour provoquer une névrose obsessionnelle, ces faits doivent atteindre une personne prédisposée depuis l'enfance, c’est-à-dire une personne ayant effectué une régression au stade sadique-anal dans l'enfance.

Cette régression peut, il est vrai, n'avoir embrassé qu'une faible partie de la libido, de façon telle que la génitalité ait pu être suffisamment préservée pour permettre à la puberté de se développer sans difficultés insurmontables ; néanmoins, les défenses infantiles ont pu a un moment donné, choisir le chemin de la régression sinon il ne pourrait être possible qu'un désappointement dans la vie postérieure avec un nouveau flamboiement du complexe d’œdipe, puisse créer une régression au niveau sadique-anal.

Le type chronique est beaucoup plus fréquent. Des névroses obsessionnelles de cette espèce continuent plus ou moins sans interruption depuis l'adolescence, quoique certaines circonstances extérieures particulières puissent provoquer, de temps en temps des exacerbations.

Les rituels compulsifs, succédant à de légers symptômes compulsifs contemporains du complexe d’œdipe, apparaissent de façon plus définitive pendant la période de latence quand se développent les facultés intellectuelles. La sexualité qui émerge à la puberté suit un cours analogue à celui poursuivi par la sexualité infantile et une autre régression au niveau sadique-anal se produit.

Le Surmoi, avec qui les désirs sadiques-anaux rentrent en conflit, est lui-même incapable d'échapper à la régression. Il devient sadique et s'exaspère contre les exigences instinctuelles anales et sadiques, de la même façon qu'il le faisait auparavant contre les exigences génitales. Il s'exaspère également implacablement contre les restes phalliques du complexe d’œdipe, qui ont persisté de concert avec les pulsions sadiques-anales.

« Ainsi le conflit, dans la névrose obsessionnelle, est rendu plus aigu pour deux raisons: la défense est devenue plus intolérante, la chose à interdire plus insupportable et tout cela sous l'influence d'un facteur, la régression de la libido» (Freud).

La lutte continuelle sur deux fronts et les ajustements que le Moi fait aux symptômes (conflits défensifs secondaires, contre-compulsions, formations réactionnelles nouvelles, tendances des symptômes à se développer de la défense vers la satisfaction) compliquent le développement postérieur. Les formations réactionnelles peuvent donner naissance à des gains narcissiques secondaires, tels que l'orgueil d'être particulièrement bon, noble, ou intelligent, et peuvent éveiller de sérieuses résistances au traitement analytique des obsédés.

Comme dans les phobies, il existe parmi les obsessions des cas stationnaires alors que d'autres évoluent progressivement. Dans ces derniers cas, ou bien il se produit des phases d'équilibre, avec une production ouverte d'angoisse et de dépression (ce qui peut être favorable pour l'analyse), ou alors il se produit une augmentation continuelle des symptômes compulsifs vers l'état final redouté de paralysie complète de la volonté consciente.

Un simple exemple de cette évolution dans la symptomatologie: un patient évitait obsessivement le nombre 3 pour sa signification sexuelle et castratrice. Il avait l'habitude de faire chaque chose 4 fois, pour être sûr de ne pas la faire 3. Un peu plus tard, il eut l'impression que 4 était bien prés de 3, aussi par sécurité il employa le 5. Mais 5 est un chiffre impair, mauvais par conséquent, et il fut remplacé par 6. 6 était 2 fois 3, 7 était impair, alors ce fut 8. Et 8 resta le chiffre favori pendant des années.

Il n'est pas facile de dire ce qui peut déterminer l'évolution de la maladie soit vers un plafond, soit vers une progression continue.

Une complication pouvant se produire même dans les cas légers, est la rupture d'équilibre susmentionnée, maintenue jusque-là par des sacrifices propitiatoires, ou d'autres limitations compulsives du Moi.

Des événements bouleversants, imprévus par les systèmes du patient, peuvent faire éclater une rigidité compulsive. L'opposé d'une névrose traumatique est la cure traumatique d'un caractère compulsif

Une telle occurrence montre les connexions entre le symptôme compulsif et l'état originel névrotique actuel ou d'angoisse l'angoisse est dissimulée secondairement par le développement du symptôme obsessif ou compulsif. Les rituels compulsifs qui remplacent les phobies précédentes démontrent encore plus clairement cet escamotage de l'anxiété. Il est cependant vrai que l'angoisse est toujours plus ou moins teintée de sentiments de culpabilité.

L'angoisse et les sentiments de culpabilité qui ont été couverts par les symptômes compulsifs font leur réapparition quand ces symptômes ont été analysés. Fréquemment, les patients étant habitués à dissimuler leur affect et â ne pas les reconnaître, ils apparaissent sous forme d'équivalents physiques ou de névroses actuelles.

Un phénomène fondamental : la régression au stade sadique-anal

En résumé, c'est le concept de régression au niveau sadique-anal de l'organisation libidinale qui explique les différences de la formation des symptômes de la névrose obsessionnelle avec ceux de l'hystérie. La confusion apparente résultant de la persistance de tendances phalliques associées au complexe d’œdipe, tendances se révélant simultanément de nature sadique-anale, s'explique par le processus suivi par les mécanismes de défense : le complexe d’œdipe est remplacé par le sadisme anal qui, à son tour, est combattu.

Bien des différences sont dues au fait que, dans l'hystérie, le refoulement seul est utilisé comme mécanisme de défense, alors que, dans la névrose obsessionnelle, les formations réactionnelles, l'annulation, l'isolation et le superinvestissement libidinal du monde des concepts et des mots (cas spécial d'isolation) jouent leur rôle; l'utilisation de tels mécanismes est due au fait que ce sont des impulsions anales et non génitales qui doivent être refoulées.

L'utilisation de mécanismes de défense dissemblables explique également la différence du champ conscient des deux espèces de névrose. L'assaut tardif de l'obsession est en relation avec le facteur de régression. L'introjection des parents, entre temps, dans le Surmoi, explique à son tour les différences dans l'intériorisation, dans la prédominance du Surmoi, et dans la prédominance relative des punitions et des symptômes expiatoires sur les symptômes de satisfaction.

En outre, la régression est également responsable de la sévérité particulière du Surmoi, ce dernier n'ayant pu échapper à la poussée régressive vers le sadisme. Le fait qu'à côté de la production de symptômes la maladie affecte la personnalité totale du patient à un point bien plus avancé que dans l'hystérie peut être aussi mis en relation avec le phénomène fondamental de régression.

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