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Adler, ou la compensation de l'infériorité

La confusion entre le rêve et les idées latentes du rêve

Non moins mesquin et vide est tout ce qu'Adler a écrit sur le rêve, ce Schibboleth de la psychanalyse. Il voyait tout d'abord dans le rêve le remplacement de la ligne féminine par la ligne masculine, ce qui ne signifie au fond pas autre chose qu'une simple traduction par les mots « protestation virile » de la théorie qui caractérise le rêve, en disant qu'il représente une réalisation de désirs.

Plus tard, il trouve que ce qui constitue l'essence du rêve, c'est le fait que l'homme obtient dans le rêve inconsciemment ce qui lui est refusé dans l'état conscient. À Adler encore revient la priorité de la confusion entre le rêve et les idées latentes de rêve, confusion sur laquelle repose sa théorie de la « tendance prospective ».

C'est après lui que Maeder s'est engagé dans la même voie. En opérant cette confusion, on ferme volontiers les yeux sur le fait que toute interprétation d'un rêve, lequel ne présente en général rien de compréhensible, lorsqu'on ne considère que son contenu manifeste, repose sur les règles et principes mêmes dont on conteste la valeur et les résultats.

En ce qui concerne la résistance, Adler trouve seulement à dire qu'elle sert au malade à faire opposition au médecin. Sans doute, mais autant dire: la résistance sert à assurer la résistance. Mais d'où vient la résistance et comment se fait-il que ses manifestations viennent toujours si à propos, pour servir les intentions du malade? Ces questions, l'auteur les laisse de côté, comme étant sans intérêt pour le Moi.

Il ne s'occupe pas davantage des mécanismes de détail des phénomènes et des symptômes, des causes qui déterminent la variété des malades et des manifestations morbides: peu lui importent et ces mécanismes et ces causes, pourvu que les uns et les autres, quelle qu'en soit la nature, servent à faire naître la protestation virile, l'affirmation de soi-même, l'élévation de la personnalité.

Le système est achevé dans toutes ses parties, il a valu à son auteur un énorme travail de réinterprétation de données et constatations anciennes, mais ne contient pas une seule observation nouvelle. Je crois avoir montré qu'il n'a rien de commun avec la psychanalyse. L'idée de la vie, telle qu'elle se dégage du système d'Adler, repose tout entière sur la reconnaissance du rôle prédominant, sinon exclusif, des instincts d'agression.

Elle n'accorde aucune place à l'amour. On pourrait trouver étonnant qu'une conception du monde aussi décourageante ait pu trouver bon accueil; mais on ne doit pas oublier que pliant sous le joug de ses besoins sexuels l'humanité est prête à accepter n'importe quoi, pourvu qu'on fasse miroiter devant ses yeux la perspective d'une « défaite de la sexualité ».

Il faut absolument mettre de côté certaines définitions arbitraires qui existent depuis longtemps, par exemple que la névrose résulte du conflit entre le conscient et l'inconscient. Il est difficile de discuter là-dessus, car les auteurs qui rendent hommage à cette conception auraient dû finalement se rendre compte que rien ne peut avoir lieu sans conflit; aussi cette assertion n'apporte-t-elle aucun éclaircissement sur la nature des névroses ; pas plus que cette explication erronée, basée sur une conception scientifique présomptueuse, qui voudrait attribuer à une action des chimismes ces modifications organiques.

Avec une telle conception il paraît difficile de contribuer à la compréhension des névroses étant donné que nous ne pouvons rien dire sur la nature des chimismes. Les autres définitions courantes, elles non plus, ne nous disent rien de nouveau.

Ce qu'on sous-entend par le terme nervosité, est l'irritabilité, la méfiance, la timidité, etc., en un mot toutes sortes de manifestations qui se distinguent par des traits de caractère négatifs, par des traits de caractère qui ne cadrent pas avec la vie et qui paraissent chargés d'états affectifs.

Tous les auteurs sont d'accord sur le fait que la nervosité est en rapport avec une vie affective amplifiée. Lorsqu'il y a de nombreuses années, je m'attachais à décrire ce que nous entendions par le tempérament nerveux, je mis au jour l'hypersensibilité du nerveux. Bien que dans de rares cas il puisse ne pas être facile à découvrir étant donné qu'il est camouflé, ce trait de caractère se trouve chez tous les nerveux.

Un examen plus approfondi montrera pourtant que les nerveux sont des gens d'une grande sensibilité. En poursuivant plus profondément ses recherches, la psychologie individuelle a montré où cette sensibilité prend son origine.

Celui qui se sent chez lui sur cette pauvre écorce terrestre, qui est convaincu de la nécessité de prendre sa part aussi bien des inconvénients que des joies de la vie, qui est résolu à apporter sa contribution au bien-être commun, celui-ci ne montrera pas d'hypersensibilité. L'hypersensibilité est l'expression du sentiment d'infériorité.

De là dérive tout naturellement les autres traits de caractère du nerveux, comme par exemple l'impatience, laquelle ne se trouve pas chez celui qui se sent en sécurité, qui a de la confiance en soi, et qui a fini par admettre qu'il faut se débattre avec les problèmes de la vie pour leur trouver une solution. Si l'on tient compte de ces deux traits de caractère, hypersensibilité et impatience, on comprendra qu'il y a des êtres humains qui vivent dans un état affectif intensifié.

Si on ajoute à cela que ce sentiment d'insécurité impose de violents efforts pour atteindre un état d'équilibre, de sécurité, on comprendra pourquoi le nerveux est poussé à rechercher la supériorité et la perfection et pourquoi ce trait, qui implique une tendance à la prééminence, se présente sous forme d'une ambition qui ne tient compte que de sa propre personne. Ceci se comprend chez un homme qui est en danger.

Parfois cette tendance à la prééminence prend d'autres formes telles que l'avidité, l'avarice, la jalousie, l'envie, qui d'avance sont condamnées par la société. Il s'agit là d'êtres humains qui par la force et la ruse s'efforcent de surmonter les difficultés, ne se croyant pas capables de trouver une solution franche.

Il s'y ajoute que le sentiment d'infériorité renforcé va de pair avec un développement insuffisant du courage et qu'à sa place on découvre une série d'essais artificiels pour escamoter le problème de la vie, se faciliter l'existence et se décharger de ses difficultés sur le dos des autres. Cette fuite de la responsabilité est en rapport avec une absence d'intérêt pour les autres.

Nous sommes loin de vouloir critiquer ou condamner le grand nombre de personnes qui montrent cette attitude à des degrés différents, car nous savons que même les pires erreurs qu'elles commettent ne sont pas accomplies avec la pleine conscience de leur responsabilité, mais qu'elles sont victimes de leur attitude erronée en face de la vie: Ces gens poursuivent un but qui les met en contradiction avec la raison, mais jusqu'ici rien n'a encore été dit en ce qui concerne la nature de la nervosité, ses conditions d'apparition, sa structure.

Nous avons cependant fait un pas en avant et nous pouvons constater, en tenant compte du manque de courage du nerveux, son attitude hésitante et la moindre efficacité de sa façon de procéder une fois placé devant les problèmes de la vie. Il est certain que nous pouvons suivre les traces de cette activité réduite jusqu'à l'enfance.

Nous autres psychologues individuels, nous ne sommes pas surpris de cette constatation étant donné que la trame de la vie se forme au cours des premières années et qu'elle reste immuable, n'étant accessible à une modification que si l'intéressé comprend l'erreur de son développement et possède la faculté de se joindre de nouveau a la société en vue de contribuer au bien-être de toute l'humanité.

On peut supposer qu'un enfant qui possède une activité accrue dans le mauvais sens, s'il présente plus tard un échec, ne deviendra pas un nerveux, mais qu'il extériorisera cet échec sous une autre forme, en devenant criminel, candidat au suicide ou ivrogne. Il pourra se présenter comme un enfant difficile de la pire espèce, sans jamais présenter les traits du nerveux.

La constance du symptôme nerveux

Nous avons donc approché de la solution du problème et nous pouvons constater que le rayon d'action de pareil sujet ne présente pas une grande étendue. Le nerveux a un rayon d'action réduit en comparaison avec celui d'êtres plus normaux. C'est une question importante que de savoir d'où vient cette activité accrue.

Lorsque nous avons constaté qu'il est possible de développer ou de restreindre le rayon d'action d'un enfant, lorsque nous avons compris qu'une éducation erronée arrive à réduire presque à rien ce rayon d'action, alors nous comprenons que le problème de l'hérédité n'a rien à voir pour nous dans cet ordre de choses; mais ce que nous constatons est le résultat de la faculté créatrice de l'enfant. L'organicité et les influences du monde extérieur constituent les matériaux que l'enfant utilisera pour la construction de sa personnalité. Il est à noter que les symptômes observés dans les troubles nerveux sont tous chroniques, que ces symptômes soient classés parmi les troubles d'ordre physique de certains organes ou parmi les ébranlements psychiques manifestations d'angoisse, idées obsessionnelles, états de dépression, ceux-ci semblant présenter une signification spéciale, céphalées nerveuses, éreutophobie, obsession de la propreté (rupophobie) et d'autres manifestations psychiques semblables.

Ils persistent pendant très longtemps et si on ne veut pas se perdre dans l'obscurité de conceptions fantasques qui admettent qu'ils se sont développés sans signification propre, si par contre on leur cherche une relation commune de cause à effet, on découvrira que l'enfant s'est trouvé devant un problème trop difficile à résoudre pour lui, et qui reste non résolu. Ainsi paraît établie et expliquée la constance du symptôme nerveux. L'éclosion du symptôme nerveux est déterminée par la réaction devant un problème donné. [...]

Les troubles gastriques de l’avocat

Un avocat âgé de 35 ans se plaint de nervosité, de maux de tête incessants dans la région occipitale, de toutes sortes de troubles gastriques, d'une sensation de vide dans toute la tête, d'une faiblesse générale et de fatigue. Il a souvent peur de perdre connaissance lorsqu'il doit parler à des gens inconnus. En plus il est toujours énervé et agité. Chez lui, dans le milieu familial, il se sent plus à l'aise, quoique même là l'atmosphère ne lui convienne pas tout à fait.

Il est convaincu que son manque de réussite vient de ces symptômes gênants. L'examen clinique donne un résultat négatif en dehors d'une scoliose dont on peut tenir compte pour l'explication de la céphalée occipitale et de douleurs dans le dos, en raison de la diminution du tonus musculaire à la suite de l'état dépressif. La fatigue peut être attribuée indubitablement à son agitation, mais on doit aussi l'interpréter, de même que la sensation de vide dans la tête, comme une manifestation partielle de son état dépressif.

Les troubles de la région gastrique sont plus difficiles à comprendre par un diagnostic général que nous employons ici; ils pourraient être la conséquence d'une irritation nerveuse à la suite de la scoliose, mais aussi un mode d'expression localisé, la réponse d'un organe inférieur en face d'une irritation psychique. La fréquence de troubles gastriques pendant l'enfance et le fait que le père se plaint de troubles analogues également sans motif organique, plaident en faveur de cette explication.

Le malade sait aussi que des états d'énervement occasionnels étaient toujours accompagnés d'anorexie, parfois de vomissements. Une plainte que l'on considère peut-être comme une futilité nous permet de mieux reconnaître le style de vie du malade. Son agitation continuelle nous montre clairement qu'il n'a pas complètement renoncé à « son succès ».

Plaide, en faveur de la même conclusion, quoique dans une mesure plus restreinte, la déclaration faite par lui qu'il ne se sent pas à l'aise même chez lui, étant donné que même chez lui son inquiétude de pouvoir rencontrer des personnes étrangères, donc reprendre contact avec le monde, ne peut le quitter. La peur de perdre connaissance nous permet de jeter un regard dans l'élaboration de sa névrose il nous dit, sans y prendre garde, comment il augmente artificiellement son énervement lorsqu'il doit rencontrer des étrangers, par cette idée préconçue qu'il pourrait perdre connaissance.

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