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Adler, ou la compensation de l'infériorité

Un style de vie qui remonte à la première enfance

Sa mère était, d'après le malade, une femme tendre, à qui il s'attacha beaucoup, qui le gâta considérablement, et qui avait fondé sur lui de grandes espérances. Le père était moins enclin à le gâter mais céda à toutes les occasions, lorsque le malade manifesta ses désirs en pleurant.

Parmi ses frères, il préféra son frère cadet qui le portait aux nues, satisfaisait chacun de ses désirs, le suivait comme un chien et se laissait guider constamment par lui. Le malade était l'espoir de sa famille et arrivait toujours à s'imposer à ses frères et sœurs. Donc une atmosphère extraordinairement facile et agréable qui le rendait inapte à affronter le monde extérieur.

Ceci se vit immédiatement lorsque pour la première fois il dut fréquenter l'école. Il était le plus jeune de la classe et ceci lui servit de prétexte pour manifester son aversion vis-à-vis de cette situation inférieure en changeant deux fois d'école. Puis il travailla avec un zèle extraordinaire pour surpasser tous les autres élèves.

N'y ayant pas réussi, il commença la retraite, manqua l'école sous prétexte de maux de tête et de troubles digestifs ou arriva souvent en retard. Si à cette époque il ne fut pas parmi les meilleurs élèves, lui et ses parents attribuèrent cela à ses fréquentes absences, cependant que notre malade soulignait fortement le fait qu'il savait plus et qu'il avait lu plus que tous les autres élèves.

A la moindre occasion ses parents le mettaient au lit et le soignaient avec attention. Il fut toujours un enfant anxieux et il lui arriva souvent de crier pendant son sommeil pour que sa mère s'occupât de lui aussi bien la nuit que le jour.

Il est évident qu'il ne se rendait pas compte de la signification et de la corrélation de ces phénomènes. Ils étaient tous l'expression, le langage de son style de vie. Il ne réalisait pas non plus qu'il lisait tard dans la soirée au lit pour pouvoir jouir le lendemain du privilège de pouvoir se lever tard et ainsi se dispenser d'une partie de son travail journalier.

En face des jeunes filles, sa timidité était encore plus forte que devant les garçons et cette attitude persista pendant toute la durée de son développement jusqu'à l'âge adulte. Il est facile de comprendre qu'il manquait de courage dans toutes les situations de la vie et qu'il ne voulait à aucun prix risquer sa vanité.

L'incertitude d'être bien reçu par les jeunes filles contrastait fortement avec la certitude qu'il avait de pouvoir compter sur le dévouement de sa mère. Dans son mariage il voulut établir la même autorité dont il jouissait auprès de sa mère et de ses frères, et inévitablement échoua.

J'ai pu établir que dans les souvenirs de la première enfance peut se trouver souvent, bien dissimulé, le style de vie d'un individu. Le premier souvenir de notre malade est le suivant « Un frère cadet était mort et mon père était assis devant la maison et pleurait amèrement. » Nous nous souvenons comment le malade avant une conférence se réfugia chez lui et prétexta la crainte de mourir.

Le «oui... mais» du névrosé

La manière de se comporter de chacun en face du problème de l'amitié caractérise très bien son aptitude en tant qu'être sociable. Notre malade reconnaît qu'il n'a gardé que peu de temps ses amitiés et qu'il voulait toujours dominer ses amis. On ne pourra pas appeler ceci autrement que l'exploitation de l'amitié des autres.

Lorsque j'attirai délicatement son attention sur ce fait, il me répondit : « Je ne crois pas que personne se dépense pour la société, chacun n'agit que pour soi-même. » Les faits suivants montrent comment il prépara sa retraite. Il désirait écrire des articles ou un livre. Mais lorsqu'il se mettait à écrire, il était pris d'un tel énervement qu'il ne pouvait plus penser.

Il déclara ne pas pouvoir dormir, s'il n'avait pas lu avant. Mais lorsqu'il avait lu, il était pris d'une gêne dans la tête, ce qui l'empêchait de dormir. Son père mourut il y a peu de temps, à une époque où le malade se trouvait dans une autre ville. Il y avait accepté une place pour peu de temps après. Il refusa en prétextant qu'il mourrait s'il se rendait dans cette ville.

Lorsqu'on lui offrit une place dans la ville, il la refusa sous le motif qu'il ne pourrait pas dormir la première nuit et qu'en conséquence le lendemain il ne réussirait pas. Il fallait donc qu'il guérisse complètement d'abord. Voici maintenant un exemple qui nous prouve que nous retrouvons dans les rêves du malade sa loi dynamique, ce « oui... mais » du névrosé.

On peut trouver, grâce à la technique de la psychologie individuelle, le mécanisme d'un rêve. Il ne nous dit rien de nouveau, rien que nous n'aurions pu reconnaître aussi d'après la conduite du malade. On peut deviner d'après les moyens correctement compris et d'après le choix du contenu d'un rêve comment un rêveur guidé par sa loi dynamique se montre préoccupé de faire triompher son style de vie à l'encontre du sens commun, en éveillant artificiellement des sentiments et des émotions.

Et on trouve aussi souvent des indications sur la façon dont le malade crée ses symptômes sous la contrainte de la peur en face d'une défaite. Voici un rêve du malade: « Je devais rendre visite à des amis qui vivaient de l'autre côté d'un pont; le parapet était fraîchement peint; je voulus regarder dans l'eau et m'accordai au parapet, celui-ci appuya contre mon estomac qui commença à ma faire souffrir: Je me dis: tu ne devrais pas regarder dans l'eau, tu pourrais tomber, mais je pris quand même le risque, j'avançai de nouveau jusqu'au parapet, regardai en bas et alors reculai rapidement en me disant: il vaut mieux être en sécurité. »

La visite des amis et le parapet fraîchement repeint sont des indices concernant le sentiment social et la reconstruction d'un meilleur style de vie. La peur du malade de tomber de sa hauteur, son « oui... mais » sont suffisamment clairs par eux-mêmes. Les troubles gastriques consécutifs à un sentiment de peur, ainsi que nous l'avons décrit plus haut, sont toujours constitutionnellement disponibles.

Le rêve nous montre l'attitude défavorable du malade vis-à-vis des efforts du médecin et la victoire de l'ancien style de vie en se servant de l'image frappante du danger qui le menace lorsqu'il n'est pas sûr que sa retraite soit assurée.

Les manifestations organiques

La névrose est l'exploitation automatique de symptômes nés par un effet de choc, mais soustraits à la compréhension du malade. Cette exploitation caractérise surtout les sujets qui craignent trop pour leur prestige et qui déjà dans leur enfance, le plus souvent en tant qu'enfant gâté, ont été attirés sur cette voie de l'exploitation.

Encore quelques mots sur les manifestations organiques où triomphe l'imagination de quelques auteurs. L'organisme est un ensemble qui présente comme don et héritage de l'évolution la tendance à l'équilibre, qui dans des circonstances difficiles se maintient dans la mesure du possible.

Au maintien de cet équilibre participent la modification du rythme cardiaque, l'amplitude de la respiration, le nombre des mouvements respiratoires, la coagulabilité du sang, la participation des glandes à sécrétion interne ; dans cet ensemble il apparaît de plus en plus évident que particulièrement les irritations psychiques ébranlent le système végétatif et le système endocrinien et qu'elles donnent lieu à une sécrétion augmentée ou modifiée.

Nous pouvons aujourd'hui mieux comprendre les modifications de la glande thyroïde par suite des effets de choc, effets qui parfois même peuvent mettre la vie de l'individu en danger. J'ai vu de tels malades. Le plus grand chercheur dans ce domaine, Zondek, s'est assuré ma collaboration pour constater quelles influences psychiques participent à ces variations.

Il est d'autre part hors de doute que tous les cas de maladies de Basedow se présentent comme suite d'ébranlements psychiques. Ce sont des gens chez lesquels les ébranlements psychiques irritent la glande thyroïde.

Il faut aussi signaler les progrès des recherches sur l'irritation de la glande surrénale. On peut parler d'un complexe sympathico-surrénalien; surtout en cas de colère la sécrétion adrénalienne est augmentée. Le chercheur américain Cannon a démontré par ses recherches sur les animaux, qu'au cours des accès de colère la teneur en adrénaline augmente.

Ceci amène une augmentation du rythme cardiaque et d'autres modifications, qui nous font comprendre que des céphalées, des névralgies faciales, peut-être même des attaques épileptiques, puissent être déclenchées par une cause psychique. Dans ces cas il s'agit souvent de sujets qui sont constamment la proie de soucis renouvelés. Il est évident que l'époque de la vie doit être prise en considération.

Lorsqu'on a affaire à une jeune fille de 20 ans qui est nerveuse, on pourra supposer que ce sont des soucis professionnels, sinon amoureux, qui la tourmentent. Chez un homme ou une femme de 50 ans, on pourra facilement deviner que c'est la problème de la vieillesse, que le sujet croit ne pas pouvoir résoudre ou qu'effectivement il n'arrive pas à résoudre. La réalité de la vie, nous ne la ressentons jamais directement mais uniquement par la conception que nous nous en faisons; c'est elle qui est déterminante.

La guérison ne peut se réaliser qu'en faisant appel à l'intelligence, en rendant peu à peu le malade conscient de son erreur et en développant son sentiment social.

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