Manifestation du complexe de castration chez la femme
Les phénomènes psychologiques que nous attribuons au complexe dit de castration de la femme sont si nombreux et divers quil nest pas possible den rendre un compte exhaustif dans un exposé, si détaillé soit-il. Ces questions se compliquent encore par leurs multiples relations avec des processus biologiques et physiologiques. Aussi lanalyse qui suit ne prétend-elle pas éclairer sous toutes ses faces le problème de la castration féminine, mais elle se limitera à une évaluation purement psychologique dun vaste matériel clinique.
I
Bien des êtres féminins, enfants ou adultes, souffrent par moments ou en permanence du fait dêtre nés filles. En outre, la psychanalyse nous apprend quun grand nombre de femmes ont refoulé le désir dêtre homme; nous rencontrons ce désir dans toutes les productions de linconscient, en particulier dans les rêves et les symptômes névrotiques. La fréquence extrême de ces observations suggère que cette orientation du désir est courante, et commune à toutes les femmes. Si nous adoptons ce point de vue, nous voici obligés de soumette à un examen approfondi et sans préjugés les faits que nous dotons dune portée aussi générale.
Fréquemment, les femmes sont parfaitement conscientes de ce que beaucoup de phénomènes de leur vie mentale naissent dune intense aversion pour la condition féminine; mais les motifs dune telle aversion restent parfaitement obscurs pour un bon nombre dentre elles. Certains arguments sont indéfiniment repris pour expliquer cette attitude: la fille serait dès lenfance défavorisée par rapport au garçon, car on accorde à celui-ci une plus grande liberté, plus tard, lhomme fait choix dune profession à son gré et peut élargir le champ de ses activités, étant soumis à beaucoup moins de restrictions, dans sa vie sexuelle en particulier. Cependant, la psychanalyse nous montre que des arguments conscients de cette sorte ne possèdent quune valeur relative; ils naissent dune rationalisation, processus qui cherche à voiler les motivations plus profondes. Lobservation directe des fillettes dès les premières années de la vie met hors de doute, quà une certaine étape de leur développement elles se sentent lésées par comparaison avec lautre sexe, en raison de linfériorité de leurs organes génitaux externes. Les données émanant danalyse dadultes concordent pleinement avec cette observation; elles nous montrent quun grand nombre de femmes na pas surmonté ce désavantage, ou, en termes psychanalytiques, na pas pleinement réussi à le refouler et à le sublimer durablement. Les représentations qui sy rattachent exercent souvent une poussée vigoureuse, qui sy rattachent exercent souvent une poussée vigoureuse, qui répond à la force de leur investissement libidinal, contre les obstacles leur barrant laccès à la conscience. Cest une efflorescence de symptômes névrotiques, dimages oniriques, etc., qui témoignera de la lutte du matériel refoulé avec la censure.
Lexpérience des effets si sévères et durables sur la vie mentale de la femme de la non-possession dun organe masculin nous autoriserait à en désigner tous les dérivés pulsionnels du nom collectif de " complexe génital ". cependant, nous préférons une expression empruntée à la psychologie des névrosés masculins, et parlons à juste titre du " complexe de castration " chez la femme.
La haute estime en laquelle lenfant tient son propre corps est étroitement liée à son narcissisme. Primitivement, la fille na aucun sentiment dinfériorité touchant son corps, et peut donc ne pas réaliser immédiatement quil présente un manque comparé à celui du garçon. Incapable de reconnaître un désavantage dans sa personne, elle forgera la théorie que nous avons souvent rencontrée: " Javais autrefois un organe comme les garçon, mais on me la pris. " la fillette sefforce donc de faire du manque douloureusement ressenti une perte secondaire, et qui résulterait dune castration.
Cette idée touche de près à une autre que nous traiterons en détail. Le sexe féminin est considéré comme une blessure, et à ce titre il porte la marque de la castration.
Nous relevons aussi des fantasmes et des symptômes névrotiques, parfois des impulsions et des actes, qui dénotent une tendance hostile à lhomme. chez bien des femmes, lidée dun préjudice subi engendre le désir de se venger de lhomme, plus favorisé. Ces impulsions ont pour but une castration active, visant lhomme.
Ainsi trouvons-nous chez la femme non seulement la tendance à vivre un manque primaire, douloureusement perçu comme un dépouillement, mais il sy ajoute des fantasmes de mutilation actifs et passifs, tous comme dans le complexe de castration masculin. Tels sont les faits qui nous autorisent à user du même terme pour les deux sexes.
II
Nous avons mentionné que la découverte de lorgane masculin par la fille lui inflige une blessure narcissique. Au stade narcissique de son développement, lenfant veille attentivement sur ses biens et convoite jalousement ceux dautrui. il entend conserver ce quil a, et y ajouter ce quil voit. Quiconque possède un avantage sur lui provoque deux réactions étroitement liées: un sentiment dhostilité pour le privilégié, une impulsion à lui arracher ce quil possède. Lintrication de ces deux réactions se manifeste par lenvie, expression typique de la phase sadique-anale du développement de la libido.
Fréquemment, la réaction hostile et envieuse de lenfant à toute possession surpassant la sienne satténue de manière simple. On lui donne la perspective de combler son aspiration dans un avenir proche ou lointain. On peut faire à la petite fille des promesses apaisantes touchant son corps. A ses questions inquiètes, on peut répondre quelle deviendra aussi grande que sa mère, quelle aura une natte de cheveux aussi longue que sa sur aînée, etc., et lenfant sera satisfaite de ces assurances. Mais on ne peut lui promettre quun organe masculin finira par lui pousser. Cependant, la petite fille applique spontanément, ici encore, la méthode qui a souvent porté ses fruits : pour un temps elle semble sagripper à cette attente comme à une évidence, comme si lidée dun manque permanent lui était complètement étrangère.
Lobservation suivante, dune petite de deux ans, est particulièrement instructive à cet égard. Un jour, alors que ses parents prennent le café, elle se dirige vers une boîte à cigares posée sur une petite table basse ; elle louvre, prend un cigare et lapporte à son père ; elle retourne à la boîte et en apporte un à sa mère aussi. Puis elle prend un troisième cigare et lapplique sur son abdomen. Sa mère remet les trois cigares dans la boîte. Lenfant attend un instant, puis répète le même jeu.
La reproduction du jeu exclut le rôle du hasard. Sa signification est claire: lenfant a doté sa mère dun organe masculin semble à celui de son père. Elle a représenté la possession de cet organe non comme un privilège de lhomme mais des adultes en général. Ce qui lui permet donc den attendre un pour elle-même dans lavenir. le cigare a non seulement une forme qui en fait un symbole approprié de son désir; elle a pu remarquer depuis longtemps que seul son père fumait des cigares, non sa mère. Sa tendance à placer lhomme et la femme sur un pied dégalité est concrètement exprimée par son attribution dun cigare à sa mère.
Nous connaissons la tentative des petites filles dadopter la position masculine dans la miction. Leur narcissisme ne peut tolérer lincapacité à faire ce quun autre fait, aussi sefforcent-elles de se donner au moins lapparence de pouvoir agir comme les garçons, sans être gênées par leur conformation physique.
Lorsquun enfant surprend chez son frère ou sa sur un aliment ou un jouet quil ne possède pas lui-même, il se tourne vers ceux qui peuvent donner, avant tout vers ses parents. Il naime pas être en reste par rapport à ses rivaux. La petite fille qui compare son corps à celui de son frère rêve que son père lui fasse cadeau de cet organe dont labsence la blesse si cruellement; lenfant conserve en effet la certitude narcissique quelle ne saurait être privée en permanence, et elle attribue volontiers à son père cette " toute-puissance " créatrice qui peut lui accorder tout ce quelle désire.
Mais toutes ces rêveries seffondrent après un temps. Le principe du plaisir cesse de régir sans conditions les processus psychiques. Ladaptation à la réalité sinstaure, et avec elle la critique que lenfant fait de ses propres désirs. Au cours de son développement psychosexuel, la fillette doit réussir une adaptation qui nest pas requise du garçon sous la même forme. Il lui faut prendre son parti de son " désavantage " physique, et de son rôle sexuel de femme. Les sensations génitales précoces dont elle peut jouir sans obstacle facilitent son renoncement à la virilité. Bien plus, les organes génitaux féminins reprendront ainsi une valeur narcissique.
En réalité, toutefois, ce processus est bien plus compliqué. Freud a attiré notre attention sur la connexion étroite existant entre certaines notions chez lenfant, pour qui lidée dune preuve damour est inséparable de celle dun don. La première marque damour qui exerce sur lenfant une impression durable et maintes fois répétée, cest dêtre alimenté par sa mère. Cet acte apporte simultanément la nourriture, accroissant donc sa propriété matérielle, et un stimulus agréable des zones érogènes.. il nest pas sans intérêt de noter que dans certaines régions dAllemagne (information que je dois à mon collègue M.Koerber), allaiter un enfant se dit " offrir ".
Dans une certaine mesure, lenfant rend à sa mère son " cadeaux " sous forme dun cadeau en retour: il règle ses évacuations selon les désirs maternels. A un âge précoce, les selles deviennent le don matériel de lenfant, réponse à toutes les preuves damour quil reçoit.
La psychanalyse nous a cependant montré que lenfant, en ces début de son développement psychosexuel, considère ses fèces comme une partie de son corps. Par identification une relation étroite sétablit en outre les " fèces " et le " pénis ". lanxiété du garçon de perdre son corps, tout comme ses selles. Chez les filles, par contre, la défécation favorise le fantasme dacquérir un pénis, soit de lélaborer elles-mêmes, soit de le recevoir en cadeau ; cest alors le père, beatus possidens, qui apparaît comme le dispensateur. Ainsi, le processus psychique est dominé par léquation: selles = cadeau = pénis.
La période qui suit met à rude épreuve le narcissisme de la fillette. Son espoir de voir croître un pénis chez elle reste aussi vain que ses fantasmes de lobtenir par elle-même ou de le recevoir. Victime de cette déception, lenfant risque de vouer une hostilité intense et durable à ceux dont elle a vainement attendu ce cadeau.
Normalement, les fantasmes de lenfant trouvent néanmoins une issue à cette situation. Freud a montré que la signification de cadeau concerne non seulement les selles et le pénis mais aussi un troisième terme identifié aux deux précédents, lenfant. les théories infantiles de la procréation et de la naissance nous en fournissent la démonstration.
La petite fille se berce maintenant de lespoir dobtenir de son père lenfant cadeau comme substitut de lorgane qui ne lui a pas été accordé. Son désir dun enfant est réalisable, même sil doit être différé dans lavenir, et obtenu grâce à un autre objet damour ; il y a donc là une approche de réalité. En érigeant son père en objet damour, la fillette aborde le stade de son développement libidinal marqué par la prédominance du complexe ddipe féminin. Parallèlement, ses tendances maternelles peuvent se développer par identification à sa mère. Son espoir dun enfant est donc destiné à dédommager la femme de son manque physique.
Nous considérons comme normal que, chez la femme, la libido demeure plus narcissique que chez lhomme. cela ne veut pas dire que la libido féminine ne subisse pas dimportantes modifications jusquà lâge de la maturité.
Lidentification à sa mère permet de remplacer dans un premier temps loriginelle "envie du pénis " de la fille par lenvie quelle porte à sa mère davoir des enfants. Ces impulsions hostiles requièrent une sublimation, tout comme les aspirations libidinales orientées vers le père. Une période de latence va sinstaurer comme chez le garçon ; et de même, la puberté ranimera les désirs pour le détacher de la personne du père, et la libido ainsi libérer se porter sur un nouvel objet. Si le développement suit un cours favorable, la libido féminine adoptera une attitude dattente à légard de lhomme ; ses expressions seront réglées par certaines inhibitions (sentiments de pudeur). La femme adulte normale se réconcilie avec son rôle sexuel, avec celui de lhomme, et surtout avec les données de la génitalité dans les deux sexes; elle souhaite la satisfaction dans une situation passive, et réclame un enfant. Son complexe de castration nengendre donc aucune perturbation.
Cependant, lobservation quotidienne nous montre que bien souvent cet aboutissement normal du développement nest pas atteint. Ce fait ne nous étonne guère, car la vie de la femme comporte bien des occasions compliquant le dépassement du complexe de castration. Nous songeons aux aspects qui lui rappellent constamment sa " castration ". lidée primitive de " blessure " est ravivée par limpression due à la première menstruation et à sa répétition, puis une nouvelle fois par la défloration ; ces deux processus liés à une perte de sang sont aussi ressentis comme une blessure. Il nest même pas nécessaire quils aient été vécus; la seule perspective dun tel avenir suffit. Les théories sexuelles infantiles typiques nous permettent de comprendre que laccouchement soit conçu sur le même modèle par limagination dune enfant ; il suffit de rappeler par exemple la " théorie de la césarienne ", représentant laccouchement comme une opération sanglante.
Dans ces conditions, nous devons nous attendre à trouver chez toute femme quelque trace au moins du complexe de castration. Les différences individuelles ne sont quune question de degré. Chez les femmes normales, on trouve occasionnellement des rêves à tendances masculines. Depuis ces très discrètes expressions du complexe de castration, des formes de passage conduisent progressivement aux manifestations sévères et complexes, de nature franchement pathologique, qui nous intéressent plus particulièrement. La situation est alors comparable à celle quon observe chez lhomme.
III
Freud, dans " Le tabou de la virginité ", oppose lissue normale du complexe de castration, conforme à limpératif de la civilisation, à son mode de résolution " archaïque ". Chez de nombreux peuples primitifs, lusage interdit à lhomme la défloration de sa femme. Elle doit être pratiquée par un prêtre, comme un acte sacré, ou seffectuer en dehors du mariage. Selon la remarquable analyse de Freud, cette curieuse prescription sexplique par les risques psychologiques dune réaction ambivalente de la femme à l égard de lhomme qui la déflorée. La vie commune avec la femme quil a déflorée lui-même pourrait comporter une menace pour lhomme.
Lexpérience analytique nous montre que les manifestations dune inhibition du développement psychosexuel sont proches du comportement des peuples primitifs. Dans notre civilisation actuelle nous rencontrons des femmes qui réagissent à la défloration dune manière qui est pour le moins proche de cette forme " archaïque ". je connais quelques cas ou des femmes, après la défloration, eurent une explosion affective et frappèrent ou cherchèrent à étrangler leur mari. Lune de mes patientes sendormit aux côtés de son mari après leur premier rapport sexuel. Au sortir du sommeil, elle se livra sur lui à des voies de fait, et ne retrouva que graduellement ses esprits.
On ne peut se méprendre sur la signification dun tel comportement : la femme se venge de latteinte portée à son intégrité corporelle. La psychanalyse nous permet de distinguer un élément historique dans la motivation de ces pulsions vengeresses. Les représailles se rapportent, pour leur cause récente, à la défloration ; car cette expérience apporte à la femme une image incontestable de lactivité de lhomme, et met fin à toutes ses tentatives dannuler les différences fonctionnelles entre la sexualité masculine et féminine. Cependant, lanalyse profonde révèle lintrication étroite des fantasmes de revanche avec tous les événements antérieurs- quils soient imaginaires ou réels- qui ont pu agir comme une castration. La vengeance renvoie en dernier ressort à linjustice subie de la part du père. Linconscient de la fille devenue adulte prend tardivement sa revanche du père qui a omis de lui accorder un pénis ; pourtant ces représailles ne sappliquent pas à la personne du père, mais à lhomme qui, en raison dun transfert de la libido, tient le rôle de celui-ci. La revanche adéquate au tort subi la castration ne peut être que la castration. Il est vrai quelle peut être symboliquement remplacée par dautres manifestations agressives ; parmi elles, la strangulation est une action substitutive typique. Le contraste entre ces cas et lissue " normale " frappe immédiatement. Lattitude normale damour à légard de lautre sexe est indissolublement liée, tant chez la femme que chez lhomme, à laspiration consciente à la satisfaction génitale partagée avec lobjet damour; dans les cas précédents, au lieu dune attitude damour à but génital, nous trouvons une attitude sadique hostile possessive, émanant de motivations anales. La tendance du sujet à lappropriation par la violence se dévoile par toutes sortes dautres manifestations psychiques associées. Les fantasmes de vol saccompagnent de la représentation de prendre à son compte le pénis volé et den faire son membre. Nous y reviendrons.
Des désirs de virilité aussi archaïques ne se font jour quoccasionnellement. Par contre, un très grand nombre de femmes semblent incapables de parvenir à une pleine adaptation psychique au rôle sexuel qui leur échoit. Une troisième possibilité soffre : lhomosexualité, du fait des dispositions bisexuelles qui sont communes à tous. Les femmes de ce type adopteront le rôle masculin dans les relations érotiques avec dautres femmes. Elles aiment à faire état de leur virilité dans leur tenue vestimentaire, leur coiffure, leur façon de se présenter, etc.
Ces cas sapparentent à ceux chez qui lhomosexualité ne parvient pas jusquà la conscience; le désir refoulé dêtre un homme se rencontre ici sous une forme sublimée. Les intérêts masculin sont préférés et soulignés sur le plan intellectuel, professionnel ou autre. cependant, ces femmes ne renient pas consciemment leur féminité, elles ont au contraire lhabitude de proclamer que leurs intérêt ainsi cultivés nont rien de typiquement masculin, mais sont tout aussi bien féminins. Selon elles, lappartenance dun individu à lun ou lautre sexe na rien à faire avec ses capacités, dans le domaine de lactivité mentale. Ce type de femme est bien représenté dans le mouvement féministe actuel.
Si je nai fait que mentionner ces groupes, ce nest pas que je fasse peu de cas de leur importance pratique. Mais ces deux types de femmes sont bien connus, ils ont fait lobjet détudes psychanalytiques assez nombreuses pour que je puisse me dispenser de métendre sur ce sujet, mintéresser aux transformations névrotiques du complexe de castration, et en donner une description exacte, pour certains une description princeps, afin de les comprendre dans une optique psychanalytique.
IV
Les transformations névrotiques dues au complexe de castration chez la femme peuvent se diviser en deux groupes. Pour lun, les phénomènes reposent sur laspiration intense, émotionnellement chargée mais inconsciente, à sarroger le rôle masculin, soit sur le fantasme de possession dun organe viril; pour lautre, les manifestations expriment un refus inconscient du rôle féminin, et des souhaits refoulés de tirer vengeance de lhomme, plus favorisé. Il nexiste pas de délimitation nette entre ces deux groupes. Leurs expressions ne s excluent pas chez un même individu ; elles sont complémentaires. Cependant, la prédominance de telle ou telle attitude se traduit souvent clairement, ce qui nous permet de distinguer, selon que lune prime sur lautre, le type de laccomplissement du désir, et le type de la vengeance.
Nous savons quen dehors de lissue normale du complexe de castration chez la femme, il existe deux formes anormales de réaction consciente : le type homosexuel et la type archaïque (de vengeance). Quil nous suffise de rappeler les liens entre perversion et névrose que Freud a rendus clairs et familiers, et nous pourrons envisager nos deux types névrotiques sous langle de leur psychogenèse. Ils représentent le " négatif " des types homosexuel et sadique, établis plus haut ; car ils recèlent les mêmes tendances et les mêmes motifs, mais sous une forme refoulée.
En raison de leur multiplicité. Les phénomènes psychiques qui découlent des désirs inconscients de virilité somatique ou de vengeance prêtent peu à une vue densemble. de plus, les symptômes névrotiques ne sont pas les seules expressions dorigine inconsciente qui nous occupent ici ; la diversité des formes dapparition des mêmes tendances refoulées dans les rêves nous le montre. Ainsi que je lai dit précédemment, cette étude ne prétend pas rendre un compte exhaustif des manifestations du complexe de castration refoulé. Son but est de discerner dans cette variété certaines formes fréquentes ou instructives, et plus particulièrement celles qui nont été jusquici lobjet de recherches.
Le renversement des données de la féminité en leur contraire se réalise dans les symptômes ou les rêves des névrosées ; cest laccomplissement de désir le plus parachevé au sens du complexe féminin de castration. Dans ce cas les fantasmes inconscients de la femme affirment : " je suis lheureux possesseur dun organe viril et jexerce la fonction masculine. " Van Ophuijsen en donne un excellent exemple dans son article sur le " complexe de virilité " chez la femme. Il sagit dun fantasme conscient remontant à la jeunesse dune de ses patientes, qui à première vue ne nous donne quun aperçu de ses désirs homosexuels masculins actifs encore non refoulés; mais en même temps ce fantasme montre clairement ce qui fonde les symptômes névrotiques par quoi ces tendances sexpriment après avoir succombé au refoulement. A cette époque, la patiente avait lhabitude de se placer le soir entre la lampe et la paroi, et de tenir ses doigts devant la partie inférieure de son corps, de façon telle que lombre portée évoquait la forme dun pénis. Ce quelle faisait ainsi ressemble beaucoup au jeu de la fillette de deux ans avec le cigare.
Jajouterai à cet exemple instructif le rêve dune jeune mariée névrosée; disons demblée pour bien comprendre le cas quelle était fille unique. Ses parents avaient ardemment désiré un fils, et par conséquent cultivèrent le narcissisme et encore bien plus les désirs de virilité de leur fille. Selon de leurs expressions, il fallait absolument quelle devienne un " homme célèbre ". dans ses rêveries juvéniles, elle se voyait en " Napoléon féminin ". Elle sengageait dans une glorieuse carrière dofficier femme, sélevant aux plus hautes positions et ayant à ses pieds tous les pays dEurope. après quelle se fut ainsi montrée supérieure à tous les hommes de la création, un seul dentre eux surgissait enfin, capable de surpasser non seulement tous les hommes, mais encore elle-même ; elle se soumettait à lui. Lentrée dans la vie conjugale sur un plan de réalité se heurta à une extrême résistance de la patiente à assumer le rôle féminin. Je citerai plus loin les symptômes en question, me contentant de présenter ici lun des rêves de la malade.
" mon mari saisit une femme, soulève ses vêtements, découvre une sorte de poche et en retire une seringue à morphine. Elle lui fait une injection à laide de cette seringue, et on lemporte dans un état de faiblesse pitoyable. "
la femme du rêve, qui correspond à la patiente elle-même, enlève à lhomme le rôle actif. Elle y parvient grâce à un pénis caché (la seringue), qui lui permet de pratiquer sur lui un coït. Létat de faiblesse de lhomme indique quil a été victime de sa violence.
Tirer la seringue dune poche rappelle à la malade la miction masculine, qui lui semblait enviable dans son enfance. Mais on peut y voir une signification de plus. Lors dune séance de lAssociation psychanalytique de Berlin, Boehm à attiré lattention sur une théorie sexuelle infantile courante: le pénis primitivement attribué aux deux sexes est supposé caché dans une fente, de laquelle il pourrait surgir temporairement.
Une autre patiente, dont la névrose exprimait le désaccord permanent entre masculinité et féminité sous les formes les plus diverses, me décrivit une sensation, qui ne tendait à rien moins quà créer lillusion dun organe viril. Au cours de lexcitation sexuelle, elle avait souvent limpression que quelque chose sur son corps senflait jusquà des proportions énormes.
Chez dautres patientes, les symptômes ne représentent pas leurs désirs de virilité comme comblés, mais révèlent cette attente dans un avenir proche ou lointain. Alors que dans les cas que nous venons de décrire, linconscient exprime lidée: " je suis un homme ", il conçoit ici le désir selon la formule : " je recevrai un jour le cadeau ; jy tiens absolument. "
Abordons maintenant un fantasme conscient, datant de ladolescence dune névrosée, et tout à fait typique du contenu inconscient de bien des symptômes névrotiques. Lorsque la sur aînée de la patiente eut ses premières règles, la cadette remarqua que sa mère et sa sur sentretenaient en secret. Une pensée la traversa comme un éclair : " je suis sûre que cette fois ma sur reçoit un pénis ", ce qui signifiait quelle-même en recevrait aussi un en temps voulu. Ce renversement de la situation réelle est hautement caractéristique : en lieu et place de la " castration " renouvelée, signification que prennent les premières règles, on trouve lobtention de cette partie du corps si désirée.
Une névrosée, chez qui la psychanalyse mit en lumière un degré exceptionnellement prononcé de narcissisme, opposa un jour la plus vive résistance au traitement, et me manifesta de nombreux signes dhumeur, qui se rapportaient en fait à son père décédé. Elle quitta mon cabinet en proie à un transfert violemment négatif. Quand elle arriva dans la rue, elle se surprit à se dire impulsivement : " je refuse catégoriquement de guérir tant que je naurai pas reçu un pénis. " cest donc de moi, dont elle faisait un substitut paternel, quelle attendait ce cadeau. Elle y subordonnait leffet du traitement.
Certains de ses rêves avaient un contenu semblable à cette idée brusquement surgie de son inconscient. On y voyait lattribution dun cadeau au double sens de recevoir un enfant ou un organe viril.
Comme partout dans le domaine de la psychologie des névroses, la sphère du complexe de castration comporte des compromis se tissant entre pulsion et refoulement. La règle nest pas une revendication du plein accomplissement du désir au sens de la possession actuelle ou future dun organe masculin: dans bien des cas, linconscient se contente dune satisfaction substitutive de cette aspiration.
Lénurésie nocturne chez les femmes névrosées est un symptôme névrotique qui doit lune de ses motivations capitales au complexe de castration. Lanalogie avec la détermination de ce symptôme chez les névrosés masculins est frappante. Je donnerai lexemple du rêve dun patient de quatorze ans qui souffrait de ce trouble. Il rêvait quil se trouvait aux toilettes, urinant avec une incontestable sensation de plaisir, lorsquil remarqua brusquement que sa sur le regardait par la fenêtre. Petit garçon, il avait en fait exhibé orgueilleusement aux yeux de sa sur sa façon virile duriner. tandis que ce rêve, qui se termina par une émission durine, représente sous une forme voilée lorgueil que le garçon tire de son pénis, lénurésie chez la femme tient fréquemment au fantasme duriner à la manière masculine. Le rêve le traduit sous une forme déguisée et se termine par une évacuation agréable de la vessie.
Les femmes portées à lénurésie nocturne éprouvent régulièrement de vies résistances contre les fonctions sexuelles féminines. Laspiration infantile à pouvoir uriner en position masculine sassocie à la confusion bien connue entre uriner en position masculine sassocie à la confusion bien connue entre urine et sperme, entre miction et éjaculation. Cest de là que naît la tendance inconsciente à mouiller lhomme durine au cours du rapport sexuel.
Dautres manifestations substitutives séloignent de la région génitale ; elles montrent ainsi les possibilités de déplacement de la libido. Certaines partie du corps, pouvant convenir au rôle de zones érogènes, attirent sur elles, en raison de déterminations individuelles, la libido des que celle-ci est contrainte de renoncer à la zone génitale. Chez bien des névrosées, le nez acquiert la signification de substitut de lorgane masculin. Lafflux du sang vers le nez, qui nest pas exceptionnel et saccompagne de rougeur et de tuméfaction, prend dans leurs fantasmes inconscients la valeur dune érection allant dans le sens de leur désir dêtre homme.
Dans dautres cas, lil a un rôle semblable. Chez certaines névrosées, une congestion oculaire anormalement forte se remarque lors de toute excitation sexuelle. Dans une certaine mesure, cette poussée en est un concomitant normal et courant. Cependant, chez ces femmes, il ne sagit pas simplement dune majoration, limitée dans le temps, de ces phénomènes ; car la rougeur de leurs conjonctives peut persister plusieurs jours. La sensation de brûlure qui provient de la conjonctive tuméfiée, et qui se prolonge plusieurs jours après toute excitation sexuelle assez importante, nous autorise à parler dans certains cas de conjonctivite névrotique.
Jai pu observer plusieurs patientes, atteintes des conséquences névrotiques du complexe de castration, qui ressentaient leur état oculaire comme lexpression de leur virilité. Cet état sassociait souvent au sentiment de la fixité de leur regard. Pour linconscient, le " regard fixe " est fréquemment léquivalent dune érection. Jai déjà signalé ce symptôme dans un article, ayant pour thème les troubles névrotiques au niveau de lil. dans quelques cas, la patiente pense que le regard fixe peut inspirer de la crainte à lentourage. si nous poursuivons la séquence de ses associations inconscientes identifiant le regard fixe à lérection, nous comprendrons la signification de son anxiété. Le but de la perversion des exhibitionnistes masculins est, entre autres, de terrifier les femmes par la vue du phallus; à leur tour ces patientes sefforcent inconsciemment dobtenir les mêmes effets grâce à la fixité de leur regard.
Il y a quelques années, une jeune fille gravement névrosée vint me consulter. Elle navait pas plutôt franchi le seuil de mon cabinet quelle me demanda à brûle-pourpoint si elle avait de beaux yeux. Je restai un instant surpris de cette manière singulière de sintroduire auprès dun médecin. Elle remarqua mon hésitation et y réagit, comme à ma suggestion de répondre dabord elle-même à mes questions, par une explosion affective. Le comportement global de cette patiente, que je ne vis quà quelques reprises, empêcha une analyse systématique. Je ne parvins même pas à élucider le cas sur le plan diagnostique, car certains traits du tableau clinique évoquaient un état paranoïde. Car certains traits du tableau clinique évoquaient un état paranoïde. Néanmoins, je pus obtenir quelques rares indications sur lorigine de son symptôme le plus frappant, et si incomplètes quelles fussent, elles me permirent une certaine compréhension de la structure du cas.
La patiente me raconta quenfant elle avait subi une grande frayeur. Dans la petite ville ou elle vivait, passa une ménagerie ambulante. Un boa constrictor sen échappa, et ne put être retrouvé immédiatement. Alors quelle traversait le parc avec sa gouvernante, elle crut voir brusquement le serpent devant elle. Elle en devint raide de terreur, et depuis lors sinquiétait à lidée quelle pouvait avoir un regard fixe.
On peut laisser le problème en suspens: lincident du serpent peut appartenir à la réalité, ou nêtre quun fantasme. Lassociation serpent = rigidité nous est familière et compréhensible. Nous reconnaissons également dans le serpent un symbole génitale masculin. La fixité du regard sexplique alors par lidentification: regard fixe = serpent = phallus. Cependant, la patiente se défendait de ce désir de virilité. En lieu et place surgit la compulsion à réclamer tout homme lassurance que ses yeux étaient " beaux ", cest-à-dire quils possédaient des charmes féminins. Quelquun hésitait-il à répondre immédiatement à sa question par laffirmative, patiente devait se trouver en danger dêtre submergée par ses impulsions viriles sadiques, quelle refoulait avec peine, et succombait alors à langoisse devant ses aspirations viriles.
Je tiens à souligner ici même que les observations précédentes sont loin de rendre compte de la grande diversité des formations symptomatiques. Ces exemples illustrent lentrée en jeu vicariante de diverses parties du corps dans le rôle génitale masculin. Il faut ajouter que certains objets non corporels peuvent être affectés au même but, pour peu que leur forme et leur destination permettent de leur attribuer une valeur génitale symbolique. Rappelons la propension des femmes névrosées à manipuler des seringues, et surtout à administrer des lavements, tant à elles-mêmes quà leurs proches.
Ces comportements ressemblent aux expressions normales du complexe de castration chez la femme, particulièrement aux actes féminins symptomatiques, par exemple celui denfoncer dans le sol la pointe dun parapluie. Le vif plaisir que bien des femmes prennent à arroser leur jardin à laide dun tuyau est également caractéristique; dans cette activité, linconscient vit laccomplissement idéal dun désir infantile.
Dautres femmes sont moins aptes ou moins portées à chercher une satisfaction de leurs désirs virils dans des substituts névrotiques.
Leurs symptômes expriment une attitude radicalement différente. Ils représentent lorgane masculin comme une chose dimportance secondaire et sans caractère de nécessité ; nous renvoyons ici à tous les symptômes et fantasmes dimmaculée conception. Cest comme si ces femmes désiraient proclamer par la voix de leur névrose : " je peux tout faire à moi seule. " Une de mes patientes eut le sentiment dune conception de ce genre un jour quelle se trouvait dans un état de confusion oniroïde. Auparavant déjà, elle avait rêvé tenir dans ses mains une boîte munie dun crucifix. Lidentification à la vierge Marie est évidente. Jai toujours constaté chez les névrosées qui présentaient de telles manifestations des traits de caractère anaux particulièrement accusés. Se représenter capable de " faire toute seule " traduit un haut degré dobstination, aspect par ailleurs très marqué chez ces malades. Par exemple, elles désirent tout découvrir par elles-mêmes dans leur analyse, sans laide du médecin. Il sagit généralement de femmes détruisant toutes leurs relations avec lentourage, et à vrai dire toute existence, par leur obstination, leur jalousie et leur surestimation delles-mêmes.
V
Les symptômes décrits jusquici se caractérisent par laccomplissement dun désir, conforme au souhait infantile dégaler physiquement lhomme. mais les derniers modes réactionnels cités se rapprochent du type de revanche. Car le refus de reconnaître limportance de lorgane masculin implique, même si ce nest que sous une forme très atténuée, une castration de lhomme. nous arrivons ainsi graduellement aux symptômes du second groupe.
Chez ces patientes, nous rencontrons régulièrement sous une forme refoulée deux tendance: un désir de venger de lhomme, et une aspiration à semparer par la force de lorgane convoité, cest-à-dire de len dépouiller.
Lune de mes patientes rêvait quavec dautres femmes elle transportait un pénis gigantesque, volé à un animal. Cela nous rappelle les impulsions névrotiques au vol. La cleptomanie provient souvent de limpression qua lenfant dêtre lésé ou privé de preuves damour (que nous pouvons assimiler à des cadeaux) ou de gratifications libidinales sous une forme quelconque. Lenfant se procure un plaisir substitutif en remplacement du plaisir perdu, et simultanément se venge de ceux qui lui ont infligé le tort quil présume. La psychanalyse démontre dans linconscient de nos patientes lexistence des mêmes impulsions à prendre par la force le " cadeau " qui na pas été reçu.
Le vaginisme est en pratique le symptôme névrotique essentiel mis au service des fantasmes refoulés de castration de l'homme. le but du vaginisme n'est pas uniquement d'empêcher l'intromission du pénis, mais encore, si elle se réalise, de ne pas le libérer mais de le retenir, et ainsi de châtrer lhomme. le fantasme consiste donc à spolier lhomme de son pénis et à se lapproprier.
La patiente qui avait fait le rêve de la seringue de morphine présentait une forme rare et complexe de refus de lhomme. au début de son mariage, elle souffrait dune contraste hystérique des cuisses en adduction, toutes les fois que son mari lapprochait. une fois cet obstacle levé, après quelques semaines, apparut un nouveau symptôme de refus, un vaginisme très marqué, qui ne céda complètement quau traitement psychanalytique.
Cette patiente, extrêmement fixée à son père, avait eu avant son mariage un rêve très bref dont le récit contenait une méprise verbale frappante: dans ce rêve, me disait- elle, son père avait été renversé par un véhicule, et avait " perdu une jambe ou quelque chose dapprochement, ainsi que sa fortune ". lidée de castration nest pas seulement exprimée par la " jambe ", mais aussi par la fortune.
Etre accidenté symbolise très fréquemment la castration. Lun de mes patients qui avait pour " totem " le chien rêva quun chien se faisait écraser et perdait une patte.
On retrouve le même symbole dans une phobie dont lidée est quun certain personnage masculin pourrait se faire écraser, et perdre un bras ou une jambe. Une de mes patientes souffrait de cette crainte à propos de certains hommes de sa famille
Depuis longtemps déjà, mais surtout durant la première guerre mondiale, jai été frappé de lintérêt érotique que certaines femmes vouent aux hommes qui ont perdu un bras ou une jambe par amputation ou accident. Ces femmes ont le sentiment très vif dêtre rejetées, et acceptent plus volontiers un homme mutilé quun sujet en pleine possession de son intégrité corporelle. Car le mutilé a lui aussi perdu un membre. Il est clair que ces femmes éprouvent une affinité pour lui, quelles voient en lui un compagnon dinfortune, et nont pas besoin de le rejeter haineusement comme lhomme sain.
Lintérêt que certaines femmes portent aux hommes israélites sexplique de même ; elles considèrent la circoncision comme une castration au moins partielle, qui leur permet le transfert de leur libido sur lhomme. je connais des cas ou un mariage mixte de ce type fut contracté pour cette raison, bien, entendu inconsciente à la patiente. Les hommes atteints dautres infirmités, cest-à-dire privés de leur " supériorité " masculine, suscitent un intérêt comparable.
Cest la psychanalyse dune jeune fille de dix-sept ans qui ma donné limpression la plus forte de la puissance du complexe de castration. Elle accumulait les conversions, les phobies et les impulsions obsédantes, qui se rattachaient toutes à sa déception dêtre une femme, et à ses fantasmes de revanche à légard de lautre sexe. La patiente avait été opérée dune appendicite quelques années auparavant. Le chirurgien lui avait donné lorgane enlevé, dans un flacon dalcool, et elle le conservait comme une relique. La castration subie était matérialisée par cet objet, qui apparut même dans ses rêves avec le sens du membre naguère possédé, mais ensuite perdu. Comme le chirurgien se trouvait en outre appartenir à sa parenté, il lui était dautant plus facile détablir une association entre son père et la " castration " ainsi accomplie.
Parmi les symptômes issus du refoulement de désirs actifs de castration, figurait une phobie qui mérite le nom de phobie du mariage. Cette peur sexprimait par la plus vie opposition à lidée dun mariage à venir, car la patiente redoutait d "être obligée dinfliger quelque chose de terrible à son mari ". la phase la plus difficile de son analyse fut celle de la mise au jour dun rejet extrêmement marqué de lérotisme génital, et dune accentuation exceptionnel de lérotisme buccal sous de fantasmes à caractère compulsionnel.
La représentation du rapport oral était reliée à celle de la section du pénis par morsure. Ce fantasme, qui sexprime souvent dans les manifestations les plus diverses dangoisse et de conversion, saccompagnait dune foule dautres représentations terrifiantes. La psychanalyse réussit à mettre un terme à cette abondante production dune imagination morbide.
De telle formes danxiété écartent les malades de toute union intime avec lautre sexe, soit de la mise à exécution du " crime " inconsciemment projeté. Cest dès lors la patiente seule qui supporte les conséquences de ces impulsions, sous forme dabstinence sexuelle permanente et danxiété névrotique. La situation se modifie dès que le fantasme actif de castration sest quelque peu gauchi, se rendant par là méconnaissable à la conscience. Latténuation formelle des fantasmes donne lieu à des extériorisations plus marquées des tendances en cause.
Cette atténuation de la tendance castratrice active peut par exemple prendre une forme ou il nest plus question de dérober son sexe à lhomme. les desseins hostiles se déplacent de lorgane à sa fonction: il sagit cette fois de déduire la puissance de lhomme. il est fréquent que laversion sexuelle névrotique de la femme suscite une répulsion libidinale chez lhomme, telle que sa puissance virile sen trouve perturbée.
Une atténuation de limpulsion agressive sexprime par une attitude assez fréquente à légard de lhomme, et parfois excessivement pénible pour lui; cest la tendance à le décevoir. Décevoir quelquun consiste à éveiller en lui une attente, pour ne pas la combler. Dans ses relations avec lhomme, la femme peut y parvenir, par exemple en relation avec lhomme, la femme peut y parvenir, par exemple en répondant à ses avances, mais seulement jusquà un certain point, en se refusant ensuite à lui. Ce comportement sexprime le plus fréquemment et le plus clairement par la frigidité de la femme.
Désappointer autrui est une tactique inconsciente fréquente dans la psychologie des névroses, essentiellement chez les obsessionnels. Ces patients sont inconsciemment chargés dimpulsions à la violence et à la vengeance, qui en raison du jeu antinomique de forces ambivalentes sont incapables démerger. Comme leur hostilité ne peut se manifester en acte, ces patients suscitent dans leur entourage des attentes agréables, mais quils ne combleront pas. Dans le complexe féminin de castration, nous pouvons fort bien représenter la tendance à décevoir dans son développement :
Premier stade: je te vole ce que tu as parce que je ne lai pas.
Deuxième stade: je ne te vole rien; je te promets même ce que jai à donner.
Troisième stade: je ne te donnerai pas ce que jai promis.
Chez de très nombreuses patientes, la frigidité sassocie à une disposition consciente à assumer le rôle de la femme, et à reconnaître celui de lhomme. la tendance inconsciente a dans une certaine mesure pour objet la déception de lhomme; celui-ci, rencontrant un consentement conscient, présume un plaisir mutuel. Mais, en même temps, la femme aspire à prouver, à elle comme à son partenaire, la non-valeur des aptitudes sexuelles de ce dernier.
En pénétrant jusquaux couches psychiques plus profondes, nous reconnaissons toute lemprise inconsciente de laspiration de la femme frigide à être un homme. Dans un article antérieur, jai cherché à montrer, en accord avec les études bien connues de Freud sur la frigidité, que cette situation est pour la femme lhomologue dun trouble de la puissance chez lhomme: léjaculation précoce. Dans ces deux états, la libido sattache à celle des zones érogènes qui a normalement cette signification chez lautre sexe. Dans la frigidité, cest en règle générale au clitoris que la sensation agréable est localisée, tandis que la zone vaginale en est dépourvue. Or, dans lhistoire du développement, le clitoris correspond à lorgane masculin.
La frigidité est un trouble si largement répandu quil est à peine nécessaire de la décrire. On sait par contre moins bien que cette affection se manifeste à divers degrés. Le plus élevé, celui de lanesthésie proprement dite, est rare. Dans ces cas, la muqueuse vaginale a perdu toute sensibilité au contact, de sorte que lorgane viril nest pas perçu lors du rapport sexuel. Ainsi son existence est niée. La forme courante est faite dun trouble relatif de la sensibilité, le contact est perçu mais sans apporter de plaisir. Ailleurs encore, une sensation de plaisir est éprouvée, mais sans orgasme, ou, ce qui revient au même, sans les contractions de lorgane féminin correspondant à lacmé du plaisir. Ce sont elles qui témoignent dune réaction complète, positive, de la femme à lactivité masculine, de lacceptation intégrale de la relation normale entre les sexes.
Notons encore le comportement de certaines femmes qui parviennent au plaisir par les voies normales, mais tentent de rendre lacte aussi bref et prosaïque que possible. Elles refusent tout plaisir préliminaire; mais surtout elles se comportent, une fois la satisfaction obtenue, comme si rien ne sétait passé qui aurait pu leur faire quelque impression. Elles se tournent rapidement vers quelque autre sujet de conversation, lecture ou occupation. Ces patientes sautorisent fugacement la pleine satisfaction physique de la femme, pour la désavouer immédiatement après.
Une notion médicale ancienne et bien connue veut que bien des femmes narrivent à la sensation sexuelle normale quaprès avoir accouché. On peut dire quelles ne deviennent féminines au plein sens du terme que par le détour du sentiment maternel. Ces faits ne peuvent être jugés en profondeur quau travers du complexe de castration. A une phase précoce déjà, lenfant a représenté pour la petite fille le " cadeau " qui devait remplacer lorgane viril regretté. Ce cadeau est reçu cette fois en réalité, consolant enfin de la " blessure ". il faut noter que certaines femmes désirent avoir un enfant contre la volonté de lhomme; nous ne manquerons pas dy voir la tendance inconsciente à prendre le pénis de lhomme et se lapproprier sous la forme de lenfant. lautre extrême est représenté par les femmes qui désirent à tout prix rester sans enfant. Elles dédaignent toute forme de " substitut ", y compris la maternité qui leur rappellerait constamment leur condition féminine, de la manière la plus désagréable pour elles.
La frigidité peut être relative : non seulement quant au degré daptitude à jouir, mais par le fait que bien des femmes sont frigides avec certains hommes et nom avec dautres.
On pourrait concevoir une activité intense de lhomme comme favorable à la naissance de sensations sexuelles chez ces femmes à frigidité relative. Il nen est pourtant pas toujours ainsi; au contraire, pour de nombreuses femmes lhumiliation de lhomme est une condition tout aussi nécessaire à lamour que pour bien des hommes névrosés le ravalement de la femme. Il suffira dun seul exemple pour illustrer cette attitude, qui nest nullement exceptionnelle.
Une femme que jai analysée, à vie amoureuse remarquablement polygame, était régulièrement affectée dune anesthésie sil lui fallait avouer une supériorité quelconque de lhomme sur elle. Toutefois, sil sélevait une dispute avec lhomme et quelle parvenait à le contraindre à céder, sa frigidité disparaissait complètement.
Des cas de ce genre montrent clairement à quel point la reconnaissance de la fonction génitale de lhomme est une condition nécessaire à la vie amoureuse normale de la femme. Mais nous trouvons en même temps ici lune des sources des mobiles conscients ou inconscients de la prostitution féminine.
La frigidité est précisément une condition nécessaire au comportement de la prostituée. La sensation sexuelle dans sa plénitude lie la femme à lhomme ; et ce nest que lorsquelle fait défaut que la femme passe dun homme à lautre, tout comme le type du Don Juan, masculin, toujours insatisfait, continuellement contraint de changer dobjet damour. mais, de même que Don Juan se venge de la déception que lui a apportée une femme, la première de sa vie sur toutes les autres, de même la prostituée se venge sur tout homme du cadeau refusé, quelle avait attendu de son père. Sa frigidité a le sens dune humiliation imposée à tous les hommes, donc pour son inconscient, dune castration collective; elle met toute sa vie au service de ce but.
Alors que la femme frigide sefforce inconsciemment de diminuer limportance du sexe qui ne lui est pas accordé, il existe une autre forme de refus de lhomme qui tend au même but par des moyens contraires. Dans cette forme de rejet, lhomme nest rien dautre quun organe sexuel, donc nest fait que de grossière sensualité. Toute autre qualité intellectuelle ou physique lui est contestée. Ainsi, la femme névrosée imagine que lhomme est un être de moindre valeur en raison de la possession dun pénis. Son estime delle-même en est rehaussée; elle ne peut que se féliciter dêtre exemple dune telle marque dinfériorité. lune de mes patientes, qui témoignait à lhomme une aversion très marquée, était victime de lhallucination obsédante dun très grand pénis, à la vue de tout homme, quel quil fût, et dans toutes les situations. Cette vision confirmait continuellement la notion quun homme nest rien dautre que cet organe génital, dont elle se détournait avec répulsion. Mais elle témoignait en même temps du vif intérêt pris à ce pénis par son inconscient. En fantasme, elle se voyait elle-même comme si chacun des orifices de son corps, et même son corps en totalité, nétait rien dautre quun organe féminin récepteur. Nous voyons à quel point le symptôme comporte donc un mélange de surestimation et de dépréciation de lorgane masculin.
VI
Nous avons pu constater que la dépréciation de lorgane masculin dans sa signification succombe au refoulement sexuel progressif, et ne se manifeste souvent que sous forme dun ravalement de lhomme en général. Ce processus conduit les femmes névrosées à éviter instinctivement les hommes dotés de qualités masculines et actives éminentes. Elle portent leur choix amoureux sur des hommes passifs et efféminés, occasion dans la vie commune de renouveler quotidiennement la preuve que leur propre activité est supérieure à celle de lhomme. A linstar des homosexuelles manifestes, elles aiment à réduire à linsignifiance les différences intellectuelles et corporelles entre homme et femme. Une de mes patientes avait demandé à sa mère, alors quelle avait six ans, de lenvoyer à lécole des garçons, et en vêtements masculins, car ainsi personne ne saurait quelle était une fille.
La tendance à humilier lhomme va généralement de pair avec une sensibilité marquée du complexe de castration dans toute situation propre à éveiller, même de loin, un sentiment dinfériorité. ces femmes évitent daccepter laide de lhomme, et montrent le plus grand déplaisir à suivre ne serait-ce que lexemple dun homme. Une jeune femme trahit ses revendications viriles, malaisément refoulées, en dédaignant de mettre ses pas dans ceux de son mari, sur une route recouverte dune épaisse couche de neige. Encore une caractéristique de cette patiente: dès lenfance, elle avait témoigné de vifs désirs dindépendance, et en grandissant elle envia lactivité professionnelle de deux femmes surtout: la caissière du bureau de son père et la femme qui balayait les rues de sa ville natale. Les raisons de ces choix sont clairs pour le psychanalyste. La caissière rassemble de largent et la balayeuse ramasse de la saleté, deux activités revêtant la même signification pour linconscient. labandon de la sexualité génitale en faveur de traits de caractère anaux est évident; mais nous reviendrons sur ce processus.
Le comportement typique de bien des enfants déjà de saisir lampleur du refus de sentendre rappeler leur féminité. Il nest pas exceptionnel que de petites filles renoncent aux connaissances déjà acquises sur la procréation et la naissance, en faveur de la fable de la cigogne. Le rôle que la nature leur a attribué est par trop contraire à leurs vux, et la fable de la cigogne a lavantage de faire naître les enfants sans accorder à lhomme un rôle actif privilégié.
Le degré extrême de sensibilité au complexe de castration est atteint dans les cas, plus rares, de dépression psychique chez la femme. Ici le sentiment dinfortune lié à lappartenance sexuelle reste totalement exemple de refoulement; ces sujets narrivent même pas à lélaborer sous une forme atténuée ; une patiente que jeus loccasion dobserver se plaignait de linutilité radicale de son existence, du fait dêtre née fille. Pour elle, la supériorité masculine en tous points allait de soi, ce qui la rendait dautant plus pénible. La patiente excluait toute compétition avec lhomme, mais rejetait également toute réalisation féminine. En particulier, elle refusait le rôle féminin dans la vie érotique, tout autant que celui de lhomme. ainsi, consciemment, tout élément érotique lui était totalement étranger, et elle disait même ne pouvoir imaginer le plaisir érotique.
La résistance contre la fonction sexuelle féminine revêtait chez cette malade des formes caricaturales. Elles reportait son aversion sur tout ce qui, en ce monde, rappelle ne fût-ce que de loin la reproduction, la naissance, etc. Elle haïssait les fleurs, les arbres verts ; les fruits ne lui inspiraient que dégoût. Elle commit à plusieurs reprises un lapsus à la lecture : pour le mot " fécond ", elle lut " affreux ". de la nature, elle nadmettait que lhiver en haute montagne ; là il ny avait rien qui vînt lui rappeler les êtres vivants et leur reproduction, rien que rocs, neige et glace. Il est encore typique de cette patiente quelle estimait la femme comme parfaitement accessoire dans le mariage. Un mot de cette malade montre à quel point cette opinion dérive du complexe de castration. Elle jugeait que lanneau, qui à ses yeux était un symbole génital féminin haïssable, ne convenait pas comme symbole du mariage ; en lieu et place elle proposait un clou. Cette surestimation de la virilité se déduit aisément de lenvie du pénis de la fillette, qui à lâge adulte se manifestait étonnamment à découvert.
Limpossibilité dadmettre le manque de lorgane viril sexprime chez dassez nombreuses femmes par une crainte névrotique de voir des blessures. Celles-ci éveillent une fois de plus dans leur inconscient lidée de la " blessure " subie dans lenfance. Tantôt cest un sentiment indéniable dangoisse, tantôt ce spectacle ou sa simple évocation suscite une " sensation douloureuse du bas du corps ". la patiente déjà citée pour son vaginisme particulier et complexe fut amenée par ses associations, au début de sa psychanalyse, et avant quil ait été question le moins du monde de complexe de castration, à sa crainte des blessures. Elle dit pouvoir regarder sans effort celles qui sont étendues et irrégulières. Par contre ce qui lui était absolument intolérable chez elle ou chez autrui, cétait une coupure, même petite mais quelque peu béantes, lorsque au fond de lincision apparaissait la couleur rosée de la chair. Elle éprouvait alors une violente angoisse et une douleur intense dans la région génitale, " comme si on lui coupait quelque chose ".
Les hommes atteints dune peur de castration importante ont des sensations identiques accompagnées dangoisse.
Chez bien des femmes, la vision dune blessure nest même pas nécessaire au déclenchement de telles manifestations : on constate un refus permanent, une répulsion violente à imaginer des interventions chirurgicales, ou même simplement des couteaux. Il y a quelque temps, une femme inconnue, et qui ne se nomma même pas, me demanda par téléphone sil me serait possible de lui éviter une intervention prévue pour le lendemain. A ma prière dun complément dinformation, elle mapprit quelle devait être opérée pour de graves hémorragies utérines, provenant de myomes. Elle naccorda que peu de crédit à mon objection quil ne mappartenait pas de faire obstacle à une opération nécessaire et peut-être vitale ; mais elle me rétorqua avec une volubilité passionnée quelle était depuis toujours une " ennemie de toute opération ". elle ajouta : " quiconque a passé par la table dopération reste infirme pour la fin de ses jours. " le non-sens de cette exagération se dissipa, si nous nous souvenons que lintervention que les fantasmes situent dans la petite enfance fait de la fillette une " infirme ".
VII
Une tendance connue et déjà mentionnée permet une atténuation du complexe féminin de castration, du refus, une admission conditionnelle de ce qui a été honni, et surtout la formation dun compromis entre pulsion et refoulement. Certaines patientes ont de vastes créations imaginatives, centrées sur la possibilité dune reconnaissance de lhomme, et formulant les conditions auxquelles elles seraient prêtes à se réconcilier avec leur féminité. Voici une première clause que jai rencontrée à maintes reprises, et qui sénonce : " je me trouverais bien satisfaite de ma féminité, si jétais sans contestation possible la plus belle de toutes les femmes. " la plus belle aurait tous les hommes à ses pieds, et cette puissance serait pour le narcissisme féminin un dédommagement appréciable du manque si péniblement ressenti. Et il est bien vrai quune femme belle apaise plus facilement son complexe de castration quune femme laide. Mais lidée dêtre belle de toutes les femmes nentraîne pas dans tous les cas un tel assouplissement. Jen connais une illustration: " je voudrais être la plus belle des femmes, pour que tous les hommes se pressent autour de moi, et alors je leur donnerais à tous un coup de pied. " Le besoin de vengeance est ici parfaitement clair; la phrase émane dune femme dont la nature extrêmement tyrannique senracinait dans un complexe de castration absolument non sublimé.
Cependant, la majorité des femmes sont moins abruptes, plus portées aux compromis, et se contentent dexpressions relativement inoffensives de lhostilité refoulée ; ainsi comprendrons-nous un traits caractéristique et fréquent de comportement. Considérons que lactivité à éveiller la libido de lhomme ou à y répondre, mais est contrainte par ailleurs à une attitude dattente ! chez beaucoup de femmes, les résistances à légard de leur féminité sont déplacées sur cette obligation. Dans le mariage, ces femmes exercent une vengeance logique sur lhomme, en le faisant attendre dans toutes les occasions de la vie quotidienne.
A la clause citée (" Si jétais la plus belle "), sen apparente une autre. certaines femmes sont disposées à reconnaître lactivité de lhomme et leur propre passivité, sous réserve que ce soit lhomme le plus viril (le plus grand, le plus important) qui survienne et les désire. Il nous est facile didentifier sous cet aspect laspiration infantile à sapproprier le père. Jai déjà indiqué un exemple délaboration fantasmatique de cette idée rencontrée au cours de lune de mes analyses.
Je pus suivre les divers stades de la genèse dun fantasme comparable dans lanalyse dautres patientes. Le désir premier sénonçait: " Je voudrais être un homme. " Lorsquil fut abandonné, les patientes souhaitèrent être " la seule femme " (ce qui signifiait en premier lieu être " la seule femme du père "). Lorsque ce souhait dut lui aussi céder devant la réalité, surgit lidée : " comme femme, je voudrais être exceptionnelle! "
Certaines formations de compromis sont dune importance pratique bien plus grande; familières au psychanalyste, elles nen méritent pas moins une étude spéciale sous ce rapport. Il sagit dune reconnaissance, marquée de restrictions, de lhomme et surtout de son activité génitale et de son sexe. La relation sexuelle avec lhomme est tolérée, même désirée, mais seulement pour autant que les organes génitaux de la femme ne sont pas mis en cause, quils sont pour ainsi dire considérés comme inexistants. La libido effectue un déplacement sur dautres zones érogènes (bouche, anus) ; cette dérivation de lintérêt sexuel loin de lorgane génital atténue les sentiments de déplaisir liés au complexe de castration. Les orifices naturels qui se trouvent alors à la disposition de la libido ne sont pas des organes spécifiquement féminins ! dautres déterminants encore se proposent dans lanalyse de ces cas ; bornons-nous à citer la possibilité de castration active par morsure, en utilisant la bouche. Les perversions orales et anales chez la femme sexpliquent donc en grande partie par le complexe de castration.
De toute manière, nos patientes, plus souvent que de perversions, souffrent de leur contrepartie négative, cest-à-dire de symptômes de conversion. Nous avons déjà apporté des exemples de ce type. Jai parlé, entre autres, dune jeune fille atteinte de la phobie dans léventualité dun mariage de devoir accomplir sur lhomme une action effroyable. Lacte " effroyable " se révéla être la castration par morsure. Ce cas montre avec toute la clarté désirable comment le déplacement de la libido, de la zone génitale à la zone orale, satisfait concurremment des tendances très différentes. Dans ces fantasmes, la bouche sert tout autant à lacceptation ardemment souhaitée quà la destruction de lorgane masculin. Ces expériences précisément nous préviennent contre toute surestimation hâtive dune causalité univoque. Sil faut insister sur le rôle du complexe de castration à lorigine des manifestations névrotiques, il serait injustifié de le surestimer, selon la conception unilatérale dAdler, en faisant de la " protestation virile " la cause première de la névrose. Lexpérience éprouvée et quotidienne nous enseigne que précisément linsistance tapageuse sur la tendance masculine de la part des névrosés des deux sexes cache fréquemment un désir féminin passif intense. Cest pourquoi la psychanalyse souligne la surdétermination de tout processus psychique; le a le devoir de rejeter comme unilatérale et fragmentaire toute méthode psychologique qui ne tient pas pleinement compte de linteraction des divers facteurs. Dans le présent travail, jai réuni des faits appartenant au complexe de castration empruntés à de nombreuses psychanalyses. Je le souligne expressément, cest pour garder une vue densemble que je nai cité quen passant les expressions des tendances féminines passives qui ne faisaient défaut chez aucune de mes patientes.
VIII
Les femmes dont les représentations et les sentiments sont régis par le complexe de castration (consciemment ou inconsciemment, peu importe) transmettent ce complexe à leurs enfants. Ces femmes agissent sur le développement psycho-sexuel de leur fille, soit en dénigrant dès lenfance la sexualité féminine, soit en faisant inconsciemment percevoir à leur fille leur refus de lhomme. ce mode exerce laction la plus persistante, car il mine, pourrait-on dire, lhétérosexualité de la fille qui grandit. Par ailleurs, la méthode directe de lhumiliation peut entraîner de véritables effets de choc; ainsi par exemple lorsquune mère dit à sa fille à la veille du mariage: " Ce qui va tarriver est répugnant. "
Les femmes névrosées dont la libido sest déplacée de la zone génitale à la zone anale expriment ainsi leur dégoût du corps de lhomme. sans en prévoir les conséquences, ces femmes exercent également une action considérable sur leurs fils. Une mère qui témoigne dune attitude de rejet si marqué du sexe masculin blesse le narcissisme du garçon. Car le garçon, dès son jeune âge, est fier de ses organes génitaux, cherche à les montrer à sa mère en escomptant son intérêt et son admiration. Il remarque rapidement que sa mère évite ostensiblement leur vue, si même elle ne formule pas son rejet.
Ces femmes tendent tout spécialement à motiver linterdiction de la masturbation à leur fils comme dun contact répugnant. Et tout en évitant minutieusement de toucher ou de nommer lorgane viril, elle caressent volontiers le siège de lenfant, ne perdent pas une occasion de parler du " panpan " ou de pousser lenfant à prononcer ce mot, en même temps quelles vouent un intérêt immodéré à la défécation. Ainsi le garçon est contraint de modifier lorientation de sa libido. Soit quil la transpose de la zone génitale à la zone anale, soit quil se trouve poussé vers ceux de son sexe, cest-à-dire avant tout vers son père, se sentant lié à lui par une communauté aisément compréhensible; en même temps, ce garçon deviendra misogyne, toujours prêt à critiquer outre mesure les faiblesses du sexe féminin. Cette influence chronique du complexe de castration de la mère me semble jouer dans la genèse de langoisse de castration chez le garçon un rôle bien supérieur à celui doccasionnelles menaces de castration. Daprès mes analyses de névrosés masculins, je pourrais étayer cette opinion de nombreux documents. Lérotisme anal de la mère est lennemi le plus précoce et le plus redoutable du développement psycho-sexuel de lenfant, et cela dautant que dans les premières années de la vie, lenfant est exposé à linfluence de sa mère beaucoup plus quà elle de son père.
Tout psychanalyste praticien se pose de temps en temps la question: le nombre infime dindividus auxquels un seul et même thérapeute peut apporter son aide justifie-t-il une telle dépense de temps, defforts, et dargent ? la réponse découle de notre exposé: en libérant un sujet des déviations de sa vie psycho-sexuelle, du fardeau du complexe de castration, nous évitons la névrose des enfants, nous venons en aide à la génération future. Notre activité psychanalytique est un travail silencieux, rarement reconnu, dautant plus sévèrement combattu; mais son action, au delà de lindividu, nous apparaît comme un but digne de tant defforts.