Discussion sur le tic
Des manifestations tout à fait hétérogènes furent réunies sous la dénomination de tic; ainsi le " tic douloureux "(névralgie trigéminale), la crampe faciale, certaines manifestations compulsionnelles et enfin les formes ainsi appelées aujourdhui. Du point de vue du diagnostic différentiel, cest la séparation entre les tics et les actes obsédants qui nous retient actuellement. Ni Meige et Feindel ni Ferenczi ne nous indiquent de solution. Ce que les premiers auteurs donnent pour les caractéristiques des tics sapplique aussi bien aux actes obsédants. Lincapacité à maîtriser lexcitation si bien décrite par Ferenczi est aussi vraie pour lobsédé. etc. quant aux manifestations narcissiques que Ferenczi souligne, tout obsédé, tout hystérique les présente. Mais certainement la régression narcissique ne mène pas le tiqueur aussi loin que le malade mental. Cest à bon droit que Ferenczi insiste sur les ressemblances entre les tics et la catatonie. Mais il néglige les contrastes très marqués entre ces états. Il nest pas question dune évolution du tic vers la démence. Par ailleurs, les hypothèses dune libido dorgane accrue et celles de " tics névropathiques " paraissent fécondes.
A mon avis, il est aussi impossible de séparer nettement le tic de lacte obsédant que langoisse des manifestations de conversion chez les hystériques. Un autre aspect accuse cette ressemblance. Le tiqueur apporte une étiologie, cest-à-dire une relation entre son affection et certains événements vécus, tout comme lhystérique, mais il ne leur ménage aucune signification dans sa vie mentale comme le ferait lobsédé qui craint les conséquences néfastes dune omission de sa part. la répression dun tic est pénible, sa réalisation a un effet de soulagement. Mais il ne me semble pas que la répression dun tic crée langoisse.
Il est une objection de principe. Ferenczi pense que le symptôme du tic ne recèle pas de relation objectale. Mes analyses mont découvert une double relation aux objets, à savoir sadique et anale. Cest bien là la ressemblance du tic et de la névrose obsessionnelle. Cette parenté me semble prévaloir sur celle avec la catatonie.
Le premier tic mentionné dans notre littérature est un claquement de la langue par lequel la patiente tentait inconsciemment de réveiller son père malade qui venait de sendormir. il y avait certainement là une tendance à le supprimer. Un de mes patients faisait claquer ses doigts, le bras agressivement propulsé. Le tic grimaçant a visiblement une signification hostile. De tels exemples sont faciles à multiplier.
Certains tics, la coprolalie en particulier, manifestent clairement leur origine anale (ce que Ferenczi souligne aussi). Dautres, comme celui des bruits du fumeurs de pipe, sont de toute évidence issus daspects anaux (pet). Lintention hostile dévalorisante est réalisée par des moyens anaux. Dautres encore reproduisent des contractions sphinctériennes. cErtains tics semblent miner littéralement la célèbre proposition de Götz de Berchlingen.
Sur la base de mon matériel dobservation que je ne peux citer en détail ici, le tic mapparaît comme un symptôme conversif au niveau sadique-anal. Le schéma suivant en donnera un aperçu.
Etat normal
Amour objectal
Organisation génitale
Maîtrise de linnervation corporelle
Aptitude à la domination des excitations psychiques
Amour objectal
Organisation génitale
Hystérie de conversion
Hystérie dangoisse
Amour objectal
Organisation sadique-anale
Tic
Névrose obsessionnelle
Du narcissisme à lauto-érotisme
Catatonie
Etats paranoïaques
Dans ce schéma, le tic se situe à côté de la névrose obsessionnelle, de même que lhystérie de conversion est à côté de lhystérie dangoisse. il représente un régression à une étape plus profonde que le symptôme conversif hystérique et il est plus proche de la catatonie que de lhystérie. il se place si lon peut dire dans la série conversive et nom dans celle de langoisse. si ma conception diffère de celle de Ferenczi, elle ne veut en rien diminuer son mérite, car il a osé aborder pour la première fois une étude psychanalytique globale du tic. Certaines considérations de Ferenczi, pour erronées quelles me paraissent, mont indique la voie que jai suivie.