Limitations et modifications du voyeurisme chez les névrosés Remarques concernant des manifestations similaires dans la psychologie collective
En tant que " pulsion partielle " sexuelle, le plaisir de voir de même que son homologue passif, le plaisir de montrer (exhibitionnisme) est soumis à de multiples limitations et modifications. Pendant la petite enfance ces deux pulsions ont le droit de sexprimer sans être inhibées par des interdits.
Par la suite, elles succombent en grande partie au refoulement et à la sublimation. Ces inhibitions et ces transformations dépassent la juste mesure chez les psychonévrosés, cependant que les émotions refoulées mènent une lutte constante contre le refoulement. Une petite publication de Freud sur le trouble visuel psychogène contient les points de vue nous permettant une meilleure compréhension des inhibitions et des modifications du voyeurisme. Freud sy réfère à sa théorie des zones érogènes et des pulsions partielles et sexprime comme suit sur la pulsion partielles et sexprime comme suit sur la pulsion partielle voyeuriste qui nous intéresse ici, et sur la zone érogène intéressée, lil: " Les yeux ne perçoivent pas seulement les changements importants pour la conservation de la vie, mais aussi les propriétés des objets qui font deux des objets damour, qui sont leur charme. Il se vérifie quil nest facile pour personne de servir deux maîtres. Plus les relations dun organe à fonction ambiguë sont intimes avec lune des grandes pulsions, plus il se refuse à lautre. "
Si le voyeurisme manifeste des exigences trop grandes ou sadresse à des objets interdits, il en résulte un conflit pulsionnel. Reprenons le travail cité:
" Lorsque le voyeurisme cest-à-dire la pulsion partielle qui se sert de la vue a attiré la contre offensive des pulsions du moi, du fait de ses exigences exagérées, lorsque les représentations qui lexprimaient sont ainsi vouées au refoulement et maintenues hors de la conscience, alors la relation de lil et de la vue au moi et à la conscience est troublée dune façon globale. Le moi a perdu sa domination sur lorgane qui dès lors appartient entièrement à la pulsion sexuelle refoulée. On a limpression que le refoulement du moi va trop loin, quil vide lenfant avec leau du bain. Le moi ne veut plus rien voir du tout, depuis que la curiosité sexuelle sest ainsi révélée primordiale. La description opposée qui considère que lactivité est du côté du voyeurisme refoulé est cependant plus exacte. La vengeance, le dédommagement de la pulsion refoulée consiste en ce que cette pulsion, écartée de tout épanouissement psychique, parvient à accroître sa domination sur lorgane dont elle se sert. La perte de la suprématie consciente sur cet organe est la formation substitutive pathogène du refoulement raté, qui na été possible quà ce prix. "
pour expliquer un refoulement si marqué du voyeurisme sexuel, Freud fait appel au talion, cest-à-dire à lautopunition pour la jouissance qui avait été éprouvée à voir lobjet interdit.
Ainsi nous pénétrons dans un vaste domaine encore peu inventorié par la psychanalyse: ce travail se propose de le défricher. Une foule de manifestations pousse à une investigation plus exhaustive. La cécité hystérique, choisie par Freud comme exemple des troubles névrotiques de la vue, nest quune forme, particulièrement impressionnante, il est vrai, du trouble névrotique visuel. Elle nest pas dobservation courante dans la pratique médicale. En ce qui me concerne, je nai rencontré aucun cas univoque au cours des six dernières années, alors que jai vu assez fréquemment certains autres troubles, qui, pour une part, nont même jamais été pris en considération dans la littérature.
Dun point de vue clinique, il sagit dune part des transformations du voyeurisme en une peur spécifique de la manifestation de cette pulsion, dautre part de troubles de la vue et de symptômes névrotiques qui se déroulent au niveau de lil sans porter atteinte directement au sens visuel. Je ne me propose pas seulement de faire part des données de mes investigations psychanalytiques et denrichir ainsi la symptomatologie. Dépassant cet aspect purement médical, je voudrais tenter dutiliser les données ainsi recueillies de la psychologie individuelle pour éclairer certains phénomènes de la psychologie collective.
Je me limiterai aux manifestations du voyeurisme et je renoncerai généralement à considérer simultanément le plaisir de se montrer (exhibitionnisme) pour être plus bref et dun survol plus aisé. Je sais bien quen principe, il serait plus exact de traiter côte à côte ces deux pulsions et de les montrer dans leurs effets réciproques, comme Rank, par exemple, la fait dans son excellent travail: " Le thème de la nudité dans la légende et la poésie ". mais lexamen distinct dun aspect des phénomènes me semble justifié car les symptômes névrotiques dont je moccuperai sexpliquent principalement du fait dun refoulement du voyeurisme.
La crainte névrotique de la lumière
Jappelle " crainte névrotique de la lumière " un trouble dont lanalyse nous ouvre des perspectives particulièrement instructives. Il ne sagit nullement dune affection rare, elle a déjà suscité un certain intérêt dans la littérature non analytique. Jai observé une petite série de cas univoques et pour la plupart jai pu en poursuivre lanalyse. comme ces patients présentaient dautres troubles également issus du refoulement du voyeurisme, je joindrai lexplication psychanalytique de ces derniers aux considérations suivantes sur la crainte de la lumière.
Ceux qui souffrent dune crainte de la lumière éprouvent désagréablement la lumière du soleil, cest-à-dire le jour, souvent aussi la lumière électrique. Une lumière même atténuée les éblouit; certains se plaignent de douleurs oculaires plus ou moins violentes, dès quils sont exposés à la lumière, fût-ce brièvement! Par toutes sortes de moyens, ils tentent de protéger leurs yeux. De tout rayon lumineux comme un obsédé du toucher préserverait ses mains de tout contact avec un objet. Le contenu de la peur est le danger déblouissement.
Le trouble schématisé ici na pas été lobjet dune élaboration spéciale dans la littérature psychanalytique. Et cependant, il nous indique quelques chose dimportant pour la compréhension de laffection qui nous occupe.
Dans son " Appendice à lautobiographie dun cas de paranoïa ", Freud soumet une idée délirante paranoïa à linterprétation psychanalytique. L aliéné Schreber prétendait supporter la lumière du soleil pendant plusieurs minutes sans éblouissement marque. La relation du patient au soleil consignée dans ses particularités curieuses permet de conclure que le soleil signifiait pour lui un " symbole paternel sublimé ". se référant aux épreuves de filiation en usage chez certains peuples (ordalies) Freud arriva à cette supposition: " Quand Schreber se vante de pouvoir regarder le soleil impunément et sans être ébloui, il retrouve une expression mythologique pour sa relation denfant au soleil, il la confirme si nous concevons son soleil comme père. "
Lidée délirante de Schreber constitue la contrepartie psychotique achevée de la crainte névrotique de la lumière. Tandis que lhomme sain réagit sans inconvénient particulier à léclairage de ses yeux dans certains limites, mais se protège dune lumière trop crue de façon instinctive et suffisante, laliéné prétend ne pas succomber à léblouissement de la plus vive clarté solaire, le névrosé seffraie à lexcès du danger dêtre ébloui. Cest pourquoi on peut véritablement parler dune phobie du soleil.
Je rapporterai dabord les faits et les données, tirés de lanalyse dun jeune homme, qui peuvent amorcer une explication de la crainte de la lumière et de certaines manifestations voisines.
Le patient que je nommerai " A " me consulta pour un trouble de sa puissance sexuelle et pour une dépression prononcée. Au moment du début du traitement, il était dans un état dabattement. Alors quauparavant il participait activement à tout ce qui se passait, il avait perdu tout intérêt aux êtres, à son métier, aux distractions, etc. son activité intellectuelle se limitait de plus en plus à une rumination névrotique. Un étude plus détaillée des symptômes permit de constater le rôle remarquable joué par lil, la vision et le fait de voir, la liaison de certaines représentations avec une peur précise, lexistence enfin dune perversion sexuelle concernant également lil et la véritable crainte de la lumière de ce patient.
On peut apprécier lintensité du trouble lorsquon apprend les mesures de protection que prenait le patient. Il se protégeait du plein jour en fermant convulsivement les yeux et par dautres moyens ne dépassant que quantitativement le comportement des gens normaux. Le soir, il se protégeait de même de la lumière artificielle. La manière dont il se barricadait contre tout reflet lumineux la nuit (cest-à-dire à partie du moment ou il allait dormir) était plus franchement pathologique. Il avait couvert les fenêtres de sa chambre à coucher de trois épaisseurs de rideau de sorte quaucun rayon ne pénétrait le matin. Pour être à labri de la lumière artificielle, il avait obturé le trou de la serrure et comblé soigneusement le moindre interstice du bois.
Au début de son analyse, un autre matériel occupa le premier plan. Ce nest quau bout dun mois quil fut possible daborder les pensées concernant la vue. Cette hésitation permettait déjà de penser que les associations en cause étaient de nature particulièrement pénible. Le cours ultérieur de lanalyse le confirma; il apparut que ces pensées étaient en relation étroite avec les désirs incestueux refoulés du patient.
A la description de sa peur de la lumière, le patient enchaîna quil souffrait de la peur obsédante que lui-même ou lun des siens soit privé dun il. Il était extrêmement sensible à tout ce qui venait à proximité de ses yeux. Les affections oculaires des autres lintéressaient au plus haut point: " Les gens qui ont quelque chose aux yeux forcent mon intérêt. " Il sintéressait surtout aux filles lorsqu elles portaient un pince-nez; par ailleurs, il recherchait celles qui étaient borgnes. Pour des femmes ayant des yeux en bon état, il se surprenait à se dire " quelles étaient aveugles dun côté ". il rêva au sujet dune fille atteinte de cécité unilatérale que son père lui avait crevé lil et était donc le responsable.
Il apparut bientôt que la peur pour la vision des autres concernait en premier lieu le père du patient. Il était déjà apparu quil était très ambivalent vis-à-vis de son père. La première expression du patient à ce sujet fut celle de sa " vénération brûlante " pour son père; mais lorsquil eut prononcé ces mots, il y eut une brusque " rupture des pensées ", une pause brève de la conscience. Bientôt des représentations de caractère opposé apparurent, par exemple des fantasmes de mort et denterrement du père. Suivirent des plaintes sur sa vie ratée (du patient), sur son père qui pesait littéralement sur lui. Il dit quil devait reconnaître lintelligence exceptionnelle de son père qui occupait un poste important dans sa partie, et qu'il était exclu de jamais légaler ou le surpasser. Il avait souvent souhaité loccasion de savoir ou faire mieux que son père; mais il avait toujours dû sincliner devant sa supériorité. De plus, il se sentait contrôlé par lui: il lui avait toujours été impossible de lui cacher quelque chose. De toute façon, celui-ci voyait tout.
De là sensuivirent des associations, établissant des relations, non conscientes pour le malade, entre le " père " et le " soleil ". lil observateur du père était identifié au soleil; cette identification fut largement illustrée.
La peur du patient pour les yeux de son père ne nous est plus complètement incompréhensible: elle est lexpression déformée de son désir déchapper à lil inquisiteur.
Je mentionnerai une autre confirmation de lidentification du père et du soleil, révélée avec une émotion intense. Il rapporta quun poème appris à lécole était tout spécialement objet de son " dégoût ". dans ce poème qui traite de la découverte inattendue d'un criminel, chaque strophe se termine par le refrain: " Le soleil le porte au grand jour " (découvre la réalité).
Le soleil recelait une deuxième signification de substitut paternel; la position du patient à légard de son père nétait pas épuisée par le rôle de surveillance de celui-ci on pourrait dire d " omniscience ". Une seconde détermination apparaît à partir des expressions enthousiastes du fils sur la grandeur du père, cest-à-dire son intelligence, ses connaissances, son " savoir "; bref, tout ce qui, pour le fils écrasé par des sentiments dinsuffisance, était puissance, supériorité de son père comparées à léclat du soleil. Léclat du père devait à jamais voiler léclat du fils, de même que léclat du soleil éclipse les autres astres. Malgré son éloge excessif du père, la jalousie du patient était patente. Lorsque linconscient du patient condensait la représentation de lil paternel et de léclat du père, lorsquil leur trouvait une expression commune dans le symbole solaire, il ne faisait pas autrement que les civilisations depuis des temps immémoriaux. Le dieu solaire est souvent décrit comme exerçant est constamment appelé " celui qui observe et écoute tout ".
Il en est de même dans le psaume biblique 19 (qui contient visiblement les restes dun vieil hymne au soleil): " Lui cest-à-dire le soleil, originellement le dieu du soleil, il se lève à une extrémité du ciel et se propage jusquà lautre extrémité et rien ne reste caché à son ardeur. "
Dans lhistoire des civilisations les exemples sont nombreux dune telle identification de lil du père avec léclat de la lumière du soleil. Je citerai quelques exemples linguistiques. Bien quil sagisse de phénomènes répandus dans les différentes langues, je me limiterai à certaines indications concernant lallemand.
La langue aussi identifie souvent lil et la lumière, lexpression " lumière des yeux " est démonstrative. En réalité, les yeux perçoivent la lumière; la langue se comporte comme si lumière appartenait aux yeux ou en était issue. Lemploi du mot " aveugle " est intéressant. Nous nappelons pas seulement ainsi un homme qui a perdu son acuité visuelle, qui ne peut pas voir, mais nous parlons également dun " passager aveugle ", cest-à-dire que nous employons le même mot au sujet dun homme qui nest pas vu. Il est par ailleurs dusage courant dappeler " aveugle " un objet qui a perdu son éclat. Ces phénomènes sont certainement en rapport avec "les sens opposés des mots primitifs ". Dans un court essai, Freud a montré que les contraires sont couplés dans linconscient du sujet de la même façon quaux stades primitifs de la langue, stades qui laissent des traces dans la langue ultérieure.
La crainte quinspirait au patient le regard observateur de son père saccompagnait de la peur de regarder sa mère. Il simposait une véritable interdiction de la regarder. Depuis son enfance, il évitait de trouver belle sa mère, comme il disait. Lors du traitement il craignait violemment de voir une partie du corps de sa mère dévoilée, en dehors du visage et des mains. Un corsage échancré, au cou, lui causait un malaise considérable.
Par la suite il apparut que le soleil que le patient redoutait de voir était pour lui un symbole à signification bisexuelle. Il était non seulement le père (son il observateur ou son éclat) mais encore la mère, que le fils ne doit pas regarder, sil ne veut pas encourir la colère du père. Comme ce cas et dautres nous le montrent, linterdit général de regarder la mère signifie plus précisément celui de la voir nue et particulièrement de voir ses organes génitaux. La représentation de ne pas devoir regarder la mère se mue en crainte de ne pas pouvoir contempler la lumière du soleil.
Le cours des réflexions de Schreber nous permet de noter la même bisexualité du symbole solaire. Il y a un passage des Mémoires ou Schreber harangue le soleil et linjurie en ces termes: " Le soleil est une putain. " Ici, la féminité du symbole solaire est hors de doute. Sans vouloir envisager plus avant les interdits de regarder le corps de la mère, je constate quune crainte particulière de voir des parties, même indifférentes, du corps maternel provient dun voyeurisme refoulé, qui intéresse initialement et de façon excessive la mère, et plus particulièrement ses organes génitaux.
Le voyeurisme concernant dautres femmes était excessif. Mais il ne sattachait pas aux parties du corps normalement excitantes. Une craintes particulière des organes génitaux retenait ce patient. Il sagissait dun voyeurisme de lil et du pied, deux régions du corps de la femme fort éloignées du sexe: celles-ci ne jouaient pas elles-mêmes le rôle que le processus du déplacement leur conférait, ce rôle appartenait à des accessoires ne faisant pas partie du corps: ainsi les jeunes filles ayant un pince-nez ou un pied artificiel exerçaient une grande séduction sur le patient. Il en était de même dune démarche claudicante qui permettait de supposer une jambe raide ou une prothèse. La crainte du sexe de la femme était évidente puisquen réalité il ne sapprochait pas plus dune fille qui boitait ou qui avait une jambe artificielle.
La crainte du corps féminin, en fait du sexe, se montra dépendre de déterminations multiples parmi lesquelles en premier lieu la peur de castration. Une série associative dun grand intérêt dévoila les relations étroites entre différentes représentations fortement investies:
- Etonnement du patient enfant devant labsence de pénis de sa petite sur.
- Evitement anxieux de lattouchement de son propre pénis.
- Refus de sintéresser au sexe de la femme
- Intérêt pour des femmes ayant subi une amputation
Ce dernier intérêt trahit la prévalence de la représentation de la castration puisquil sagit de la femme " à laquelle un membre a été coupé ". comme nous le voyons si souvent dans nos analyses, linconscient maintient la représentation enfantine daprès laquelle la femme a également droit à un pénis. A la peur de castration soppose alors souvent la représentation active de châtrer des femmes. Jai déjà mentionné ces manifestations dans un travail antérieur à loccasion de lanalyse dun fétichisme du pied. Dans le cas présent il sagit également dun fétichisme. Je mabstiens dapprofondir ici cet aspect; non sans ajouter quelques mots sur la relation du fétichisme du pied et du pince-nez avec la pulsion partielle sadique.
Lun des fantasmes le plus plaisants du patient consistait à se représenter enlevant son pince-nez à une fille myope (si possible borgne), ou dérobant sa jambe artificielle à une fille amputée en la laissant impuissante. Les associations du patient permirent de plus en plus de reconnaître quil sagissait de fantasmes déplacés de castration. Un rêve déjà cité fut très révélateur: il sagit dune jeune fille quil connaissait de vue et qui ne voyait que dun il. Dans le rêve, il apparaissait que lil manquant avait été crevé par le père. De là, on était amené à la crainte du patient de perdre son propre il.
Cette peur était double détermination: lidée de la punition pour une contemplation interdite et le déplacement de la peur de castration du sexe à lil. ce déplacement est identique à celui, énoncé plus haut, du sexe de la femme à lil. Les deux représentations avaient de toutes évidence un caractère de talon. A ma satisfaction, je constate que ces données de lanalyse concordent parfaitement non seulement avec les considérations de Freud déjà citées, mais aussi avec celles dautres auxquels je voudrais me référer brièvement sans prétendre être complet.
Ferenczi considère lautomutilation ddipe comme le substitut symbolique de lauto-émasculation, cest-à-dire de lautopunition conforme à linceste. Rank a diversement contribué à cette question: Rank et dautres auteurs fournissent un matériel probant riche, en partie issu danalyses de rêves dou il ressort que lil peut tantôt signifier le sexe masculin, tantôt le sexe féminin. Eder montre que des interventions sur lil, de même que sur les dents, peuvent signifier la castration.
Lexactitude de cette supposition fut confirmée par des rêves ultérieurs ou la castration sexprimait à laide de symboles de signification indiscutable. Je ne mentionnerai quun rêve ou figure un personnage qui veut couper les poils pubiens du rêveur.
La " punition " par privation de la vue apparaît comme le talion des tendances voyeuristes sadressant à la mère et des fantasmes actifs de châtrer le père ou de le rendre aveugle.
Parmi les données recueillies au cours de lanalyse, on peut souligner que ce dernier méfait jouait un rôle dans les fantasmes du patient. Je fais allusion à une représentation obsédante qui poursuivit le malade pendant sa scolarité. Au cours de lenseignement dun de ses maîtres, il se représentait régulièrement comment il viserait le milieu de son front. Visiblement, ce maître avait valeur de substitut paternel.
La balle au front nest pas directement reconnaissable comme symbolisant la castration. Elle nattirerait pas notre attention si certaines preuves ne montraient pas clairement que cette partie du corps remplace très habituellement lil.
Rappelons-nous en premier lieu la légende de laveuglement du cyclope par Ulysse. Les êtres ne possédant quun il au milieu du front sont nombreux dans les légendes. Il est intéressant de noter dans les rêves une séquence analogue à celle de la légende de Polyphème. Eder rapporte un rêve de ce genre. Jai pu faire des observations semblables. Mon expérience confirme la constatation dEder que le Cyclope correspond au père du rêveur et que lacte daveugler le géant représente la castration du père.
Le fait que le milieu du front, correspondant à un il imaginaire, puisse représenter symboliquement aussi bien le sexe de lhomme que de la femme me semble dun intérêt exceptionnel. Jen référerai en premier lieu à une communication de Reitler pour donner, au sujet de la deuxième affirmation, un rapport issu de mon expérience personnelle.
Reitler traite de certaines figurines servant à des plaisanteries obscènes; il joint lillustration. elles sont réalisées par la population paysanne du Salzkammergut. La plaisanterie, cest quune pression sur la tête de la figure fait apparaître un grand pénis. La tête du bonhomme de bois comporte un troisième il grossièrement dessiné sur le front. Reitler apprit que cet il était un symbole pénien évident pour les gens de la région.
Je mettrai une observation personnelle en parallèle avec ce curieux fait de la psychologie collective. une patiente que je traiterais se sentait contrainte à plisser le front au milieu selon une ride longitudinale. Elle se frottait violemment cette ride avec lindex de la main droite. Dans un contexte auquel je dois renoncer ici, il lui apparut subitement que cette façon de faire nétait quune masturbation déplacée vers le haut, cest-à-dire que le pli longitudinal correspondait à la vulve. Cette conception est encore confirmée par le fait que cette friction frontale lui occasionnait un " sentiment de pesanteur dans le bas-ventre ".
Les autres qui ont démontré la signification sexuelle de lil nont expliqué cette symbolisation que pour lil à valeur de sexe féminin. Ce nest que récemment que la signification masculine de lil mapparut au cours de lanalyse dun rêve. La rêveuse mexpliqua que le gland du pénis lui apparaissait comme un il.
Je reviens à la peur du patient a pour la " lumière de ses yeux ". Après avoir trouvé dans la représentation de la castration sa déterminante essentielle, considérons un détail qui pourrait paraître négligeable. Dans ce cas, comme pour dautres patients aussi, je fus frappé de leur peur pour lil du père ou de leur crainte de tout contact de lil, etc. avec une régularité qui exclut le hasard, il nétait jamais question des yeux, les patients s'exprimaient comme s'il n'existait qu'un il. Du point de vue du " déplacement vers le haut ", cette façon de sexprimer devient très compréhensible. Lil remplace un organe qui nexiste quune fois.
La crainte pour lil du père correspond donc au fantasme refoulé de la castration du père. Connaissant déjà lidentité de lil et du soleil, il nest guère permis de douter que le soleil a la même signification phallique que lil du père. La crainte de voir le soleil contient de ce fait la signification de la crainte de voir le pénis paternel, signification que la psychologie collective confirme.
Ce nest pas le lieu dapprofondir la peur de la castration. Je najouterai que quelques remarques indispensables à la compréhension du cas.
Le désir du garçon de voir le sexe de sa mère, le fantasme de la castration du père sont les fautes pour lesquelles menace de castration ou pour lesquelles le garçon la redoute de lui-même. Il faudrait y joindre la masturbation qui, surtout par les fantasmes laccompagnant, aboutit à un acte très culpabilisé. Mais une expérience psychanalytique étendue nous apprend que dautres événements vécus par lenfant donnent lieu aux reproches quil sadresse. il sagit de son observation des rapports sexuels des parents. Tous ces " péchés " occasionnent des peurs répétées dêtres découvert par lil vigilant du père.
Ces contemplations interdites fondent la peur dêtre aveugle de bien des névrosés. Je ninsisterai pas sur ce dernier mode de réaction névrotique. Je soulignerai plutôt que le plaisir de lobservation visuelle et auditive des parents conduit souvent les personnes névrosées à une hypersensibilité à la lumière et aussi aux bruits. Dans le cas présent, il y avait aussi une sensibilité aux bruits. Ces susceptibilités apparaissent surtout de nuit, pour des raisons évidentes. Ainsi la crainte de la lumière artificielle et du moindre rayon qui pourrait franchir une fente de la porte est parfaitement compréhensible. Les mesures excessives pour se barricader de la lumière du dehors ont le caractère de mesures de prohibition.
La fermeture soigneuse de la moindre fente signifiait aussi limpossibilité dêtre observé par dautres personne; il est indiscutable quil sagit de la crainte de lobservateur paternel. Les procédés dobscurcissement de la pièce ne trouvent cependant pas leur explication entière dans lintention négative déviter toute lumière et toute observation. Bien plutôt lobscurité absolue ainsi créée a-t-elle aussi une valeur positive pour le patient. Je le montrerai à laide dun autre cas clinique.
De même, je renonce pour le moment à approfondir certaines modifications du voyeurisme. Je ne ferai que citer les particularités psychologiques suivantes du patient: sa curiosités de style obsessionnel, sa tendance à la rumination, son penchant exagéré pour tout ce qui est énigmatique. Je reviendrai là- dessus. Enfin je mentionnerai quelques signes qui montrent que ce nest pas seulement en tant quorgane visuel que lil avait une signification érogène importante pour ce patient. Les attouchements de lil étaient éprouvés comme plaisants. Il avait tendance à se frotter les yeux, à tirer les paupières supérieures vers le bas; naguère, il se coupait parfois les sourcils.
Du point de vue thérapeutique, signalons que ce patient fut rétabli dune façon parfaite grâce à la psychanalyse. Plus précisément la craintes de la lumière et la sensibilité aux bruits disparurent complètement. Son attachement à ses parents devint celui dun adulte normal de cet âge. Il en fut ainsi lorsquil retourna dans sa partie, son traitement achevé. Les déviations sexuelles cédèrent la place à un intérêt sexuel normal; les intérêts fétichistes disparurent, mis à part quelques faibles traces pratiquement sans importance. En cours de guérison le patient fit des rêves ou le corps féminin, spécialement le sexe, était l'objet de son voyeurisme; bientôt il éprouva à létat de veille un plaisir à voir conforme à la norme. La curiosité stérile et les ruminations pathologiques seffacèrent devant un vif besoin de connaître qui concernait les domaines les plus variés, cest dire que la sublimation de la pulsion voyeuriste réussit de façon parfaite. La reconstitution dune fonction sexuelle tout à fait normale alla de pair avec ladaptation sociale (capacité professionnelle, etc.). depuis la fin du traitement, un an et demi sest écoulé sans quil y ait eu de rechute.
Lanalyse de la crainte névrotique de la lumière chez dautres patients confirma pleinement mes résultats et mes conceptions précédents. Je rapporterai brièvement lessentiel dune autre de mes analyses ; il sagit dune dementia praecox (schizophrénie) certaine du point de vue diagnostique. Loccasion du traitement psychanalytique ne me fut donnée que du fait quon me présenta ce symptôme qui permit de constater la forme de sa maladie. Lexpérience nous a appris que plus que la névrose, la psychose nous livre les secrets de linconscient. il en fut ainsi dans ce cas. Sans résistance marquée, le patient apportait, au sujet des manifestations les plus visibles, des associations qui dévoilaient avec une rapidité surprenante la relation recherchée.
Ce patient que je nommerai " B " mimpressionna dès de telle sorte que son visage fût détourné de la fenêtre; après sêtre ainsi installé, il tenait les yeux fermés et de plus les couvrait de ses mains. Au cours des séances danalyse, il observa strictement la fermeture des yeux bien que son visage ne fit pas face à la fenêtre cela jusquà ce que la sédation de la crainte de la lumière eût rendu inutile cette occlusion.
Les antécédents étaient remarquablement semblables à ceux du premier cas. Le patient B était aussi le fils dun homme particulièrement intelligent et actif. Aux yeux du fils, les performances du père étaient pratiquement inaccessibles. B sexprime presque dans les mêmes termes que A: il avait longtemps espéré, mais en vain, réussir à surpasser son père dans un domaine ou un autre. lambivalence de la relation au père était la même mais pour la raison susdite elle se fit jour de façon plus directe.
Selon lexpression du patient, son père lui était toujours apparu comme un être puissant et bon. Cette appréciation si elle navait concerné un être humain aurait pu faire penser quil sagissait de Dieu (ou dun être vénéré religieusement). Dès lenfance -dit B- il concevrait que son père voyait tout. Il suffit de nous rappeler lil omnivoyant de Dieu pour reconnaître la tendance à élever le père au rang dun être supérieur. Les associations libres montrèrent avec une rapidité surprenante lune des raisons qui avaient fondé la conviction que le père voyait tout. Lil vigilant du père avait découvert la masturbation du garçon et la père avait obtenu sa promesse de ne plus sadonner à cette tendance. A chaque rechute, le patient sentait lil du père sur lui. Il se révéla par la suite que ce sentiment dêtre observé avait des sources encore autres et peut-être plus importantes. Consciemment cependant, la découverte de la masturbation par le père avait une importance de premier plan.
Cest à lâge de vingt ans environ que le patient perdit son père. Peu après, il imagina le père au ciel au ciel à côté du soleil et observant den haut ses allées et venues. Il ne sagissait pas encore alors dune idée délirante fixe; peu après des formations délirantes nettes apparurent. Le déplacement du père au ciel est évident ici. Sa situation juste à côté du soleil permet de voir quil est légal du soleil sans être encore fondu avec lui en un seul être.
A cette vénération, à cette divinisation du père au-delà de la mort, sopposait une hostilité très marquée mais inconsciente. Au cours du traitement, elle sexprima, entre autres, par un rêve ou le patient, en lutte avec lui, tue son père, pour entrer demblée symboliquement en possession de sa mère. Le meurtre du père dans une lutte à deux, et la possession de la mère constituent les deux grands événements de la légende ddipe et des histoires apparentées.
Chez ce patient la peur de castration était proche de celle du patient A. il présentait aussi la peur, qui nous devenue compréhensible, pour lil du père. Un souvenir denfance est intéressant à cet égard. Vers lâge de neuf ans, le patient avait vu son père nu et avait regardé son sexe avec intérêt. A cette époque, son imagination préoccupée par les hommes, revenait souvent à cette scène. Les pensées associées nétaient nullement uniquement plaisantes. Au contraire, il était tourmenté continuellement par lattente inquiète de savoir si son sexe au cours de son développement atteindrait la taille de celui de son père. Adulte, il souffrit de la pensée, si fréquente chez les névrosés, davoir un pénis trop petit.
Nous rencontrons à nouveau ici la jalousie du savoir- faire paternel; dans ce cas, la reconnaissance craintive du fils allait à la fois à la suprématie du sexe du père et à son il. Il ny a pas ici un refoulement marqué de laspect sexuel de la crainte du père. Cest seulement le plaisir pris à la vue des organes génitaux paternels qui est refoulé. Occasionnellement, le patient a une hallucination " en éclair " pendant laquelle lobjet de son intérêt lui apparaît.
Dans sa relation avec sa mère, le patient B ressemblait fort à A. il craignait au plus haut point laspect de sa mère, et aussi de sa sur, même complètement vêtues. Lorsquil parlait à sa mère, il couvrait se yeux de ses mains. Il révéla dès la première séance la direction incestueuse de ses désirs par le choix curieux dune expression. Lorsquil mapprit la mort du père il était resté seul avec sa mère et ses surs, il souligna quil devait quelque sorte se considérer comme le successeur du père, car il était désormais " le seul membre viril " dans la famille.. bientôt les fantasmes de désirs qui avaient déterminé le choix de cette expression se firent jour. Le patient craignait dengrosser involontairement sa mère et ses surs lorsque après une pollution il prenait un bain, il craignait quun résidu de sperme sattachât à la baignoire qui pourrait les féconder lorsquelles sen serviraient. De cette crainte, on peut conclure au désir correspondant du patient de posséder toutes les femmes, ses parentes.
Ses désirs pour sa mère sétendaient à dautres femmes mûres, ou vieillissantes, mais là encore, ne se montraient pas sous leur vrai jour. Ils sextériorisaient plutôt comme peur de regarder de telles femmes. Cette crainte étaient liée à un symptôme névrotique très désagréable: à la vue de vieilles femmes qui lui rappelaient souvent consciemment sa mère, il voyait noir.
Il sagit là dune restriction du voyeurisme qui jusque-là ne me semble pas avoir été interprétée comme telle. Le fait de " voir noir ", si souvent signalé par les névrosés comme cortège des vertiges, pourrait régulièrement correspondre au refoulement dune tendance excitation sexuelle donne souvent lieu, chez les névrosés, à un afflux du sang à la tête particulièrement au niveau des yeux -, ce qui occasionne, entre autres symptômes, un obscurcissement du champs visuel.
De cette façon, la vue de femme séduisantes se trouvait barrée dans la vie réelle. Il est conforme à la psychologie de la démence précoce que le patient trouve à ce renoncement imposé un substitut sur le mode hallucinatoire. Ainsi il imagina par exemple une femme dâge mûr étendue devant lui; il ajouta spontanément quelle avait la silhouette et les formes de sa mère.
Le patient B confirma de façon impressionnante que sa crainte de voir des femmes nétait au fond que sa crainte du sexe de la femme, à savoir de celui de sa mère. Lors de la période ou apparurent des signes précis damélioration, le patient rendit visite à sa mère. A sa vue, rapporta-t-il, était à nouveau obligé de se couvrir les yeux avec les mains: sa sensibilité à la lumière allait décroissant. Lorsque jintervins sur ce point, le patient porta ses mains sur ses yeux et dit spontanément: " Je nai pas voulu regarder le disque avec le fil de fer central. " Ces mots étaient prononcés sur le ton de la justification, comme sil redoutait que je lui dise un contresens. Cette parole demeura complètement incompréhensible pour moi. Son sens séclaira aussitôt quil me parla. Au cours de la séance, le patient allongé avait dirigé son regard au plafond ou était fixé un disque de zinc; du milieu de la plaque métallique sortait une conduite électrique. Cette perception avait suffi à provoquer au moment ou il était question de sa crainte de voir sa mère lassociation de la vulve (disque) et du pénis (fil de fer dans le disque).
Lhostilité et la jalousie à légard du père avaient entre-temps laissé la place à une reconnaissance admirative de sa grandeur et de sa puissance. Cependant, le courant hostile refoulé parvenait encore quelquefois à troubler le contre-courant régnant. Dans un moment dextase, le patient avait voulu composer un hymne au soleil: il ne parvint quà produire quelques mots: " soleil, donne-nous ta force! "
Ensuite il y eut trouble du cours de la pensée (barrage) tel que le patient ne put aller au-delà des premiers mots. La survenue du barrage au moment ou le fils tente de formuler sa vénération pour la force du soleil, cestà-dire du père, est caractéristique. Je rappelle ici un événement tout à fait analogue de lhistoire de la maladie du patient A, qui eut un blocage semblable lorsquil commença à parler de sa vénération brûlante pour son père.
Le désir dégaler le père prit une fois une forme qui permettait précisément de reconnaître la comparaison du père et du soleil. Le patient eut la sensation que ses deux yeux nen faisaient plus quun. Cet il, il le voyait hallucinatoirement devant lui, comme sil était " dehors ", cest-à-dire à lextérieur de son corps. Il devint alors un soleil rayonnant; ainsi le patient sélevait à la hauteur du père. Il y a deux explications au fait quil sagit ici de lil plutôt que dune autre partie du corps: dune part, ce que nous avons dit précédemment de lil et du soleil, dautre part, quil sagit dune substitution symbolique de lil au pénis. Lhallucination mentionnée permet aussi de reconnaître le désir du patient davoir une force génératrice égale à celle du soleil.
Jai rencontré au cours de lanalyse dune névrose obsessionnelle un déroulement très proche par le contenu, bien que très différent du point de vue symbolique. Après la mort de son père, le patient eut très peur de son il vigilant. Cet il observateur était situé au ciel; cela apparaissait clairement dans certains rêves. Cette reconnaissance, cette élévation du père nétait cependant quun aspect de la disposition ambivalente du patient vis-à-vis de lui. Simultanément, il éprouvait un besoin intense de braver le père décédé: il subissait alors une contrainte à regarder le soleil avec effronterie et de façon provocante. Il ruminait alors sur le thème: " peut-être suis-je Dieu. "
Dans on travail sur le roi égyptien Amenhotep IV, jai analysé la curieuse tentative historique dun homme qui cherche à sidentifier au soleil. Je ne ferai que mentionner ici la disposition ambivalente du roi à légard de son père mort qui constitue lexplication principale de lintroduction du culte dAton culte honorant la force du soleil.
La crainte du patient dêtre aveuglé ne devient compréhensible dans le cas B que si lon considère que le symbole du soleil na pas une signification seulement paternelle mais également maternelle. Comme dans le cas A, la nécessité dune telle supposition simpose. le disque de zinc avec léclairage au plafond de la pièce était une sorte de soleil au ciel.
Sa tendance à mettre au ciel un symbole féminin (maternel pour lui) sexprima dans un fantasme quil me communiqua spontanément. Lorsque, au cours dune séance, le ciel clair auparavant se couvrit de nuages, le patient dit: " Ce serait un grande jouissance dintroduire sa tête dans un nuage. " cette imagination correspond parfaitement à certaines représentation mythiques que jai mentionnées dans mon écrit " Rêve et mythe " à propos de la légende de Prométhée. Les couches les plus anciennes de ce mythe montrent quil y a identification entre le fait de pénétrer par forage dans un nuage (production du feu céleste) et lacte sexuel.
En ce qui concerne le cas B, je remarquerai en passant que la crainte de la lumière disparut au cours du traitement et que dans lensemble ce cas réagit très favorablement à la thérapeutique.
Jarrête ici la relation de mes expériences psychanalytiques sur la crainte de la lumière. Il serait facile dallonger la série des cas, car, selon moi, il ne sagit nullement dune affection rare. Des degrés plus minimes, par exemple une sensibilité à la lumière crue du soleil, sont fréquents chez les personnes légèrement névrosées.
Je men tiendrai à un fait unique de lanalyse dune névrose obsessionnelle grave. Le patient souffrait dune crainte assez discrète de la lumière. Lorsque ses associations leurent conduits à certains interdits issus de limage paternelle, il se couvrit brusquement les yeux de ses mains. Plusieurs associations incidentes expliquèrent ce comportement. Le patient avait toujours eu mauvaise conscience à légard de son père: il ne pouvait jamais vraiment le regarder. Sa révolte contre le père sétait manifestée dans son fantasme de laveugler.
Dans ce cas apparut une signification spéciale du fait de se couvrir les yeux. En plus des significations que nous avons vues, il sagissait dune autopunition: celle de se rendre aveugle. Cétait donc un talion dintention à lencontre du père.
Autres troubles névrotiques dans le domaine du voyeurisme
Lorsquon se penche plus avant sur les restrictions et les modifications du voyeurisme, on peut sétonner de la variété des troubles qui en sont issus. Ces troubles apparaissent ou bien chez les personnes mêmes qui ne supportent pas la lumière, ou bien de façon autonome. Décrivant le cas B, jai évoqué brièvement un tel trouble existant à côté de la crainte de la lumière, jy reviens en quelques mots.
Le patient se plaignait dune vision imprécise. Laspect d es objets nétait pas net, mais flou, imprécis. Il ne semblait pas y avoir de trouble de lappareil visuel ; le caractère névrotique fut encore confirmé du fait de la guérison de ce trouble, simultanément à la disparition de la crainte de la lumière. Pour éviter des répétitions, je passe à un autre cas que la psychanalyse me permet de décrire.
La patiente C soccupait de peinture. Bien quelle sadonnât à cet art avec passion, elle remarquait quil lui était difficile, au cours des périodes dexcitation névrotique accusée, de saisir exactement les formes des objets et de les fixer dans sa mémoire. Elle vint à parler de ce trouble lorsque la psychanalyse en était à lélucidation de certains accès moteurs. Le trouble se révéla pour lessentiel déterminé par un voyeurisme refoulé, à fixation incestueuse, concernant particulièrement le père (les formes de son corps) ; une autre motivation se découvrit lors de lanalyse de certains accès que jeus loccasion dobserver quelquefois.
Allongée sur le divan, la patiente commençait à se tendre et à se soulever en un " arc de cercle " (pas très prononcé), donnant les signes dune violente excitation psychique; puis le corps entier, et surtout les extrémités, était saisi de vibrations et de secousses que la malade accompagnait de gémissements, jusquà la survenue dune décontraction globale. Au cours de la crise, la patiente se dressait brusquement pour tourner la tête de côté, puis retombait en arrière.
Lanalyse de ces crises provoqua des résistances considérables; reprise et toujours à nouveau abandonnée, elle ne réussi quà la fin du traitement. Ces accès se révélèrent comme la figuration mimique dun événement vécu de lenfance, lié à des affects violents. Pour certaines raisons, il nest pas possible de mettre en doute la réalité de cet événement. Elle sétait, un matin, réveillée plus tôt que dhabitude. Dormant dans la chambre des parents, elle fut témoin de leurs relations sexuelles. Les associations permirent de comprendre quelle sétait redressé un instant et recouchée toute saisie. Cette participation active sexprime au cours des accès ultérieurs par la brusque érection du buste. Lévénement lui-même fut refoulé, mais le souvenir sen faisait sentir sous une forme voilée à des occasions que je nexposerai pas ici. Les résultats graves, à proprement parler, ce furent les reproches sévères quelle sadressait et certaines limitations de la vie pulsionnelle dont nous retiendrons ici la restriction du voyeurisme. Elle se manifestait dabord par une crainte de tout voir et savoir sexuels et un évitement anxieux de lectures qui auraient pu apporter à la patiente quelque éclaircissement sur la vie amoureuse. La psychanalyse montra que cette crainte sétendrait au fait de voir en général, même lorsquil ne sagissait de rien de manifestement sexuel. Cette crainte concernait surtout les formes des objets.
Ce cas montre avec une particulière clarté leffet de lobservation de la vie génitale des parents sur un enfant à prédisposition névrotique. Le voyeurisme se trouve démesurément fixé aux parents par de telles impressions, de sorte que les tentatives de sen détacher échouent. De même la restriction du voyeurisme dépasse de loin le domaine propre de la sexualité. Le talion peut aller plus ou moins loin; il peut conduire à la cécité névrotique mais peut aussi se contenter de certaines restrictions à exercer la vue ou bien déclencher la formation de phobies. La patiente souffrait parfois de la pensée obsédante de devoir se crever les yeux.
Je rapporterai brièvement deux cas que je connais, mais que je nai pas traités par la psychanalyse. Ils offrent un intérêt symptomatique et démontrent la multiplicité des troubles névrotiques de la vue.
Une femme névrosée souffre par intervalles dun trouble visuel qui lempêche de lire sans lunettes. Elle a une crainte évidente à la vue dillustrations de livres: elle les évite autant que possible. Un homme jeune, ayant peur de lobscurité depuis lenfance, et doté dune phobie tenace dêtre aveugle, contracta un trouble visuel qui fut immédiatement reconnu comme névrotique par lophtalmologue. dans une lettre, il me le décrivit, comme suit : " Depuis dix à quatorze jours, je vois mal, cest-à-dire que ça scintille devant mes yeux comme si jétais vertigineux et je ne vois que comme à travers un voile. Cela débuta un après-midi avec un scintillement; je vis des bandes en zigzag comme lorsquon a regardé longtemps le soleil ou une lumière éblouissante. Cela dura environ une demi-heure pour se répéter trois jours plus tard et depuis je lai presque constamment. Cest maintenant plutôt une vue troublée quun scintillement, saccompagnant dun sentiment marqué dangoisse. dabord, jeus peur de devenir aveugle. " pour comprendre ce trouble, et cela hors analyse, je pus seulement apprendre que le patient souffrait dun conflit sexuel répétition achevée de sa position dipienne infantile.
Il est, dans le domaine du voyeurisme, un trouble plus rare, tout à fait opposé aux troubles perceptifs sus-décrits et qui a cependant la même origine et sert les mêmes tendances. Il sagit dune attention excessive aux choses et aux événements du monde extérieur, liée à une mémoire particulièrement fidèle pour des détails minutieux. Cette tension permanente de lattention oculaire, cette prise en considération de choses que dautres êtres considèrent justement comme négligeables, peut en faire accroire pour un voyeurisme vivace. Ces personnes sont parfaitement orientées sur les mille détails de leur petit cercle. Mais ce cercle est dune effroyable exiguïté. Il est limité à ce qui concerne lenfance, la famille ou la partie locale. Il existe une crainte dapprendre à connaître ce qui est au-delà. Ces personnes évitent surtout le voyeurisme et lactivité sexuels. Il sagit dun déplacement. Ce qui peut exciter le plus, lenvie de voir, est évité comme interdit; lintérêt est déplacé sur ce qui est indifférent et donc intégralement permis.
Je pus poursuivre ce processus jusque dans lenfance chez un de mes patients. Avant le début du traitement il avait appris quelque chose dassez indéterminé, à savoir quil fallait reproduire en psychanalyse les événements les plus précoces de lenfance. au premier entretien, il massura avoir des souvenirs complets et fidèles concernant sa petite enfance. Il donna tout de suite quelques exemples, puis beaucoup dautres portant sur la période de trois à sept ans. De cette période il avait retenu un nombre incroyable dévénements cette mémoire minutieuse concernait surtout deux moments situés dans sa quatrième et dans sa septième année et pour ce dernier un séjour dans une ville deaux avec ses parents. Il se rappelait un grand nombre de noms propres, décrivait minutieusement laspect de ses compagnons, citait les propos de telle ou telle personne et revoyait chaque meuble de lappartement quil habitait avec ses parents. Ces souvenirs étaient si vivants et laissaient une telle impression de fraîcheur quon pouvait bien parler dune hypermnésie.
Ce phénomène demeura dabord énigmatique pour moi. Je ne parvenais pas à croire à une exception partielle à lamnésie pour les jeunes années de lenfance. il ny avait pas lieu de supposer une falsification du sceau du fantastique mais se déroulaient dans le cadre de la réalité la plus quotidienne. On aurait cherché en vain ce qui faisait imaginer à cet homme fort intelligent une telle quantité de détails inintéressants. Dans le matériel ainsi communiqué, il ny avait aucune impression forte, aucun souvenir qui eût pu flatter les désirs de grandeur de lenfant ou de ladulte.
Cette hypermnésie sexpliqua lorsquune amnésie circonscrite et apparemment peu importante se révéla. Au sein du matériel indifférent, le malade ne sut rapporter quun fait du temps du séjour balnéaire lié à un affect considérable: il sétait fait à cette période de véhéments reproches. La raison de ces reproches lui était complètement sortie de la mémoire. Il apparut quau cours de sa quatrième année, le patient sétait également fait de violents reproches: leur cause restait obscure.
Il est habituel que la levée dune amnésie existant depuis lenfance rencontre des résistances considérables. Ainsi en fut-il. Peu à peu, certains points mis à jour, particulièrement à partir des rêves, permirent de conclure avec certitude que chez ce patient aussi lobservation précoce des relations sexuelles parentales avait donné lieu à des refoulements sévères; elle avait dû se situer à la période précédant les reproches quil se faisait. Sa curiosité sexuelle succomba au refoulement; à sa place apparut cette attention exagérée à des incidents indifférents de la vie journalière.
Linvestigation de sa petite enfance suscita un matériel qui témoigna de lintérêt précoce et intense que ce patient porta au corps de sa mère. Sa fixation à sa mère dura au-delà de la puberté et sexprima dans une névrose grave (hystérie dangoisse). il est remarquable de constater la crainte quéprouvait ce patient de voir sa mère. Linterdit de la voir nue sétait mué en une crainte générale de la voir. Le patient considérait de préférence le visage des femmes étrangères, les yeux en particulier; les yeux présentaient pour lui un attrait érotique. De fait, cétait sa seule activité sexuelle avec les femmes. Je rappelle les considérations sur la significations génitale de lil. cette activité sexuelle réduite du patient était donc son voyeurisme sexuel " déplacé vers le haut ". A cette occasion, je rappelle que lexpression du regard révèle facilement lexcitation érotique. Les hommes ayant une activité sexuelle réduite recherchent souvent, chez les femmes, cet indice de complaisance; ils se contentent parfois de provoquer cette manifestation, renonçant à toute autre approche. Je reprendrai létude de ce phénomène. Je me contente de signaler ici ce curieux déplacement.
Cet homme craignait aussi de regarder les hommes, même des gens quil connaissait bien. Son voyeurisme homosexuel était donc bien plus sévèrement refoulé que son voyeurisme hétérosexuel.
Le même mécanisme explique lapparition dun symptôme moteur très répandu dans le domaine oculaire: le clignement compulsif des paupières. Pour autant que men informa mon expérience, ce mouvement forcé correspond à une occlusion effrayée des yeux. Il est en premier lieu une expression de peur de castration. Le cillement semble régulièrement lié à une peur davoir les yeux endommagés. Selon nos indications antérieures, il sagirait là dune peur pour le sexe. La contraction forcée des paupières correspond de plus à lhorreur devant certains fantasmes qui simposent avec une précision hallucinante, extériorisant le voyeurisme interdit. Il semble sagir de représentations. Pour une part érotiques, pour une part sadiques (imagination de la mort des siens). Ces représentations simposèrent un jour au patient sous forme dimages (hallucinations forcées) quil repoussa avec horreur et qui succombèrent au refoulement. Mais locclusion crispée et forcée des paupières montre que ces fantasmes répudiés continuent à exister dans linconscient et quun refoulement permanent est nécessaire pour les maintenir hors de la conscience.
Ce que jappellerai la contrainte à regarder est une curieuse transformation du voyeurisme sexuel. Je traitai un obsédé qui, en plus dune rumination obsédante sur lorigine de chaque objet, souffrait de limpulsion de considérer lenvers de tout objet. Jai déjà parlé de ce cas si particulier. Ici je ne retiendrai que les faits suivant :
Devant la maison que jhabitais alors, alors, il y avait un jardinet dont la grille portait une plaque. A loccasion de sa première visite, qui eut lieu le soir, le patient, non content de lire linscription, entra dans le jardin et à laide dune allumette éclaira le revers de la plaque. Puis il passa quelque temps à parler fort pour lui-même et à ruminer la question de la fabrication de plaques de ce genre. (cest sa femme qui me fit cette description.) lorsquelle leut enfin introduit dans mon cabinet, il sintéressa aussitôt à une petite statue de bronze quil prit sur la table. Il la fit tourner et considéra avec une attention toute particulière la face postérieure du corps.
Une psychanalyse très fragmentaire mapprit que le patient avait manifesté dans lenfance un intérêt excessif pour les fesses. Cest à la suite de la vision inespérée des fesses dune femme quapparurent ses premiers symptômes obsessionnels. Cet intérêt se déplaça par la suite sur des objets inanimés et indifférents dont le patient contemplait compulsionnellement la face postérieure. Je ne puis approfondir ici la raison pour laquelle le voyeurisme sadresse particulièrement dans ce cas (et dans mainte autre névrose) aux fesses plutôt quau sexe.
La peur dexciter sensuellement par le regard les personnes de lautre sexe est un trouble qui semble atteindre plus spécialement des névrosées femmes. Parfois elle aboutit à la crainte de toute rencontre humaine, de sorte que ces personnes deviennent complètement asociales.
Il ressort de ce cas, et dautres que je rapporterai, que lil, cest-à-dire le regard, est censé avoir une puissance témoignant de forces magiques. Cette surestimation de la puissance de lil explique que de tels sujets rétrécissent de façon si marquée le champ de leurs représentations. Mes expériences répétées me permettent, je crois, de répartir en deux groupes les cas de ce genre.
La peur déveiller par le regard lexcitation sexuelle des autres est fréquente chez les névrosés, parallèlement à dautres phobies ou obsessions. Ce trouble me semble être lhomologue de la représentation de la " toute-puissance des pensées "; le regard est doté ici de la même " toute-puissance ".
Du point de vue diagnostique, il faut considérer différemment la peur des effets du regard, lorsque ces effets dépassent de loin la séduction amoureuse, etc. il sagit alors de psychoses de forme paranoïde qui peuvent évoluer longtemps conformément au tableau dune névrose.
Une jeune fille craignait que son regard horrifiât les autres à un tel degré quil se figuraient et mourraient sur place. La coïncidence avec le thème dune antique légende est très frappante; la patiente comparait elle-même son regard à celui de la gorgone. Cette peur, croissant au cours des années, contraignit la patiente à fuir toute compagnie. Dans un de ses rêves, elle se trouvait dans une pièce gigantesque semblable au hall dune gare. Parmi les milliers dêtres rassemblés retentit brusquement un cri deffroi; la " morte-figée " sétait échappée, sur quoi ils prirent la fuite, devant elle, épouvantés.
Une autre jeune fille avait des fantasmes semblables. La représentation que son regard pouvait tuer des êtres innombrables napparaissait pas seulement dans ses rêves, mais aussi dans des illusions à létat vigile. Prenant part à un bal, elle remarqua avec épouvante que chaque personne qui la regardait prenait la teinte blafarde et verdâtre dun cadavre, quelle ne se trouvait que parmi des morts.
Ces deux dernières personnes avaient des fantasmes sadiques énormes. Lune brisa en rêve tous les os de sa mère. Lautre ne rêvait que pillages de sa famille dont les membres se faisaient tuer ou martyriser. Ces exemples pourraient être multipliés. Lil, dans ce cas, est en quelque sorte linstrument du sadisme.
Il est remarquable que dans les cas de ce genre, il ne sagissait que de femmes. La psychanalyse des deux derniers cas mentionnés fut difficile pour des raisons inhérentes à la maladie. C est deux derniers cas mentionnés fut difficile pour des raisons inhérentes à la maladie. Cest pourquoi je ne peux dire quavec réserve que pour ces deux patientes, qui aimaient simaginer dans un rôle sexuel masculin, lil semblait avoir la signification dun pénis avec lequel on peut effrayer et tuer les êtres. Cette conception, qui semble dabord étrange et invraisemblable, est confirmée par certaines peurs de femmes névrosées dêtre transpercées par le regard de lhomme. ainsi une de mes patientes esquivait le regard de tout homme car elle se sentait littéralement transpercée, cest-à-dire quelle ressentait, lorsque le regard dun homme la touchait, une douleur aiguë au bas-ventre.
Dautres névrosés éprouvent des douleurs piquantes ou perçantes dans lil. dans certains de ces cas, il sagit dun " déplacement vers le haut " des sensations génitales. Il existe cependant de rares cas de douleur oculaire névrotique correspondant à une structure psychologique très compliquée. Je rapporterai la psychanalyse dun tel cas: la douleur oculaire allait de pair avec une crainte extrême de la lumière. La patiente demeura longtemps dans une obscurité complète. Ce cas est particulièrement propice pour comprendre la signification de lobscurité pour ceux qui souffrent dune crainte de lumière. Dans ce but, nous reprenons les données précédentes sur la crainte de la lumière.
Signification de l'obscurité dans la psychologie des névroses
Lanalyse de la crainte névrotique de la lumière nous a montré que le soleil avait avant tout la signification dun symbole paternel, accessoirement bien entendu aussi celle dun symbole maternel. Compte tenu de cette seconde signification, indiscutablement subordonnée, on peut dire que le symbole solaire unique sert à représenter limago paternelle qui a en quelque sorte aspiré en elle limago maternelle. Je pense ici à un processus semblable à celui dont nous trouvons les traces précises par exemple dans lhistoire biblique de la création . Si lon soumet ce mythe, qui porte les traces délaborations et de déformations considérables, à une analyse plus précise, il nous apparaît clairement à quel point lélément féminin maternel sest dissous dans lélément masculin-paternel. Dans les autres cosmogonies que nous connaissons il y a un " couple parental " mais dans la genèse biblique le dieu unique (masculin) crée le monde à lui seul, crée tous les êtres et enfin lêtre humain ou bien plutôt lhomme . cest de lui que la femme sera issue. Ils concevront des fils, non des filles. Cette élimination de lélément féminin se révèle cependant être une apparition secondaire sur laquelle nous serons amenés à revenir.
Puisque le symbole solaire exprime surtout limago paternelle, on se demande si limago maternelle nest pas représentée par un autre symbole dans les productions imaginatives de nos patients. La mère joue en effet un rôle important dans les fantasmes inconscients; les représentations la concernant exigent une expression symbolique adéquate de même que celles concernant le père. Alors que jessayais dappréhender un problème en rapport avec la crainte névrotique de la lumière, je parvins à résoudre cette question. La crainte névrotique de la lumière ne pouvait être comprise tant que la recherche de lobscurité par le patient nétait pas expliquée. Au début, je fus tenté de considérer ce comportement comme une simple fuite de la lumière. Une étude plus précise des cas mapprit que la signification négative était insuffisante. Une communication du Dr A. Stegmann de Dresde attira mon attention sur la valeur positive, de plaisir, de lobscurité. cest alors que les rites complexes des patients pour réaliser lobscurité complète se dévoilèrent à moi. Par souci de clarté jai laissé de côté cet aspect si important dans les deux extraits du chapitre I, pour my intéresser maintenant en citant en plus la psychanalyse dune femme atteinte dune crainte sévère de la lumière.
La patiente, dont jai déjà mentionné à plusieurs reprises lhistoire, vivait de jour et de nuit dans une obscurité absolue lorsquelle commença son traitement. Jai déjà souligné quen plus dune crainte accusée de la lumière, elle en éprouvait une violente douleur oculaire. A part un certain astigmatisme ses organes visuels étaient normaux. Plusieurs ophtalmologues étaient daccord pour penser que lastigmatisme nexpliquait pas les douleurs. La patiente elle-même soulignait le rapport étiologique de sa souffrance avec des émotions marquées.
Son affection rendait très difficiles les visites de la patiente à mon domicile. Elle ne pouvait parcourir le chemin ni en plein jour ni à la lumière électrique le soir. Elle en était réduite à profiter du crépuscule. Elle protégeait alors ses yeux par un pince-nez à verres fumés, par-dessus elle chaussait des lunettes de motocycliste également sombres qui lui évitaient les rayons pénétrant latéralement. Enfin un voile épais, surmonté du rebord de son chapeau, quelle abaissait sur ses yeux. Ainsi protégés elle empruntait une calèche fermée et se rendait au traitement. Chez elle, elle procédait de façon similaire.
Pour ce cas aussi, lidentité lumière et vie se confirma. Lintensité incroyable de la volonté dêtre dans lobscurité se révéla être nostalgie de la mort. Dans un poème, la patiente comparait son existence à un cimetière, elle qui avait abordé la vie avec de si grandes aspirations à la réussite. Aussi bien, dans sa chambre obscure ou elle restait alitée une grande partie du temps, elle était une enterrée vivante. Lautopunition que représente un tel enterrement est évidente pour la psychanalyse, qui sait la fréquence du fantasme dêtre enterré vivant, comme motif déclenchant de la formation de symptômes névrotiques.
Le fantasme du retour au ventre maternel fut dune importance capitale, la suite nous le montra. La fixation de la fille à sa mère était si étonnamment marquée que la patiente, femme dune grande pertinence psychologique " entre elle et sa mère navait pas été coupé! Parmi ses poèmes, il en était un qui traduisait clairement le fantasme du corps maternel.
Par discrétion, je ne peux parler quallusivement des déterminations de la crainte de la lumière et de la douleur oculaire. La vie fantasmatique de la malade comportait des motifs de poids lui interdisant tout plaisir à voir, et suscitant des douleurs violentes lorsquelle enfreignait linterdit quelle sétait donné. Entre autres fantasmes, il sagissait de ceux qui étaient dirigés contre une personne de son entourage proche, car celle-ci surpassait de loin la patiente.
Une des raisons principales motivant les lunettes et le voile avant son départ de son domicile était quainsi affublée elle ne pouvait lancer " aucun clin dil " à un homme, et quelle ne pourrait que les repousser tous, y compris, bien entendu, son propre mari.
Je men tiendrai là - sans approfondir les motifs sadiques - en signalant toutefois quen lespace de quelques mois lamélioration fut telle que la patiente put prendre part à des soirées en société, en pleine lumière, avec des mesures de protection relativement réduites. Elle passa ainsi quatre heures daffilée dans une salle très éclairée. Ce beau résultat, transférentiel pour une grande part bien entendu, céda le pas à une période de résistances des plus intenses. La psychanalyse avait aidé la patiente a enter dans le monde; elle avait presque coupé " le cordon ombilical psychologique "; mais la patiente ne devait pas voir la lumière du monde. La résistance qui survint alors réveilla à nouveau les fantasmes de corps maternel. La patiente, prise de violente douleurs, rejoignit sa geôle à peine abandonnée et sopposa à une poursuite du traitement; de fait, il ne fut jamais repris.
La signification symbolique de lobscurité a un caractère parfaitement ambivalent. De même que la terre ou leau, la signification symbolique de lobscurité est à la fois celle de la naissance et de la mort. Cette double signification revient à toutes les cavernes dans lesquelles aucune lumière ne pénètre, tant dans le symbolisme des rêves que des névroses. Elle concerne aussi bien les anfractuosités du corps humain que les cavités de tout genre;
La caverne obscure, qui dans cette symbolique représente le corps maternel, est souvent à concevoir comme étant lintestin plutôt que lutérus. il suffit de rappeler ici la théorie sexuelle infantile selon laquelle les enfants sont issus de lanus de la mère et lintérêt marqué de lenfant (et du névrosé) pour lintestin et sa fonction. Cependant, mon expérience psychanalytique ma montré que lintérêt de certains névrosés à être seuls dans un endroit étroit et obscur avait encore dautres déterminations de nature érotique anale. Comme on peut le supposer, cet endroit a souvent, dans les fantasmes, la signification dun water-closet. Bien que compréhensible, la représentation de certains névrosés dêtre enfermés dans des W.C. est plus surprenante. Ceux-ci sont le lieu tantôt de leurs désirs secrets, tantôt de leurs craintes insolites.
Pour terminer, je voudrais insister sur lintérêt infantile et névrotique pour les endroits clos et obscurs, car il nous permet de comprendre dautres manifestations psychologiques dont nous allons avoir à traiter. La prédilection que de nombreux névrosés, et spécialement les obsédés, portent à ce qui est " obscur ", cest-à-dire mystérieux, suprasensoriel, mystique, ne sexplique pas seulement par un voyeurisme refoulé. Cette tendance est plus spécialement déterminée par lintérêt érotisé pour les sombres cavernes, intérêt que la sexualité infantile nous permet de comprendre.
Contribution à la psychologie du doute et de la pensée obsédante - Parallélisme avec la psychologie collective
Dans ses " Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle " (1909), Freud a démontré le rôle que jouent dans la formation de certains symptômes de la névrose obsessionnelle le refoulement et le déplacement de la scoptophilie. Il souligna nommément les relations entre le voyeurisme, la curiosité, le doute et la rumination.
Grâce au matériel recueilli, je me propose de préciser points; de plus, je prendrai en considération certains phénomènes parallèle de la psychologie collective.
Nous trouvons régulièrement souffrant dune compulsion à questionner et à ruminer; dans les cas extrêmes, lactivité sexuelle est totalement victime de la rumination. Ces êtres sont perplexes, comme des enfants devant les problèmes importants de la sexualité; leur intérêt sest éloigné du domaine sexuel et déplacé à dautres questions de façon pathogène.
La curiosité sexuelle primitive de lenfant concerne le corps et les organes génitaux des parents, puis la conception et la naissance. Le garçon dont le comportement doit en premier lieu nous retenir sintéresse bien plus à sa mère quà son père, non seulement à cause de la différence de sexe, mais principalement par intérêt pour lorigine des enfants issus du corps de la mère.
Cette curiosité infantile primitive est de voir les organes et ce qui se passe; le désir de savoir correspond déjà à un endiguement du voyeurisme. La restriction va plus avant chez de nombreux névrosés; le savoir sexuel succombe aussi à linterdit. ainsi en arrive-t-on aux multiples transformations de la scoptophilie. Freud a traité les plus importantes dans le texte cité. A. von Winterstein a apporté des contributions précieuses.
Nous entreprendrons maintenant létude de ces transformations et de leurs conséquences.
Nous admettons, avec Freud, que la jouissance à voir de lenfant normal succombe pour une large part au refoulement et à la sublimation. Je nen nommerai que quelques manifestations: la curiosité (au sens large), le besoin de chercher, lintérêt pris à lobservation de la nature, le plaisir de voyager, de même lélaboration artistique de ce que lil perçoit (par exemple la peinture).
Nous admettons un renforcement constitutionnel du voyeurisme chez de nombreux névrosés; mais la limitation de lactivité sexuelle peut à son tour augmenter la signification du voyeurisme. A la place des performances sexuelles actives apparaît alors le besoin de regarder sans agir, de loin. Le destin de ce voyeurisme est divers. Pour une part, il peut conserver sa forme originelle, pour une autre il est modifié dans le sens de la sublimation mentionnée plus haut, et pour une troisième part, enfin, il est utilisé à la formation des symptômes névrotiques. Plus la pulsion est vivante, plus le travail de sublimation doit être intense pour éviter lirruption de troubles névrotiques; mais, bien entendu, plus graves seront les troubles lorsque les symptômes apparaissent.
Le processus de sublimation, de son côté, peut prendre différentes directions. Je considérerai dabord les névrosés qui montrent un intérêt marqué pour le savoir ou la recherche concrète.
Soit directement, soit grâce à lanalyse, on reconnaît souvent la pulsion originelle dans les intérêts issus dune telle sublimation de leur voyeurisme chez les névrosés. Je donne quelques exemples particulièrement instructifs dus à une de mes observations.
Une névrosé très intelligent et cultivé avait une aspiration marquée à luniversité scientifique. Il avait remarqué, au cours de son activité intellectuelle étendue, que chaque science comportait un problème qui le passionnait particulièrement. Lorsque je len priai, il me donna entre autres les exemples suivants:
Cest le status nascendi qui lintéressait en chimie. Un examen plus attentif montre que cétait le moment de la formation dun corps, ou de la combinaison de deux corps qui parvenait à littéralement le fasciner. Lintérêt pour la conception (combinaison de deux corps pour la formation dun nouveau) et pour la naissance (status nascendi) était déplacé avec succès sur un problème scientifique. Dans chaque science, le patient trouvait inconsciemment le problème qui exprimait au mieux, sous une forme voilée, ses intérêts denfant.
Cest dans le domaine de la paléontologie que le patient situa un exemple particulièrement instructif de cette tendance à la sublimation. Cest la période dite du " Pliocène " qui lavait surtout retenu. Or cest la période de la première apparition de lhomme. la question typique de lenfant sur son origine a été sublimée ici en un intérêt général pour les origines de lespèce humaine.
Il est facile de multiplier les exemples. Mais ceux-ci montrent lavantage de cette forme de sublimation pour le névrosé: elle le porte à garder un contact proche avec les phénomènes du monde extérieur. Dans dautres cas, le voyeurisme refoulé se transforme en une compulsion improductive au savoir qui nest pas tournée vers les phénomènes réels. Cest la rumination névrotique, caricature de la pensée philosophique.
Nous devons à A. von Winterstein des aperçus remarquables sur les ressorts inconscients de la pensée philosophique. Comme le dit lauteur, le philosophe voudrait voir ses propres pensées. La libido ne sadresse plus à ce qui est défendu (incestueux), à ce quon ne doit pas voir, mais à ce quon ne peut pas voir. Simultanément, elle est revenue au moi sous une forme que nous ne pouvons comprendre que comme une régression aux ornières du narcissisme infantile (A. von Winterstein). Je rapporterai par la suite le matériel dune de mes analyses, qui montre que le déroulement est similaire chez le névrosé qui rumine.
Pour ne pas franchir les limites de mon sujet, je mabstiendrai autant que possible de traiter des questions du narcissisme. Je me limiterai à démontrer les traces du voyeurisme incestueux refoulé dans les ruminations et doutes névrotiques.
Comme exemple de rumination névrotique, je choisirai la question obsédante de lorigine des pensées qui simpose puissamment et toujours à nouveau au patient. Un obsessionnel dun âge déjà avancé que lavènement de cette question avait été précédé immédiatement avait surgi au cours dune croisière à la suite de soucis hypocondriaques pour sa vie. La peur était la suivante: si je meurs au cours de ce voyage, mon cadavre sera-t-il englouti conformément à lusage marin ? il demandait donc à savoir avec certitude ce quil adviendrait de lui après sa mort. La deuxième rumination sur lorigine des pensées apparut peu après; elle ne réussit cependant jamais complètement à écarter la première.
Le patient essaya déchapper à la première question par une mesure pratique. Il fit construire un mausolée lors du décès de sa mère. Ainsi il savait ou il se trouverait après sa mort si des conditions exceptionnelles ne sy opposaient pas: à côté de sa mère.
Sans aborder les différents aspects, je soulignerai simplement que la question " ou irai-je après ma mort ? " est le renversement typique dune autre question plus proche de lenfant: " ou étais-je avant ma naissance? " la pensée obsédante principale sur lorigine des pensées se révèle être une autre transformation de cette question.
Le patient ne se satisfait pas de pensées obsédantes et abstraites; il chercher à se donner une représentation sensorielle de la formation des pensées dans le cerveau et de la façon dont elles en " sortent ".
En réalité, il demande à voir. Un jeune philosophe, que jeux en traitement, apporta cette explication dune surprenante simplicité: " je compare le cerveau avec le corps maternel. " sil veut observer la formation des pensées, nous ne pouvons y voir quun déplacement du désir infantile typique: de voir de ses yeux la conception et la naissance. Je remarquerai ici que comparaison des productions intellectuelle et sexuelle nest pas si lointaine; nous disons concevoir une uvre poétique, etc. si lon pénètre plus avant, on aboutit à lidentification de lenfantement et de la défécation et de ce fait des produits du cerveau (pensées) et ceux de lintestin.
Il est intéressant que ce patient préoccupé dans ses ruminations par lorigine des pensées, et le sort de son corps après la mort était curieusement peu informé de certains faits essentiels de laccouchement. il navait jamais abandonné complètement son ignorance dans ce domaine; son besoin de savoir sétait déplacé aux questions obsédantes.
Une rumination très répandue remplace le désir de voir la vie se construire par un autre détour. Elle ne concerne pas lorigine mais le sens de la vie humaine. Cette question obsédante est insoluble malgré les tentatives dy répondre de façon satisfaisante par la religion. Un jeune homme que je traitai fut obsédé par cette question pendant une longue période de sa puberté. Il apparut quil avait véritablement peur den savoir plus sur la conformation du corps féminin et sur les fonctions sexuelles. Plusieurs années après, lorsque loccasion soffrit de regarder le corps de femme, la peur et le dégoût len retinrent; ces affects sappliquaient tout particulièrement à la contemplation de la région génitale. Au début de son traitement avec moi, ayant appris quen psychanalyse on parlait de la sexualité, il me pria instamment de ne pas "léclairer " sur ce quil ignorait. Il apparut de toute évidence concernait inconsciemment la mère du patient.
Les questions obsédantes sont régulièrement impossibles à satisfaire. Lénigme quelles veulent résoudre ne doit pas être résolue; la question obsédante qui la remplace ne peut pas être résolue. Ainsi le mystère persiste. Le patient est le terrain du conflit permanent de deux partis, dont lun veut chercher à savoir tandis que lautre aspire à conserver lignorance.
Ainsi sexplique le jumelage de la pensée obsessionnelle et de lignorance sexuelle. Cette rencontre sexplique aussi du fait quà bien des névrosés le mystère donne plus de plaisir que son dévoilement. Je lai déjà mentionné. Il arrive de voir des patients qui souffrent vraiment de leur ignorance et ne peuvent cependant pas sen libérer. Jai suivi un homme de vingt-huit ans qui souffrait détats dénervement. le contenu de ces états était conscient pour lui: " tous les hommes détiennent le savoir, seul, jen suis exclu. " " savoir " signifiait pour lui non seulement des connaissances dans le domaine sexuel mais avant tout " voir " et par ailleurs lactivité sexuelle! Il est bien évident que celui qui évite la connaissance de la sexualité se retire de toute pratique. Un jour le patient perdit une fiche dans mon cabinet. Elle était couverte de formules incompréhensibles et inachevées. Au milieu de la fiche, on pouvait lire en grandes lettres: " I dont know. " ainsi le patient exprimait le tourment de son ignorance. Au cours de ses énervements, il parcourait sa chambre en criant toujours les mêmes mots. Il les inscrivait et les entourait de malédictions. La psychanalyse ne put se poursuivre que pendant peu de séances, temps suffisant cependant pour me donner un aperçu de linconscient du patient. La fixation incestueuse de sa libido était telle, chez ce patient, que cela étonnait même un psychanalyste. Jen rapprocherai un fait de la psychologie collective déjà mentionné par A. von Winterstein. En hébreu biblique, le même vocable signifie " savoir ", " reconnaître " et " accouplement ". dans cette expression, " regarder ", acte sexuel préliminaire qui permet de connaître la femme, est employé à la place de lacte définitif. Le choix de lexpression employée dans la loi mosaïque sopposant à lintéressant. ce nest pas le commerce interdit à lhomme de " dévoiler la pudeur " de telle ou telle femme. Cet interdit de dévoiler, de regarder est une limitation supplémentaire par rapport à celle de la relation incestueuse. A cet égard, elle correspond aux sévères interdits de voir, par lesquels certains névrosées évitent à la fois la vue de ce qui est défendu et aussi toute activité sexuelle.
Lexamen des restrictions du voir et du savoir reste incomplet si nous ne considérons pas le phénomène du doute. Je ne puis que men reférer encore aux travaux de Freud. Freud attribue au névrosé obsessionnel un besoin dincertitude. le patient sécarte de la réalité, de tout ce qui est saisissable, sûr; une aspiration inconsciente le porte à maintenir lincertitude, à la cultiver et à en créer artificiellement de nouvelles. Le doute prend son origine dans la perception interne de sa propre ambivalence. Au fond, le patient doute de la confiance quil peut accorder à ses sentiments, il déplace cette incertitude par prédilection sur les objets et les événements du monde extérieur. Il sagrippe à ce qui peut effectivement être sujet de doute, par exemple la mémoire humaine, ou la durée de lexistence.
Cela évoque la compulsion à ruminer, pour une grande part semblable à la compulsion à douter. Celui qui rumine a également retiré son intérêt du monde du concret, du perceptible, et la dirigé vers les questions qui restent obligatoirement obscures. De même que le douteur cherche inconsciemment à conserver son ignorance. Cela nous permet de saisir la coexistence, chez le même individu, du doute et de la rumination. De plus, il est évident que toute limitation du voyeurisme et de ce qui en est inséparable, de lavidité de savoir favorise non seulement la rumination abstraite mais partiellement le doute. La compulsion au doute trouve en quelque sorte des points dimpact multipliés lorsque lindividu ne peut plus attacher au réel ses sens et sa pensée. De plus, ses sentiments dinsécurité contraignent le névrosé à un renouvellement contant de ses ruminations. Il doit contrôler et recontrôler mille fois le cours suivi par sa pensée.
Dans la névrose, il y a bien des méthodes permettant déchapper aux tourments de lincertitude et à la compulsion à ruminer. Celui qui doute, qui rumine, sil aspire inconsciemment à maintenir les bases de sa souffrance, a néanmoins une tendance opposée à écarter lincertitude, à bannir le doute et lignorance. bien entendu sa force et ses moyens propres ne lui permettent pas dy réussir. Il est réduit à sen tenir aux autorités, à se soumettre à leur savoir, à leur point de vue, autorités quil charge de toute la responsabilité. Certains obsédés aiment conférer à leur médecin une telle responsabilité. Incapables de décider dans telle ou telle occasion, ils laissent le médecin proférer une sorte de décision magistrale qui met fin au doute. Ainsi ils modifient la situation de telle sorte quapparemment tout doute sen trouve exclu.
Je dois faire ici une incursion qui nous mènera certains phénomènes de psychologie collective, apparemment sans lien avec le voyeurisme, mais dont la compréhension nous est indispensable pour la suite de nos investigations.
De même que dans le comportement de certains névrosés, on trouve dans la psychologie collective des manifestations qui servent pareillement à écouter le doute.
Je partirai dun fait curieux qui na pas, je le crois, été relevé jusqualors: le mots " douter " ne figure pas dans lhébreu des écrits bibliques. ; il est à souligner que les textes appartiennent à des périodes très différentes. Il est remarquable que cest justement la langue du peuple au sein duquel le monothéisme se réalisa en premier lieu qui ignore ce vocable. Ce phénomène est encore accentué du fait que les langues, respectivement les dialectes des peuples emprunt eût été facile. Lhésitation entre le culte monothéiste et celui de Baal, Astarté et autres divinités dAsie Mineure dura des siècles. Enfin le culte dun Dieu unique masculin fut le plus fort. Nous avons déjà mentionné que le mythe biblique de la création a tendance à attribuer au Dieu masculin et à lhomme toutes les réalisations et à réduire la femme à une signification accessoire. Cela correspond parfaitement au système patriarcal ou la puissance unique revient au chef masculin de la famille. Les femmes et les enfants lui appartiennent de même que ses biens vivants et inanimés.
Je mappuierai maintenant sur les travaux de Freud qui montrent de façon convaincante comment le Dieu masculin est issu de la position des fils à légard du père. La sympathie du fils va originellement à la mère tandis que le père est lobjet de sentiments dopposition et dhostilité. le renoncement à cette disposition est lun des premiers effets du refoulement exigés par la culture. De prime abord, le fils se situait entre le père et la mère: le refoulement de la position dipienne le conduit à se décider en faveur du père et à reconnaître sans réticence sa puissance. Le patriarcat a de telles exigences rigoureuses à légard du fils devait être résolu en faveur du père, de même en est-il dans la religion monothéiste de lAncien Testament.
Labsence dans la langue hébraïque dun mot pour désigner le doute pourrait être négligée comme un phénomène isolé sans intérêt particulier, si la même langue ne présentait pas une autre lacune caractéristique. Aucun mot qui signifiât déesse, alors que dautres langues ont le vocable correspondant. On est tente de dire que le conflit du fils conditionné par sa position originelle hésitante entre père et mère est aboli, de même lhésitation à savoir sil faut vénérer un dieu masculin ou aussi une déesse est supprimée. Et la langue se comporte dorénavant non seulement comme si ce doute nexistait pas, mais comme si le doute en général nexistait pas dans lâme humaine.
Le fait que dans bien des langues le mot " douter " est en relation avec le nombre " deux " jette une lumière particulière sur ce problème de psychologie linguistique. Ces langues ne nient pas le doute, certaines langues mêmes présentent plusieurs formes grammaticales pour exprimer le doute. A titre dexemple, je rappelle la multiplicité de formes grammaticales en latin: le verbe " douter " exige des formes particulières dexpression qui sont inusitées ailleurs.
Ce nest que dans un document biblique tardif, le Psaume 119, que se trouve un mot quon a, semble-t-il, traduit à juste titre par " douteur ". plus précisément, il signifie: " fendu ". de lavis de spécialistes compétents, ce psaume date dune période tardive, au cours de laquelle les influences helléniques se font sentir. Un autre mots de même signification se trouve dans la littérature hébraïque tardive. Il a peut-être originellement la même signification de partage, de lêtre fendu. Il est très remarquable que la langue dil y a plus de deux mille ans sexprime comme la psychologie actuelle qui parle de Spaltung psychique. Ce terme montre, plus précisément que la désignation par doute (Zweifel) lié à " deux " -, la contradiction interne de lhomme.
Lorsque deux mots empruntés reconnurent lexistence du doute, on se vit contraint de leffacer autrement. On trouva une méthode simple. Lorsquil semblait douteux que telle action soit permise ou défendue, on décidait régulièrement dans le sens le plus sévère, cest-à-dire dans le sens de linterdit donné dans de tels cas par lautorité suprême(divine). Au fond, cette pratique aboutit, à nouveau, à une dénégation du doute.
A la suite de ces remarques, je rapporterai et analyserai quelques observations curieuses, récoltées au cours de lanalyse dun cas compliqué de compulsion à la rumination et au doute. Je me limiterai aux racines des manifestations en relation avec le refoulement du voyeurisme. Je ne ferai queffleurer dautres sources importantes de la formation des symptômes, le narcissisme et sadisme.
Précocement, le patient montra des sentiments dincertitude. comme enfant il tourmentait son entourage par sa compulsion obstinée à questionner. Plus tard, il se torturait avec ses doutes qui népargnaient aucun domaine de sa vie. Il doutait de son intelligence, de son " savoir " à tous égards, de sa mémoire, de sa capacité de juger. Il doutait de sa virilité, se demandait tout enfant sil devait se comporter en garçon ou en fille. Son affection sadressait alternativement à son père et à sa mère. Lorsquil fit connaissance de deux jeunes filles, il ne sut pas laquelle des deux il aimait. Sa vie entière était un labyrinthe de doutes quil cherchait vainement à maîtriser par le travail de sa pensée. Il trouva léchappatoire que nous connaissons déjà de transférer toutes les décisions à une autorité. Dans un cas particulier, il eut recours à une méthode très curieuse pour tuer ses doutes. Un orateur quil avait entendu à Berlin parla dans la ville universitaire ou il étudiait. Les discours et les écrits de cet homme lui avaient naguère occasionné des doutes et des ruminations graves. Il avait réussi à se soustraire jusquà un certain point à cette influence. Il craignait cependant de retomber sous cette emprise sil entendait cet homme. Il chercha à se sauver de son dilemme, en poussant les personnes de sa connaissance à railler cet orateur au cours de la réunion. Je puis ajouter quil sagissait dune expression de haine, dirigée contre toute autorité et qui sétait auparavant adressée au père du patient.
Les faits de lenfance, que la psychanalyse mit au jour, permirent de reconnaître que la curiosité sexuelle et le voyeurisme avaient atteint naguère un degré exceptionnel. Ce nest que progressivement quils firent place à une compulsion à questionner et à ruminer. Les influences éducatives avaient largement contribué à cette évolution. Leur expression la plus forte fut linterdit de questionner que la mère opposa au patient à lâge de la puberté, lorsque sa curiosité sexuelle se réveilla. Cet interdit favorisa le refoulement de la curiosité au cours des années suivantes. Lorsque la névrose éclata, une série de symptômes manifesta que le voyeurisme incestueux tentait dentamer le refoulement. Les rêves révélèrent la même tendance. Au début du traitement, le patient qui sintéressait beaucoup aux étude philosophiques nous apprit que, lycéen, il avait envié Pythagore. La raison de cette envie: daprès une affirmation transmise, Pythagore aurait vu trois fois sa propre naissance. Lintérêt le plus vif du patient était toujours mêlé à la question de lenfant: dou suis-je venu ?
Comme nous lavons dit, ce que lenfant désire cest de voir dou il est venu. Le névrosé a endossé cet intérêt infantile jusquaux années plus tardives de la vie. Son désir le plus cher aurait été de voir, de ses yeux, son propre enfantement hors du corps de sa mère.
La déviation précoce du voyeurisme de ses objets et de ses buts propres mène non seulement aux ruminations typiques, mais aussi entre autres- à une propension pathologique au mystérieux, au mystique. Cette tendance, déjà citée, à entretenir et à conserver le mystère, se manifesta par lappétit du patient encore jeune pour les ouvrages mystiques, théosophiques, spirites, quil dévorait. Une tendance inverse sopposait à celle-ci . il voulait voir de ses yeux ce qui ne saurait être que pensé. A cet égard, il parla clairement de son envie de voir les pensées. Le patient de représentait le processus de la pensée. A cet égard, il parla clairement de son envie de voir les pensées. Le patient se représentait le processus de la pensée sous une forme naïve, corporelle et spatiale. Dans le cerveau, des boîtes et des tiroirs contenaient les pensées qui occasionnellement pouvaient en sortir. Il sen préoccupait beaucoup. Bien entendu, il sexcitait aussi à lidée de voir linvisible. des ruminations sans fin concernaient laspect des esprits et des fantômes, de Dieu, etc. puis des inhibitions interdisaient ces représentations au patient.
Il nest guère besoin de mentionner les manifestations apparentées de la psychologie collective: les cultes ésotériques, les mystères, les sociétés doccultisme dune part, et de lautre les interdits religieux déclaircir les mystères.
Une explication, dailleurs courante dans lexpérience psychanalytique, se dégagea au sujet de la signification des fantômes qui jouaient un grand rôle dans les pensées du malade. Comme dans dautres cas, les impressions nocturnes de lenfance étaient à la base des ruminations sur les fantômes. Les parents en vêtements de nuit blancs, que les enfants observent, sont les modèles de la conception infantile des personnages mystérieux.
Si limagination figure lobservation sur un mode altéré et fantastique, il nen reste pas moins que lenfant est sur la voie de conclusions exactes. Lorsque plus tard les interdictions de voir et de savoir eurent du patient, le désir refoulé de la répétition des impressions infantiles plaisantes se déplaça aux " fantômes ". le patient réclamait constamment de voir les fantômes. Il alla plus loin, transposant son avidité de savoir de lénigme sexuelle à la rumination fantomatique.
Lun des problèmes qui le tenaient en haleine sur un mode compulsionnel était le suivant: " Comment les fantômes peuvent-ils entrer dans une pièce fermée? " je ne mattarde pas sur les aspects très intéressants des tentatives de solution que le patient apporta à cette question. Je mentionne seulement que deux problèmes à solution interdite se cachaient dans le problème- substitut, à savoir les questions: comment lhomme pénètre-t-il dans le corps féminin, comment lenfant en sort-il? Laspect interdit de ces problèmes, cest le fait quil culminent au niveau du père et de la mère et encore plus dans lenvie originelle de voir ce qui est mystérieux.
Le voyeurisme refoulé ne cherchait pas seulement dans les ruminations une satisfaction substitutive, dautres voie menaient à celle-ci. Elles méritent un intérêt particulier; cest pourquoi je my attacherai plus avant, dautant que cette étude nous procurera des aperçus importants sur la constitution de certains phénomènes de la psychologie collective.
Comme dautres hommes, le patient était en mesure de faire surgir devant ses yeux avec une grande précision les gens et les circonstances auxquels il pensait. Chez bien des névrosés, le seul fait de fermer les yeux suffit à promouvoir de telles visions. Dautres suscitent volontairement de telles " images " et sen réjouissent comme lenfance, mais disparaît chez certains au cours des années. Labsence de telles illustrations visionnaires de la pensée fantasmatique ne permet donc pas automatiquement de conclure que tel homme nappartient pas automatiquement de conclure que tel homme nappartient pas au type " visuel ". bien plutôt, sagit-il souvent de limitations du voyeurisme, nées du refoulement.
Puisque le patient était contraint de renoncer au désir de voir " les fantômes ", il essaya de les remplacer par des visions provoquées volontairement. Il est très significatif quil tenta dévoquer les images de ses parents. Mais cela ne lui réussit pas à son gré. Limage de sa mère napparut pas du tout, celle de son père sous une forme disloquée, seulement. Par contre, il parvint facilement à évoquer dautres membres de sa famille. La tentative daboutir à une satisfaction substitutive du voyeurisme incestueux et le résultat négatif qui sensuivit sont également remarquables.
Ayant constaté les mêmes faits chez plusieurs patients, jen arrivai à leur accorder une certaine importance. Certains névrosés, comme je viens de le décrire, tentent davoir la vision des parents, ou se contentent dévoquer leur aspect de façon aussi vivante que possible.
Une de mes patientes, au plus haut degré fixée à son père, ne réussissait pas à se le représenter. Dans un autre cas, le patient ne parvenait pas à se le représenter. Dans un autres cas, dans un autre cas, le patient ne parvenait pas à évoquer clairement les traits du visage de sa mère. Cela lui était facile pour son père: les yeux en particulier avaient une expression pétrifiée. Dans ce cas, le voyeurisme concernant la mère avait subi un refoulement intense tandis que les fantasmes de mort concernant le père navaient pas été refoulés avec le même succès: la fixité du regard les traduisait.
Cest comme si chez ces personnes un interdit uvrait, marquant une frontière à leur voyeurisme. Le rêves dune jeune fille névrosée apporta une belle illustration à ma conception. La rêveuse se trouve parmi beaucoup dautres gens, dans une église. Ceux-ci contemplent une image de la madone. Elle seule ne peut pas voir le tableau. La psychanalyse découvrit chez cette patiente une tendance homosexuelle très forte pour sa mère. Généralement, cette tendance était muée en opposition et apparaissait occasionnellement sous sa forme originelle, dans un état émotionnellement sous sa forme originelle, dans un état émotionnel intense. La mère passait pour une femme particulièrement belle; contre ces attraits défendus, la fille sassurait par un interdit presque total de regarder.
Une publication de Freud sur ce sujet a attiré notre attention sur certaines " concordance de la vie psychique des névrosés et des primitifs ". ce qui nous intéresse ici, cest lanalogie de certains interdits obsessionnels chez les névrosés et de ce quon appelle les prescriptions du tabou de certains peuples. ; ces prescriptions ont ceci de particulier que ceux qui les suivent ne peuvent pas les justifier. De même, les névrosés soumis à linterdit dont nous traitons ici ne peuvent pas en donner le fondement. La concordance entre linterdiction névrotique de voir et le deuxième commandement du décalogue de la bible est très intéressante: il interdit sévèrement la reproduction du Dieu unique (paternel). Freud a tenté dexpliquer cette prescription par une autre voie; celle que je propose ici nest pas en contradiction avec celle donnée par Freud, elle la complète plutôt, conformément à la surdétermination bien connue de toutes les productions psychologiques. Alors que le présent travail était achevé quant à son contenu, je trouvai dans une publication récente de Storfer une explication du deuxième commandement, issue de réflexions semblables aux miennes. Storfer tente de faire remonter linterdiction de reproduire limage de Dieu à la crainte du phallus paternel, en soulignant le caractère phallique si fréquent des représentations de Dieu et des signes du culte. Cette explication semble bien concorder avec mes conceptions, cependant il y aurait lieu de faire un examen consciencieux de mythologie comparée.
Nous pouvons aller un peu plus loin dans le parallélisme des manifestations de la psychologie individuelle et collective. Jai déjà mentionné que le patient était tourmenté par des doutes permanents; ceux-ci concernaient entre autres, comme je lai dit, ses parents. Le doute, de même que linterdiction de voir leur image, jouait un grand rôle dans sa relation à ses parents. Si nous soumettons le décalogue à un examen plus approfondi, il nous apparaîtra que lordre de ne reconnaître quun seul dieu, et celui de ne pas le représenter par des images voisinent. Lanalyse des productions les plus variées de la vie psychique nous a convaincus que le voisinage immédiat de deux éléments désigne une relation entre eux. Il est remarquable que la défense de reproduire suive immédiatement lordre de ne pas reconnaître quun seul dieu, cest-à-dire dexclure le doute entre père et mère. Lanalyse du matériel individuel jette une lumière nouvelle sur cette manifestation.
Revenons à ce patient qui ne devait pas simaginer ses parents et voyons ce quil fait pour trouver un substitut à ce qui lui est interdit. De toute la force de son imagination, il tentait de se représenter laspect des fantômes qui dans son système obsédant remplaçaient les parents. La façon dont il se représentait les fantômes montrait clairement quau fond il sagissait des relations sexuelles des parents. Il les imaginait je le cite littéralement comme des " grand êtres nus ", comme des personnages voluptueux.
Comme je le mentionnai, le patient alimentait largement ses ruminations à laide de certains écrits à contenu notamment théosophique. Ce quil y lisait lui faisait identifier ses parents non seulement à des fantômes, mais aussi à des "géants ". dans un de ces livres, il avait appris que les habitants de la terre engloutie de lAtlantide avaient été des géants qui avaient disposé dune forme de conscience supérieure à celle des hommes contemporains: la conscience astrale. Ils auraient été initiés à des secrets qui sont inconnus. Dans ce livre, il était écrit: leur savoir était si puissant quil ébranlait la terre.
Pour le patient, ces géants prirent immédiatement la signification des parents en " savaient " bien que lui, cest-à-dire quils étaient en possession du secret sexuel. Lenfant cependant cherchait non seulement à voir le secret des parents de ses yeux, mais également à lentendre. visiblement le patient avait procédé à lassimilation qui nous est connue en tant que phénomène linguistique: il avait identifié " savoir " et commerce sexuel. Il est par ailleurs caractéristique que le patient tentait davoir une représentation matérielle de Dieu. Il nest pas étonnant quil concevait Dieu comme un géant. Limagination de lenfant confère au père une puissance extraordinaire. Elle compare volontiers le père, si supérieur par la taille, à un géant. Les rêves dadulte en portent souvent la marque. Lorsque lenfant a appris quelque chose au sujet de Dieu, il se le représente nécessairement daprès limage du père: il nagit pas autrement quun peuple se forgeant une religion et vénérant un dieu paternel. Notre patient en sinterrogeant sur laspect de Dieu ne faisait ainsi quune tentative de lever linterdiction de voir concernant son père.
La similitude interne de linterdit névrotique de se représenter le père (les parents) et de linterdit biblique de reproduire Dieu est soulignée par le fait que les deux interdits sont enfreint dune façon strictement identique.
Je pense ici à une de ces questions à controverse, typique, comme il en est tant dans les écrits talmudiques: linterdiction dune représentation imagée de Dieu ne devait pas être enfreinte. Cependant, lorsque les gens se sentaient acculés, pour divers motifs, à donner à leur représentations de Dieu un contenu matériel plus vivant, ils en étaient réduits à sinterroger. Ce besoin et le respect strict de linterdiction de toute représentation expliquent la question du Talmud concernant les dimensions du corps de Dieu. Il nétait permis dy répondre que lorsquon sen tenait strictement à des renseignements déjà consignés dans les écritures bibliques A cet égard, on trouve le passage ou les paroles suivantes sont mises dans la bouche de Dieu: " Le ciel est mon trône et la terre lescabeau de mes pieds. " cela amenait à conclure que les jambes de Dieu étaient si longues quelles parvenaient du ciel jusquà la terre. Cette façon de sinterroger ressemble étonnamment à celle de nos patients. Ici apparaît aussi le désir refoulé de se faire une image de Dieu (cest-à-dire de le voir). Mais la ressemblance va plus loin, dans la mesure ou la question du Talmud indique aussi le retour à la représentation infantile de la silhouette géante du père.
Nous voyons quil y a une analogie indiscutable entre les restrictions du voyeurisme des névrosés et des peuples. Nous montrerons par la suite que la psychanalyse nous permet dautres éclaircissements sur lessence de ce parallélisme.
Le totémisme infantile, source de la phobie du soleil et des fantômes
Au cours de nos investigations, nous avons rencontré deux symboles auxquels nous avons dû reconnaître une signification paternelle: le soleil et le fantôme. Nous avons vu certains névrosés craindre devoir la lumière du soleil ou réagir dune façon particulière, différant du comportement normal, par une opposition, un refus entêté. Il se révéla que chacun de ces névrosés avait des sentiments ambivalents à légard du soleil; quil aimait (vénérait) le soleil et en avait peur à la fois. Jai pu parler dune véritable phobie du soleil. Parmi ceux qui ont tendance à ruminer, nous avons relevé un intérêt particulier pour lapparition des fantômes. Le fantôme, le fait de se représenter, suscitait également une réaction ambivalente le désir de le voir et simultanément la peur de son apparition, quon peut appeler une phobie des fantômes. Si le soleil et le fantôme nous apparaissent comme symboles du père, et si nous connaissons lambivalence du névrosé vis-à-vis du père, le caractère contradictoire des sentiments portés aux symboles représentatifs du père ne n