Effets psychiques chez un enfant de neuf ans de lobservation des relations sexuelles des parents
Léditeur de cette revue a sollicité la communication de rêves de lenfance dont linterprétation justifiât la conclusion que le rêveur fut précocement témoin de relations sexuelles. La contribution suivante ne correspond pas tout à fait à fait à la demande, car lobservation du coït parental ne se situe pas dans les premières années de la vie, mais très vraisemblablement immédiatement avant lapparition et du rêve en question et de langoisse névrotique. Je pense cependant que cette publication comment un enfant prédisposé à la névrose réagit à un tel événement vécu.
Je fus appelé peu auprès dune fillette de neuf ans et neuf mois qui souffrait depuis peu détats dangoisse.
Dix jours avant la consultation, la petite avait été mise au lit comme à laccoutumée. après une heure de sommeil, elle appela par ses cris deffroi sa mère qui se tenait dans le salon contigu. Epouvantée, elle raconte à sa mère le rêve suivant: " Un homme a voulu tassassiner dans ton lit, mais je tai sauvée. " Pendant quelle parlait, elle nétait pas encore en mesure de distinguer le rêve de la réalité. Lorsque la mère lui parla posément, elle rétorqua lair épouvanté: " Mais ce nest pas toi ma mère. " A la suite de quoi elle exprima sa peur des objets de la chambre quelle prenait pour des animaux. Elle ne se calma quau bout dun certain temps, puis elle sendormit jusquau matin; elle déclara avoir dormi paisiblement et sans trouble et se bien porter. Elle ne semblait pas se remémorer les incidents de cette nuit en réponse aux questions prudentes ( et de ce fait superficielles) des parents.
Chez cette patiente, un rêve très angoissant avait été suivi dun état crépusculaire. Il ny avait aucun antécédent dépilepsie, ni aucun symptôme pouvant plaider en faveur dune maladie mentale (au sens étroit). Lévolution ultérieure et ce que je découvris par la suite permettent de supposer quil sagissait dun état crépusculaire hystérique.
La patiente présenta toutes sortes de manifestations pathologiques les jours suivants. Elle était impressionnable et avait tendance à sursauter. Au cours des conversations avec sa mère, elle avait un symptôme proche du " parler à côté " ( Ganser). Le soir, elle fut reprise dangoisse à plusieurs reprises. Parfois elle avait des visions danimaux, ainsi elle fut effrayée par un serpent qui rampait dans son lit et tentait de lui mordre la jambe. Elle me le raconta à loccasion de ma visite. Elle craignait daller aux W.C . car elle y voyait apparaître des hommes noirs qui la menaçaient du doigt. Simultanément, je trouvai une astasie et une abasie nettes accompagnées de la peur de tomber. Il fut possible dinfluencer ces troubles par la suggestion et dobtenir de conduire la patiente à travers la pièce en la tenant seulement un peu par sa manche. Elle put finalement regagner seule son lit de façon instable, mais sans tomber cependant. Il ny avait aucun des symptôme dune paralysie dorigine organique. En la questionnant, jappris que la patiente avait fait beaucoup de rêves angoissants ces derniers temps. Lorsque je la priai de men raconter un, elle répondit immédiatement par le rêve ci-dessus, bien que les parents ne le lui eussent pas rappelé les jours précédents. Lamnésie du soir déclosion de la maladie nétait donc que partielle.
Nayant été appelé quen consultation, je dus me contenter de ce que javais recueilli et de quelques mesures psychothérapiques apaisantes. Aidé du père de la patiente, je chercherai à pénétrer plus avant létiologie de cet état.
Le rêve angoissé de la patiente avait éveillé en moi la supposition quelle avait été témoin des relations sexuelles des parents et que dune façon typiquement infantile (théorie " sadique " du coït ), elle avait élaboré en rêve une répétition de la scène vécue.
Comme la petite partageait la chambre de ses parents, je fis part au père de ma supposition et je la justifiai brièvement. Il me comprit fort bien. Il déclara quil ne pouvait que confirmer mon point de vue. Il ajouta quen dehors du coït, la petite avait pu entendre des discussions violentes entre ses parents après quils se furent couchés. Ainsi lassassinat de la mère a une détermination encore autre que sexuelle.
Ici une position homologue de celle du complexe dipien du fils est évidente chez une fille. Elle rêve dune tentative de meurtre sur sa mère. Le sens de cette image nest en rien modifié par le fait que la rêveuse " sauve " sa mère. Si cette signification des rêves de sauvetage nétait pas connue, il suffirait de rappeler que la patiente désavoua sa mère après le rêve; elle sen débarrassa donc dune façon qui nous est bien connue par les " fantasmes de filiation ". un serpent symbole viril évident du père sapproche delle sous la forme dune hallucination à létat vigile. Cest avec une hésitation marquée et un mimique altérée que la patiente avoua que le serpent voulait mordre la jambe; elle semblait se dérober. Vraisemblablement, elle nommait la jambe à la place du sexe par analogie avec la fable de la cigogne qui mord la jambe des femmes.
Une élaboration si brusque et si intense, une expression si transparente du complexe parental permettent de supposer un événement vécu de grande valeur affective en relation avec les parents. lEs circonstances extérieures de même que les indications du père sont propres à nous faire penser que lenfant avait observé les relations des parents juste avant lapparition des manifestations décrites. un entretien unique ne me permit pas bien entendu de men assurer directement.
Mais un seul événement ne pouvait suffire à causer un état morbide si sévère: la relation de certains symptômes avec le traumatisme psychique enduré reste incertaine. Linterrogatoire du père mapporta un matériel supplémentaire. La patiente fréquentait une fillette du voisinage dont on disait qu elle pratiquait la masturbation mutuelle avec dautres filles. On peut supposer que la patiente fut excitée par les actes et les conversations sexuelles avec son amie, et que de ce fait elle avait réagi beaucoup plus vivement que dhabitude à ce quelle avait vécu dans la chambre des parents.
La peur silhouettes à mimique menaçante permet de conclure à un sentiment de culpabilité. Notre expérience habituelle nous permet de penser que vraisemblablement cette culpabilité est liée à des actes sexuels interdits. Ce nest certes pas par hasard que ces silhouettes apparaissent aux W.C. Cest bien là le lieu le plus habituel ou se pratiquent les actes interdits.
Lanalyse fragmentaire que nous avons rapportée nous laisse insatisfaits, surtout sur un point. En règle générale, les associations des patients attirent notre attention sur des désirs et des impressions infantiles précoces, à partir desquels les symptômes névrotiques se sont développés. Il fut impossible dans ce cas de pénétrer jusquaux couches les plus profondes de linconscient. je suppose que cela nous aurait permis de constater que les impression actuelles de la patiente tiraient de linconscient, cest-à-dire des souvenirs refoulés de la première période infantile, leur énergie essentielle. Mais, nous lavons dit, cela ne fut pas possible.
Je pense pouvoir conclure que lobservation du coït des parents déclencha la psycho-névrose, dont le premier symptôme révélateur fut ce rêve angoissant, suivi dun état crépusculaire.