Le pavillon de loreille et le conduit auditif, zone érogène
Il y a quelques années, une observation attira mon attention sur la signification de zone érogène du pavillon de loreille et du conduit auditif externe.
La voici : Un névrosé était atteint " daccès étranges survenant dix à vingt fois ou plus par jour ". au cours dun traitement psychanalytique prolongé, je pus les observer à plusieurs reprises. Ainsi, le patient se dressait brusquement au cours dun entretien, pâlissait, se saisissait les oreilles, courait à la porte. Très excité, il introduisait lindex de la main droite dans loreille droite, le remuait violemment de haut en bas. Ce faisant, son visage grimaçait de rage, il se recroquevillait, tapait des pied jusquà ce que labréaction motrice sachevât par une respiration haletante. Puis le patient se laissait choir, épuisé. Peu après, il pouvait reprendre le cours des idées précédentes; il suffisait que je lui rappelle les quelques mots quil avait prononcés juste avant laccès. pendant la crise, la conscience était obscurcie. Puis le patient avait le sentiment de revenir à la réalité. Il savait quau sommet de lexcitation lui venaient certaines pensées, mais il ne parvenait pas à en énumérer le détail. Lanalyse des accès nous apprit entre autres que leur début était marqué par une sensation de chatouillement du conduit auditif, dont le patient se débarrassait en donnant les signes dune grandes excitation. Les crises lui servaient de substitut à certaines activités sexuelles interdites. Il est à noter que ces accès et les autres manifestations disparurent pendant quelques mois. Cétait alors que le patient avait fait la connaissance dune jeune fille. Il ny eut pas de relations sexuelles entre eux. Ils prenaient leur plaisir à sexciter en se chatouillant jusquà lépuisement.
Manifestement, il sagit là dune érogénéité extraordinaire de la peau, du pavillon et du conduit auditif. Le plaisir marqué que prennent certains névrosés aux chatouillements est connu. Le symptôme névrotique du prurit nest pas rare lorsque les autres voies de la satisfaction sexuelle sont barrées. Le sujet ainsi atteint est réduit à des manipulations de nettoyage ou de grattage, dont lexercice conduit parfois à lorgasme. jai observé par exemple un prurit du bras gauche chez une patiente. Le grattage qui allait jusquà la rage déclenchait un orgasme complet. Cette conduite avait, sur la masturbation pratiquée précédemment, lavantage de ne pas être ressentie comme coupable. Le grattage en raison dune démangeaison nerveuse et de leczéma qui laccompagne apparaît comme une nécessité et non comme un manquement à la morale.
Lutilisation érotique de loreille externe dans la petite enfance est connue depuis longtemps. Il suffira de rappeler lhabitude répandue chez les suceurs dassocier au " suçotement " le tiraillement rythmique du lobe de loreille. il faut rappeler que de nombreuses personnes aiment à curer leur conduit auditif, à y introduire des objets, à soccuper de la sécrétion auriculaire tant pendant lenfance que plus tard. Je pense à un garçon qui attrapa une mouche et lintroduisit dans son oreille. Il le fit si avant que le " corps étranger " nécessite une intervention médicale. Les enfants introduisent assez fréquemment de petits objets, par exemple des petits pois, dans leurs oreilles.
Récemment jacquis la certitude dune signification bien plus générale de loreille comme zone érogène. Je dois les observations suivantes à mon collègue, le Dr H. Hempel, de Berlin. Je les rapporte ici car elle méritent lintérêt des psychanalyses et parce quelle nont pas été jusqualors prises en considération.
Les enfants souffrent fréquemment deczéma suintant du pavillon et de loreille externe. Cette affection occasionne une démangeaison marquée. Les enfants se conduisent à son égard à linverse de leur comportement habituel avant une intervention médicale. Lenfant qui auparavant criait en raison de son eczéma devient calme et soumis à lapproche du médecin. Tant que le médecin soccupe de la partie qui démange, lenfant est calme, il ronronne doucement et ne se remet à crier que lorsque lopération est terminée. Ces observations récoltées sans connaissance précise de la théorie freudienne sur la sexualité infantile menèrent lobservation à voir dans cette conduite léquivalent dune excitation masturbatoire. Il faut dailleurs ajouter que les adultes donnent parfois aussi des signes évidents de satisfaction au cours dun tel traitement. Le collègue susnommé a vu un homme qui sétait complètement égratigné les oreilles et qui déclarait ne pas vouloir entendre parler de traitement.
Certaines imaginations montrent clairement le grand rôle que loreille peut jouer dans la sexualité de lenfant.
Une patiente minforma de sa tendance à simaginer, enfant, des histoires fantastiques. Vers neuf ans ( et vraisemblablement avant), elle prenait plaisir à se représenter soumise à la punition dun méfait. Elle imaginait volontiers les scènes suivantes: elle se promène avec sa plus jeune sur. Lempereur arrive en voiture et les fait saisir pour un méfait indéterminé. La punition suit. Elle consiste à nettoyer les oreilles des deux enfants. Cette manuvre était à la fois plaisante et effrayante. En plus de lexcitation souhaitée et redoutée dune zone érogène, les fantasmes témoignaient de la satisfaction de tendances masochiques.
Il en est de même chez des enfants ou des adultes qui simaginent être chatouillés aux endroits les plus sensibles de leur corps. Lintrication des pulsions sado-masochistes et du plaisir à chatouiller ou à être chatouillé est facile à démontrer. Je me contente de rappeler les accès du névrosé que jai décrits au début, il manifestait de la rage, de même que la patiente qui se grattait le bras.
Quelques faits me semblent mériter dêtre relevés. La rougeur des pavillons est fréquente chez les sujets névrosés. Je me réserve détudier plus à fond la relation entre ce symptôme et lexcitation sexuelle.
De même la signification érogène particulière chez certains sujets des alentours de loreille, de langle entre le maxillaire inférieur et le cou me semble devoir être mentionnée.
La signification érogène de loreille externe semble également à retenir pour expliquer les sifflements et dautres bruits subjectifs.
Mentionnons enfin un fait connu du psychanalyste: loreille externe conçue comme symbole génital.
Tout psychanalyste dispose probablement dexpérience proches de celles que je relate. Sadger a rapporté une série dobservations intéressantes qui complètent très bien les miennes. Dans un travail, jekels signale la masturbation du conduit auditif chez des invertis.