Contribution à la psychogenèse de la peur des rues au cours de lenfance
Chez les névrosés qui craignent de se rendre dans la rue sans accompagnement, on trouve habituellement une deuxième phobie: celle de la solitude à domicile. Il sagit des sujet auxquels leur inconscient ne permet pas de séloigner du cercle magique des personnes sur qui ils ont fixé leur libido. Toute tentative denfreindre linterdiction inconsciente est payée dun état dangoisse.
un garçon de cinq ans atteint de ces deux phobies mapporta spontanément, en dehors de tout interrogatoire médical, une confirmation de cet état de fait. La formulation de lenfant est si étonnante, dans sa brièveté précise et lapidaire, que je la cite et la commente en quelques mots.
Son angoisse intense ne permet pas de lenvoyer seul de son foyer à la maison voisine occupée par des parents, bien quil ny ait même pas de rue à traverser. De même il est pris dangoisse lorsque sa mère quitte lappartement, quoique restant alors avec sa gouvernante. Depuis peu, il refuse même daller en promenade avec la gouvernante. Lorsquun jour sa mère lui proposa une promenade avec la gouvernante, il sy opposa et déclara fermement: je ne veux pas être un enfant promené ( Spazierkind), je veux être un enfant materné ( Mutterkind).
Cette exigence est intéressante à plusieurs points de vue. Le garçon insiste sur son désir dune relation aussi intime que possible avec sa mère ( " enfant materné "). Il refuse de séloigner conduit par une personne non
Aimée (" lenfant à promener "). Soulignons que lenfant ne parle pas de sa peur mais de sa volonté. On ne méconnaître pas la fixation du garçon à sa mère, mais on ne méconnaîtra pas la fixation du garçon à sa mère, mais on se demandera comment la phobie a pu se constituer alors que le désir dêtre " un enfant à maman " est si peu étranger à la conscience du garçon.
Il est facile de répondre à cette question. Daprès la théorie des névroses de Freud, ce nest pas tant le désir dintimité avec la mère qui subit le refoulement, cest bien plutôt le désir incestueux de possession sexuelle. Dautres paroles du garçon, prononcées pendant la même période, confirment ce point de vue. Elles montrent que lenfant est lutte avec son complexe ddipe et quil est dominé par le désir de posséder sa mère à lui tout seul.
Le père de lenfant était en voyage pour quelques jours. Pendant ce temps, le garçon put dormir auprès de sa mère, dans le lit de son père. Lorsque sa mère lui dit un matin que le père reviendrait ce jour, il rétorqua: " Il serait bien plus agréable que papa ne revienne pas de son voyage. " Ainsi, il formula clairement le désir de mort à lencontre du père et laspiration à dormir près de sa mère.
Ces propos du garçon sont un aveu naïf des désirs infantiles. Cependant, ils portent déjà la marque du refoulement. Il est possible de montrer que les désirs exprimés couvrent une couche plus profonde de désirs inexprimés, celle-ci correspond au complexe ddipe.
Lobservation des stades précoces de la névrose est particulièrement propice à appuyer les conceptions que nous avons péniblement acquises par la psychanalyse de névroses de pleinement développées.