Les desseins hostiles qui se déplacent de lorgane à la fonction
(...) La situation se modifie dés que le fantasme actif de castration s'est quelque peu gauchi, se rendant par là méconnaissable à la conscience. L'atténuation formelle des fantasmes donne lieu à des extériorisations plus marquées des tendances en cause.
Cette atténuation de la tendance castratrice active peut par exemple prendre une forme où il n'est plus question de dérober son sexe à l'homme. Les desseins hostiles se déplacent de l'organe à sa fonction il s'agît cette fois de détruire la puissance de l'homme.
Il est fréquent que l'aversion sexuelle névrotique de la femme suscite une répulsion libidinale chez l'homme, telle que sa puissance virile s'en trouve perturbée. Une atténuation de l'impulsion agressive s'exprime par une attitude assez fréquente à l'égard de l'homme, et parfois excessivement pénible pour lui ; c'est la tendance à le décevoir.
Décevoir quelqu'un consiste à éveiller en lui une attente, pour ne pas la combler. Dans ses relations avec l'homme, la femme peut y parvenir, par exemple en répondant à ses avances, mais seulement jusqu'à un certain point, en se refusant ensuite à lui. Ce comportement s'exprime le plus fréquemment et le plus clairement par la frigidité de la femme.
Désappointer autrui est une tactique inconsciente fréquente dans la psychologie des névroses, essentiellement chez les obsessionnels. Ces patients sont inconsciemment chargés d'impulsions à la violence et à la vengeance, qui, en raison du jeu antinomique de forces ambivalentes, sont incapables d'émerger. Comme leur hostilité ne peut se manifester en acte, ces patients suscitent dans leur entourage des attentes agréables, mais qu'ils ne combleront pas.
Dans le complexe féminin de castration, nous pouvons fort bien représenter la tendance à décevoir dans son développement:
Premier stade : je te vole ce que tu as parce que je ne l'ai pas.
Deuxième stade : je ne te vole rien ; je te promets même ce que j'ai a donner.
Troisième stade : je ne te donnerai pas ce que j'ai promis.
Chez de très nombreuses patientes, la frigidité s'associe à une disposition consciente à assumer le rôle de la femme, et à reconnaître celui de l'homme. La tendance inconsciente a dans une certaine mesure pour objet la déception de l'homme ; celui-ci, rencontrant un consentement conscient, présume un plaisir mutuel. Mais, en même temps, la femme aspire à prouver, à elle comme à son partenaire, la non-valeur des aptitudes sexuelles de ce dernier.
En pénétrant jusqu'aux couches psychiques plus profondes, nous reconnaissons toute l'emprise inconsciente de l'aspiration de la femme frigide à être un homme. Dans un article antérieur, j'ai cherché à montrer, en accord avec les études bien connues de Freud sur la frigidité, que cette situation est pour la femme l'homologue d'un trouble de la puissance chez l'homme : l'éjaculation précoce.
Dans ces deux états, la libido s'attache à celle des zones érogènes qui a normalement cette signification chez l'autre sexe. Dans la frigidité, c'est en règle générale au clitoris que la sensation agréable est localisée, tandis que la zone vaginale en est dépourvue. Or, dans l'histoire du développement, le clitoris correspond à l'organe masculin.