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(Karl Abraham)
Depuis longtemps déjà, mais surtout durant la dernière guerre, j'ai été frappé de l'intérêt érotique que certaines femmes vouent aux hommes qui ont perdu un bras ou une jambe par amputation ou accident. Ces femmes ont le sentiment très vif d'être rejetées, et acceptent plus volontiers un homme mutilé qu'un sujet en pleine possession de son intégrité corporelle. Car le mutilé a lui aussi perdu un membre.
Il est clair que ces femmes éprouvent une affinité pour lui, qu'elles voient en lui un compagnon d'infortune, et n'ont pas besoin de le rejeter haineusement comme l'homme sain. L'intérêt que certaines femmes portent aux hommes israélites s'explique de même ; elles considèrent la circoncision comme une castration au moins partielle, qui leur permet le transfert de leur libido sur l'homme.
Je connais des cas où un mariage mixte de ce type fut contracté pour cette raison, bien entendu inconsciente à la patiente. Les hommes atteints d'autres infirmités, c'est-à-dire privés de leur « supériorité » masculine, suscitent un intérêt comparable.
C'est la psychanalyse d'une jeune fille de dix-sept ans qui m'a donné l'impression la plus forte de la puissance du complexe de castration. Elle accumulait les conversions, les phobies et les impulsions obsédantes, qui se rattachaient toutes à sa déception d'être une femme, et à ses fantasmes de revanche à l'égard de l'autre sexe.
La patiente avait été opérée d'une appendicite quelques années auparavant. Le chirurgien lui avait donné l'organe enlevé, dans un flacon d'alcool, et elle le conservait comme une relique. La castration subie était matérialisée par cet objet, qui apparut même dans ses rêves avec le sens du membre jadis possédé, mais ensuite perdu. Comme le chirurgien se trouvait en outre appartenir à sa parenté, il lui était d'autant plus facile d'établir une association entre son père et la « castration » ainsi accomplie.
Parmi les symptômes issus du refoulement de désirs actifs de castration, figurait une phobie qui mérite le nom de phobie du mariage. Cette peur s'exprimait par la plus vive opposition à l'idée d'un mariage à venir, car la patiente redoutait d'être obligée d'infliger quelque chose de terrible à son mari.
La phase la plus difficile de son analyse fut celle de la mise à jour d'un rejet extrêmement marqué de l'érotisme génital, et d'une accentuation exceptionnelle de l'érotisme buccal sous forme de fantasmes à caractère compulsionnel.
La représentation du rapport oral était reliée à celle de la section du pénis par morsure. Ce fantasme, qui s'exprime souvent dans les manifestations les plus diverses d'angoisse et de conversion, s'accompagnait d'une foule d'autres représentations terrifiantes. La psychanalyse réussit à mettre un terme à cette abondante production d'une imagination morbide.