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Une aversion innée pour la condition féminine

Bien des êtres féminins, enfants ou adultes, souffrent par moments ou en permanence du fait d'être nés filles. En outre, la psychanalyse nous apprend qu'un grand nombre de femmes ont refoulé le désir d'être homme ; nous rencontrons ce désir dans toutes les productions de l'inconscient, en particulier dans les rêves et les symptômes névrotiques.

La fréquence extrême de ces observations suggère que cette orientation du désir est courante, et commune à toutes les femmes. Si nous adoptons ce point de vue, nous voici obligés de soumettre à un examen approfondi et sans préjugés les faits que nous dotons d'une portée aussi générale.

Fréquemment, les femmes sont parfaitement conscientes de ce que beaucoup de phénomènes de leur vie mentale naissent d'une intense aversion pour la condition féminine ; mais les motifs d'une telle aversion restent parfaitement obscurs pour un bon nombre d'entre elles.

Certains arguments sont indéfiniment repris pour expliquer cette attitude; la fille serait dès l'enfance défavorisée par rapport au garçon, car on accorde à celui-ci une plus grande liberté; plus tard, l'homme fait choix d'une profession à son gré et peut élargir le champ de ses activités, étant soumis à beaucoup moins de restrictions, dans sa vie sexuelle en particulier.

Cependant, la psychanalyse nous montre que des arguments conscients de cette sorte ne possèdent qu'une valeur relative; ils naissent d'une rationalisation, processus qui cherche à dévoiler les motivations plus profondes. L'observation directe des fillettes dès les premières années de la vie met hors de doute qu'à une certaine étape de leur développement elles se sentent lésées par comparaison avec l'autre sexe, en raison de l'infériorité de leurs organes génitaux externes.

Les données émanant d'analyses d'adultes concordent pleinement avec cette observation; elles nous montrent qu'un grand nombre de femmes n'a pas surmonté ce désavantage, ou, en termes psychanalytiques, n'a pas pleinement réussi à le refouler et à le sublimer durablement. Les représentations qui s'y rattachent exercent souvent une poussée vigoureuse, qui répond à la force de leur investissement libidinal, contre les obstacles leur barrant l'accès à la conscience. C'est une efflorescence de symptômes névrotiques, d'images oniriques, etc., qui témoignera de la lutte du matériel refoulé avec la censure.

L'expérience des effets si sévères et durables sur la vie mentale de la femme, de la non-possession d'un organe masculin, nous autoriserait à en désigner tous les dérivés pulsionnels du nom collectif de « complexe génital ». Cependant, nous préférons une expression empruntée à la psychologie des névrosés masculins, et parlons du «complexe de castration » chez la femme. Nous y avons des raisons valables.

La haute estime en laquelle l'enfant tient son propre corps est étroitement liée à son narcissisme. Primitivement, la fille n'a aucun sentiment d'infériorité touchant son corps, et peut donc ne pas réaliser immédiatement qu'il présente un manque comparé à celui du garçon. Incapable de reconnaître un désavantage dans sa personne, elle forgera la théorie que nous avons souvent rencontrée « J'avais autrefois un organe comme les garçons, mais on me l'a pris.» La fillette s'efforce donc de faire du manque douloureusement ressenti une perte secondaire, et qui résulterait d'une castration. Cette idée touche de près à une autre que nous traiterons en détail.

Le sexe féminin est considéré comme une blessure, et à ce titre il porte marque de la castration.

Nous relevons aussi des fantasmes et des symptômes névrotiques, parfois des impulsions et des actes, qui dénotent une tendance hostile à l'homme. Chez bien des femmes, l'idée d'un préjudice subi engendre le désir de se venger de l'homme plus favorisé. Ces impulsions ont pour but une castration active, visant l'homme.

Ainsi trouvons-nous chez la femme non seulement la tendance à vivre un manque primaire, douloureusement perçu comme un dépouillement, mais il s'y ajoute des fantasmes de mutilation actifs et passifs, tout comme dans le complexe de castration masculin.

Tels sont les faits qui nous autorisent à user du même terme pour les deux sexes.

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