Des substitutions à cet attribut tant envié
Abordons maintenant un fantasme conscient, datant de l'adolescence d'une névrosée, et tout à fait typique du contenu inconscient de bien des symptômes névrotiques. Lorsque la sur aînée de la patiente eut ses premières règles, la cadette remarqua que sa mère et sa sur s'entretenaient en secret. Une pensée la traversa comme un éclair: « Je suis sûre que cette fois ma sur reçoit un pénis », ce qui signifiait qu'elle-même en recevrait un en temps voulu.
Ce renversement de la situation réelle est hautement caractéristique : en lieu et place de la « castration » renouvelée, signification que prennent les premières règles, on trouve l'obtention de cette partie du corps si désirée.
Une névrosée chez qui la psychanalyse mit en lumière un degré exceptionnellement prononcé de narcissisme opposa un jour la plus vive résistance au traitement, et me manifesta de nombreux signes d'humeur, qui se rapportaient en fait à son père décédé.
Elle quitta mon cabinet en proie à un transfert violemment négatif. Quand elle arriva dans la rue, elle se surprit à se dire impulsivement : « Je refuse catégoriquement de guérir tant que je n'aurai pas reçu un pénis. » C'est donc de moi, dont elle faisait un substitut paternel, qu'elle attendait ce cadeau. Elle y subordonnait l'effet du traitement.
Certains de ses rêves avaient un contenu semblable à cette idée brusquement surgie de son inconscient. On y voyait l'attribution d'un cadeau au double sens de recevoir un enfant ou un organe viril.
Comme partout dans le domaine de la psychologie des névroses, la sphère du complexe de castration comporte des compromis se tissant entre pulsion et refoulement. La règle n'est pas une revendication du plein accomplissement du désir au sens de la possession actuelle ou future d'un organe masculin : dans bien des cas, l'inconscient se contente d'une satisfaction substitutive de cette aspiration.
L'énurésie nocturne chez les femmes névrosées est un symptôme névrotique qui doit l'une de ses motivations capitales au complexe de castration. L'analogie avec la détermination de ce symptôme chez les névrosés masculins est frappante. Je donnerai l'exemple du rêve d'un patient de quatorze ans qui souffrait de ce trouble. Il rêvait qu'il se trouvait aux toilettes, urinant avec une incontestable sensation de plaisir, lorsqu'il remarqua brusquement que sa sur le regardait par la fenêtre.
Petit garçon, il avait en fait exhibé orgueilleusement aux yeux de sa sur sa façon virile d'uriner. Tandis que ce rêve, qui se termina par une émission d'urine, représente sous une forme voilée l'orgueil que le garçon tire de son pénis, l'énurésie chez la femme tient fréquemment au fantasme d'uriner à la manière masculine. Le rêve le traduit sous une forme déguisée et se termine par une évacuation agréable de la vessie.
Les femmes portées à l'énurésie nocturne éprouvent régulièrement de vives résistances contre les fonctions sexuelles féminines. L'aspiration infantile à pouvoir uriner en position masculine s'associe à la confession bien connue entre urine et sperme, entre miction et éjaculation. C'est de là que naît la tendance inconsciente à mouiller l'homme d'urine au cours du rapport sexuel.