Se donner lillusion que lon possède un organe virilJ'ajouterai (...) le rêve d'une jeune mariée névrosée ; disons d'emblée pour bien comprendre le cas qu'elle était fille unique. Ses parents avaient ardemment désiré un fils, et par conséquent cultivèrent le narcissisme et encore bien plus les désirs de virilité de leur fille. Selon une de leurs expressions, il fallait absolument qu'elle devienne un « homme célèbre ». Dans ses rêveries juvéniles, elle se voyait en « Napoléon féminin ». Elle s'engageait dans une glorieuse carrière d'officier femme, s'élevant aux plus hautes positions et ayant à ses pieds tous les pays d'Europe.
Après qu'elle se fut ainsi montrée supérieure à tous les hommes de la création, un seul d'entre eux surgissait enfin, capable de surpasser non seulement tous les hommes, mais encore elle-même ; elle se soumettait à lui. L'entrée dans la vie conjugale sur un plan de réalité se heurta à une extrême résistance de la patiente à assumer le rôle féminin. Je citerai plus loin les symptômes en question, me contentant de présenter ici l'un des rêves de la malade.
« Mon mari saisit une femme, soulève ses vêtements, découvre une sorte de poche et en retire une seringue à morphine. Elle lui fait une injection a l'aide de cette seringue, et on l'emporte dans un état de faiblesse pitoyable. »
La femme du rêve, qui correspond à la patiente elle-même, enlève à l'homme le rôle actif. Elle y parvient grâce à un pénis caché (la seringue), qui lui permet de pratiquer sur lui un coït. L'état de faiblesse de l'homme indique qu'il a été victime de sa violence.
Tirer la seringue d'une poche rappelle à la malade la miction masculine, qui lui semblait enviable dans son enfance. Mais on peut y voir une signification de plus. Lors d'une séance de l'Association psychanalytique de Berlin, Boehm a attiré l'attention sur une théorie sexuelle infantile courante : le pénis primitivement attribué aux deux sexes est supposé caché dans une fente, de laquelle il pourrait surgir temporairement.
Une autre patiente, dont la névrose exprimait le désaccord permanent entre masculinité et féminité sous les formes les plus diverses, me décrivit une sensation, qui ne tendait à rien moins qu'à créer l'illusion d'un organe viril. Au cours de l'excitation sexuelle, elle avait souvent l'impression que quelque chose sur son corps s'enflait jusqu'à des proportions énormes.
Chez d'autres patientes, les symptômes ne représentent pas leurs désirs de virilité comme comblés, mais révèlent cette attente dans un avenir proche ou lointain. Alors que dans les cas que nous venons de décrire, l'inconscient exprime l'idée « Je suis un homme », il conçoit ici le désir selon la formule : « Je recevrai un jour le "cadeau" ; j'y tiens absolument. »