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Le renversement des données en leur contraire

Les transformations névrotiques dues au complexe de castration chez la femme peuvent se diviser en deux groupes. Pour l'un, les phénomènes reposent sur l'aspiration intense, émotionnellement chargée mais inconsciente, à s'arroger le rôle masculin, soit sur le fantasme de possession d'un organe viril ; pour l'autre, les manifestations expriment un refus inconscient du rôle féminin, et des souhaits refoulés de tirer vengeance de l'homme plus favorisé.

Il n'existe pas de délimitation nette entre ces deux groupes. Leurs expressions ne s’excluent pas chez un même individu; elles sont complémentaires. Cependant, la prédominance de telle ou telle attitude se traduit souvent clairement, ce qui nous permet de distinguer, selon que l'une prime sur l'autre, le type de l’accomplissement du désir, et le type de la vengeance.

Nous savons qu'en dehors de l'issue normale du complexe de castration chez la femme, il existe deux formes anormales de réaction consciente : le type homosexuel et le type archaïque (de vengeance). Qu'il nous suffise de rappeler les liens entre perversion et névrose que Freud a rendus clairs et familiers, et nous pourrons envisager nos deux types névrotiques sous l'angle de leur psychogenèse. Ils représentent le « négatif » des types homosexuel et sadique, établis plus haut; car ils recèlent les mêmes tendances et les mêmes motifs, mais sous une forme refoulée.

En raison de leur multiplicité, les phénomènes psychiques qui découlent des désirs inconscients de virilité somatique ou de vengeance f prêtent peu à une vue d'ensemble. D'autre part, les symptômes névrotiques ne sont pas les seules expressions d'origine inconsciente qui nous occupent ici ; la diversité des formes d'apparition des mêmes tendances refoulées dans les rêves nous le montre.

Ainsi que je l'ai dit précédemment, cette étude ne prétend pas rendre un compte exhaustif des manifestations du complexe de castration refoulé. Son but est de discerner dans cette variété certaines formes fréquentes ou instructives, et plus particulièrement celles qui n'ont pas fait jusqu'ici l'objet de recherches.

Le renversement des données de la féminité en leur contraire se réalise dans les symptômes ou les rêves des névrosées ; c'est l'accomplissement de désir le plus parachevé au sens du complexe féminin de castration. Dans ce cas les fantasmes inconscients de la femme affirment:

« Je suis l'heureux possesseur d'un organe viril et j'exerce la fonction masculine. » Van Ophuijsen en donne un excellent exemple dans son article sur le « complexe de masculinité » chez la femme. Il s'agit d'un fantasme conscient remontant à la jeunesse d'une de ses patientes, qui à première vue ne nous donne qu'un aperçu de ses désirs homosexuels masculins actifs encore non refoulés ; mais en même temps ce fantasme montre clairement ce qui fonde les symptômes névrotiques par quoi ces tendances s'expriment après qu'elles ont succombé au refoulement.

A cette époque, la patiente avait l'habitude de se placer le soir entre la lampe et la paroi, et de tenir ses doigts devant la partie inférieure de son corps, de façon telle que l'ombre portée évoquait la forme d'un pénis. Ce qu'elle faisait ainsi ressemble beaucoup au jeu de la fillette de deux ans avec le cigare.

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