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Quelques destins de femmes

Freud, dans le Tabou de la virginité, oppose l'issue normale du complexe de castration, conforme à l'impératif de la civilisation, à son mode de résolution « archaïque ». Chez de nombreux peuples primitifs, l'usage interdit à l'homme la défloration de sa femme. Elle doit être pratiquée par un prêtre, comme un acte sacré, ou s'effectuer en dehors du mariage. Selon la remarquable analyse de Freud, cette curieuse prescription s'explique par les risques psychologiques d'une réaction ambivalente de la femme à l'égard de l'homme qui l'a déflorée. La vie commune avec la femme qu'il a déflorée lui-même pourrait comporter une menace pour l'homme.

L'expérience analytique nous montre que les manifestations d'une inhibition du développement psycho-sexuel sont proches du comportement des peuples primitifs. Dans notre civilisation actuelle nous rencontrons des femmes qui réagissent à la défloration d'une manière qui est pour le moins proche de cette forme « archaïque ». Je connais quelques cas où des femmes, après la défloration, eurent une explosion affective et frappèrent ou cherchèrent à étrangler leur mari. L'une de mes patientes s'endormit aux côtés de son mari après leur premier rapport sexuel. Au sortir du sommeil, elle se livra sur lui à des voies de fait, et ne retrouva que graduellement ses esprits.

On ne peut se méprendre sur la signification d'un tel comportement:

la femme se venge de l'atteinte portée à son intégrité corporelle. La psychanalyse nous permet de distinguer un élément historique dans la motivation de ces pulsions vengeresses. Les représailles se rapportent, pour leur cause récente, à la défloration ; car cette expérience apporte à la femme une image incontestable de l'activité de l'homme, et met fin à toutes ses tentatives d'annuler les différences fonctionnelles entre la sexualité masculine et féminine.

Cependant, l'analyse profonde révèle l'intrication étroite des fantasmes de revanche avec tous les événements antérieurs - qu'ils soient imaginaires ou réels - qui ont pu agir comme une castration. La vengeance renvoie en dernier ressort à l'injustice subie de la part du père.

L'inconscient de la fille devenue adulte prend tardivement sa revanche du père qui a omis de lui accorde un pénis ; pourtant ces représailles ne s'appliquent pas à la personne du père, mais à l'homme qui, en raison d'un transfert de la libido, tient le rôle de celui-ci. La revanche adéquate au tort subi - la castration - ne peut être que la castration. Il est vrai qu'elle peut être symboliquement remplacée par d'autres manifestations agressives parmi elles, la strangulation est une action substitutive typique.

Le contraste entre ces cas et l'issue « normale » frappe immédiatement. L'attitude normale d'amour à l'égard de l'autre sexe est indissolublement liée, tant chez la femme que chez l'homme, à l'aspiration consciente ou inconsciente à la satisfaction génitale partagée avec l'objet d'amour ; dans les cas précédents, au lieu d'une attitude d'amour à but génital, nous trouvons une attitude sadique hostile possessive, émanant de motivations anales. La tendance du sujet à s'approprier par la violence se dévoile par toutes sortes d'autres manifestations psychiques associées. Les fantasmes de vol s'accompagnent de la représentation de prendre à son compte le pénis volé et d'en faire son membre. Nous y reviendrons.

Des désirs de virilité aussi archaïques ne se font jour qu'occasionnellement. Par contre, un très grand nombre de femmes semblent incapables de parvenir à une pleine adaptation psychique au rôle sexuel qui leur échoit.

Une troisième possibilité s'offre : l'homosexualité, du fait des dispositions bisexuelles qui sont communes à tous. Les femmes de ce type adopteront le rôle masculin dans les relations érotiques avec d'autres femmes. Elles aiment à faire état de leur virilité dans leur tenue vestimentaire, leur coiffure, leur façon de se présenter, etc.

Ces cas s'apparentent à ceux chez qui l'homosexualité ne parvient pas jusqu'à la conscience ; le désir refoulé d'être un homme se rencontre ici sous une forme sublimée. Les intérêts masculins sont préférés et soulignés sur le plan intellectuel, professionnel ou autre.

Cependant, ces femmes ne renient pas consciemment leur féminité, elles ont au contraire l'habitude de proclamer que leurs intérêts ainsi cultivés n'ont rien de typiquement masculins, mais sont tout aussi bien féminins. Selon elles, l'appartenance d'un individu à l'un ou l'autre sexe n'a rien à faire avec ses capacités, dans le domaine de l'activité mentale. Ce type de femme est bien représenté dans le mouvement féministe actuel.

Si je n'ai fait que mentionner ces groupes, ce n'est pas que je fasse peu de cas de leur importance pratique. Mais ces deux types de femmes sont bien connus, ils ont fait l'objet d'études psychanalytiques assez nombreuses pour que je puisse me dispenser de m'étendre sur ce sujet, m'intéresser aux transformations névrotiques du complexe de castration, et en donner une description exacte, pour certains une description princeps, afin de les comprendre dans une optique psychanalytique.

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