L'influence chronique du complexe de la mère
Les femmes dont les représentations et les sentiments sont régis par le complexe de castration (consciemment ou inconsciemment, peu importe) transmettent ce complexe à leurs enfants. Ces femmes agissent sur le développement psycho-sexuel de leur fille soit en dénigrant dès l'enfance la sexualité féminine, soit en faisant inconsciemment percevoir à leur fille leur refus de l'homme.
Ce mode exerce l'action la plus persistante, car il mine, pourrait-on dire, l'hétérosexualité de la fille qui grandit. D'autre part, la méthode directe de l'humiliation peut entraîner de véritables effets de choc ; ainsi par exemple lorsqu'une mère dit à sa fille à la veille du mariage «Ce qui va t'arriver est répugnant. »
Les femmes névrosées dont la libido s'est déplacée de la zone génitale à la zone anale expriment ainsi leur dégoût du corps de l'homme. Sans en prévoir les conséquences, ces femmes exercent également une action considérable sur leurs fils. Une mère qui témoigne d'une attitude de rejet si marqué du sexe masculin blesse le narcissisme du garçon. Car le garçon, dés son jeune âge, est fier de ses organes génitaux, cherche à les faire voir à sa mère en escomptant son intérêt et son admiration.
Il remarque rapidement que sa mère évite ostensiblement leur vue si même elle ne formule pas son rejet. Ces femmes tendent tout spécialement à motiver l'interdiction de la masturbation à leur fils comme d'un contact répugnant. Et tout en évitant minutieusement de toucher ou de nommer l'organe viril, elles caressent volontiers le siège de l'enfant, ne perdent pas une occasion de parler du « panpan » ou de pousser l'enfant à prononcer ce mot, en même temps qu'elles vouent un intérêt immodéré à la défécation.
Ainsi le garçon est contraint de modifier l'orientation de sa libido. Soit qu'il la transpose de la zone génitale à la zone anale, soit qu'il se trouve poussé vers ceux de son sexe, c'est-à-dire avant tout vers son père, se sentant lié à lui par une communauté d'être aisément compréhensible ; en même temps, ce garçon deviendra misogyne, toujours prêt à critiquer outre mesure les faiblesses du sexe féminin.
Cette influence chronique du complexe de castration de la mère me semble jouer dans la genèse de l'angoisse de castration chez le garçon un rôle bien supérieur à celui d'occasionnelles menaces de castration. D'après mes analyses de névrosés masculins, je pourrais étayer cette opinion de nombreux documents. L'érotisme anal de la mère est l'ennemi le plus précoce et le plus redoutable du développement psycho-sexuel de l'enfant, et cela d'autant que dans les premières années de la vie l'enfant est exposé à l'influence de sa mère beaucoup plus qu'à celle de son père.
Tout psychanalyste praticien se pose de temps en temps la question le nombre infime d'individus auxquels un seul et même thérapeute peut apporter son aide justifie-t-il une telle dépense de temps, et d'efforts, et d'argent ?
La réponse découle de notre exposé : en libérant un sujet des déviations de sa vie psycho-sexuelle, du fardeau du complexe de castration, nous évitons la névrose des enfants, nous venons en aide à la génération future. Notre activité psychanalytique est un travail silencieux, rarement reconnu, d'autant plus sévèrement combattu ; mais son action, au-delà de l'individu, nous apparaît comme un but digne de tant d'efforts.