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Si j’étais la plus belle : un dédommagement à la castration

Une tendance connue et déjà mentionnée permet une atténuation du complexe féminin de castration, du refus, une admission conditionnelle de ce qui a été honni, et surtout la formation de compromis entre pulsion et refoulement. Certaines patientes ont de vastes créations imaginatives, centrées sur la possibilité d'une reconnaissance de l'homme, et formulant les conditions auxquelles la patiente serait prête à se réconcilier avec sa féminité.

Voici une première clause que j'ai rencontrée à maintes reprises, et qui s'énonce : « Je me trouverais bien satisfaite de ma féminité, si j'étais sans contestation possible la plus belle de toutes les femmes. » La plus belle aurait tous les hommes à ses pieds, et cette puissance serait pour le narcissisme féminin un dédommagement appréciable du manque si péniblement ressenti. Et il est vrai qu'une femme belle apaise plus facilement son complexe de castration qu'une femme laide.

Mais l'idée d'être la plus belle de toutes les femmes n'entraîne pas dans tous les cas un tel assouplissement. J'en connais une illustration : « Je voudrais être la plus belle des femmes, pour que tous les hommes se pressent autour de moi, et alors je leur donnerais à tous un coup de pied. » Le besoin de vengeance est ici parfaitement clair ; la phrase émane d'une femme dont la nature extrêmement tyrannique s'enracinait dans un complexe de castration absolument non sublimé.

Cependant, la majorité des femmes sont moins abruptes, plus portées aux compromis, et se contentent d'expressions relativement inoffensives de l'hostilité refoulée. Ainsi comprendrons-nous un trait caractéristique et fréquent de comportement. Considérons que l'activité sexuelle est liée à l'organe masculin, que la femme est donc limitée à éveiller la libido de l'homme ou à y répondre, mais est contrainte par ailleurs à une attitude d'attente!

Chez beaucoup de femmes, les résistances à l'égard de leur féminité sont déplacées sur cette obligation. Dans le mariage, ces femmes exercent une vengeance logique sur l'homme, en le faisant attendre dans toutes les occasions de la vie quotidienne.

A la clause citée («  Si j'étais la plus belle »), s'en apparente une autre. Certaines femmes sont disposées à reconnaître l'activité de l'homme et leur propre passivité, qu'elles relient à l'exigence que ce soit l'homme le plus viril (le plus grand, le plus important) qui survienne et les désire. Il nous est facile d'identifier sous cet aspect l'aspiration infantile au père. J'ai déjà indiqué un exemple d'élaboration fantasmique de cette idée rencontrée au cours de l'une de mes analyses.

Je pus suivre les divers stades de la genèse d'un fantasme comparable dans l'analyse d'autres patientes. Le désir originel s'énonçait: « Je voudrais être un homme. » Lorsqu'il fut abandonné, les patientes souhaitèrent être «la seule femme » (ce qui signifiait en premier lieu être « la seule femme du père »). Lorsque ce souhait dut lui aussi céder devant la réalité, surgit l'idée : « Comme femme, je voudrais être exceptionnelle. »

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