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Surestimation et dépréciation du sexe masculin

La frigidité peut être relative: non seulement quant au degré d'aptitude à jouir, mais par le fait que bien des femmes sont frigides avec certains hommes et non avec d'autres.

On pourrait concevoir une activité intense de l'homme comme favorable à la naissance de sensations sexuelles chez ces femmes à frigidité relative.

Il n'en est pourtant pas toujours ainsi ; au contraire, pour de nombreuses femmes l'humiliation de l'homme est une condition tout aussi nécessaire à l'amour que pour bien des hommes névrosés le ravalement de la femme. Il suffira d'un seul exemple pour illustrer cette attitude, qui n'est nullement exceptionnelle.

Une femme que j'ai analysée, à vie amoureuse remarquablement polygame, était régulièrement affectée d'une anesthésie s'il lui fallait avouer une supériorité quelconque de l'homme sur elle. Toutefois, s'il s'élevait une dispute avec l'homme et qu'elle parvenait à le contraindre à céder, sa frigidité disparaissait complètement.

Des cas de ce genre montrent bien clairement à quel point la reconnaissance de la fonction génitale de l'homme est une condition nécessaire à la vie amoureuse normale de la femme. Mais nous trouvons en même temps ici l'une des sources des mobiles conscients ou inconscients de la prostitution féminine.

La frigidité est précisément une condition nécessaire au comportement de la prostituée. La sensation sexuelle dans sa plénitude lie la femme à l'homme ; et ce n'est que lorsqu'elle fait défaut que la femme passe d'un homme à l'autre, tout comme le type du Don Juan masculin, toujours insatisfait, continuellement contraint de changer d'objet d'amour.

Mais, de même que Don Juan se venge de la déception que lui a apportée une femme, la première de sa vie sur toutes les autres, de même la prostituée se venge sur tout homme du cadeau refusé, qu'elle avait attendu de son père. Sa frigidité a le sens d'une humiliation imposée à tous les hommes, donc pour son inconscient, d'une castration collective ; elle met toute sa vie au service de ce but'.

Alors que la femme frigide s'efforce inconsciemment de diminuer l'importance du sexe qui ne lui est pas accordé, il existe une autre forme de refus de l'homme qui tend au même but par des moyens contraires. Dans cette forme de rejet, l'homme n'est rien d'autre qu'un organe sexuel, donc n'est fait que de grossière sensualité. Toute autre qualité intellectuelle ou physique lui est contestée.

Ainsi, la femme névrosée imagine que l'homme est un être de moindre valeur en raison de la possession d'un pénis. Son estime d'elle-même en est rehaussée elle ne peut que se féliciter d'être exempte d'une telle marque d'infériorité. L'une de mes patientes, qui témoignait à l'homme une aversion très marquée, était victime de l'hallucination obsédante d'un très grand pénis, à la vue de tout homme, quel qu'il fût, et dans toutes les situations.

Cette vision confirmait continuellement la notion qu'un homme n'est rien d'autre que cet organe génital, dont elle se détournait avec répulsion. Mais elle témoignait en même temps du vif intérêt pris à ce pénis par son inconscient.

En fantasme, elle se voyait elle-même comme si chacun des orifices de son corps, et même son corps en totalité, n'était rien d'autre qu'un organe féminin récepteur. Nous voyons à quel point le symptôme comporte donc un mélange de surestimation et; de dépréciation de l'organe masculin.

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