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L'éclat rayonnant d’une mère trop aimée

(homosexualité)

Si en principe l'introjection du deuil chez le normal (et le névrosé) est conforme à celle du mélancolique, il est nécessaire d'apprécier leurs différences essentielles. Chez le sujet normal cette introjection fait suite à une perte réelle (décès) et est avant tout au service de la conservation de la relation avec le défunt, ou ce qui revient au même, de sa compensation.

Jamais sa conscience n'est débordée comme celle du mélancolique. L'introjection mélancolique survient sur la base d'une perturbation fondamentale de la relation libidinale à l’objet. Elle est l'expression d'un conflit ambivalentiel dont le moi ne parvient à se retrancher qu'en prenant à son compte l'hostilité concernant l'objet. Récemment les dernières recherches de Freud ont attiré notre attention sur l'importance beaucoup plus grande que nous ne l'avions admise jusque-là de l'introjection dans la psychologie humaine.

Je me réfère surtout à une remarque de Freud sur la psychanalyse de l'homosexualité. D'après une conception que l'auteur propose sans argument de fait, certains cas d'homosexualité se ramèneraient à l'introjection par le sujet du parent de sexe opposé.

Un jeune homme serait ainsi attiré par les hommes parce qu'il aurait pris sa mère en lui par un mécanisme psychologique d'incorporation et réagi aux hommes à sa façon dorénavant. Nous connaissons une autre cause de constitution de l’homosexualité.

Nos analyses d'homosexuels nous apprennent qu'en règle générale un dépit amoureux détache le fils de sa mère au profit de son père vis-à-vis duquel il s'identifie à sa mère, comme le fait habituellement la fille. Ces deux possibilités me sont apparues chez le même sujet il y a peu de temps au cours d'une psychanalyse. Un patient à disposition bi-sexuelle, mais à ce moment homosexuelle, s'était conduit à deux reprises de façon homosexuelle, une fois lors de sa petite enfance, puis à la puberté.

Ce n'est que la deuxième fois qu'il se passa quelque chose qui mérite le nom d'introjection car le Moi du patient fut effectivement absorbé par l'objet introjecté. Il me semble indispensable de donner un aperçu de cette analyse. Les faits que je rapporterai aident non seulement à comprendre l'introjection, mais aussi certains symptômes de la manie et de la mélancolie.

Ce patient était le deuxième et dernier enfant et avait été très gâté au cours de sa première année. La mère l'allaitait encore au cours de sa deuxième année et autorisait cette jouissance à sa demande véhémente au cours de la troisième année où elle commença seulement à le sevrer.

Ce sevrage fut très difficultueux et une série d'événements simultanés privèrent brusquement l'enfant du paradis où il avait vécu. Il avait été l'enfant préféré de ses parents, de sa sœur, son aînée de trois ans, et de sa gouvernante.

La sœur mourut, la mère se retira dans un deuil prolongé et d'une intensité anormale et appartint encore moins à l'enfant déjà sevré. La gouvernante quitta la maison. Les parents ne supportèrent plus de vivre dans une maison où tout leur rappelait l'enfant disparu.

On déménagea dans un hôtel, plus tard dans une autre maison. Ainsi mon patient avait perdu tout ce qui jusqu'alors avait été maternel sa mère lui avait retiré son sein, puis s'était exclue par son deuil. La sœur et la gouvernante avaient disparu et la maison même, ce symbole de la mère, n'existait plus.

Il n'est pas surprenant de voir le garçon se tourner vers son père. Après l'entrée dans la nouvelle maison, l'enfant s'attacha à une voisine aimable et la préférait de façon ostentatoire à sa mère. Ici apparaît le clivage de la libido qui s'adresse pour une part au père, pour une part à une femme prise comme substitut maternel.

Au cours des années suivantes, le garçon développa un intérêt érotique marqué à l'égard de garçons plus âgés proches du père sur le plan physique.

Un retour de sa libido de son père à sa mère se fit à la fin de son enfance lorsque son père s'adonna de plus en plus à la boisson. Il était adolescent lorsque son père mourut et il vécut avec sa mère à laquelle il était tendrement attaché.

Mais après un court veuvage la mère se remaria et partit pour de longs voyages avec son mari. Ainsi, elle repoussa à nouveau l'amour du fils; quant au beau-père, il excitait son ressentiment.

Il y eut alors une nouvelle vague d'érotisme homosexuel mais son attirance concernait un autre type d'hommes dont certaines caractéristiques appartenaient à la mère du patient. Le type d'homme élu précocement et celui qui fut choisi par la suite contrastent absolument, de la même manière que le père et la mère du patient quant à leur caractéristiques physiques.

Dans ses liaisons, le patient adoptait l'attitude de sa mère à l'égard des jeunes hommes de deuxième type devenus ses objets libidinaux préférés ; il était, selon sa propre description, plein de tendresse, d'amour et de sollicitude comme une mère. Plusieurs années après, la mère du patient mourut.

Il demeura auprès d'elle pendant sa dernière maladie et tint la mourante dans ses bras. Le bouleversement émotionnel qui s'ensuivit s'explique en profondeur du fait que cette situation représentait le renversement accompli de l'état du patient enfant au sein et dans les bras de sa mère.

A peine sa mère morte, il rejoignit la ville voisine où il résidait. Son humeur n'était nullement celle du deuil, au contraire, elle était d'heureuse exaltation. Il m'exposa son sentiment primordial d'avoir sa mère en lui pour toujours et sans limite. Il ne subsistait que l'inquiétude de savoir le corps de sa mère encore visible. Ce n'est qu’après l'enterrement qu'il put s'adonner à son sentiment de possession illimitée de sa mère.

S'il m'était possible de publier d'autres aspects de cette psychanalyse, l'incorporation de la mère serait encore plus évidente, mais les faits rapportés parlent déjà d'eux-mêmes.

L'introjection de l'objet d'amour s'est faite lorsque le remariage enleva sa mère au patient. La libido ne put pas s'esquiver vers le père comme cela avait eu lieu au cours de la quatrième année du patient ; le beau-père n'était pas en mesure de la fixer. Le dernier objet d'amour infantile qui était resté au patient avait été le premier.

Il se défendait d'être atteint par cette lourde perte par la voie de l'introjection. Le sentiment de bonheur auquel il parvint contraste de façon stupéfiante avec l'effet terrible du même processus chez le mélancolique. Cet étonnement cède si nous nous remémorons ce que Freud a dit du processus d'introjection mélancolique. Il suffit de renverser sa constatation que « l'ombre de l'objet d'amour perdu est tombée sur le Moi ».

Dans l'exemple précédent, ce n'est pas l'ombre, mais l'éclat rayonnant de la mère aimée qui s'est proposé' au fils. S'il en fut ainsi, c'est que chez l'homme normal aussi la perte réelle de l'objet d'amour écarte facilement les sentiments hostiles en faveur de la tendresse.

Il en est autrement chez le mélancolique ! Le conflit d'ambivalence de la libido est Si grave que tout sentiment d'amour est immédiatement menacé de son inverse. Une quelconque défaillance, une déception par l'objet d'amour favorise quelque jour une vague de haine qui submerge les sentiments d'amour trop labiles. La perte de l'investissement positif conduit ici à une conséquence majeure: au renoncement d l'objet. Dans le cas décrit - non mélancolique - la perte réelle fut la première et entraîna une modification libidinale.

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