Détruire-perdre L'expérience psychanalytique nous avait imposé l'hypothèse d'une phase prégénitale, sadique-anale du développement de la libido, elle nous contraint maintenant à postuler deux étapes à l'intérieur de cette phase. A l'étape plus tardive, se situent les tendances conservatrices retenir-dominer, à l'étape la plus précoce les aspirations hostiles à lobjet : détruire-perdre. La régression à l'étape la plus tardive permet à lobsédé de maintenir son rapport avec l'objet.
Au cours des accalmies, il parvient à une sublimation des pulsions sadiques et anales, en sorte que son comportement à l'égard du monde des objets peut paraître normal à une observation superficielle. Il n'en est pas autrement dans la mélancolie dont la guérison est même affirmée par la psychiatrie clinique. Le maniaco-dépressif réussit des modifications pulsionnelles semblables au cours de périodes asymptomatiques.
Mais s'il entre en conflit aigu avec son objet d'amour, il se retire aussitôt de ses relations avec lui. Il devient alors clair que l'ensemble des sublimations et des formations réactionnelles qui le font ressembler au « caractère obsessionnel » tirent leur origine de l'étape la plus profonde de la phase sadique-anale du développement.
La distinction de deux étapes sadiques-anales, primitive et plus tardive, semble avoir une signification fondamentale. A la frontière de ces deux stades du développement se produit un renversement décisif de la relation de l'individu au monde objectal. Si nous prenions au sens étroit la notion d'« amour objectal» nous pourrions dire qu'il débute précisément à cette frontière car, dorénavant, c'est la tendance à la conservation de l'objet qui primera.
Cette frontière entre les deux étapes de l'organisation sadique-anale a plus qu'un intérêt théorique. Non seulement cette supposition éclaire une période définie du développement psychosexuel de l'enfant, mais elle nous permet aussi des vues plus profondes concernant les modifications régressives de la libido dans les psychonévroses. Il nous apparaîtra par la suite que le processus régressif du mélancolique ne s'arrête pas à l'étape sadique-anale précoce, mais tend vers les organisations libidinales encore plus primitives.
Tout se passe comme si le franchissement de cette frontière était particulièrement gros de conséquences néfastes. La dissolution des relations objectales semble précipiter une chute de la libido d'étape en étape.
En accordant une telle signification à la limite entre les deux étapes sadiques-anales, nous sommes en accord avec la position médicale antérieure. Cette séparation née de l'empirisme psychanalytique coïncide avec la délimitation des névroses par rapport aux psychoses de la médecine clinique. Cependant, nous ne tenterons pas d'établir une distinction figée des troubles nerveux et des troubles psychiques. Nous serons bien plutôt enclins à considérer que la libido d'un être peut chevaucher la frontière entre les deux étapes sadiques-anales lorsqu'un motif correspondant apparaît et que certaines fixations du développement libidinal en offrent la possibilité.