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Procès et mort du Roi

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Jemmapes (6 novembre 1792)

Pourtant ce qui soutient un temps la Gironde, c'est la victoire. Savoyards et Niçois appellent les drapeaux tricolores. Custine, commandant une des ailes de l'armée du Rhin, entre en ami à Spire, à Worms, à Mayence.

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Bataille de Jemmapes, le 6 novembre 1792 - gravure du temps

Les Autrichiens, désormais trop en flèche, doivent lever le siège de Lille après huit jours d'un dur et vain bombardement. Dumouriez vient parader quelques jours

à Paris. Il se fait applaudir à la barre de la Convention, se montre aux Jacobins, à l'Opéra, dans une fête chez Talma. Sous ces dehors frivoles, il approfondit ses menées, flatte Mme Roland, repousse dédaigneusement Marat. Surtout il se concerte avec Danton. Ayant ainsi, croit-il, assuré sa position politique, il rejoint l'armée du Nord et la porte en Belgique sur les arrières des Autrichiens. Leur général, le duc de Saxe-Teschen, bon manœuvrier, partant de Lille s'est réuni au corps de Clerfayt et s'est installé sur les hauteurs de la région de Mons. Là, le 6 novembre, se livre la première grande bataille de la Révolution.

Habits blancs et habits bleus se font face sur un espace de deux lieues. Appuyé sur Mons qui le ravitaille, avec ses soldats aguerris, Clerfayt semble défier ces troupes hâves, guenilleuses, au ventre vide, qui sortant des marécages montent en colonnes, baïonnette au fusil à l'assaut de ses redoutes. Mais du brouillard qui les enveloppe, surgissent, comme à Valmy, mariés au bruit du canon, des tambours, les sons de la Marseillaise. Allant de bataillon en bataillon, Dumouriez lui-même la chante, dressé sur ses étriers...

Jemmapes est emporté. Clerfayt, rompu, doit reculer. Victoire nette et classique elle coûte quatre ou cinq mille morts aux Impériaux et des canons.

Elle leur coûte davantage : la Belgique. Ce choc des bataillons révolutionnaires avec les régiments piaffants et luisants de l'Empereur a effondré le moral autrichien. Un mois seulement et toutes les places cèdent, et Bruxelles, et Liége, et Anvers, et Namur. Les Impériaux doivent se réfugier entre la Meuse et le Rhin. Dumouriez pourrait les poursuivre et les écraser. Mais, capitaine d'ancien régime, il préfère souffler, prendre ses quartiers d'hiver. D'ailleurs, il a moins l’œil sur ses cartes que sur Paris.

La République va-t-elle renoncer à ses conquêtes, donner la liberté aux peuples voisins, sans les annexer?

Robespierre insiste pour « qu'on mette des bornes sages à nos entreprises militaires ». Mais Brissot comme Marat et surtout Danton jettent les jalons de la pure doctrine révolutionnaire qui vise à changer le statut de l'Europe, moissonner les couronnes et instituer partout un nouvel ordre social.

L'idéologie ne suffirait peut-être pas à faire entrer la Convention dans la voie des conquêtes. D'autres influences vont l'y pousser. Vœu des populations, exigence des révolutionnaires des pays conquis, anxieux de ne pas retomber à la vengeance de leurs anciens maîtres...

Les Comités résisteraient; l'Assemblée cède. Le Girondin La Révellière-Lépeaux, petit, bossu, «véritable Esope», adepte zélé d'une nouvelle religion, «la théophilanthropie», au reste parfait honnête homme, rédige un texte qui est voté par acclamations «La Convention nationale déclare au nom de la nation française qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté. » (19 novembre.)

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Allégorie sur la Révolution et l'Europe - Minerve montre aux rois le Triomphe de la France sur les ennemis de la liberté - lavis attribué à Desrais - Musée Carnavalet

Le gant est ainsi jeté aux monarchies. La République, debout sous son cimier, se déclare la protectrice des nations « opprimées » et provoque la guerre universelle. Grégoire prophétise que bientôt « l'Europe ne contiendra plus ni forteresse, ni frontière, ni peuple étranger ».

En Belgique, comme Dumouriez, pensant à l'avenir, a trop ménagé les privilégiés et les riches, la Convention, le i ~ décembre, sur la proposition de Cambon, rend un décret qui pose les règles de l'occupation révolutionnaire:

« Paix aux chaumières, guerre aux châteaux. »Les biens des «partisans de la tyrannie » seront séquestrés, pour servir de gage supplémentaire aux assignats, imposés désormais partout. Là, Cambon, de négociant devenu grand argentier de la République, laisse passer le bout de l'oreille. La guerre coûte cher, il faut qu'elle paie, elle paiera.

Ce calcul ne fait point l'affaire des populations envahies. Elles se plaignaient de leurs

maîtres, mais elles répugnent à une Révolution qui leur prendrait leurs biens et détruirait leurs franchises. Vieux pays libéral, la Belgique résiste avec une sourde ténacité; Dumouriez vient porter ses protestations à Paris. il n'est pas écouté, et c'est en factieux déjà, presqu'en suspect, qu'il repart pour son quartier général.

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