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Les Girondins

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Les partis - Lois sur les prêtres et les émigrés

 

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Madame Roland - par Heinsius - Musée de Versailles

L’Assemblée législative, nommée au suffrage restreint à deux degrés, se réunit le 1er octobre. Les sept cent quarante-cinq nouveaux représentants sont presque tous très jeunes, trop jeunes. Parmi eux quantité d’avocats, d’hommes de lettres, amis de la phrase sonore et des attitudes de théâtre. Beaucoup aussi d’intrigants. Ils s’étourdissent de mots, surtout les députés du Midi, dès le début prépondérants. Encombrés de poncifs d’école, de souvenirs du monde antique pris souvent à contre-sens, drapés dans une toge imaginaire, ils se campent en héros, sans oublier pour cela leurs intérêts.

A droite sont les Feuillants - cent soixante environ - qui veulent sincèrement appliquer la Constitution et renforcer plutôt qu’affaiblir le pouvoir exécutif. Les plus en vue sont des militaires : le maréchal de camp Mathieu Dumas, le colonel Théodore de Lameth, frère du triumvir, la capitaine Stanislas de Girardin, un magistrat, Beugnot. Le centre, ou parti des Indépendants, a pour lui le nombre, mais il est divisé, hésitant. Quelques noms à peine s’y détachent : ceux d’anciens parlementaires Pastoret et Bigot de Préameneu, celui de l’officier Lacuée.

La gauche est formée de cent quarante députés démocrates, hostiles à la Constitution et qui aspirent plus ou moins ouvertement à la République. C’est chez eux qu’on trouve les hommes les plus marquants, Brissot, Condorcet, le capitaine Lazare Carnot, le capucin Chabot, l’évêque Fauchet, Isnard et plusieurs représentants de la Gironde : Vergniaud, Guadet, Gensonné, dont l’éloquence et l’ardeur vont diriger le groupe ; il en recevra bientôt le nom de Girondin.

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Carte d'électeur à l'Assemblée législative - collection particulière

Cette Assemblée d’échappés de collège, très débraillée, très ignorante, toute au geste, est jalouse des lauriers de la Constituante, à qui elle est pourtant si inférieure. Elle compte bien la surpasser dans l’histoire, où elle s’apprête à remplir une page mirifique. Sa majorité est encore monarchiste, mais d’une médiocrité qui la condamne à subir, avec l’influence d’une gauche massive, celle de la presse outrancière, celle des clubs, celle de l’émeute. Du dehors Danton et Robespierre la dominent en attendant de l’étrangler.

Le 7 octobre le roi paraît à l’Assemblée et est bien reçu. Il prononce un discours où il invoque la confiance et l’union. Pastoret lui répond : « Vous avez besoin d’être aimé des Français, disiez-vous ?... Et nous aussi, nous avons besoin d’être aimés de vous ! »

Cet accueil réconforte le roi ; sa nature passive souffle à tous les paliers. Mais bientôt il va se trouver assailli par de nouveaux périls. Certes, dans sa passion de popularité, La Fayette a commis des impairs, il ne s’est pas montré constamment respectueux ni fidèle ; il n’en restait pas moins pour la royauté une réserve, un appui. Or cet appui disparaît. La Constituante, avant de se séparer, a supprimé le commandement unique de la garde nationale pour le répartir entre les six chefs de légion qui l’exerceront à tour de rôle pendant un mois. Flèche de Parthe d’une Assemblée que « le héros des Deux-Mondes » avait souvent irritée et déçue.

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Le Clergé émigré s'épouvante à la lecture du décret contre les prêtres réfractaires, le 29 novembre 1791 - gravure satirique anglaise

Bailly, si lié avec La Fayette, se trouve alors trop découvert. Il abandonne l’Hôtel de ville. Le républicain Pétion est élu maire à sa place. Il recueille toutes les voix des royalistes, Marie-Antoinette leur ayant fait recommander de voter pour lui, par aversion pour La Fayette qui s’était porté candidat. Une place notable entre toutes échappe ainsi aux constitutionnels qui dans Pétion, qui qu’ils fassent, auront toujours un adversaire. Ces élections seront complétées par la nomination de Manuel au poste de procureur de la Commune et de Danton, Danton ! à celui de substitut. De fait, l’administration entière de Paris passe aux mains des ennemis du roi.

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Vergniaud - dessin de Bonneville - Musée Lambinet

Des troubles ont éclaté en Normandie, en Vendée, où les prêtres insermentés refusent de reconnaître les mariages et les baptêmes célébrés par les constitutionnels. De nouvelles émigrations déciment l’armée et la marine. Les transfuges se massent à Coblentz et à Bruxelles autour des princes qui prescrivent aux « sujets loyaux » de quitter la France pour se joindre à eux. L’ « armée de Condé » est prête à seconder l’invasion du territoire.

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"Gare aux faux pas" - gravure satirique à propos de l'élection de Pétion à la Mairie de Paris

D’elle-même, l’émigration se place ainsi à l’ordre du jour. Un grand débat s’ouvre à la Législative le 20 octobre. Les Girondins s’emparent enfin de cette tribune d’où ils vont parler à la France entière. Isnard, député du Var, parfumeur nourri de Rousseau, passionné, lyrique, bouillonnant, à la vérité moins législateur que convulsionnaire, jette sur l’Assemblée le martèlement d’un tocsin :

- On veut vous endormir. Moi, je vous dis que la nation doit veiller sans cesse... Si le feu du ciel était au pouvoir des hommes, il faudrait en frapper ceux qui attentent à la liberté des peuples. Nous ne cessons de pardonner à nos patriciens leurs complots. Le peuple nous regarde et nous juge...

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L'armée de Condé reçoit des volontaires - gravure satirique du temps

En dépit de Condorcet, plus modéré, il entraîne le vote d’un décret rigoureux. Les émigrés, quelle que soit leur qualité, seront réputés conspirateurs s’ils ne rentrent en France dans un délai de deux mois (9 novembre)

Avec la même fougue, Isnard se dresse contre les prêtres réfractaires dénoncés par Couthon, censurés durement par l’évêque constitutionnel Fauchet, et que défend non sans noblesse un autre évêque assermenté, Torné. Le jeune proscripteur halète de rage grandiloquente : « Il faut séparer le prêtre factieux du peuple qu’il égare et renvoyer ces pestiférés dans les lazarets d’Italie et de Rome ! » La persécution, l’exil, le martyre ne l’effraient pas pour ces prêtres attachés à leur foi. Comme on parle de preuves :

« Quel besoin, s’écrie-t-il, de preuves contre les prêtres ? Il n’y a pour eux, s’ils ne se plient pas au serment, que les apostasies, que le bannissement ou la mort. » Le Tribunal révolutionnaire est en germe dans son discours inhumain. Avant Robespierre même, il a salué le premier l’idole qui brûle et dévore, le Moloch de la Révolution.

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Première page du décret contre les prêtres réfractaires du 29 novembre 1791 - Archives nationales

Le 29 novembre, le décret est rendu. Les ecclésiastiques qui ne prêteront pas le serment civique seront privés de tout traitement, « réputés suspects de révolte ». Ils pourront être éloignés de leur domicile, et s’ils résistent, emprisonnés. L’exercice du culte leur est interdit. L’atroce mêlée religieuse que la Constituante, malgré tant d’égarements, a redoutée, qu’elle eût évitée peut-être, la Législative s’y élance d’un ferme propos, et elle y condamne la France pour dix ans.

Usant de son droit légal, le roi refuse de sanctionner les deux décrets.

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