banner_revo3.gif (8924 octets)

Le France en travail

(6)

L’émigration - Le Comte d’Artois et ses amis

L’émigration est une double trahison des aristocrates envers la royauté envers la France. Elle s’est constituée par vagues successives. La première a suivi la prise de la Bastille. Derrière le comte d’Artois et les princes de Condé sont partis alors tous ceux qu’épouvantait l’effondrement du pouvoir absolu. Ç’a été aussi un « snobisme », comme on dirait aujourd’hui. « Il est, écrivait Fersen, de bon ton de s’en aller. »

0222.jpg (21076 octets)

Salus in Fuga : le départ des émigrés - gravure satirique du temps

La seconde émigration a été provoquée par les journées d’Octobre et le retour du roi à Paris. Moins lâche, elle a une apparence politique, mais l’une comme l’autre ont privé le roi de ses défenseurs directs, ceux sur lesquels il était le plus en droit de compter. Elles se grossiront durant toute l’année 1790 de nouvelles défections. Ceux qui émigreront plus tard, en 1792 et 1793, seront des proscrits. Ils seront justifiés par la persécution, la Terreur. Mais durant le temps de la Constituante l’émigration ne constitue qu’une faction que tout juge impartial doit condamner.

L’état d’esprit de ces seigneurs, de ces prélats, de ces généraux, de ces magistrats qui abandonnent le trône au premier vent de la tempête, est simple et même simpliste. Ils représentent, croient-ils, la vrai France, la France de la fidélité, de la tradition. Ils pensent du reste qu’il ne s’agit que d’un voyage, non d’un exil. Dans six mois, ils seront de retour à Paris... Beaucoup n’y reviendront qu’après un quart de siècle, d’autres jamais. Bien nantis d’argent, ils se montrent en général gais, frivoles, persifleurs, arrogants. Ils parlent du roi avec dédain, colportent sur la reine les calomnies les plus viles. Que la famille royale coure de réels dangers, ils ne s’en soucient. Leur seule idée, leur but unique est la restauration de l’ancien régime, avec ses privilèges, ses abus, ses erreurs les moins défendables, mais dont ils veulent conserver le profit.

0223.jpg (36676 octets)

Les premiers fuyards de l'émigration : Polignac, Artois, Condé, Breteuil et Lambesc - gravure satirique

Les événements ne leur ont rien appris; ils ferment leur yeux et leurs oreilles; ils vivent dans un mirage qui peu à peu va s’effacer. Au reste, quand viendra l’infortune, ils la supporteront sans broncher, ils s’y plieront avec une crânerie toute française et plaisanteront de leur misère. Sans acquérir d’idées, ils garderont de l’esprit.

Dans les premiers temps il ne s’agit point de misère, mais de vie encore large, élégante, toute en réunions, en soupers, en bals. La plupart des émigrés se sont fixés dans les pays du Rhin, à Trèves chez l’électeur, oncle de Marie-Antoinette, à Cologne chez son frère, à Coblentz, à Worms. Ils y sont bien reçus. Les princes allemands, surtout ecclésiastiques, leur font fête et les habitants des villes qu’enrichit leur gaspillage. Mais l’impertinence des émigrés, leurs allures tapageuses, plus encore leur légèreté des mœurs ne tardent pas à choquer un peuple terne, économe, adonné à la vie de famille. Cette Fronde du dehors va retourner contre elle la sympathie des Rhénans, elle leur fera comprendre, bientôt elle leur fera approuver la Révolution.

0224.jpg (30198 octets)

Le Prince de Condé - par Danloux - Musée de Chantilly

De tous les officiers qui ont quitté leurs régiments et passé la frontière, comme des jeunes gentihommes sans emploi, se compose peu à peu une petite armée d’une quinzaine de mille hommes où les grades, les galons abondent. Quatre escadrons recrutés surtout parmi les gardes du corps licenciés en forment le noyau. L’armement en est faible, encore que des fusils, même des canons aient été achetés en Angleterre, en Allemagne et aux Pays-Bas. La discipline est nulle, personne ne veut obéir.

Le commandement, confié d’abord au duc d’Enghien, plus tard à son aïeul, le prince de Condé, achève de faire de cette troupe, où ne manquent pourtant pas les gens de cœur, une cohue sans valeur militaire. Par de vagues exercices elle se prépare à deux fins, soit pour entrer en France comme l’avant-garde des souverains coalisés pour rétablir Louis XVI, soit pour recevoir et entourer le roi s’il parvient à s’échapper. Elle n’aura pas l’occasion de servir son prince et sera dissoute, après bien des déboires et des souffrances, avant d’avoir pu être vraiment portée à l’action.

0225.jpg (30214 octets)

Le Comte d'Artois - par Danloux - Musée de Versailles

Le comte d’Artois s’est réfugié chez son beau-père, à Turin. Il tient là une façon de cour et un fantôme de gouvernement. Il a pour ministre de la Guerre le prince de Condé, assez bon militaire, mais roide et borné, pour chef de se son conseil Calonne. Cet étourdi chevronné continue dans l’exil le jeu de bateleur qui lui a si mal réussi naguère et à la monarchie. Dans un milieu aussi borné, il passe aisément pour homme d’Etat. Il se figure et persuade les entours que par l’effet de son seul génie, il va coaliser l’Europe contre la France, balayer la Révolution et restaurer comme par magie l’ordre ancien.

Ses agents courent en France les régions de l’Est et du Midi. Louis XVI, encore plus Marie-Antoinette voient cette agitation avec anxiété. Ils la désavouent auprès des souverains. La reine supplie son frère de repousser les propositions imprudentes et inefficaces des émigrés. Louis XVI dépêche deux de ses fidèles, Jarjayes au roi de Sardaigne pour le prier de faire entendre raison au comte d’Artois, Duras à l’Empereur pour qu’il ferme l’oreille aux demandes d’intervention de son frère. Il invite celui-ci, à maintes reprises, à cesser sa campagne d’intrigues. Sans résultats.

0226.jpg (33405 octets)

Calonne paralytique - gravure satirique du temps

L’émigration est en révolte ouverte contre le roi « Qu’est-ce que le roi ? Dans ce moment-ci, il n’y a pas d’autre roi que moi ! » s’écrie le prince quand Bombelles, autre envoyé de Louis, viendra de nouveau le conjurer de renoncer à ses menées. Sur son ordre, Calonne va à Vienne pour obtenir une audience de Léopold. Refusé, il s’entête. Il faut, pour qu’il parte, lui adresser un congé formel. L’Empereur ne cache pas son mépris pour « ces tripotages français qui ne peuvent que faire du mal et surtout à la reine ».

Celle-ci le sait trop bien. De tous, Artois, Condé, Calonne, elle n’attend qu’humiliations et perfidies. Elle n’a plus de foi dans l’aide des puissances autre que l’Autriche. Le seul espoir auquel elle s’attache en dépit du mauvais vouloir de son frère, c’est dans son secours. Elle correspond assidûment avec Mercy-Argenteau. Le 3 février 1791, elle lui annonce que Montmédy a été choisi comme lieu de refuge éventuel. Louis XVI, dès qu’il y sera arrivé, lancera un manifeste, invitant tous les Français à se rassembler autour de lui. Le 7 mars, Mercy répond que l’Empereur ne peut agir sans le « concert » des puissances qui, du reste, « ne feraient rien pour rien ».

0227.jpg (39748 octets)

Les émigrés s'en vont en guerre - gravure satirique

La pauvre reine insiste. Tandis que les émigrés demandent l’invasion de la France par les armées étrangères, elle ne souhaite pas une intervention directe : « Nous désirons seulement, écrit-elle le 14 avril, qu’au moment où nous serons dans le cas de les réclamer, nous puissions être assurés que les puissances voudront bien avoir des troupes sur leurs frontières bordant la France pour servir de soutien et de ralliement aux gens bien intentionnés qui voudraient nous suivre... »

Les familiers des Tuileries parlent trop. Ces consultations transpirent. La lettre de Mercy en date du 7 mars a été interceptée et soumise à l’Assemblée. Camille Desmoulins, Marat, Robespierre, dans les journaux ou les clubs, poussent un cri continu d’alarme. Déjà la Constituante a mis les troupes sur le pied de guerre. En même temps des mesures sont votées contre les émigrés, modérées encore il est vrai. Dans l’état d’esprit qu’on leur connaît, cette modération est méritoire. Le 28 mars, il est décrété que le roi encourra la déchéance s’il sort du royaume.

000bilan.jpg (4492 octets)

precedent.gif (1427 octets)suivant.gif (1438 octets)