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La France en travail

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Le serment des prêtres - La journée des poignards (28 février 1791)

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Mirabeau - par Boze - Musée de Versailles

La rébellion des régiments de Nancy n’était pas encore réduite que, pressé par les archevêques Boisgelin, Champion de Cicé, Lefranc de Pompignan, derrière qui se massent la plupart des députés ecclésiastiques, Louis XVI s’est résigné à accorder sa sanction à la Constitution civile du clergé (24 août). Il a fait taire ses scrupules religieux pour éviter un plus grave déchirement de l’Eglise. Le pape Pie VI, averti par les épreuves d’un pontificat troublé, n’ose point de son côté provoquer une rupture.

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Les gentilshommes venus aux Tuileries défendre le Roi sont désarmés par la Garde Nationale, le 28 février 1791 - dessin de l'époque - B. N. EStampes

Les évêques essaient alors de trouver un biais honorable. Boisgelin, en leur nom, rédige un exposé de principes que signent cent seize prélats et quatre-vingt-quatorze députés du clergé. Cet acte élève des critiques modérées sur plusieurs articles de la Constitution et, suppliant le pape de faire des concessions sur les points de discipline, déclare hautement qu’aucune réforme de l’Eglise française ne peut être valide sans l’assentiment de Rome (30 octobre).

Le moyen terme ne satisfait personne. Pie VI, sollicité par Louis XVI, résiste à ses instances. Les chapitres refusent de se dissoudre, les évêques supprimés se maintiennent sur leur siège. Les administrateurs de départements les poursuivent en vain. De nombreuses cures restent vacantes. La majorité de la population soutient la cause du clergé. Des troubles même s’élèvent en Alsace, en Languedoc. Certains curés prêchent contre la vente des bien ecclésiastiques et recommandent le refus de l’impôt. L’évêque de Quimper étant mort, les électeurs du Finistère nomment à sa place le curé Expilly, l’un des séides de Camus. Il ne peut obtenir de l’évêque de Rennes l’institution canonique. Aussitôt les clubs parisiens de s’indigner. Sous leur menace, le comité ecclésiastique de l’Assemblée propose un décret qui obligera tous les prêtres à prononcer le serment civique, faute de quoi ils perdront leur « office » et seront remplacés.

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Déménagement du Clergé, après le décret du 27 novembre 1790 - gravure du temps

S’élève alors une discussion acerbe et inutile... Maury défend le clergé avec un éclat qui irrite sans persuader. Mirabeau fulmine contre les prêtres rebelles. L’arbitre du débat est Camus. Son fanatisme glacé l’emporte. Le décret est voté le 27 novembre et soumis à la sanction du roi. Bourrelé, Louis XVI sollicite en termes émouvants l’adhésion du Pape. Cependant, Boisgelin, Cicé et Pompignan adjurent Rome. Pie VI, pour ne rien briser encore, garde le silence. Le 26 décembre, mis en demeure par l’Assemblée, harcelé par Duport du Tertre, le garde des sceaux, conseillé par Boisgelin, qui l’assure, à la légère, qu’une acceptation forcée ne le liera pas, le roi donne sa sanction... Il ne la donne que des lèvres.

Sur la sommation du Triumvirat, les ecclésiastiques membres de la Constituante doivent prêter serment le 4 janvier 1791 en séance publique. Sept évêques jurent, Talleyrand, Gobel, Jarente, Savine, les deux Brienne et Dubourg-Miroudot, la lie de l’Eglise de France. Les autres refusent avec dignité : « Je suis fâché, messieurs, de ne pouvoir faire ce que vous exigez de moi, dit Bonnac, évêque d’Agen. Je ne donne aucun regret à ma place, aucun regret à ma fortune, j’en donnerais à la perte de votre estime. »

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La majorité des députés du Clergé refuse de prêter serment à la Constitution Civile, le 4 janvier 1791 - Lavis satirique de Desrais - Musée Carnavalet

Et Saint-Aulaire, évêque de Poitiers : « J’ai soixante-dix ans, j’en ai passé trente-cinq dans l’épiscopat où j’ai tâché de faire le bien que je pouvais. Accablé d’ans et d’infirmités, je ne veux pas déshonorer ma vieillesse. Aussi je ne prêterai pas le serment : je saurai prendre mon sort en patience ».

Dehors, des voix crient : « A la lanterne, ceux qui refusent le serment ! »

Parmi les prêtres, cinquante-huit seulement répondent à l’appel. L’échec est sévère. Camus et ses acolytes ne veulent pas le voir, mais des politiques tels que Mirabeau en pèsent la gravité. Quelques jours après, dans toute la France, la moitié à peine des prélats et des curés prêtent le serment. Dans le nord, l’Alsace et l’ouest, les « réfractaires » l’emportent. Le petit clergé, qui a combattu pour la Révolution à ce point qu’on peut dire que sans lui elle ne se fût pas faite, placé dans le dilemme de manquer à sa discipline spirituelle ou d’abandonner ses conceptions politiques, choisit selon sa foi et non selon son intérêt humain. Il choisit le démission, comme il choisira bientôt l’exil, la prison, la mort.

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Déménagement du Clergé, après le décret du 27 novembre 1790 - gravure du temps

Ceux qui ont juré, pour la plupart ne l’ont fait que contraints et se rétracteront quand le Pape se sera prononcé.

Il faut remplacer curés et évêques défaillants. La consécration des nouveaux prélats soulève une difficulté majeure : point d’évêques pour les instituer. Les évêques constitutionnels eux-mêmes s’y refusent, par peur sans doute d’une compromission sans remède. Talleyrand, qui n’est ni à un sacrilège ni à un reniement près, s’offre enfin à sauver la nouvelle Eglise. Le 24 février il consacre deux évêques, Expilly et Marolles. Gobel, enhardi, suit ses pas et impose la mitre à trente-six évêques. Il est payé par sa nomination au siège de Paris.

Alors le Pape sort de sa longue patience et, par deux brefs adressés aux évêques insermentés, condamne formellement avec la Constitution civile la Déclaration des Droits et les principes sur lesquels elle se fonde. Il porte un solennel anathème à la Révolution.

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Pie VI - par G. D. Porta - Musée de Versailles

La guerre religieuse à présent va commencer, la plus absurde, la plus cruelle, la plus méprisable des guerres qui puissent opposer les hommes. Les vrais catholiques, révoltés par l’intrusion de l’autorité civile dans le domaine des âmes, se détournent des prêtres « jureurs », secourent, cachent les « réfractaires ». La Révolution, qui a tant invoqué l’amour, a ainsi semé la haine. Elle a commencé sa route au nom de la liberté, elle va la poursuivre par la tyrannie. Quelques pas encore, elle baignera dans le sang.

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Mesdames, tantes du Roi, sont arrêtées par les municipaux d'Arnay-Le-Duc à leur départ de France - gravure du temps

La conduite de Mirabeau excite de plus en plus les soupçons des Jacobins, mais son influence s’est renforcée dans la Constituante dont il vient enfin, grâce au concours tardif de la droite, d’être élu président. Avec hardiesse, il intervient à deux reprises contre les extrémistes, d’abord en faveur des tantes du roi, puis à propos du projet de loi sur l’émigration.

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La foule, conduite par Santerre, attaque le donjon de Vincennes, le 28 février 1791 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Mesdames Adélaïde et Victoires, filles de Louis XV, ont décidé de partir pour Rome. Louis les y autorise, mais la populace s’agite et les vieilles princesses sont arrêtées au cours de leur voyage à Arnay-le-Duc. L’assemblée saisie de l’incident, Mirabeau le fait régler par ce simple texte : « Aucune loi ne s’opposant au départ de Mesdames, il n’y a pas lieu de délibérer sur le procès-verbal de la commune d’Arnay-le-Duc ». Les tantes du roi peuvent continuer leur voyage.

Les clubs, les journaux, la gauche de l’assemblée réclament dès lors un décret contre l’émigration. Le 28 février, au nom du comité de Constitution, Le Chapelier le présente. Mirabeau le combat avec âpreté. « Si vous faites une loi contre les émigrants, s’écrie-t-il, je jure de n’y obéir jamais ! » Et, défiant Lameth et Robespierre autour de qui les patriotes se rangent, il écrase leurs interruptions : « Silence aux factieux, silence aux trente voix ! » Rewbell a beau soutenir le projet, il est repoussé.

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La Garde Nationale désarme les gentilshommes venus aux Tuileries défendre le Roi, le 28 février 1791 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Toute cette journée a été frémissante. Dans le peuple comme à la cour, on prévoyait une émeute. Des émissaires du duc d’Orléans ont répandu le bruit qu’on préparait au donjon de Vincennes un abri pour le roi. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, conduits par Santerre, marchent sur cette nouvelle Bastille. La Fayette, avec la garde nationale, les oblige à rentrer dans Paris, non sans tumulte et tambours battants.

Revenant aux Tuileries, il y trouve plusieurs centaines de gentilhommes qui, armés de couteaux et de pistolets, se sont faits les gardiens de la famille royale. La Fayette ici manque par trop de sang-froid. Il arrache au roi l’ordre de faire évacuer le château par ces défenseurs inutiles. On les désarme au passage et la garde nationale, disposée en haie, ne ménage ni les injures ni les coups à ceux que Paris appellera demain les « chevaliers du poignard ». La Fayette se perd ainsi tout à fait dans l’esprit de Louis XVI, qui dès lors va se tourner plus nettement du côté de Mirabeau.

Le soir même, au club des Jacobins, les triumvirs cherchent à se venger sur Mirabeau de leur défaite à l’Assemblée. Le tribun subit là le plus cruel assaut de sa vie politique. La salle est comble. Duport l’attaque d’abord avec quelque ménagement. Mirabeau réplique de trop haut, la bouche tordue par le sarcasme. On ne l’applaudit pas. Alexandre de Lameth se lève alors et, dans un discours haletant, le mord et le secoue. « Il a trahi le peuple, il est un intrigant, un incapable, c’est lui le vrai factieux ! » Le club bat des mains, frénétique. Mirabeau sue à grosses gouttes. Placé près de Lameth, il le tire par son habit et murmure :

- Assez, assez !

- Non, non, vous êtes trop perfide ! répond Alexandre de Lameth.

Et il poursuit son réquisitoire pour ne s’asseoir que longtemps après, salué d’une ovation qui bat les vieilles voûtes monastiques.

Mirabeau va-t-il être chassé des Jacobins ? C’est-à-dire condamné aux yeux des masses ? Il remonte à la tribune et, cette fois, quittant son orgueil, se fait bénin, excuse ses erreurs, rappelle ses services. L’auditoire finit par s’attendrir ; on l’applaudit à son tour. Mais si, évoquant l’ostracisme, il a su l’éviter, il n’a pas reconquis la faveur du club, qui appartient à ses ennemis.

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Une séance du Club des Jacobins - Alexandre de Lameth préside tandis que Mirabeau prononce un discours - gravure de Masquelier

De plus en plus, par une pente naturelle, les révolutionnaires gagnent du terrain, et non seulement à Paris, mais en province. Le renouvellement par moitié des municipalités qui a eu lieu dans ce mois de février 1791 a été favorable presque partout aux exaltés qui disposent maintenant et du pouvoir local et des tribunaux. Dans le danger commun La Fayette et Mirabeau n’apaisent pas leur querelle. La Fayette a essayé d’empêcher Mirabeau d’entrer au Directoire du département de Paris, puis d’obtenir la présidence de l’Assemblée. Il n’y a point réussi. De son côté Mirabeau poursuit contre lui sa campagne de dénigrement.

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