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Le 14 juillet

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La Cour décide un coup d’Etat - Bouillonnement de Paris - Necker renvoyé

Le citoyen d’Amérique se trompe ; il compte sans la reine, les princes, la cour. Pour eux la partie n’est pas perdue, elle n’a pas été jouée. Il n’est pas trop tard, pensent-ils, pour tenter un vrai coup d’Etat. Le sens des derniers événements leur échappe. La reddition du roi, saluée par des illuminations à Paris, des feux de joie en province, ils n’en voient pas la signification profonde, ne savent pas que la France en a pris acte, qu’on ne reviendra point là-dessus sans grand péril. Ils croient que le prestige monarchique demeure si fort qu’il suffira au roi de vouloir enfin pour ressaisir son pouvoir entier, aux applaudissements de tous.

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La démolition de la Bastille, peinture de Houël - Musée Carnavalet

Rien n’est plus aisé, jugent ces esprits bornés ou faux. On fera appel aux nombreuses troupes étrangères dont le souverain dispose, surtout dans le nord et l’est, on les massera à Versailles et Paris. Les régiments français sont trop incertains. Leur insubordination fait chaque jour d’inquiétants progrès. Le roi s’est aliéné le soldat en spécifiant le 23 juin « qu’il ne changerait pas l’institution de l’armée », c’est-à-dire qu’il continuerait d’interdire les grades aux roturiers. A Paris, le duc du Châtelet, colonel des gardes-françaises, en prévision de troubles, donne l’ordre à quatre compagnies de charger leurs fusils à balles. Elles désobéissent, sortent des casernes, parcourent les rues en criant : «  Nous sommes les soldats de la nation ! » Suivis d’une foule, une centaine d’entre eux parviennent au Palais-Royal et y boivent aux applaudissements du public « à la France régénérée ».

Onze meneurs sont appréhendés et conduits à l’abbaye. Mais un jeune avocat bordelais, Loustalot, rédacteur d’un nouveau journal, Les Révolutions de Paris, ameute le peuple qui force les portes de la prison et délivre les gardes-françaises, en prévision de troubles, donne l’ordre à quatre compagnies de charger leurs fusils à balles. Elles désobéissent, sortent des casernes, parcourent les rues en criant : « Nous sommes les soldats de la nation ! » Suivis d’une foule, une centaine d’entre eux parviennent au Palais-Royal et y boivent aux applaudissements du public « à la France régénérée ». Onze meneurs sont appréhendés et conduits à l’Abbaye.

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Le peuple délivre les gardes-françaises enfermées à l'Abbaye Saint-Germain, le 30 juin 1789 - Dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Mais un jeune avocat bordelais, Loustalot, rédacteur d’un nouveau journal, Les Révolutions de Paris, ameute le peuple qui force les portes de la prison et délivre les gardes-françaises. Réfugiés au Palais-Royal, ils sont peu après graciés par le roi, à la raquête de l’Assemblée.

Indulgence calculée peut-être pour endormir les soupçons. Louis XVI, cédant aux instances de son entourage, a déjà appelé dans la région parisienne trois régiments d’infanterie et trois de cavalerie. Le 1er juillet il en fait marcher dix autres, la plupart, la plupart suisses ou allemands. Un beau vieux soldat, le maréchal de Broglie, reçoit le commandement général. Besenval, sous ses ordres, est chargé de contenir Paris.

La situation y empire de jour en jour. Les intérêts sont en déroute, le crédit public est anéanti, on refuse les billets de la Caisse d’escompte, les petits rentiers s’affolent. Le travail manque et le pain. Une administration incapable et aussi un impudent agiotage ont encore raréfié les farines, déjà si maigres. Celles que fournissent les moulins à bras de l’Ecole militaire sont si jaunes et si dures qu’il faut les rompre à coups de hache. Les faméliques arrivés des provinces, surtout de l’est, accroissent la pénurie.

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Fermentation au Palais-Royal - Les Canonniers dans les poissardes, le 10 juillet 1789 - aquatinte coloriée de Janinet

Paris est entouré de véritables compagnies de brigands qui arrêtent les voitures et les passants, pillent ou incendient les maisons isolées. La grande ville tremble d’effroi. Impuissante ou complice, la police demeure inerte. Elle laisse pleine liberté de manœuvre aux agiteurs qui, dans les allées du Palais-Royal, prêchent ouvertement l’insurrection.

L’un d’eux, Camille Desmoulins, libelliste aigre et taré, mi-avocat, mi-secrétaire de Mirabeau, et qui mange comme son patron au râtelier d’Orléans, crie en bégayant à la foule : « La bête est dans le piège, qu’on l’assomme ! Jamais plus riche proie n’aura été offerte aux vainqueurs, quarante mille palais, hôtels et châteaux, les deux cinquièmes des biens de France seront le prix de la valeur !... » Strident appel à la révolution sociale, son écho ira loin...

La bourgeoisie parisienne, pour défendre la cité contre cette écume, n’a point confiance dans la municipalité bureautique nommée par le roi et à la tête de laquelle se trouvent le prévôt des marchands Flesselles, ancien intendant de Lyon, et quatre échevins. Les électeurs du Tiers, au nombre de quatre cent sept, leurs députés désignés, ne se sont pas séparés. Après la séance royale du 23 juin, ils se réunissent chez un traiteur rue Dauphine et demandent à Flesselles une salle à l’Hôtel de ville. Le prévôt, au lieu de les éconduire, leur ouvre la salle Saint-Jean. Dès lors, les électeurs y siègent à peu près en permanence.

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Lettre de renvoi de Necker, le 11 juillet 1789 - Archives nationales

Ils sont, pour une grande part, d’opinion modérée, mais parmi eux on compte quelques têtes chaudes, l’abbé Fauchet, le journaliste Carra, l’avocat Thuriot. Ils réclament une garde bourgeoise, une Assemblée communale annuelle ; en fin, sortant entièrement de leur rôle, ils protestent contre les mouvements de troupes qui ont été connus vite et dont la signification apparaît à tous.

L’assemblée pour faciliter son travail s’est divisée en bureaux. Les nobles assistent de moins en moins à ses séances. Elle voudrait résoudre la question essentielle des vivres : déjà infectée du virus politique, elle perd le temps en discours, n’aboutit à rien qu’à « plaindre la nation ». Cependant, la reine et les princes poursuivent leur plan. Tout repose sur Breteuil, actif, ferme, même brutal, mais rompu aux affaires, et par qui ils veulent remplacer Necker. Après quoi, forçant au besoin la main de Louis, on licenciera l’Assemblée. Les régiments qui doivent soutenir le coup d’Etat arrivent à marches forcées, en dépit de l’extrême chaleur. Le Royal-Allemand, commandé par le prince de Lambesc, campe dans les jardins de la Muette.

Le 8 juillet, Mirabeau dénonce ces préparatifs à l’Assemblée et demande le renvoi des troupes. Il le fait toutefois sans irrespect. Son discours est une invite à la monarchie. Tour en contrecarrant ses desseins, il s’offre encore à elle. A l’adresse que lui présente une députation, Louis répond de haut qu’il n’a fait venir des troupes que pour maintenir l’ordre. « Seuls des gens mal intentionnés pourraient égarer mes peuples sur les mesures de la précaution que je prends. » Et il propose de transférer l’Assemblée à Noyon ou à Soissons. C’est une menace, et l’Assemblée ne s’y trompe pas.

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Bagarre à Versailles entre des hussards et des gardes-françaises, le 7 juillet 1789 - gravure du temps

Tandis qu’elle courbe l’échine, Paris, lui , se dresse. Une propagande forcenée vise à débaucher les troupes nouvellement arrivées. Royal-Cravate est à Charenton , Salis-Samade à Issy, Nassau à Versailles, les hussards de Bercheny à l’Ecole militaire. La route de Sèvres est défendue par huit canons. Saint-Denis a reçu aussi de l’artillerie. Mais parmi les anciens régiments plusieurs semblent prêts à passer du côté de l’insurrection.

Deux comités la préparent. D’abord le « Conciliabule » de Montrouge, formé des clients et des sportulaires de Philippe d’Orléans. Choderlos de Laclos en est le chef, avec pour adjoint Sillery, capitaine des gardes du corps et complaisent mari de Mme de Genlis. Puis le Club breton, que mène Adrien Duport. Quelques députés de Bretagne dirigés par Lanjuinais et Le Chapelier l’ont fondé ; transporté à Paris il deviendra bientôt le club des Jacobins. Y entrent Mirabeau, Sieyès, Pétion, Bernave, les frères Lameth, Robespierre, l’abbé Grégoire.

L’argent ne manque pas, Orléans a reçu de nouveaux subsides anglais. Plusieurs financiers, tel Laborde, tel Dufresnoy, fournissent aussi de grosses sommes pour épauler l’Assemblée contre la cour.

Le roi, alors, prend l’offensive. Avec un manque d’égards injurieux, il renvoie Necker. Sans doute peut-il lui reprocher d’avoir trop mollement défendu la prérogative royale. Mais il ne devrait pas oublier si vite que, quelques jours plus tôt, son ministre, pour obtenir que la maison Hope de Londres consente à approvisionner Paris de blé, a offert toute sa fortune comme caution. Après le Conseil du 11, où il dort ou feint de dormir, selon sa coutume aux heures embarrassantes, Louis fait porter à Necker l’ordre de quitter le royaume sans délai. Montmorin, Saint-Priest, Puységur sont congédiés. La Luzerne démissionne. Un nouveau gouvernement est formé. « Se constituant de soi-même premier ministre », Breteuil prend les finances, le maréchal de Broglie la Guerre, l’inepte La Vauguyon les Affaires étrangères. Barentin et Villedeuil demeurent à leurs postes.

Avec une correction méritoire, Necker, sans avertir personne, même sa fille, est parti pour Bruxelles, afin de gagner la suisse. L’effet est énorme, on pouvait le prévoir. A l’Assemblée, le 12 juillet, les députés consternés se séparent sans délibérer, sur la proposition de l’abbé Grégoire. Toutes communications sont interrompues avec Paris.

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