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La psychanalyse

Evolution et tendances

(Daniel Lagache)

Introduction et généralités

Il est difficile de tracer un tableau d'ensemble de l'évolution, des tendances et des problèmes actuels de la psychanalyse, et cela pour plusieurs raisons. Tout d'abord, bien que la psychanalyse soit une discipline relativement jeune, liée dans la dernière décade du XIXe siècle, une telle entreprise, pour être menée à bien, supposerait la maîtrise de plus de soixante années de littérature. Ensuite, à l'intérieur du mouvement psychanalytique de relevance officiellement freudienne, c'est-à-dire de l'Association Internationale de Psychanalyse, il existe non seulement des divergences et des controverses, mais des écoles, avec des conceptions théoriques et techniques assez différentes.

De bonne heure, il y a eu des déviations et des scissions ; celles de Jung et de Adler, pour être les plus anciennes et les plus connues, ne sont pas les seules. En revanche, en dehors de l'Association Psychanalytique Internationale, il existe des groupements fidèles à l'esprit des découvertes de Freud. De plus, la psychanalyse a diffusé dans la psychothérapie, la médecine psychosomatique et les sciences humaines. Elle a diffusé dans le grand public, et elle est même devenue un objet de passions, voire de condamnations politiques, fournissant un objet à des recherches sur la psychologie de l'opinion publique et la sociologie de la connaissance (Moscovici).

Certaines causes de cet état de choses sont faciles à discerner. Avec Wælder, on peut remarquer que la psychanalyse est un domaine où le contrôle expérimental est limité (Sears) et absolument impossible dans l'interprétation du cas individuel. Avec le même auteur, on peut noter que la psychanalyse n'a pas pour objet une matière plus ou moins indifférente, comme les sciences de la nature et beaucoup de parties de la psychologie, mais "le cœur de la personnalité"; sous ce rapport, la position de la psychanalyse est plus défavorable que celle des autres sciences de l'homme : plus une matière est difficile, plus il est facile que les motivations subjectives y interfèrent avec l'esprit scientifique.

Cependant, dans cette complexité et parfois cette confusion, le développement de la littérature historique offre un remède. Le temps, s'il accumule les données, permet aussi de les considérer avec plus de distance; les changements jettent une lumière nouvelle sur le passé, et les déviations sur la ligne droite. Les travaux historiques de Freud ou sur Freud, la publication partielle de sa correspondance nous éclairent sur les premières décades de la psychanalyse, en particulier sur ses origines. Trop peu nombreuses sont les études historiques portant sur l'histoire de la psychanalyse et sur celle de questions limitées, comme, par exemple, le problème du transfert (Lagache, 1951). En diverses occasions, en particulier au Congrès Mondial de Psychiatrie de 1950, on a cherché à faire le point sur les tendances et les problèmes actuels de la psychanalyse. Enfin, depuis 1950, l'Annual Survey of Psycho-analysis constitue un incomparable instrument de documentation.

Les origines de la technique psychanalytique

Divers travaux récents, la publication de la correspondance de Freud avec Fliess, la monumentale biographie de Freud par Ernest Jones donnent une grande actualité à la question des origines de la psychanalyse. Nous avons cependant hésité à revenir sur une histoire qui a été exposée bien souvent. Mais après tout, elle n'est pas si bien connue, et elle est indispensable pour comprendre la suite.

Dans la dernière décade du XIXe siècle, Freud, s'attaquant au traitement psychologique des névrosés et, en particulier, des hystériques, fit une série d'essais dont l'étape décisive fut l'invention de la psychanalyse.

Dans une première étape, il appliqua la catharsis sous hypnose, découverte quelques années plus tôt par Joseph Breuer de Vienne ; le malade étant mis en état d'hypnose, le médecin lui pose des questions relatives à l'origine des symptômes et destinées à permettre, avec le retour des souvenirs oubliés, une décharge émotionnelle connexe. Freud et Breuer montrent ainsi que les symptômes hystériques ont leurs racines dans des chocs émotionnels passés; les événements perturbateurs ont été rejetés par la conscience; leur évocation dans l'état hypnotique dégage le malade.

Or, la catharsis n'avait pas d'effet thérapeutique durable. De plus, Freud n'aimait pas l'hypnose, procédé incertain et fleurant la magie; il ne pouvait hypnotiser qu'une partie de ses malades.

C'est ce qui amena Freud à recourir à la suggestion à l'état de veille; plaçant la main sur le front du patient, le médecin l'assurait qu'il pouvait se rappeler le passé.

Mais cette technique était pénible; le thérapeute se heurtait à la résistance du malade pour qu'il se rétablisse, il fallait la supprimer, c'est-à-dire supprimer le refoulement fondé sur la défense du malade contre les tendances reprochables.

Ainsi naquit la technique qui consiste à éduquer le patient à abandonner toute attitude critique et à interpréter le matériel ainsi produit; la règle fondamentale ou de libre association prescrit au patient de tout communiquer au psychanalyste, même si une idée parait désagréable, absurde, futile ou non pertinente l'expression des associations d'idées s'accompagnait de la libération des émotions refoulées.

C'est à l'interprétation de ce matériel, à la fois procédé d'investigation et de traitement, que Freud donna le nom de psychanalyse.

La découverte du transfert devait bientôt en compléter les principes essentiels. Dans le transfert, le patient, au lieu de se souvenir, se conduit dans l'analyse et envers le psychanalyste comme il s'est conduit dans son enfance envers les personnes de son entourage ; l'observation du présent met ainsi le psychanalyste sur la voie de la reconstruction du passé ; en même temps, le patient apprend à manier des émois qu'il n'avait pu maîtriser dans le passé et dont il n'avait pu se défendre qu'en les excluant de sa conscience.

Sur la base de ce bref historique, nous pouvons faire plusieurs remarques. La psychanalyse est donc bien née de l'hypnose, de la catharsis et de la suggestion. Elle s'en différencie en tant que méthode d'investigation et de traitement fondée sur l'interprétation de la résistance et du transfert. Mais cependant, elle conserve des traces de ses origines.

L'entourage analytique, avec le divan et la réduction des rapports interpersonnels courants, rappelle l'entourage hypnotique. La règle fondamentale joue un rôle homologue à celui des procédés par lesquels l'hypnotiseur induit le rapport hypnotique (Freud, 1921, 151; Lagache, 1952, 29-30). Anna Freud compare l'état de l'analysé à l'état hypnotique : "Le fait de rendre conscient ce qui était inconscient, l'influence du traitement sur les rapports réciproques du Ça, du Moi et du Surmoi dépendent manifestement de la situation analytique qui est artificiellement créée et qui rappelle celle de l'hypnose où l'activité des instances du Moi se trouve ainsi diminuée" (Freud A., 1936, 20-21).

Quant à la catharsis, on ne peut y réduire la psychanalyse et l'importance donnée à l'abréaction est souvent considérée avec suspicion; n'empêche que le défoulement de souvenirs, d'idées inconscientes et d'émois refoulés restent des éléments essentiels de la psychanalyse.

Quant à la suggestion, dans la théorie de la cure, Freud a longtemps pensé que, sous la forme du transfert positif, c'était elle qui aidait le patient à surmonter ses résistances (1917, ch. XXVII). Et du point de vue technique, la pratique qui consiste à poser des questions, à propos de tel ou tel point d'un rêve ou d'un autre matériel, est encore fort répandue il n'y a probablement pas de psychanalyste qui n'y ait jamais recours. C'est un vestige de la période où Freud, plaçant la main sur le front du patient, l'assurait qu'il pouvait se rappeler le passé.

Ainsi, même aujourd'hui, dans cette technique qui s'est définie par opposition à l'hypnose et à la suggestion, on peut retrouver des vestiges de l'une et de l'autre. Selon nous, ce processus de dégagement continue, et c'est le meilleur fil conducteur pour interpréter l'histoire et le développement de la technique psychanalytique.

Les premières théories et ce qu'il en subsiste dans la psychanalyse

Comme le remarque Marjorie Brierley (1951, 24), il y a des éléments de la théorie psychanalytique qui figurent déjà dans la Science des Rêves (1900) et qui sont toujours considérés comme valables. Nous allons essayer de les résumer en quelques propositions, en les formulant de manière à éviter l'implication de théories abandonnées.

1- L'appareil psychique a pour fonction essentielle la régulation instinctuelle.

2- On appelle instinct une source constante de stimuli provenant de l'intérieur de l'organisme, de telle façon que l'organisme ne peut échapper à ces stimuli par la fuite. Ces stimuli sont ressentis comme une tension déplaisante.

3- Cette tension déplaisante peut être réduite soit par une décharge satisfaisante, soit par un mécanisme intra-psychique qui la lie et qui a aussi pour but l'évitement du déplaisir (ce sont les futurs " mécanismes de défense " ; le refoulement est le plus connu des concepts qui se réfèrent à ce mode d'ajustement).

4- Il existe un antagonisme entre les besoins de sécurité de l'organisme et la demande instinctuelle.

5- La prédominance des besoins de sécurité a pour conséquence le refoulement des émois instinctuels.

6- L'échec du refoulement a pour conséquence le retour du refoulé, sous une forme déguisée (rêves, symptômes) qui met en échec la défense du Moi.

7- La sexualité adulte est le produit terminal du développement de la sexualité infantile.

8- Les pulsions sexuelles de l'enfance persistent sous une forme non déguisée dans le "plaisir préliminaire" associé à l'acte génital adulte, dans les perversions et, sous une forme déguisée, dans les sublimations et les symptômes.

Cette conception du fonctionnement mental, normal et pathologique, peut être résumée autrement, en recourant aux "principes" du fonctionnement mental. Le principe de constance, emprunté par Freud à Fechner (1873), désigne la tendance de l'organisme à réduire les tensions en les ramenant à un niveau aussi bas ou, tout au moins, aussi constant que possible. Le principe de plaisir-déplaisir en est une conséquence : toute conduite a pour origine une tension pénible et tend à la réduction de cette tension, avec évitement du déplaisir et production du plaisir : il correspond au "processus primaire" et règle les processus inconscients. Le principe de réalité est une modification du principe de plaisir-déplaisir il tend aux mêmes buts, mais en accommodant la conduite à la réalité extérieure, par exemple en abandonnant un plaisir immédiat en vue d'un plaisir ultérieur plus sur; il anime le processus secondaire, les aspects conscients et préconscients de la conduite son emprise croissante se traduit par le développement des fonctions conscientes d'ajustement à la réalité et des diverses formes de la culture.

Développement de la théorie entre 1905 et 1920

Entre 1905 et 1920, la théorie psychanalytique s'est considérablement développée; ce développement est principalement l'œuvre de Freud. Essayons de la caractériser brièvement.

1- Les perspectives de la conceptualisation théorique restent les mêmes.

2- Les principes fondamentaux restent les mêmes, savoir le principe de plaisir-déplaisir et le principe de réalité. Le caractère compulsionnel de certaines répétitions est reconnu, niais n'est pas expliqué par autre chose que par la répétition des besoins, c'est-à-dire dans le cadre du principe de plaisir-déplaisir.

3- L'antagonisme des besoins de sécurité et des besoins sexuels est conceptualisé dans la dualité des instincts du Moi, qui tendent à la conservation de l'individu, et des instincts sexuels, qui tendent à la conservation de l'espèce. Ce dualisme devient un monisme en 1914, avec l'introduction du narcissisme, c'est-à-dire de l'idée de la nature libidinale ou sexuelle des instincts du Moi ; la libido est l'énergie générale des instincts sexuels investis sur le Moi ou sur les objets, c'est-à-dire les autres et les choses; la somme d'intérêt investie sur le Moi et les objets est constante. plus on s'aime, moins on aime les objets, et inversement; bien que pouvant entrer ultérieurement en conflit, la libido du Moi et la libido " objectale " sont donc de même nature et de même origine.

4- La théorie de la sexualité infantile s'est étoffée et systématisée.

a) La sexualité infantile n'est pas un chaos, mais une suite plus ou moins régulière d'organisations prégénitales. D'abord l'organisation orale, puis l'organisation sadique-anale, centrée autour de l'anus et des fonctions d'excrétion la primauté génitale s'établit à la puberté.

b) La sexualité infantile n'est pas strictement auto-érotique, c'est-à-dire limitée à l'atteinte d'un plaisir organique; même la succion a un objet dans le monde extérieur, le sein de la mère ; mais le choix d'un objet total, c'est-à-dire d'une personne, est aussi atteint dans l'enfance, avec le développement du complexe d'Œdipe, c'est-à-dire de l'amour pour le parent du sexe opposé, avec haine corrélative pour le parent du même sexe, ou inversement, dans la forme négative du complexe d'Œdipe.

5- La théorie de l'appareil psychique est en voie de transformation. Jusqu'ici, on s'était contenté d'une distinction tripartite entre le conscient, le préconscient, c'est-à-dire les processus psychiques facilement actualisables, et l'inconscient, c'est-à-dire le refoulé. Avec la théorie du narcissisme, Freud suppose que toute la libido a d'abord été accumulée dans le Moi, avant de s'investir en partie sur les objets; l'autre partie, par la création d'un idéal du Moi, se transforme en amour de cet idéal. On trouve là l'indication d'une différenciation dans le Moi qui devait aboutir quelques années plus tard au concept du Surmoi.

6- Enfin, en ce qui concerne la psychopathologie, la fixation à la phase oedipienne du développement devient considérée comme le complexe nucléaire de toutes les névroses. Les désordres mentaux peuvent se classer selon la profondeur de la régression en deçà du complexe d'Œdipe, c'est-à-dire à des fixations à des stades prégénitaux du développement libidinal.

Développement de la technique de 1900 à 1920

Au début du siècle, comme nous l'avons déjà dit, les principes fondamentaux de la méthode psychanalytique ont été définis. Le fil conducteur des progrès de la conscience méthodique, c'est le dégagement de la psychanalyse par rapport à la suggestion. Telle est la préoccupation qui reparaît sans cesse dans les écrits techniques de Freud, titre sous lequel on groupe une série de travaux publiés de 1912 à 1919. Ils font bien voir comment, théoriquement, Freud conçoit le rôle technique du psychanalyste, ce qu'il ne doit pas être, et ce qu'il doit être.

Freud critique l'ambition thérapeutique, l'action éducative ou moralisatrice, l'analyse sauvage, c'est-à-dire l'interprétation directe de fantasmes inconscients, sans analyse préalable des résistances il se montre peu favorable à la technique active de Ferenczi, procédé auxiliaire qui consistait, en face de certaines résistances, à engager le patient à s'exprimer par l'action.

Dans le traitement, le psychanalyste est actif par son attitude attentive et compréhensive, par l'interprétation des résistances et du refoulé, par l'application de la règle d'abstinence (la règle d'abstinence consiste à interdire aux patients, soit en dehors du traitement, soit dans le traitement, des activités qui interfèrent avec les buts et les progrès de la cure). Le médecin doit être impénétrable au patient et, comme un miroir, ne refléter rien d'autre que ce qui lui est montré; son "attention flottante" fait pendant à la consigne de libre association donnée au patient. Il est préparé à ce rôle par l'analyse didactique; celle-ci terminée, le psychanalyste contrôle par l'auto-analyse son contre-transfert, c'est-à-dire ses propres réactions subjectives, surtout inconscientes. à la situation analytique, qui ne doivent pas interférer avec son rôle technique. Dans de telles conditions, le transfert du patient sur la personne de l'analyste est considéré comme un phénomène essentiellement spontané.

Comme on l'a dit, dans l'Introduction à la Psychanalyse, Freud admet tout de même que c'est la suggestion, sous la forme du transfert positif, qui aide le patient à surmonter les résistances et à accepter les interprétations. Nous avons montré, en étudiant l'histoire de la théorie du transfert (1952), que tout en y voyant un phénomène spontané. Freud fait une part à la technique psychanalytique. C'est la principale direction qu'ont pris les recherches les plus récentes. Dans la perspective moderne du champ psychanalytique, constitué par les interactions du psychanalysé et du psychanalyste, le cadre freudien nous apparaît comme isolant davantage le patient, ses communications, sa conduite, son expérience de la cure.

Le contre-transfert du psychanalyste est connu, il est pris en considération, comme un accident fâcheux plutôt que comme un facteur constant. Il devient par suite assez difficile d'apprécier les conceptions de Freud dans les écrits techniques; d'un côté, ses vues nous semblent tout à fait pertinentes; de l'autre, nous savons que la technique psychanalytique a changé.

C'est, pensons-nous, qu'il faut faire une distinction entre la conscience de la méthode et la pratique de la méthode, et la première a été, à certains égards, en avance sur la seconde. Balint (1952, 223) fait remarquer que les histoires de cas de Freud, toutes antérieures à 1914, ne contiennent pratiquement rien d'autre que des interprétations de contenus inconscients. Anna Freud, au début de son livre "Le Moi et les mécanismes de défense", fait remarquer combien la psychologie du Moi était alors suspecte et combien la psychanalyse était centrée sur l'exploration de l'inconscient " Il ...fallait se préoccuper uniquement des fantasmes infantiles attardés dans l'âge adulte, des plaisirs imaginaires et des punitions redoutées qui sanctionnaient ces derniers ". En d'autres termes, la cure était centrée sur la mise en lumière des fantasmes inconscients, c'est-à-dire des relations entre des besoins inconscients et des objets inconscients. L'analyse des résistances défensives, bien que sa nécessité fût explicitement affirmée, n'était pas bien connue ni profondément entrée dans la pratique.

Balint a bien décrit ce qu'était alors la stratégie analytique. Le but de la thérapie était défini par les trois formules équivalentes de Freud : " Surmonter la résistance du patient, supprimer l'amnésie infantile, et rendre l'inconscient conscient ". L'inconscient était alors l'équivalent du refoulé, et l'amnésie infantile ne signifiait rien de plus que la situation oedipienne, complexe nucléaire de tout le développement mental. " En conséquence, conclut Balint, la tâche pratique de l'analyse était (1) reconstruire le développement instinctuel du patient, en particulier trouver quels instincts partiels restaient refoulés et ne pouvaient être intégrés sous la primauté génitale; (2) reconstruire la situation œdipienne; (3) alléger l'angoisse de castration, issue - comme nous pensions alors - de la situation oedipienne, surtout du père, tant pour les garçons que pour les filles" (Balint, 1952, 222).

Modification des théories freudiennes antérieures (1920)

Le début des années 20 est considéré comme un tournant dans le développement de la théorie psychanalytique. Les modifications de la théorie se sont faites progressivement et ont été plus ou moins esquissées dans des publications antérieures. Mais c'est en 1920 que Freud publie "Au delà du principe de plaisir", en 1921 "Psychologie du groupe et analyse de l'Ego", en 1923 "Le Moi et le Ça" qui apportent des innovations concernant principalement la théorie des instincts et la théorie de l'appareil psychique. Essayons de schématiser ces innovations.

1- La conceptualisation devient plus systématique. En combinant l'opposition des forces dans le conflit (dynamique), l'intensité de ces forces (économique) et leur organisation dans l'appareil psychique (topique), Freud développe la métapsychologie, description la plus complète des processus mentaux. C'est une objectivation en modèles abstraits, détachée de la description clinique des phénomènes concrets de l'expérience vécue, de la conduite et de la communication.

2- Dès le début de son œuvre psychanalytique, Freud avait reconnu l'importance de la répétition, à laquelle se réfèrent plusieurs concepts (fixation, régression, transfert). Les expériences malheureuses, les conduites inadaptées se répètent avec une tragique monotonie, aboutissant à des échecs, à des blessures d'amour-propre ; on ne peut donc les comprendre comme la répétition de besoins instinctuels cherchant à se satisfaire ; ils relèvent d'un besoin spécifique de répétition, agissant "au delà du principe de plaisir".

3- Les instincts inhérents aux substances vivantes tendent à la restauration d'un état de choses antérieur. La biologie permet de distinguer deux groupes d'instincts, correspondant aux processus de construction et de démolition à l'œuvre dans l'organisme. Les instincts de mort (Thanatos), qui conduisent silencieusement l'être vivant vers la mort, se manifestent par les tendances destructives ou agressives. Les instincts sexuels ou instincts de vie (Eros) tendent à former des unités plus grandes, à prolonger la vie, à lui faire atteindre un plus haut développement. La vie consiste dans l'interaction ou le conflit de ces deux groupes d'instincts, mais ils peuvent aussi se séparer (désintrication des pulsions). La mort est la victoire des instincts destructifs, et la reproduction la victoire des instincts de vie.

4- La théorie de la sexualité infantile et du développement de la libido se complète et se systématise, en particulier dans les travaux de Karl Abraham. Ce n'est qu'en 1923 que Freud acquiert la conviction qu'une primauté génitale, ou tout au moins phallique, s'établit dès l'enfance ; dans ses derniers travaux (1924), Abraham subdivise les stades de la sexualité infantile.

5- La nouvelle théorie de l'appareil psychique distingue trois systèmes ou organisations : le Ça, le Moi, et le Surmoi. Le Ça est le réservoir des demandes instinctuelles et des pulsions refoulées; au Moi revient la préservation de l'individu et son ajustement à la réalité, la solution des conflits entre l'individu et la réalité, ou entre les besoins incompatibles; le Surmoi est une modification du Moi par intériorisation des forces répressives que l'individu a rencontrées au cours de son développement; Freud rattache sa formation à l'identification de l'enfant à l'image idéalisée des parents, au décours du conflit œdipien.

6- Abraham complète et systématise les tentatives antérieures pour classer les désordres mentaux selon la profondeur de la régression par rapport au complexe d'Œdipe; c'est ainsi que l'hystérie comporte une fixation dominante au stade génital précoce (phallique), la névrose obsessionnelle au stade sadique anal tardif, la paranoïa au stade sadique anal précoce, la folie maniaco-dépressive au stade oral tardif, la schizophrénie au stade oral précoce de succion.

Il est important de souligner ces changements, en particulier ceux qui portent sur la nature des instincts fondamentaux et la structure de la personnalité. C'est au cours des années 20 que la psychanalyse s'est introduite en France et qu'elle a commencé à être connue du public. L'image de la psychanalyse qui s'est alors formée est celle d'une psychanalyse antérieure à 1920, et cette image s'est montrée et se montre encore très résistante au changement. C'est ainsi que le reproche stéréotypé de pansexualisme n'a aucune portée contre une psychanalyse qui donne autant d'importance aux pulsions agressives et aux défenses du Moi.

Développements techniques en rapport avec les modifications de la théorie

La théorie de la structure ou topique de l'appareil psychique est, de toutes les modifications de la théorie, celle qui a exercé l'action la plus apparente. La primauté du point de vue structural s'affirmera en 1936 au début de l'ouvrage d'Anna Freud, sur "le Moi et les mécanismes de défense" : "Nous disons généralement que l'analyse a pour but d'acquérir une connaissance aussi approfondie que possible des trois instances dent l'ensemble constitue, d'après nous, la personnalité psychique, d'étudier leurs rapports mutuels ainsi que leurs relations avec le monde extérieur. Nous apprendrons à connaître les fonctions, les contenus, l'expansion du Moi et sa dépendance vis-a-vis du inonde extérieur, du Ça et du Surmoi. En ce qui concerne le Ça, nous avons à décrire ses contenus, c'est-à-dire les instincts, et à suivre leurs transformations" (1936, P 4).

Ce texte et son contexte ne laissent aucun doute sur ce qui s'est passé : de l'interprétation des fantasmes inconscients, le centre de gravité de la technique s'est déplacé vers l'interprétation de la résistance défensive de l'Ego; ce n'est pas une idée nouvelle : Freud n'a pas cessé de la répéter de puis les Etudes sur l'Hystérie (1895). Mais c'est entre 1920 et 1940 que la notion de sa portée concrète et pratique s'étoffe et se systématise. La précession de l'interprétation de la résistance sur l'analyse du contenu devient progressivement un principe connu et compris.

Un développement connexe a trait au transfert négatif. L'idée du transfert négatif est bleu connue de Freud, mais il s'en sert peu, expliquant plutôt la cure en termes de résistance et de transfert positif. Wilhelm Reich a joué un rôle important dans l'exploration clinique et l'exploitation technique du transfert négatif. Il est sceptique à l'endroit du transfert positif initial et, avec Sterba, il introduit l'idée du transfert négatif latent. Cette évolution technique est en rapport logique avec la prise en considération des pulsions agressives et destructrices (cf. Lagache, 1952), comme de la structure de l'appareil psychique.

L'étape suivante de la conceptualisation technique est marquée par l'introduction du concept de transfert de défense. Anna Freud (1936) n'oppose plus, comme Freud, le transfert positif et le transfert négatif, mais le transfert d'émois libidinaux et le transfert de défense. La compulsion de répétition intéresse non seulement les anciennes pulsions du Ça, mais les anciennes mesures de défense contre les instincts les pulsions sont transférées avec les déformations qui se sont marquées dès l'enfance dans les cas extrêmes, seule la défense reparaît la bonne technique est d'étudier alors la défense, c'est-à-dire l'Ego plutôt que le Ça, avec cette difficulté que le patient n'a pas le sentiment d'avoir en lui un corps étranger et qu'on ne peut compter sur son concours volontaire, le contrôle de la résistance défensive de l'Ego lui échappant. Ainsi, dans la théorie de la technique, le transfert s'étend aux dépens de la résistance, sans cependant l'absorber complètement. Du point de vue théorique, ces vues se relient à la compulsion de répétition et aux instincts de mort, sous la forme de la réduction des tensions.

Tout ceci a beaucoup contribué à donner à la psychanalyse sa physionomie moderne, caractérisée par la prédominance de l'analyse du refoulement sur l'analyse du refoulé, du refoulement, c'est-à-dire de la résistance défensive de l'Ego. D'où aussi l'importance que prennent les traits de caractères considérés comme des défenses permanentes. Ce sont ainsi ces développements techniques et théoriques qui ont permis de reconnaître l'importance des névroses de caractère, dans lesquelles les déformations de l'Ego l'emportent sur les symptômes psychonévrotiques proprement dits.

Le rôle étiologique du complexe d'Œdipe et la période préœdipienne

La réduction de la résistance défensive de l'Ego sous quelque forme qu'elle se présente ou de quelque nom qu'on l'appelle (résistance, transfert négatif, transfert de défense) a toujours été un but de l'analyse, niais seulement un but partiel et même un moyen, si le but dernier est la reconstruction du développement des instincts, du complexe d'Œdipe, et la résolution de l'angoisse de castration. En d'autres ternies, dans la conception freudienne, le complexe d'Œdipe est le noyau du développement normal et de la névrose, et représente par conséquent l'objectif stratégique de la cure, par rapport auquel l'analyse de la résistance défensive de l'Ego est un but intermédiaire d'ordre tactique. Le complexe d'Œdipe était donc le système de référence de base sur lequel reposaient à la fois la psychopathologie et la psychothérapie analytiques. Le monisme du système n'était pas compromis par l'existence de points de fixation préœdipiens; l'analité ou l'oralité fixait la limite de la régression, d'une régression qui avait pour point d'origine l'échec de la solution de l'Œdipe.

Un tel système d'interprétation peut être opérationnel dans un certain nombre de cas. Il ne l'est pas également dans tous, et ces insuffisances peuvent être rattachées à deux ordres de critiques. En premier lieu, l'avènement, le développement et le décours du conflit oedipien avaient été construits sur le modèle du garçon; suffisait-il, mutatis mutandis, à expliquer le développement de la fille ? En second lieu, l'exploration des phases préœdipiennes avait été négligée on savait relativement peu de choses de leur nature, leur portée pathogénique, et leur signification relativement à l'Œdipe.

Tout un travail semblait donc nécessaire pour mieux connaître les phases préœdipiennes et le développement sexuel de la fille, qui, pour cette période, servit de fil conducteur. Freud a été secondé dans cette tâche par diverses collaborations féminines, dont Fliess, a rassemblé dans son recueil les travaux les plus importants; le texte le plus commode est l'exposé de Ruth Mack Brunswick (1940), qui synthétise la pensée de Freud sur la sexualité féminine et la période préœdipienne.

A la suite de Freud Ruth Mack Brunswick distingue trois paires antithétiques : masculin-féminin, phallique-castré, actif-passif. La première ne devient significative qu'à la puberté, la deuxième au stade phallique et à l'âge du conflit oedipien. Pour la première enfance, l'opposition significative est passivité-activité. Au début, l'enfant est passif : comment en serait-il autrement ? La mère est omnipotente, avec le sein comme organe d'exécution et, plus tard, dans l'imagination de l'enfant, le phallus. L'enfant s'identifie à cette mère omnipotente, il désire accomplir les mêmes activités, avoir un enfant comme elle, et il réagit agressivement aux interférences de la mère avec son activité propre ; le garçon se montre plus actif, la fille plus passive.

D'où différents destins individuels, selon que domine l'expression de l'activité ou la répression de l'hostilité. Chez le garçon, la relation préœdipienne se constitue normalement par l'Œdipe actif, ou positif; mais si la fixation passive à la mère a été particulièrement forte, elle se dissimule sous l'apparence d'une fixation oedipienne à la mère, ou se transpose dans la passivité homosexuelle par rapport au père. Chez la fille, la dépendance préœdipienne par rapport à la mère se prolonge davantage; l'évolution vers l'Œdipe positif est plus complexe et plus laborieuse, au point de bloquer souvent et à divers degrés tout le développement sexuel ultérieur.

Nous espérons que cet exposé succinct suffit pour signaler l'importance de la phase préœdipienne et sa relation avec l'Œdipe, et comment ces notions modifient la stratégie analytique. L'accord est loin d'être fait sur ces questions difficiles. Il nous semble que l'on peut distinguer trois solutions ou, mieux, trois éventualités :

1- Des cas "classiques" dans lesquels les difficultés majeures se situent au niveau du conflit oedipien.

2- Des cas dans lesquels la non-résolution de l'Œdipe est elle-même la conséquence de difficultés préœdipiennes.

3- Des cas dans lesquels les difficultés majeures sont d'ordre préœdipien, au niveau de la relation de l'enfant avec la mère ; le conflit préœdipien intervient comme cause spécifique, et il ne peut même pas être question, à proprement parler, de complexe d'Œdipe.

Avec des divergences et des nuances, ces solutions restent fidèles à la description freudienne de la sexualité infantile; Freud lui-même a admis la nécessité de restreindre l'universalité de la proposition qui faisait du complexe d'Œdipe le noyau exclusif de la névrose (XVIIe Congrès, Symposium, 1951). On ne peut méconnaître la valeur des travaux dans lesquels cette position s'exprime. Un travail comme celui de Ruth Mack Brunswick est à coup sûr un travail informé, cohérent, prudent ; il fournit d'excellents repères dans le débrouillage des cas. Il laisse cependant dans l'ombre, et c'est sans doute la rançon de sa prudence, les toutes premières origines du développement, tout ce qui précède une appréhension suffisamment globale et distincte de la personne, c'est-à-dire de la mère.

Le rôle étiologique du complexe d'Œdipe - La position de Mélanie Klein

C'est à de telles questions que répond l'œuvre de Mélanie Klein qui a eu une énorme influence dans la formation de ce que l'on appelle, d'une façon trop exclusive, l'Ecole anglaise.

L'œuvre de Mélanie Klein est liée à la naissance et à l'évolution de la psychanalyse des enfants, qui posait des problèmes techniques particuliers en même temps qu'elle permettait d'approcher de plus près les origines du développement, antérieures au conflit oedipien tel que Freud l'avait conçu.

Dès les premiers essais, on s'est aperçu facilement que la psychanalyse de jeunes enfants, même après l'acquisition du langage, limitait le recours à la communication verbale et l'application de la règle fondamentale. On a donc eu recours à d'autres moyens d'expression, tels que le dessein, le modelage, ou le " jeu libre " avec des jouets et des matériaux divers. Mais ce n'est là qu'un procédé extérieur, qui n'exclut pas forcément l'établissement d'un dialogue et d'une situation analytiques entre le patient et le thérapeute, et qui ne permet pas de conclure que la psychanalyse des enfants soit pour autant essentiellement différente de celle des adultes.

Dès les premières publications (1923), Mélanie Klein s'est attachée à montrer qu'elle reposait sur les mêmes principes, c'est-à-dire, principalement, sur l'utilisation de la résistance et du transfert.

Anna Freud, au contraire, a soutenu que dans l'analyse des jeunes enfants il y avait bien un transfert, mais non une névrose du transfert ; l'enfant étant toujours en contact avec ses parents, le conflit restait extérieur; il n'était pas intériorisé, ou pas assez pour qu'une névrose de transfert pût se développer. De plus, pour des raisons connexes l'analyste devait rester en contact avec l'entourage essayant d'être " tout plutôt qu'une ombre " ; outre son rôle d'analyste, il devait assumer un rôle d'éducateur; le traitement devait se dérouler en deux phases: la première avait pour but de détruire le transfert négatif et de favoriser le transfert positif ; la deuxième seule devait être proprement analytique (1926). Depuis, Anna Freud a quelque peu modifié ses conceptions techniques.

Du fait de la diffusion des connaissances psychologiques et pédagogiques, l'analyste peut maintenant, plus souvent, se dispenser de jouer un rôle éducatif ; la meilleure connaissance des mécanismes de défense de l'Ego permet de raccourcir la phase initiale et parfois même de la supprimer. Mais A. Freud maintient que s'il y a transfert dans l'analyse des enfants, il n'y a pas à proprement parler névrose de transfert (1946).

Ce rapprochement technique n'implique pas en effet l'abandon de différences fondamentales en ce qui concerne la conception du premier développement, étroitement liée à la divergence relative de l'existence ou à l'absence de névrose de transfert chez les plus jeunes enfants traités analytiquement. Pour Anna Freud, un enfant de 3 ans est encore aux prises avec les objets primitifs de ses conflits, il entre tout juste dans la phase oedipienne. Pour Mélanie Klein, même un enfant de 3 ans a laissé derrière lui la part la plus importante de son complexe d'Œdipe ; il est donc loin des objets qu'il a désirés originellement et qu'il a intériorisés ; les objets d'amour actuels sont des images des objets originels; d'où la possibilité non seulement du transfert mais de la névrose de transfert dans une analyse où le rôle de l'analyste est, quant à ses principes, le même que dans l'analyse des adultes.

Les conceptions de Mélanie Klein sont trop riches et complexes pour que l'on puisse en donner ici un exposé détaillé et les discuter. Nous limiterons notre but à en faire ressortir certains traits et la signification dans une vue d'ensemble de la psychanalyse.

Le concept-clé est celui du phantasme inconscient, qui ne s'exprime ni dans des mots ni dans des images et qui n'est pas autre chose qu'une signification Immanente aux expériences et aux activités corporelles de l'enfant, à des relations inconscientes entre des besoins instinctuels et leurs objets. De telles "relations d'objets" ne peuvent être qu'inconscientes et phantasmatiques; les réceptions extéroceptives et les actions extérofectives dont le petit enfant est capable sont très précaires, et la vie de relation, dans le sens classique du terme, est très réduite. Cependant, de tels phantasmes sont à l'origine des processus qui joueront un rôle crucial dans la structuration du champ psychologique, de l'entourage et de la personne. L'introjection se développe à partir du phantasme inconscient d'incorporer le sein de la mère, phantasme qui accompagne le désir du sein et la sensation réelle de le sucer et de l'avaler. Inversement, le mécanisme de la projection se développe à partir du phantasme d'expulser un objet.

Presque aussi important que le phantasme inconscient est l'anxiété, qui intervient non seulement comme motif de défense, mais comme motif du passage d'une position à une autre, dans le sens d'une régression ou d'une progression.

Ceci dit, on retrouve dans la conception klenienne les deux phases préœdipienne et œdipienne décrites par Freud, mais à un âge beaucoup plus précoce.

De la naissance à 3 mois, l'enfant passe par une position " schizoïde-paranoïde ", dans laquelle la relation d'objet dominante est la relation avec un objet partiel, le sein de la mère ; les expériences satisfaisantes comportent l'identification de l'enfant avec le " bon sein ", rudiment du Super-Ego ; inversement, l'enfant tente de projeter ses expériences pénibles sur le " mauvais sein " ; comme il n'y parvient qu'incomplètement, le mauvais sein intériorisé constitue un objet persécutif primaire. Ses phantasmes inconscients opèrent ainsi sur un double jeu d'objets partiels bons et mauvais, extérieurs et intérieurs. Le clivage de l'objet (splitting) a une fonction de défense contre l'anxiété. Le clivage et les expériences persécutives permettent de signaler ce stade comme " schizoïde-paranoïde " et d'y voir les origines les plus radicales de la schizophrénie. Le jeu de l'introjection et de la projection conditionne aussi les débuts de la structuration, l'ébauche du Moi et du Surmoi.

Après trois mois, l'enfant passe par une position dépressive. Avec ses progrès, l'objet tend à devenir total, le clivage ne peut plus jouer la même fonction de défense; un seul et même objet sera donc visé à la fois par les pulsions aimantes et par les pulsions destructrices; d'où la dépression, la peur de la perte de l'objet, la culpabilité avec, comme défenses, une défense régressive pseudo-maniaque par la négation et la fuite, et une défense progressive, la réparation et la tentative de contrôler les pulsions destructrices.

Après 6 mois et le progrès de l'intégration de l'objet, l'enfant commence à réaliser que ses parents sont aussi des personnes existant par elles-mêmes, et aussi l'une pour l'autre. Avec l'établissement d'un triangle émotionnel commence le complexe d'Œdipe progressivement, les émotions, les pulsions et les phantasmes de l'enfant se centrent sur le couple parental, exprimant ainsi, dès le second semestre de la première année les possibilités multiples que verbalise un enfant de 3 ans.

Nous ne suivrons pas Mélanie Klein dans sa description de la phase oedipienne. En somme, on y retrouve, en dehors de nombreuses observations et vues personnelles, l'essentiel de ce que Freud a décrit chez l'enfant entre 3 et 5 ans ; en particulier, chez le garçon. comme chez la fille, le complexe d'Œdipe existe sous la double forme, directe et inversée; l'anxiété et la défense déterminent les alternances entre position masculine et position féminine; on trouve ainsi dans cette phase, pour l'un et l'autre sexe, les racines de l'homosexualité.

En résumé, selon Mélanie Klein, le complexe d'Œdipe décrit par Freud apparaît comme le stade final d'un processus qui commence dans la première enfance. Une interprète qualifiée de la doctrine de Mélanie Klein écrit " La compréhension des problèmes de l'enfant dans la forme précoce du complexe d'Œdipe nous fait réaliser davantage la vérité de la découverte de Freud : que le complexe d'Œdipe est le complexe nucléaire de l'existence individuelle "(Heimann, 1952). La différence, qui n'est pas mince, est que le complexe d'Œdipe se développe à partir de 6 mois et que la phase préœdipienne est réduite aux 6 premiers mois.

On comprend par là que le reproche le plus important fait aux conceptions de Mélanie Klein soit celui d'un " télescopage ", qui resserre dans la première année l'évolution de la sexualité infantile. D'autre part, même si l'on traite psychanalytiquement des enfants de plus en plus jeunes, les tout jeunes enfants restent inaccessibles à des investigations proprement analytiques ; leur vie inconsciente ne peut être que reconstruite, soit à partir de leur comportement, soit à partir de l'observation analytique d'enfants plus âgés.

L'administration de la preuve est dès lors bien délicate. Il est difficile d'éviter le risque de projeter sur l'enfant les conceptions de l'adulte. Mais on doit reconnaître à Mélanie Klein le mérite d'avoir utilisé des " catégories " qui ne soient pas celles de la pensée adulte ou de l'enfant plus âgé, par exemple le concept de phantasme, le concept d'objet partiel, des formes archaïques du Moi ou du Surmoi.

Les solutions culturalistes

Dans la pratique et la théorie de la psychanalyse, les psychanalystes de tendance culturaliste critiquent l'emprise excessive des concepts d'instinct et de genèse, et soulignent le rôle de l'entourage, des déterminants socio-culturels et des relations interpersonnelles.

Historiquement, il s'agit d'un courant d'idées qui s'est développé dans la psychanalyse américaine, où il a réagi à l'influence de l'anthropologie culturelle et de la psychologie sociale, mais qui a trouvé d'autres modes d'expression dans divers pays européens. Le chef de file le plus représentatif est Karen Horney (Berlin, puis New-York), dont plusieurs ouvrages ont été traduits en français.

La position culturaliste ne représente nullement une rupture avec les découvertes de Freud considérées comme cruciales et définitives le principe de déterminisme psychologique, le rôle des conflits inconscients, l'importance de la relation thérapeutique.

Ce qui est surtout critiqué, c'est la systématisation théorique de la psychanalyse, source de déceptions thérapeutiques, à cause d'un " biologisme " qui se traduit essentiellement par l'emprise de la théorie des instincts et du développement de la libido. Freud tend à tout expliquer par la genèse et à tout considérer comme une pure répétition des expériences infantiles ; or, les relations causales sont plus compliquées : la totalité de l'expérience infantile a pour produit terminal le caractère, et c'est le caractère qui est la source des désordres de la personnalité et de la conduite; l'analyse du caractère devient ainsi le centre de l'attention. Si les traits du caractère ne sont plus considérés comme le produit terminal de l'évolution instinctuelle, l'emphase tombe sur les conditions de vie qui ont modelé le caractère, et les perturbations des relations humaines deviennent le facteur crucial. L'orientation cesse d'être anatomo-physiologique pour devenir sociologique.

Si l'on abandonne la considération unilatérale du principe de plaisir, implicite dans la théorie de la libido, le rôle de l'anxiété comme motif pour la recherche de la sécurité apparaît sous un jour nouveau. Le facteur décisif de la genèse des névroses n'est plus le complexe d'Œdipe, mais toutes les influences contraires qui laissent un enfant sans recours et sans défense, et qui lui font concevoir le monde comme menaçant. A cause de sa peur des dangers possibles, l'enfant doit développer des tendances névrotiques qui lui permettent de s'expliquer avec le monde avec quelque sécurité. L'anxiété névrotique n'est plus la peur d'être submergé par les pulsions instinctuelles, ou d'être puni par un hypothétique Surmoi; c'est le résultat de l'échec des mesures de défense.

Les problèmes sexuels, s'ils peuvent dominer certains tableaux cliniques, ne sont plus le centre dynamique de la névrose ; ils sont un effet plutôt qu'une cause de la structure névrotique du caractère. En revanche, le patient est induit à faire face aux problèmes moraux impliqués dans toute névrose. La névrose est une forme particulière de lutte pour la vie dans certaines conditions. Son essence consiste en perturbations des relations de la personne avec les autres et dans les conflits qui s'élèvent sur ces bases. Ce qui élargit le but de la thérapie non pas d'aider le patient à maîtriser ses instincts, mais le soulager assez de son anxiété pour qu'il puisse se passer de ses tendances névrotiques rendre l'individu a lui-même, lui faire retrouver sa spontanéité et placer en lui-même son propre centre de gravité.

La critique que Karen Horney fait de la théorie freudienne du complexe d'Œdipe illustre cette position. La thèse de l'universalité et de la détermination biologique du complexe d'Œdipe a rendu nécessaire deux autres suppositions; n'en trouvant pas trace chez la majorité des adultes bien portants, Freud assure que normalement le complexe d'Œdipe est réprimé avec succès; trouvant beaucoup de cas où le lien dominant est celui de la mère avec la fille, ou du fils avec le père, on postule que la forme " négative " du complexe d'Œdipe a la même importance que sa forme positive. Certes, l'existence et le rôle de fixation aux parents ne sont pas douteuses; la question est de savoir si elles résultent de la maturation biologique, ou de conditions que l'on peut décrire.

Or la fixation aux parents peut être rattachée a deux grands ordres de conditions ; tantôt elle procède de la stimulation sexuelle par les parents, suite de leur insatisfaction sexuelle et émotionnelle, et d'autres cau5es plus complexes tantôt elle procède de l'anxiété de l'enfant, pris entre sa dépendance et son hostilité a l'égard des parents : une méthode pour réduire cette anxiété est de s'attacher a l'un ou l'autre des parents, pour recevoir de lui une affection qui rassure; cette attitude peut ou non prendre une coloration sexuelle. Le tableau psychologique est alors l'apparence du complexe d'Œdipe, mais c'est un effet secondaire de conflits névrotiques plutôt qu'un phénomène sexuel primaire. La question reste de savoir si des émois sexuels a l'égard des parents peuvent surgir dans des conditions normales pourquoi pas ? Mais peuvent-ils, dans les mêmes conditions, prendre l'intensité que leur attribue Freud dans sa description du complexe d'Œdipe ? Il n'est donc pas démontré que l'attachement incestueux aux parents soit une étape nécessaire du développement normal. Ce qui subsiste, c'est que les premières relations, dans leur totalité, modèlent le caractère dans une mesure qu'il est difficile de surestimer ; les attitudes ultérieures émanent de la structure du caractère, sans être pour autant la simple répétition d'attitudes infantiles.

Relation de la théorie et de la technique

Une œuvre comme celle de Karen Horney prétend exprimer avant tout un malaise a l'endroit de la théorie psychanalytique, dans la mesure où elle n'est pas vraiment la théorie d'une pratique, ce qui implique deux conditions : que les théories conceptualisent les faits observés, sans les dépasser ni les altérer ; que les concepts théoriques soient opérationnels dans le champ thérapeutique. Qu'un tel problème se pose n'est pas étonnant ; il procède de la nature même de la psychanalyse, d'être une " action-research ", a la fois la théorie d'une pratique et la pratique d'une théorie. Il s'est posé maintes fois dans l'histoire de la psychanalyse ; les idées de Freud lui-même ont été souvent révisées, et il est impossible de parler d'une manière univoque de " la théorie psychanalytique ". Sans doute aussi est-ce le point de vue le plus synthétique pour saisir la psychanalyse, sinon dans son ensemble, du moins dans son mouvement. Nous chercherons a l'atteindre a trois niveaux : la communication, la personne, l'instinct.

La préoccupation de la communication de personne a personne a existé dès l'origine de la psychanalyse; elle est présente sous les définitions traditionnelles qui font de l'interprétation de la résistance et du transfert l'essentiel de la technique. Or, les concepts que la science de son temps et la formation de Freud lui offraient ne permettaient guère que l'élaboration d'une psychologie de l'homme isolé ; de plus, selon une remarque de Balint, la technique s'est développée sur la base (le psycho-névroses où les relations objectales étaient importantes (hystérie, névroses de caractère), et la théorie sur la base de psychonévroses où les relations objectales sont réduites (névrose obsessionnelle, mélancolie, schizophrénie) a peu d'exceptions (objet, relation d'objet), les concepts théoriques sont basés sur la considération de l'individu isolé par exemple, la source et le but de l'instinct sont basés sur l'anatomie, et par suite une bonne part de la théorie du développement de la libido. De ces remarques historico-critiques, Balint tire la conséquence que nous avons besoin d'une bonne théorie du développement des "relations d'objet"; il y a une faille évidente entre une technique fondée sur les relations de personne a personne, et une théorie qui reste une " one-body psychology ", selon une expression de Rickman. Ce désaccord ne peut que s'accentuer, si la théorie reste stagnante, alors que la recherche technique s'oriente de plus en plus sur l'étude de la relation thérapeutique, de la communication, de la réciprocité de perspective, du transfert et du contre-transfert.

Une partie des psychanalystes français s'attachent, en particulier, au problème de la communication et du langage (Lacan, Lagache). Lacan, développant une conception "dialectique" de l'analyse, la décrit comme "un dialogue de sujet a sujet"; elle est terminée lorsque, les malentendus dissipés, le psychanalysé parle de lui-même a l'analyste lui-même.

Quant au problème du Moi et de ses opérations défensives, ou, en d'autres termes, de la relation de la personne avec elle-même, sa position et son élaboration sont, comme nous l'avons montré, les produits propres de l'évolution et du développement de la psychanalyse freudienne. Sans doute, de nombreux problèmes de personnologie et d'égologie sont en discussion, et il faut convenir que la confusion reste assez grande. Malgré quelques idées intéressantes, les culturalistes ne nous semblent pas encore avoir apporté de solutions décisives, et l'essentiel de leur position se borne à mettre l'accent, d'une manière exclusive, sur le côté inter-psychologique et égologique de la psychanalyse freudienne.

Quant au rôle des déterminants biologiques, leur rejet est également une position trop exclusive. Pour l'expérience psychanalytique, le danger de se fausser et de se perdre dans une objectivation faussement scientifique, une rééfication, n'est pas douteux. La théorie freudienne des instincts ne satisfait complètement personne, ou pas grand monde nombreux sont ceux qui considèrent comme superflue la théorie des instincts de mort (Fenichel). On ne peut cependant se passer d'une théorie des instincts, si l'on signale par ce terme le rôle des déterminants biologiques et de la maturation.

L'articulation du biologique et du sociologique est fondamentale pour la psychanalyse si le jeu de la dépendance et de l'indépendance est un des principaux ressorts de la dynamique de la personnalité et de ses relations avec autrui, la dépendance, concept psycho-sociologique, se constitue au moins à la naissance et elle n'est pas séparable de la prématurité de l'enfant humain, concept biologique. Si la théorie freudienne des instincts et de leur développement n'est pas opérationnelle, l'anxiété, à laquelle les explications culturalistes font jouer un grand rôle, n'est pas séparable de besoins fondamentaux de sécurité ; il n'est pas douteux que des modifications physiologiques importantes en sont une parte essentielle ; elle traduit l'intolérance de l'organisme à une élévation excessive des stimulations internes.

Dans la même perspective, l'importance des phantasmes est sous-estimée par l'Ecole Culturaliste. L'homme est une créature d'habitude, en ce sens que la plus grande partie de ses ajustements reposent sur l'apprentissage. Le rôle des instincts, si instincts il y a, n'est sans doute pas d'ajuster l'homme à la réalité, mais ils peuvent interférer avec cet ajustement. Et l'exploration de l'imagination et ses phantasmes inconscients constitue le terrain de choix pour l'étude des instincts chez l'homme.

Ce serait aussi une erreur de sous-estimer le rôle de l'image du corps propre dans la conscience de soi et la relation avec autrui.

La considération des instincts et des phantasmes n'entraîne nullement le psychologue à donner au champ psychologique la structure de l'homme isolé. Car les phantasmes sont essentiellement des relations entre des besoins et des objets. Et pour les instincts eux-mêmes, si la théorie freudienne a donné un caractère extrinsèque à la liaison de l'instinct et de son objet, on peut concevoir une liaison intrinsèque, que le besoin soit au moins l'intuition de l'objet-valeur propre à le satisfaire, la faim, par exemple, l'intuition de la valeur " nourriture " (Scheler). Dès lors, la prise en considération des instincts n'est pas autre chose que la recherche des formes les plus primitives, peut-être ataviques, des relations d'objet. Aussi bien, les pulsions instinctuelles auxquelles la théorie analytique fait jouer le rôle capital, la sexualité et l'agression, sont précisément de nature relationnelle.

Psychanalyse et sciences humaines

Seule parmi les disciplines médicales, la psychanalyse a des relations étendues avec les sciences humaines, et comme l'écrivait Freud en 1922, elle est en mesure d'y jouer un rôle non moins important qu'en psychiatrie. Selon Freud, il est facile de discerner le point de départ du pont qui conduit de la psychanalyse aux sciences de l'esprit : " L'analyse des rêves nous a fait comprendre les processus inconscients de l'esprit et nous a montré que les mécanismes qui produisent les symptômes pathologiques opèrent également dans l'esprit normal. Ainsi la psychanalyse est devenue une psychologie en profondeur, capable comme telle d'être appliquée aux sciences de l'esprit et de répondre à un bon nombre de questions insolubles pour la psychologie académique de la conscience " (1922, 128-129).

Disons, d'une façon plus globale, que la fécondité de la psychanalyse s'explique parce qu'elle met en jeu la personne totale en relation avec autrui, la suite de son histoire, l'ensemble de ses rapports avec son entourage et la diversité de ses objets. La psychanalyse appliquée, en l'absence d'investigations proprement psychanalytiques et de toutes les données qu'apporte une cure psychanalytique, consiste essentiellement dans l'utilisation des conceptions psychanalytiques dans divers domaines des sciences de l'homme.

Une partie importante de l'œuvre de Freud lui a été consacrée, et elle constitue environ un cinquième de la production analytique. La puissance d'expansion et de pénétration de la psychanalyse apparaît encore plus grande si l'on tient compte de son influence directe et indirecte. Ses domaines, très divers, recouvrent approximativement ceux des sciences humaines: l'histoire, l'art et la littérature, la science des religions, la mythologie et le folklore, l'anthropologie sociale et culturelle, la psychologie. Son évolution dans les grandes lignes, a dépendu de celle de la psychanalyse.

On a d'abord cherché des principes d'explication dans les phantasmes inconscients et le complexe d'Œdipe, dont la signification, suivant les termes de Freud, " a commencé à prendre des proportions gigantesques, comme si l'ordre social, la morale, la justice et la religion s'étaient élevés ensemble, dans les premiers âges de l'humanité, comme des formations réactionnelles contre le complexe d'Œdipe " (1922, 129). La fécondité de la théorie psychanalytique s'est renouvelée lorsqu'elle a dépassé et complété la psychologie profonde des instincts par la psychologie du Moi et des mécanismes de défense, tout en recourant plus souvent aux principes d'explication empruntés à la théorie de la période préœdipienne et à la relation avec la mère omnipotente. L'orientation plus récente vers les relations interpersonnelles commence à s'apercevoir dans certains travaux, qui recourent au concept de communication, par exemple à propos de l'art (Kris, 1952).

En même temps que ses systèmes de référence changeaient, la méthodologie de la psychanalyse appliquée se raffinait ; d'intuitive, elle est devenue plus empirique ; la majorité des auteurs ont assimilé l'idée que la transposition d'un concept psychanalytique est sans valeur intrinsèque : la psychanalyse peut fournir des hypothèses de travail, leur vérification relève des données et des méthodes propres au domaine auquel ces hypothèses. sont appliquées.

La psychanalyse elle-même ne peut que bénéficier de tels échanges. La formation médicale, psychiatrique, psychologique et psychanalytique serait trop étroite encore, si elle n'était soutenue par la culture qu'apportent les humanités et l'expérience de la vie. Quant à la recherche psychanalytique, nous avons vu que la fonction de la théorie était double : conceptualiser et orienter la pratique. La validité des conceptions psychanalytiques est sans aucun doute un objectif de première importance. A cet égard, les sciences psychologiques et sociales peuvent rendre à la psychanalyse plusieurs ordres de service :

1- Vérification de certaines conceptions psychanalytiques. C'est un travail souvent difficile ou impossible les hypothèses psychanalytiques conceptualisent une expérience très particulière et ne se prêtent pas toujours aisément aux transpositions nécessaires. Sears, en 1943, a donné de ces travaux un expose systématique et à peu près complet. Donnons comme exemple les recherches d'anthropologie culturelle qui, en définitive, ne permettent pas de maintenir l'universalité du complexe d'Œdipe ou de la période de latence. La notion de la spécificité du complexe d'Œdipe, telle qu'on la trouve chez un auteur d'orientation biologiste comme Fenichel, est en partie au moins, un produit de l'influence des sciences sociales. L'apport de celles-ci a convergé avec les progrès des discussions et des investigations psychanalytiques.

2- Apport d'hypothèses de travail. Les sciences de l'homme, qu'il s'agisse de biologie, de psychologie ou de sociologie, peuvent aussi apporter à la psychanalyse des hypothèses de travail. Par exemple, nous estimons que certains concepts qui font partie de la théorie expérimentale des habitudes, comme l'interférence associative, la récupération spontanée. l'inhibition rétroactive peuvent être utilisées pour débrouiller certains problèmes concernant le transfert, le rôle des interprétations (Lagache, 1951).

3- Exploration de questions peu accessibles aux investigations psychanalytiques. L'approche psychanalytique rencontre des limites, par exemple en ce qui concerne les petits enfants, ou les questions qui font intervenir la quantité et la mesure. L'observation des petits enfants, par des psychologues ou par des psychanalystes, a apporté de résultats intéressants ou importants (travaux de René Spitz). Parmi les travaux expérimentaux, citons l'étude expérimentale du conflit (Miller, 1944) et l'étude expérimentale de la persistance de la conduite non adaptée (Mowrer, 1950), qui apporte incontestablement des lumières sur le rôle de la dimension temporelle dans la compulsion de répétition.

Des échanges et une interpénétration sont donc possibles, mais non une unification, en raison de différences irréductibles dans les buts, les méthodes, la nature des phénomènes ; la fusion totale n'aboutirait qu'à un " confusionnisme " et à une " objectivation réifiante " fort dangereuses pour la psychanalyse. Ces difficultés, d'ailleurs, ne sont pas essentiellement différentes de celles qu'a rencontrées le passage de l'expérience psychanalytique, centrée sur la communication, à la conceptualisation " métapsychologique ", dont le langage a été le plus souvent celui des sciences de la nature.

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