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L'interprétation de la figure humaine

(Pierre Abraham)

Après deux siècles de rigueur scientifique, après un siècle de découvertes physiques, chimiques et biologiques, au temps des laboratoires et des tests de psychologie appliquée, quand tous nos maîtres et presque tous nos compagnons de travail réclament des chiffres, des chiffres et encore des chiffres, prétendre ressusciter des études vieilles de plus de vingt-cinq siècles, et qui ne se chiffrent pas (ou pas encore), et qui ne se traduisent pas (ou pas encore) en formules algébriques cela peut passer pour un paradoxe. Cependant une somme de constatations lentement rassemblées oblige à reconnaître que, dans ces études, il y a "quelque chose". Quelque chose que le Zohar des juifs, le Kâmasoûtra des hindous, l'Apocalypse des chrétiens, mentionnaient avec le même respect attentif qu'Aristote, qu'Esope ou qu'Euripide.

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Récidiviste (vols, coups, outrages)

Quelque chose qui n'est pas encore parvenu au stade de l'utilisation scientifique, mais qui a dépassé le stade de la magie, et aussi le stade du mystère. Les initiations de jadis, au temps d'Eleusis comme, bien plus haut, au temps de l'Egypte et de Babylone, se fondaient sur ce "quelque chose", qui demeurait soigneusement à l'abri de la connaissance vulgaire, auquel seuls avaient droit les clercs de la gent sacerdotale et dont on a longtemps désigné les disciplines diverses sous le nom collectif de "sciences occultes".

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Le violent

Les sciences ci-devant occultes

Reprendre aujourd'hui ces études, c'est avant tout les "désocculter". Et pour cela, en bannir dès l'abord ce qui touche à la prédiction. Mieux il accède à la culture, plus l'homme se détache de la croyance naïve à une destinée personnelle qui serait inscrite dans une conjonction d'astres, dans une ligne de sa main, dans un jambage de ses lettres ou dans une ride de son front. Dans le domaine des sciences ci-devant occultes - qui ne sont d'ailleurs pas encore des sciences - le sérieux des chercheurs se mesure très exactement a leur refus de la prédiction.

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L'inadapté social

L'astrologie

C'est pourquoi, sur l'ensemble de ces quatre disciplines (les astres, la main, l'écriture, la figure), il faut délibérément et quelque regret qu'on en puisse éprouver - écarter l'astrologie, que ses fidèles ne pratiquent guère qu'en vue de deviner l'avenir. Deux autres motifs encore conduisent à en différer l'exposé.

D'abord, on ne peut se dissimuler l'amas considérable d'hypothèses - pour la plupart informulées et informulables - qu'il faut faire pour raisonner la correspondance entre l'aspect des astres dans le ciel à l'heure d'une naissance et les dispositions intérieures, ou mieux encore les événements fortuits de l'existence, chez l'individu pris pour sujet. De telles hypothèses, que l'astrologue fait implicitement et parfois sans même s'en douter, mettent en jeu non seulement toute la cosmogonie, mais encore la biologie de l'espèce humaine, la génétique (voire même la gynécologie), sans compter des problèmes aussi peu simples que celui du libre arbitre.

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Judine, chirurgien

En second lieu, on est frappé, à la lecture des ouvrages modernes d'astrologie, tout au moins ceux qui sont rédigés avec conviction et sérieux, de voir une si grande complication de calculs difficiles, que seuls peut aborder et résoudre un bon mathématicien, aboutir à une aussi grande marge dans leur interprétation. Entre la rectitude des calculs et l'adaptation qu'on en fait à un individu donné, il y a un saut de l'obligatoire au facultatif, de l'exactitude mathématique à l'à peu prés intuitif, qui inquiète le lecteur.

Il est possible qu'un jour l'état de preuve des hypothèses que fait l'astrologie soit assez avancé pour qu'on en puisse reprendre l'étude dans un ouvrage comme l'Encyclopédie Française.

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La droite

Pour aujourd'hui, constatons simplement qu'il est inutile d'aller interroger les astres quand on a sous la main - et l'on ne saurait mieux dire - un matériel directement attaché à l'homme, dont l'interprétation ne met en jeu aucune hypothèse sur la création du monde et sur les influences cosmiques.

Critique du matériel d'études

Si l'on essaye de classer les trois genres de recherches qui, partant des signes visibles sur l'homme ou tracés par lui, se donnent pour but de décrire certaines de ses démarches mentales, et si l'on opère ce classement d'après le degré qu'ils ont atteint dans le rapprochement vers un stade futur, un stade encore idéal, qui serait leur stade scientifique, il est évident que la graphologie vient en tête. Grâce aux solides et véridiques travailleurs qui, depuis cent ans, se sont attelés à la besogne et que cite E. Magnat dans son article sur la graphologie? Sans doute. Mais aussi pour une raison très simple, qui a ce mérite de mettre en cause des motifs techniques, des motifs ouvriers, faciles à comprendre et dont l'évidence illumine les situations relatives de ces recherches.

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La gauche

L'écriture

La graphologie travaille sur un matériel à deux dimensions. Cela dit tout. Tout? Cela dit d'abord que nous, êtres à trois dimensions, qui survolons une matière plane, en scrutons avec naturel le dessin, l'ensemble, le détail, l'inclinaison, la continuité, la variation. Cela dit ensuite qu'un matériel plan peut facilement s'échanger de l'un à l'autre chercheur, se classer, se sérier et se répertorier par types de signes, se comparer, se mesurer, s'étalonner.

Cela dit encore que, pour le communiquer on dispose depuis longtemps de moyens pratiques peu onéreux, qu'il s'agisse du simple (mais dangereux) décalque, de la gravure sur bois, sur pierre lithographique, de la gravure dite au trait ou, plus récemment, de la similigravure et même de l'héliogravure l'ouvrage de graphologie s'illustre aisément et économiquement de planches fidèles à l'original, sur lesquelles le lecteur peut poursuivre des recherches aussi valables, aussi probantes pour lui que pour l'auteur.

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La droite

Cela dit enfin que, pouvant être communiqué à autrui dans l'intégralité de son aspect graphique et de sa teneur psychologique, le document plan satisfait à la première condition de tout matériel de recherche il s'offre loyalement à la critique objective et permet à la graphologie de satisfaire à son tour à la première condition de toute science : être transmissible à autrui, être continuée par autrui, bref, devenir testamentaire.

Un graphologue, aussi éminent qu'on l'imagine, et qui ne disposerait d'aucun procédé de reproduction pour la diffusion de ses observations, ne pourrait susciter que des disciples de hasard; son effort serait limité à l'instant de sa vie. La graphologie ne serait que sa graphologie, et disparaîtrait avec lui, comme ont pu disparaître les leçons de tant de bons maîtres du moyen-âge. La découverte des procédés économiques de reproduction fidèle a la même importance pour la propagation loyale d'études comme la graphologie que la découverte de l'imprimerie pour la propagation et la critique des idées.

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Henri Michaux, poète

Que, sur le vu d'un document écrit, on doive surajouter la troisième dimension - la dimension perpendiculaire au papier, celle qui intéresse le poids, la pression, l'élan du scripteur - c'est affaire au graphologue dans le cours de son analyse.

L'important, c'est que cette troisième dimension, cette dimension secrète que le graphologue reconstitue avec les ressources de son acquît ou de son intuition, est liée au document comme à toutes ses reproductions fidèles, qu'elle les accompagne et qu'elle y demeure constamment à la disposition du chercheur.

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La gauche

La main

La main, la figure, sont à trois dimensions. Le seul document original n'est pas fidèlement reproduisible, n'est pas communicable.

A un moulage, aussi parfait qu'on le suppose exécuté, il manquera toujours des éléments essentiels, ne serait-ce pour la main que la chaleur, la moiteur, la couleur, les taches des ongles. Les chirologues modernes - on en a un exemple dans l'article de Charlotte Wolff - tournent la difficulté en se procurant l'empreinte palmaire du sujet, au moyen d'encre grasse, a la façon dont l'identité judiciaire procède pour les empreintes digitales.

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Marguerite Jamois, artiste dramatique

Mais ils ne se dissimulent pas que c'est là un extrait du document original. Ils cessent d'étudier la main pour se borner à étudier les lignes de la main plus strictement encore, ils étudient un certain dessin obtenu en appuyant toujours de la même manière des mains différentes sur un même type de papier. Le matériel de recherche n'est plus une main donnée, mais le cryptogramme obtenu à l'aide de cette main. Une fois cette transposition faite, les chirologues peuvent travailler sur un matériel à deux dimensions, qui bénéficie de tous les avantages que nous venons d'énumérer pour l'écriture.

Le retard de la chirologie sur la graphologie - une fois dépassé le stade des diseurs de bonne aventure et des commerçants de tout acabit - provient de ce qu'on n'a pensé que voici peu à utiliser le procédé des empreintes, connu cependant depuis longtemps.

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L'être intérieur

La figure

Transposer à deux dimensions un matériel original à trois dimensions, tel est le problème que doivent également résoudre les études sur la figure humaine.

Car l'époque n'est pas venue, à supposer qu'elle vienne, où des reproductions fidèles à l'original (réductions de moulages, par exemple ou, pour la démonstration en commun, projection de photographies en relief) circuleront et s'éditeront aussi commodément que les illustrations d'un livre. On en est réduit, comme pour la main, à extraire de la figure étudiée un ou plusieurs cryptogrammes à deux dimensions sur lesquels va s'exercer l'observation et la recherche, à l'aide desquels sera soumis à la critique du lecteur le matériel de comparaison et de preuve.

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L'être social

Ces cryptogrammes à deux dimensions (pour ne pas parler des bustes ou des moulages qui se frayent difficilement le chemin vers l'étudiant inconnu) ce furent les images que dessinateurs et graveurs laissèrent de leur modèle, ce sont les photographies. Pour la peinture, nous devons faire les mêmes réserves que pour la sculpture touchant le caractère unique de l'œuvre, et ne parler ici que de peinture reproduite.

Toute œuvre issue de la main de l'homme se voit imprimer la personnalité de celui qui la crée, au même titre - a plus haut titre parfois - que celle du modèle. Désenchevêtrer l'un de l'autre le peintre et son modèle, attribuer à chacun ce qui lui revient dans le portrait qu'on a sous les yeux, c'est d'abord isoler le style d'une époque, puis le style du peintre, c'est-à-dire, parlant la langue concrète des recherches qui nous occupent, c'est déceler et trier les déformations habituelles que l'époque ou le peintre font subir au visage humain. La pose plus ou moins conventionnelle, l'éclairage plus ou moins dramatisé, le costume, les accessoires, l'expression souriante ou lugubre, rentrent eux aussi parmi les éléments à distinguer de l'essentiel. Ce travail une fois fait, on peut commencer à scruter le modèle.

Est-ce dire que la photographie directe économise toutes ces précautions? Non pas. Le relais de l'outillage - objectif, diaphragme, émulsion sensible, développement, tirage - n'élimine pas plus la personnalité de l'opérateur que les impératifs de l'époque ou du milieu - costume, mobilier, éclairage, pose, expression - n'éliminent la personnalité du modèle. Et si le chercheur peut parfois déplorer l'un, à coup sûr il déplorerait beaucoup plus l'autre. Cependant on peut dire que c'est avec l'ère de la photographie que l'étude du visage humain est enfin parvenue à un premier stade de communication et d'examen critique. Photographies multipliées du même sujet, sous des angles divers et, autant que possible, à des âges différents. Ceci en attendant la pleine adaptation du cinéma à ces travaux.

Il peut sembler étrange, en exposant ces recherches, de mettre au premier plan le matériel grâce auquel on les communique plutôt que le matériel vivant sur lequel on fait les observations originales. Mais, d'une part, la durée d'une étude sérieuse excède largement le temps pendant lequel le plus patient des sujets peut demeurer à la disposition de l'observateur (ne faut-il pas souvent huit jours de " traitement" pour déchiffrer une figure?). D'autre part, le plus véridique des sujets vivants cherchera à influencer l'observateur, de la même manière que le plus véridique des malades cherche à tromper son médecin. Enfin, ceux qui jettent les yeux sur des ouvrages naguère consacrés à ces études ne peuvent toujours résister à un mouvement de recul devant leurs illustrations tendancieuses.

Qu'il s'agisse des travaux de Porta ou de Lavater au XVIIIe siècle, des livres de Kretschmer au XIXe, voire de certains ouvrages contemporains illustrés de dessins au trait, on sent trop bien que la main qui tient le crayon, la plume ou le burin est influencée par les théories qu'il s'agit de souligner dans l'image. Et la méfiance à l'égard de ces sortes de caricatures involontaires s'étend - à tort ou à raison - au texte qui les encadre. C'est une des raisons, et peut-être la principale, de la stagnation où nous voyons que, jusqu'à ces dernières années, sont restées ces sortes de recherches.

Répétons-le les études sur la figure humaine, dans la possibilité de leur transmission à autrui, c'est-à-dire dans leur efficacité et par conséquent dans leur réalité, trouvent pour la première fois depuis vingt-cinq siècles avec la photographie, avec la simili-gravure et avec l'héliogravure, le début de l'outillage qui leur permettra de progresser, donc d'exister.

Pourtant, ne nous dissimulons pas le caractère squelettique, par rapport à l'objet étudié, de ce que nous avons appelé les cryptogrammes photographiques. Et sachons que l'outillage offert par notre époque est dérisoire en regard de celui qui sera mis par les techniques nouvelles à la disposition de nos successeurs. Cette objection, jointe à des constatations plus délicates a exposer mais tout aussi concrètes, sur l'état infantile où se trouvent encore nos connaissances psychologiques, nous invite à la modestie. Nos petits-neveux s'ils ont la curiosité d'exhumer nos recherches, auront pour elles le même sentiment d'indulgente pitié que les lycéens de seconde peuvent éprouver devant les problèmes qu'avant l'époque cartésienne tant de bons mathématiciens posaient en prose fleurie, et que l'algèbre élémentaire permet aujourd'hui de résoudre en cinq minutes.

Soyons pleinement conscients du chemin à parcourir. Et pensons, non sans mélancolie, que non. nous bornons à transmettre aux époques qui disposeront enfin de l'outillage - concret, psychologique et mathématique - indispensable à les résoudre, des problèmes que notre seule ambition doit être de pose correctement.

Ceci dit - et compris - nous pouvons en venir l'analyse de la figure humaine, sans plus distinguer le travail fait sur le sujet et sur sa reproduction à deux dimensions.

Morphologie et physiognomonie

De tout temps, et aujourd'hui encore, l'étude de la figure humaine a été abordée par deux méthodes très différentes dans leur origine, dans leur démarche, dans leur but. L'une, qui intéresse surtout les médecins, les hygiénistes et par contrecoup les sociologues et les psychologues, cherche à classer les êtres humains en quelques types à l'intérieur desquels on retrouve les mêmes comportements physiques, les mêmes réactions au milieu, les mêmes dispositions générales. C'est une méthode synthétique, pour laquelle Goethe a inventé le beau néologisme de morphologie.

L'autre, qui intéresse d'abord les psychologues et les physiologistes, puis les médecins et par contrecoup les historiens, les sociologues et les critiques, est une méthode analytique, connue depuis Aristote sous le nom de physiognomonie. Elle cherche à établir des concordances entre, d'une part, un certain nombre de signes physiques relevés, soit sur le corps entier (et à ce titre la chirologie en est une branche), soit sur le crâne seul (les célèbres bosses de Gall), soit sur le visage (Lavater, Darwin, Duchenne de Boulogne, Piderit, etc.) et d'autre part certaines émotions passagères (études sur la mimique) ou certaines inclinations permanentes de l'esprit.

La morphologie

La première méthode, la méthode synthétique de la morphologie, aboutit à un certain nombre de types, dont la nomenclature varie suivant l'état d'avancement des sciences de l'homme et marque bien le stade momentané de ces sciences.

Aux temps de l'astrologie, on parlait des types Soleil (apollinien), Mercure, Vénus, Terre, Jupiter, Lune, Mars et Saturne. Cette terminologie est parfois encore employée, par des auteurs qui l'ont vidée de tout contenu astrologique en lui maintenant sa signification psycho-morphologique. Revenant des astres à notre planète, les médecins ont ensuite appliqué aux humains leur connaissance des quatre éléments et les ont classés en groupes Air, Terre, Eau et Feu (Hippocrate).

Puis est venue la période qui a duré depuis la Grèce ancienne (Galien) pour s'épanouir au XVIIIe siècle, où la médecine se fondait sur les humeurs; c'est la période où l'on distinguait le sanguin, l'atrabilaire (ou mélancolique), le bilieux, le pituiteux, le lymphatique. Le souci scientifique se marque plus nettement en ce que chaque groupe est caractérisé par la prédominance d'une humeur physiologique. Malheureusement si le sang, la bile, la lymphe existent bien, la pituite et l'atrabile n'existent pas. On trouve de nombreuses répercussions de ce classement dans la littérature qui, avec le délai normal de passage, offre au XIXe siècle une floraison de ces types.

Au début du XXe siècle, les psychiatres d'une part, les médecins d'autre part, aboutissent à des types qui se répondent et se complètent : le schizoïde et le cycloïde de Kretschmer, le plat et le rond de Sigaud, Mac-Auliffe, Thooris, que nous avons nommés le concave et le convexe, que le Dr Corman reprend sous les noms de rétracté et de dilaté; puis les quatre tempéraments, le respiratoire, le digestif, le musculaire et le cérébral de Sigaud, Mac-Auliffe et Thooris, qui correspondent aux tempéraments analogues décrits sous d'autres noms en Italie (Pende) et en U. R. S. S. (Bounak).

Ces quatre tempéraments morphologiques sont utilisables pour l'application pratique. Nous en avons recherché et obtenu les correspondants psychologiques. Nous en exposons le classement, avec les réserves indispensables, aux futurs orienteurs professionnels. Nous les avons appliqués aux emplois du théâtre. Mais s'ils offrent les avantages, ils présentent aussi les inconvénients de tout classement synthétique, obtenu en groupant sous le même nom une série de caractéristiques convergentes. En fait, chacun de ces types est idéal.

Aussi idéal, toutes proportions gardées, que le vénusien ou le jupitérien, le tempérament "sec" ou le tempérament "humide", le sanguin ou le bilieux. L'homme de la rue représente fort rarement l'un de ces tempéraments à l'état pur. Il en compose en général plusieurs, parmi lesquels il faut déceler une prédominance. Le classement de la morphologie qui donne d'utiles renseignements pratiques en matière de diagnostic médical, psychologique et social, n'est pas apte au perfectionnement théorique. C'est un bon outil pour le clinicien, à quelque genre qu'il appartienne. Ce n'est pas un outil de recherche scientifique.

La physiognomonie

La recherche physiognomonique, elle, est un outil qui, à la longue, fournit des matériaux pour une science dont on perçoit la situation entre la physiologie et la psychologie ces matériaux autoriseront des combinaisons par addition, soustraction, multiplication ou division; ils sont aptes à devenir des grandeurs bientôt maniables par le calcul. Pour en exposer le dessein, restreignons la figure humaine à la tête seule, mais sachons bien que cette restriction n'est que provisoire. La tête, et particulièrement le visage, ne sont que les cas particuliers d'un ensemble, le corps humain. Sans doute le visage fournit un total de constatations saisissantes, un nombre considérable d'organes de relation y étant rassemblés (ceux qui intéressent, entre autres, la vue, l'odorat, l'ouïe, le goût), mais omettre le corps, origine de la plupart des sensations internes, relais de presque toute l'activité externe, serait une lacune impardonnable dans la recherche méthodique.

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J. J. Bernard, auteur dramatique

Dans ces études, il faut éviter les erreurs systématiques. Deux sont classiques et ont retardé longtemps le progrès les ressemblances animales et les "facultés de l'âme".

On commence par affecter aux animaux certaines qualités ou certains défauts humains : le lion est courageux, le tigre est cruel, le renard est rusé, etc. Puis on constate que tel aspect rappelle celui du lion, tel autre celui du renard. Et l'on conclut tel homme est courageux, tel autre est rusé. En apparence, le syllogisme est impeccable. Malheureusement, sa majeure enclôt une affirmation gratuite, qui ôte toute valeur à sa conclusion. Il n'y a, dans l'utilisation psychologique des ressemblances animales, qu'un anthropomorphisme naïf.

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La droite

Quant aux facultés de l'âme, qui, au dire de Gall, s'accommodaient si bien de siéger dans les bosses du crâne, la psychologie moderne n'en admet plus la réalité. Ceci a pour effet que les signes trouvés sur un visage ne doivent s'interpréter ni comme les sièges de certaines facultés inexistantes, ni même comme les correspondants impératifs de telle inclination mentale, mais simplement comme des éléments anatomiques et physiologiques qui conditionnent certaines opérations de l'esprit et qui, inversement, sont conditionnés par elles; bref, comme des concomitances. L'étude de la figure humaine n'a à se préoccuper d'aucune doctrine philosophique, d'aucune hiérarchie spiritualiste ou matérialiste, d'aucun problème sur le libre arbitre. Elle se borne à noter les concomitances entre les faits du monde physique et les faits du monde mental.

Ces précautions prises, que trouve-t-on sur un visage humain? Le caractère dans sa totalité? Non. Mais, plus modestement, les signes caractéristiques de la manière dont l'individu entre en contact avec le monde extérieur. Les modalités de ce contact orientent tout un enchaînement de phénomènes mentaux qui concernent sa forme personnelle de connaissance. L'étude de la figure humaine renseigne sur le processus de la connaissance tel qu'il se déroule chez l'individu observé.

Il est certains individus qui vouent toute leur existence à traduire et à utiliser les matériaux que leur délivre la connaissance (il importe peu que cette utilisation se fasse dans le domaine de l'action extérieure ou dans celui des réalisations communément appelées intellectuelles). En de telles natures, l'acquisition et l'action s'ajustent bout à bout, perçant par leur ensemble continu et homogène l'intérieur plus vaste et inexploré de leur personnalité. Il est alors possible à l'observateur de poursuivre rigoureusement son étude par delà les centres d'élaboration de la connaissance, jusqu'aux manifestations actives elles-mêmes. Usant d'une image grossière, nous dirons qu'entré chez le sujet par la porte acquisition, il se trouve, après un long cheminement, en sortir par la porte action. Et comme il est rare que ces sortes de natures n'aient pas laissé de leur existence une trace publique, l'observateur peut vérifier sur les données de l'histoire ou de la notoriété, soit le bien, soit le mal-fondé de ses dires.

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La gauche

Ainsi, la manière dont un organisme humain se voit alimenté en air par le nez, en nourriture par la bouche, en spectacles par les yeux, etc., renseigne sur les images de toute espèce qu'il se forme du monde extérieur et, s'il travaille ensuite avec pour matériaux ces images, renseigne sur les modalités elles-mêmes de ce travail.

Bien entendu, les conditions de son travail comme du milieu où il vit réagissent à leur tour sur les formes visibles de tout individu, qui vont s'en trouver modelées dans les limites que permet sa constitution physique.

La figure humaine, première frontière que franchissent les événements pour pénétrer un organisme, est aussi la dernière frontière qu'ils franchissent au moment d'être transformés en actes (donnons un exemple concret le complexe mâchoires-dentition-lèvres contribue également à l'alimentation et à la diction de l'orateur). De sorte que les traits du visage portent à la fois les signes de la connaissance et les signes de la mimique professionnelle; c'est pourquoi, serait-ce sur des individus qui n'ont pas poussé leurs virtualités jusqu'à l'extrême des réalisations possibles, on décèle des ressemblances professionnelles, de la même manière (et pour les mêmes raisons) qu'on peut découvrir, sur des individus ethnographiquement divers, des ressemblances d'époque, des ressemblances nationales, voire des ressemblances provenant de l'emploi d'un même langage (on les rencontre, par exemple, entre Anglais de vieille souche et certains Slaves immigrés depuis longtemps aux Etats-Unis).

Figure et écriture

La figure humaine, considérée comme matériel d'étude, présente donc en pleine lumière les signes qui correspondent aux diverses réceptivités du sujet. On y voit aussi, mais à l'arrière-plan, comme à travers toute l'épaisseur interposée par la personnalité, les signes qui correspondent à ses diverses activités. L'écriture, au contraire, étant avant tout un geste conscient, présente en pleine lumière les signes qui correspondent aux diverses activités du sujet, alors que les signes correspondant à ses réceptivités y apparaissent d'une manière plus voilée, On a pu dire valablement que les études sur la figure et sur l'écriture se complètent en ce qu'elles prospectent le même tunnel par ses extrémités opposées.

En fait, cette remarque, vraie pour les débutants, perd de son importance à mesure que l'observateur devient plus habile à déchiffrer le document - graphique ou figuré - dans sa totalité. Elle va s'affaiblir encore à la lecture des paragraphes qui suivent. Ajoutons que s'il est impossible sans erreur grave au physionomiste de reconstituer l'écriture, au graphologue de se représenter la stature du sujet qu'ils étudient, l'un et l'autre aboutissent séparément à des portraits qui concordent entièrement, et sans exception.

La dissymétrie latérale

Nous n'avons pas, ici, à entrer dans le détail des procédés. Mais nous mettons sous les yeux du lecteur un des "épisodes" qui, au long de ces recherches, donnent lieu à des illustrations curieuses. Pour bien observer la figure humaine, il est nécessaire d'en isoler, sur photographies et au moyen de caches appropriés, des fractions successives, que l'on comparera entre elles (diverses photographies du même sujet) ou avec d'autres fractions identiques (collection photographique de nez, d'oreilles, de bouches, de mentons, d'arcades sourcilières, etc.). En particulier, isoler les deux moitiés d'un visage souligne que tous (ou presque) sont dissymétriques.

L'étude de ces dissymétries aboutit à des résultats que l'on peut résumer ainsi la moitié gauche d'un visage humain est en corrélation avec ce qui groupe les manifestations externes de l'individu, la moitié droite avec ce qui groupe ses manifestations internes. En variant les vocabulaires (et étant bien entendu que l'on découvrirait d'autres personnalités sur le même sujet en modifiant les prélèvements) à gauche la vie de relation, la personnalité de contact, à droite la vie intérieure, la personnalité profonde; à gauche le collecteur de sensations, à droite l'ouvrier qui les distille en secret; à gauche l'être social; à droite l'être intime.

De telles constatations conduisent à des questions sur la physiologie du système nerveux et particulièrement du cerveau. Elles se rencontrent aussi avec les préoccupations des sociologues concernant la prédominance de la droite sur la gauche dans les diverses civilisations on sait d'ailleurs que ceux-ci concluent à l'existence d'une prédominance d'origine organique (psycho-physiologique) et non sociale.

Pour rendre plus sensible la différence des deux expressions latérales, on peut doubler par symétrie un demi-visage découpé dans une photographie prise exactement de face avec éclairage aussi égal que possible.

Ce procédé empirique, qui ne sert pas à la recherche, mais à la démonstration (présenté au IVe Congrès de l'Institut international d'anthropologie, en 1930), se borne à économiser au spectateur l'effort de recomposition qu'il doit faire à la vue d'un demi-visage. Il permet en outre de vérifier que, suivant les individus et leurs types d'activités, nous les reconnaissons soit à gauche, soit à droite, c'est-à-dire suivant que nous prenons inconsciemment nos repères de ressemblance sur leur moitié gauche ou sur leur moitié droite, ou encore suivant que nous nous intéressons, en eux, à l'homme social ou à l'homme intérieur.

On constate également ainsi qu'un demi-visage redoublé par symétrie donne, avant toute autre, une impression d'inhumanité. Dire que cette inhumanité coïncide avec la réduction de l'individu à sa personnalité exclusivement sociale ou à sa personnalité exclusivement intérieure, c'est dire que l'équilibre vital d'un individu est lié à un dosage, à une fusion de ces deux personnalités. D'où il résulte que nous nous devons de témoigner une attention simultanée ou alternée aux deux fractions - entre autres - qui composent l'être humain, celle chargée des contacts, celle chargée de la reprise interne, et qui mènent en chacun de nous leurs existences parallèles. D'où il résulte aussi que ne doit pas se relâcher l'effort par lequel nous conjugons ces fractions de nous-mêmes pour aboutir à l'unité. Derrière une apparente pluralité, l'être humain est un.

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