La graphologie
(G.-E. Magnat)
L'écriture est un geste. Elle exprime (comme tout autre geste physiologique), totalement ou en partie, certains traits du caractère et l'activité mentale et affective de son auteur. Celui qui déchiffre une écriture peut donc remonter, grâce a elle, aux activités intérieures qui ont provoqué ce geste ou qui sont en corrélation directe ou indirecte avec lui et. par là. se faire une idée de la vie mentale et affective ainsi que du comportement du sujet observé. Pierre Janet dit de l'écriture " elle est un acte qui prend son propre graphique, qui donne l'inscription en blanc et noir de tous ses caractères, de toutes ses hésitations. de toutes ses modifications ". Envisagée sous cet angle, la graphologie a conquis, comme méthode d'investigation psychologique, une place qui ne lui est plus contestée.

N° 1
Les signes graphiques
Il existe plusieurs méthodes graphologiques; elles ont ceci de commun qu'elles comprennent toutes l'étude des signes graphiques et leur interprétation au point de vue caractériologique. Elles insistent sur le fait qu'il n'y a pas de signes particuliers indépendants, qu'il n'y a que des signes généraux dont les modes sont divers. De plus. la signification de chaque signe change suivant le milieu où il se manifeste. C'est dans leur manière de concevoir et de situer le milieu que diffèrent. nous le verrons plus loin, les auteurs des principales méthodes graphologiques.

N° 2
Les précurseurs
Le premier est l'Italien Camillo Baldo (1622), puis. dans l'ordre chronologique, Goethe, Lavater, Hocquart, l'abbé Flandin, Henze, et le peintre Delestre. Le terme de graphologie fut donné en 1871 par l'abbé Michon à l'étude du caractère de l'homme d'après son écriture. Dans son livre, Les mystères de l'écriture, apparaît pour la première fois une théorie fondée sur un grand nombre d'observations notées et cataloguées; cet ouvrage a valu à J.-H. Michon d'être reconnu pour le fondateur de la graphologie.

N° 3
Peu de temps après parut son "système" qui fournit la signification de très nombreux signes graphiques. L'auteur attribue à chaque signe une interprétation fixe. Il va plus loin encore "un signe positif qui manque donne le signe négatif qui lui est opposé", ce qui lui permet d'ajouter : "on ne se trompe jamais dans l'application". Cette affirmation a été démentie par l'expérience, aussi le "système" de l'abbé Michon n'est-il plus utilisé aujourd'hui. Il fut délaissé dès la parution en 1888 de l'ouvrage capital de la graphologie : L'écriture et la caractère, de J. Crépieux-Jamin, qui établit de façon définitive les bases et une méthode scientifique de la graphologie. Cet ouvrage est le point de départ de toutes les autres méthodes graphologiques, quelle que soit leur orientation, quelle que soit l'importance des éléments nouveaux qui, depuis, ont élargi le champ de l'interprétation du geste graphique.

N° 4
Les méthodes
Les principales sont d'origine française, allemande et suisse. L'exposé des trois méthodes est ici réduit a l'essentiel. Le lecteur non averti serait tenté de les considérer comme fragmentaires, alors qu'en réalité chaque méthode est un tout parfaitement organisé. Il en est de même pour les exemples, qui se bornent à exposer les moyens préconisés par chaque méthode pour l'élaboration du portrait graphologique.

N° 5
La méthode française
C'est celle de Crépieux-Jamin; ses disciples se bornèrent a y apporter quelques éléments complémentaires. Il recherche dans l'écriture les signes de la supériorité et de l'infériorité; de la nature et des moyens de l'intelligence; du caractère moral; de la volonté; du sens esthétique; de l'âge, du sexe; et quelques indications pathologiques.

N° 6
Genres, espèces, modes
D'autre part, il établit une classification graphologique de genres intensité (pression), forme, dimension, direction, continuité, ordonnance des mouvements; d'espèces écriture anguleuse, artificielle, grande, montante, égale, claire, confuse, etc.; et de modes : signes particuliers ou formes diverses des signes généraux. Après avoir recherché dans une écriture les espèces et les modes les plus caractéristiques, il note en regard les significations correspondantes et il obtient ainsi un certain nombre d'indications sur les éléments qui constituent le caractère du sujet (v. planche n° 1, Napoléon), et ainsi de suite en relevant les espèces dans chacun des six genres.
Genre : Intensité des mouvements
Espèces |
Significations principales |
Significations secondaires et concomitances |
- Ecriture anguleuse. - Ecriture en relief. - Ecriture rapide. - Ecriture mouvementée. Etc. |
Energie, fermeté. Netteté, énergie. Activité, culture d'esprit. Imagination, gaieté. Impressionnabilité, orgueil. Etc. |
Entêtement, dureté. Sensualité. Vivacité, ardeur, précipitation, colère Vivacité, grâce. Folie, bavardage. Etc. |
Le milieu
Il s'agit de choisir ensuite parmi ces différentes significations les "dominantes" qui correspondent exactement au caractère du scripteur; pour cela, il faut tenir compte du milieu (niveau intellectuel et moral du scripteur), dans lequel les signes et les modes se manifestent. Crépieux en indique trois, correspondant a l'écriture de qualité supérieure (écriture claire. simple. nuancée, harmonieuse, etc.); médiocre (écriture alignée. posée. ordonnée, uniforme, etc.); inférieure (écriture discordante, confuse, compliquée, impersonnelle, etc.). Selon qu'il se trouve dans l'une ou dans l'autre de ces catégories, le mode aura une signification différente.

N° 7
Exemple :
Mode graphique |
Dans un milieu |
Signifie |
Mots grossissants Mots grossissants Mots grossissants Lignes serpentines Lignes serpentines Lignes serpentines |
Supérieur Médiocre Inférieur ou encore Supérieur Médiocre Inférieur |
Candeur Naïveté Crédulité Diplomatie Souplesse Mensonge |
Les résultantes
Afin de réduire le nombre des indications caractériologiques (séparées les unes des autres) ainsi obtenues par l'analyse, Crépieux associe plusieurs signes en une résultante. Exemple (n°1)
Vivacité ..Commandement.
Energie ..Commandement.
Vivacité Violence
Grande force (traits massués) Violence
Imagination Violence
Ces résultantes forment les éléments de base du portrait graphologique, qui en est la synthèse. " Faire un portrait graphologique, c'est établir une résultante presque continuelle entre la valeur de l'écrivain et les traits spéciaux de son caractère. "

N° 8
La méthode française est analytique et synthétique; son caractère scientifique n'exclut toutefois pas le rôle de la sensibilité; Crépieux a consacré un long chapitre a la monographie de l'écriture inégale, critérium de la sensibilité. La méthode Crépieux-Jamin a des avantages analyse scientifique des éléments de l'écriture, interprétation objective et rationnelle des signes graphiques, sûreté du diagnostic et des dangers tendances a l'abstraction et a l'interprétation rationaliste, moraliste et conventionnelle du caractère.

N° 9
Edouard de Rougemont a établi en 1928 un tableau très ingénieux du classement des dominantes, selon leur tendance à une supériorité ou à une infériorité morale, intellectuelle ou volontaire. Le Dr C. Streletski apporte dans son Précis de graphologie pratique (1936) de très intéressantes observations sur les modifications de l'écriture par la maladie (troubles nerveux, endocriniens, maladies organiques, mentales, etc.).

N° 10
La méthode allemande
Son fondateur est le Dr Ludwig Klages, considéré comme le créateur de la caractériologie scientifique en Allemagne. Dans Handschrift und Charakter (1923), il définit la graphologie la science du mouvement graphique et de ses conditions. L'examen des causes psychiques n'est possible que sur la base d'une connaissance approfondie des causes physiologiques. Le degré d'originalité du scripteur peut être déterminé, puisque chaque élément graphique contient l'écriture tout entière et qu'il n'y a pas deux écritures qui possèdent exactement la même arcade, la même guirlande, le même angle.

N° 11
Formniveau
Pour Klages, tous les éléments de l'écriture ont une double signification, selon que la vitalité est plus riche ou plus pauvre. C'est surtout en cela qu'il diffère de Crépieux-Jamin. Au lieu de procéder de façon purement rationnelle et objective par l'analyse des signes généraux et des modes de l'écriture, Klages établit immédiatement - par évaluation optique - le degré de vitalité du scripteur selon une échelle de valeurs qu'il appelle Formniveau, allant de 1 a 5, c'est-à-dire de la très grande vitalité a la vitalité très faible. Le Formniveau de Klages correspond aux milieux de Crépieux-Jamin en ce sens qu'il permet au graphologue allemand d'attribuer aux signes et modes graphiques leur signification exacte.

N° 12
Rythme et cadence
Klages étudie en outre le mouvement graphique selon son rythme (expression de l'âme et dont le symbole est la vague) et sa cadence (qui représente l'esprit et qu'il compare au mouvement du métronome). Il oppose l'âme à l'esprit et conclut la vitalité est diminuée du fait de la présence de l'esprit. L'antinomie esprit-âme formulée par Klages semble dériver du thème cher à Nietzsche. A l'élan dyonisiaque créateur et synonyme de vie s'oppose l'ordre apollinien et la pensée régulatrice qui cherchent à définir et à imposer des limites, d'où naissance de la tragédie.

N° 15
Exemple (v. n° 1, Napoléon) : le relief extraordinaire et la netteté du trait de plume, l'extrême rapidité de cette écriture placent son auteur dans la catégorie I (du Formniveau). La vitalité est d'autant plus grande que l'esprit épouse le tempérament sans lui opposer de résistance; le rythme vertigineux et puissant de cette écriture élimine a priori toute cadence et conserve un équilibre pour ainsi dire purement naturel, etc.
La méthode Klages fournit une description vivante et colorée du caractère, résultant de l'opposition de l'âme et de l'esprit. Mais elle a ses dangers tendance à la subjectivité, a la dramatisation et à la prédominance du sentiment dans l'élaboration du portrait.

N° 14
Méthode du Dr Max Pulver (Suisse)
Le titre de l'ouvrage Symbolik der Handschrift (symbolisme de l'écriture) publié en 1931 par le graphologue bernois, révèle son orientation. Pulver se base sur la psychanalyse. Il considère l'écriture du point de vue spatial; il lui attribue trois dimensions en l'imaginant "dressée" sur la page et il crée ainsi "l'espace autour d'elle" (on parle d'ailleurs d'écriture redressée, droite, couchée, tombante, etc.).

N° 15
Comme point de départ de son orientation, il choisit la ligne droite (idéale) horizontale (fig. a), qui est la frontière entre le haut (symbolisant le ciel, le jour, la lumière, les puissances spirituelles) et le bas (nuit, ténèbres, abîme). Toutes les écritures depuis l'antiquité sont placées sous cette loi d'expression. D'autre part, il détermine la signification fondamentale de la gauche et de la droite du champ scriptural. La plume part d'un point fixe et, malgré des retours occasionnels, se meut d'une façon générale vers la droite (mouvement progressif). Le scripteur passe du présent (qui devient aussitôt passé) au futur et va du moi vers un toi en un geste qui dénote un acte ayant un but, un sens, une intention d'ordre psychique.

Pulver divise d'autre part l'espace en trois zones superposées supérieure, médiane, inférieure (fig. b). Ces zones ne correspondent pas au "milieu" de Crépieux, mais permettent de déterminer la signification exacte des modes graphiques selon la zone où ceux-ci se manifestent. Il établit à cet effet 2 groupes de signification :
Zone |
Contenu de la conscience |
Niveau de la conscience |
Médiane Supérieure Inférieure |
Sensibilité; égoïsme; altruisme. Intellectualité, spiritualité Matérialité, érotisme, symboles collectifs, rêves et états voisins. |
Conscience individuelle (sphère du moi
empirique) Conscience supra-individuelle. Subconscience. |
Mouvements vers la gauche : relations du moi avec le passé (introversion). Mouvements vers la droite relations du moi avec autrui, des buts et l'avenir (extraversion). La ligne horizontale (idéale) symbolise le seuil de la conscience. |
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Pulver distingue enfin très nettement la "personnalité" du caractère. Il estime aussi qu'en traçant son propre portrait dans son écriture, le scripteur en ignore les moyens, parce que l'homme est inconscient des quatre cinquièmes de son être et qu'il est artiste avant tout. Il accorde la plus haute importance à l'ambivalence "toutes les variations de direction du geste scriptural en sont l'expression". Sa méthode permet de suivre le scripteur dans le mouvement de sa plume sur le papier, dans son comportement (marche rapide, hésitante, souple, heurtée, violente, etc., de la plume) et de s'identifier en quelque sorte avec ses états d'âme et l'orientation de sa pensée.

N° 16
Exemple : (n°1 , Napoléon) le geste dominateur et agressif (coups d'épée) de cette écriture révèle non pas le développement de la personnalité de l'Empereur, mais bien plutôt le dynamisme de sa nature et de ses instincts, qui confère à cet homme quelque chose de démoniaque. Les finales dont la pression, la hauteur et l'étendue vont en augmentant dans le sens de la maîtrise de soi et de l'occupation de l'espace, le paraphe en sabre chinois qui s'écrase au-dessous de la signature sont autant d'expressions d'une "volonté de puissance" exceptionnelle. La façon de lancer la plume si impétueusement vers la droite ne signifie pas ici le passage du moi à un toi, mais bien plutôt au non moi anonyme que représentaient pour Napoléon tous ceux qui l'opposaient à sa volonté, etc.

N° 17
La méthode Pulver permet de pénétrer profondément dans l'être du scripteur, à la recherche des mobiles subconscients et inconscients de ses actes et de son Comportement. Elle a par contre les dangers inhérents à toutes les interprétations symboliques insuffisamment contrôlées par la raison.

N° 18
Le portrait graphologique
Pour qu'un portrait graphologique soit ressemblant, il faut qu'il allie à la précision scientifique le charme et la puissance d'évocation artistique. Le portrait graphologique n'est pas une photographie. Comme le portrait du peintre. il porte l'empreinte de son auteur, mais ne doit pas en être moins ressemblant pour cela. Il ne consistera pas dans l'énumération des qualités et des défauts, mais dans la description du scripteur dans ses efforts pour réaliser l'unité de sa personne. Le graphologue ne doit pas oublier "qu'au-dessus des facteurs biologiques et sociaux, l'intervention propre de la conscience, la connaissance que nous prenons des contradictions qui s'agitent en nous et l'effort que nous faisons pour les dépasser et les résoudre contribuent à leur tour à l'unification de notre personnalité" (Cuvillier).

N° 19
Tracé et trait
Dans cette recherche de la personnalité du scripteur, le graphologue sera grandement aidé dans sa tâche s'il s'habitue à considérer l'écriture sous deux aspects distincts : tracé et trait.
Le tracé, est le graphisme considéré dans ses modes d'expression (geste, attitude, dessin); le trait représente les éléments constitutifs du tracé, c'est-à-dire la coulée de l'encre déposée sur le papier (Magnat). Le tracé ne saurait en fait être conçu sans le trait, les deux formant ensemble le fil de l'écriture. Mais cette distinction permet au graphologue de déterminer par l'étude du trait (flou, léger, appuyé, pâteux, ferme, saillant, etc.) les éléments constitutifs de la nature et du tempérament du scripteur, et par celle du tracé - considéré dans sa direction et son dessin - (écriture progressive, ordonnée, désorganisée, harmonieuse, discordante, etc.), l'orientation de sa pensée, son comportement social et l'usage qu'il fait de ses facultés.

N° 20
Les documents
Le papier, l'encre et la plume jouent un rôle des plus importants, bien que parfois accidentel, de sorte qu'il est nécessaire au graphologue de pouvoir disposer de plusieurs documents écrits à la plume (écrire au crayon, c'est parler à voix basse), de préférence rédigés à différentes périodes de la vie.

N° 21
La signature
L'étude d'un document qui ne Comporte pas la signature du scripteur non seulement est incomplète, mais expose le graphologue aux erreurs les plus graves. La signature est une autobiographie en raccourci (Pulver). Le scripteur s'y exprime plus personnellement que dans le texte.

N ° 22
La signature le représente, engage sa personne, révèle l'idée qu'il se fait de sa personne (n° 20, plus grande que le texte, J. Jaluzot), de son rang dans la société (n° 25, François Ier et n 28, Louis XVI), de la vanité (n° 31, Louis II de Bavière), de l'image qu'il veut imposer à autrui (n° 1, Napoléon), du degré de la loyauté (n° 14, Dr Roux), de sa simplicité (fig. 13, Claude Bernard), de son goût (n° 10, Adrien Lachenal), de la dissimulation (n° 30, Talleyrand), de sa fermeté (n° 26, Corneille).

N° 23
Sa position au bas d'un texte - près, loin, à droite, vers la gauche - ses dimensions, etc., sont autant de lignes révélateurs du caractère de l'auteur.
Le paraphe
Seul geste graphique facultatif, il est particulièrement caractéristique. Il est simple (n° 8, Claudel), fulgurant (n° 1, Napoléon et n° 9 Maurras), étalé et grandiloquent (n° 31, Louis II de Bavière), etc.

N° 24
Plus que tout autre geste graphique, il renseigne sur la position sociale de son auteur. Le paraphe, très fréquent autrefois, soit chez les grands où il sert de piédestal au nom, et chez les tabellions où il se manifeste par un enlacement compliqué de boucles et lassos, signe de méfiance et d'habileté, tend à disparaître dans les sociétés modernes et démocratiques.

N° 25
Intuition et esprit critique
La part de l'intuition est considérable chez le bon graphologue. Elle lui permet de percevoir pour ainsi dire immédiatement le climat d'une écriture, ses multiples vibrations et la vie dont elle est animée. Il y a un art du graphologue comme il y a un art du diagnostic médical.

N° 26
Le graphologue doit être toujours en pleine possession de son esprit critique qui ne lui permet pas d'admettre sans contrôle les données les plus apparemment certaines de son examen graphologique. La méthode française fournit ici les garanties les plus sérieuses.
Malgré les progrès incessants et les apports nouveaux, la science graphologique ne saurait être considérée comme une science exacte. Elle est au stade des recherches fécondes, dirigées par un ensemble de principes généralement admis, mais qui ne forment pas encore et ne formeront probablement jamais un code doctrinal à l'abri de toute erreur d'interprétation.

N° 27
Les écritures types
Les écritures liminaires sont appelées ainsi parce qu'elles situent leur auteur à l'extrême limite de la vie normale où l'équilibre est constamment mis en question par la puissance du dynamisme, l'afflux et la force de résonance des images intérieures et l'extrême sensibilité. On peut citer parmi les plus connues celles de Shakespeare, Pascal (n° 3), Beethoven (n° 2) et Napoléon (n° 1), auxquelles nous avons joint une écriture féminine (n° 4).
Le social et l'individuel
Les hommes subissent toujours l'influence plus ou moins profonde de l'époque, du milieu social et de la profession. Ces influences se retrouvent dans l'écriture qui est, comme tous nos gestes, un combiné de social et d'individuel, où les signes personnels pointent à travers les formes conventionnelles.

N° 28
L'époque
Les caractéristiques d'une époque se manifestent dans l'écriture non seulement par le genre onciale, gothique (n° 24, époque Charles VII), italique (n° 25, François Ier), anglaise, etc., mais aussi par l'allure générale du graphisme. Le passage d'une époque à l'autre est visible l'écriture de Balzac (n° 5) révèle un composé de l'écriture du XVIIIe siècle et de celle de la période Révolution-Empire. Les écritures romantiques (1830) sont penchées; les écritures 1900 se ressemblent par leur tracé décoratif; elles diffèrent les unes des autres par la dimension, la rapidité, la lenteur, etc., c'est-à-dire par tous les éléments inhérents au tempérament individuel.

N° 25
La profession
Plus encore que l'époque, l'usage d'une profession semblable amène des similitudes dans l'écriture.
Les écritures d'intellectuels se ressemblent par la rapidité du tracé et la simplification des lettres, indice de culture d'esprit (n° 7, Paul Bourget; n° 8, Claudel; n° 9, Maurras; n° 10, J-R. Bloch; n° 11, R.-L. Piachaud; n° 12, C.-F. Ramuz). Les écritures de savants se ressemblent par leur sobriété et leur précision (n° 13, Claude Bernard et n° 14, Dr' Roux). Les écritures d'artistes se ressemblent par la grâce du tracé et la "couleur" du trait (n° 15, A. Cingria); celles des musiciens ont un caractère commun : l'extrême sensibilité (n° 16, Strawinsky et n° 17, Honegger).

N° 30
L'écriture des hommes d'Etat accuse une souplesse allant de la ruse à la diplomatie (n° 18, Guizot et n° 30, Talleyrand). Les écritures des commerçants se ressemblent par une allure particulière qui est un composé de méthode et d'imagination (n° 20, J. Jaluzot et n° 21 et 22). Enfin, les écritures de comptables ont un tracé extrêmement ordonné, méthodique et précis jusqu'à la minutie (n° 23).
L'âge - Le sexe - La maladie
On peut discerner deux âges dans l'écriture : l'âge physiologique et celui du degré de maturité du scripteur. Le sexe ne saurait être défini avec certitude; certains hommes ont l'âme et le caractère plus féminins que certaines femmes et vice versa. Crépieux parle d'une "résultante spirituelle du sexe"; l'écriture de Josephine (n° 29) est, par la douceur amoureuse du trait et les inhibitions du tracé, un exemple probant de l'écriture féminine. La graphologie, enfin, révèle certains états pathologiques.

N° 31
"Liées à un grand nombre d'anomalies fonctionnelles ou organiques, les dysgraphies peuvent être rangées sous sept chefs : dyspnées, troubles cardio-vasculaires, intoxications, maladies nerveuses, mentales, troubles visuels, constitutions psychopathiques" (Streletski). Dans ce domaine, la graphologie en est aux recherches fructueuses.
Applications modernes
Recherches historiques - Recherches juridiques
L'étude de l'écriture des siècles passés permet de situer les personnages historiques dans leur milieu. On comparera par exemple la noble écriture de Corneille (n° 26) à l'écriture ordonnée et "petite" de Voltaire (n° 27).
L'analyse graphométrique (E. Locard) utilisée pour identifier l'auteur d'un faux ou d'une lettre anonyme se borne à mesurer sur les textes authentiques et incriminés une série de grandeurs de même ordre, représentés pour chacun d'eux par une courbe. L'expert compare ensuite les deux courbes en les superposant. A cette étude mécanique sur un tracé mort, le graphologue ajoute l'étude comparée du mouvement graphique et des liaisons (arcade, guirlande, angle). Ce complément graphologique indispensable à l'expertise en écritures est de plus en plus admis par les tribunaux.
Orientation et sélection professionnelle
L'écriture révèle également les tendances naturelles et les dispositions intellectuelles du scripteur. Celles-ci se précisent généralement entre 15 et 20 ans.
Il est possible de distinguer un esprit technique d'un esprit littéraire, un esprit théoricien d'un esprit pratique, un tempérament d'artiste de celui d'un mathématicien, etc. Les instituts de psychologie appliquée (psychotechnique), ont reconnu très tôt les services que pouvait leur rendre le graphologue, le test renseignant surtout sur des défauts et des qualités isolés, alors que la graphologie fournit des indications précises sur l'ensemble des facultés intellectuelles, morales et volontaires.
Les firmes commerciales et industrielles ont de plus en plus recours aux graphologues pour l'engagement du personnel. Cet usage est courant dans plusieurs pays étrangers (Suisse, Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Etats-Unis) et dans quelques grandes entreprises françaises.